‹ Correspondance générale de Carnot (volume 2)Chapitre 21 sur 147 · LE REPRESENTANT DUQUESNOY AU COMITE DE SALIT PUBLIC ^^K · texte numérisé non relu

LE REPRESENTANT DUQUESNOY AU COMITE DE SALIT PUBLIC ^^K

Caiwel , 96 aoàt 1 793 , Tan n d« la Ré|iiibliqiie.

LB RBPnésBIfTÀflT DV PBVPLB BXYOri PRÈS L'AnMBB DV BORD ÀVX RBPRllsBXTÂNTS DV PBVPLB COMPOSANT LB COUni DB 8ALVT PVBUC.

Citoyens mes coUègues,

Des officiers municipaux de Dunkerque me sont venus hier exposer les dangers que courait cette place; ils me demandèrent des secours, ainsi que la viUe de Bergues. Je fus avec eux chez les généraux et , après un conseil de guerre tenu , il fut ai'rété que le général Jourdan partirait sur-le-champ avec toute sa division et irait s'emparer en passant du poste de Watten , ou il laisserait un bataillon avec deux pièces de canon et un détachement de chasseurs; qu*il filerait ensuite le long du canal de Gravelines, pour rester maître des écluses; qu*il jetterait dans cette place un bataillon , deux dans Dunkerque et un dans Bergues , et qu'avec le reste de sa division il se tiendrait à peu de distance de Dunkerque, où il serait à portée de faire entrer tous les secours dont celte place pourrait avoir besoin.

Les officiers municipaux de cette ville ont dit n'avoir point du tout de confiance dans les talents militaires du général O'Meara , qui commande en cette place. Le général Houchard arriva dans ce moment avec son adjudant et les rassura, en leiv disant de leur envoyer un autre général et qui devait déjà y être rendu.

Nous eûmes un second conseU de guerre dans lequel on arrêta des mesures contre mon opinion qui, si elles ne sont mauvaises, sont au moins très hasardées; car si le général Houchard ne réussit pas son expédition , je regarde le défiartement du Nord et celui du Pas-de-Calais conune k peu près envahis.

Voici quel est son projet : il doit attaquer demain le camp de Menin avec 3o,ooo honunes partant de dessous Lille; s'il réussit, il poussera jusqu'à Ypres, Poperinghe et Furnes, et coupera par ce moyen la retraite aux Anglais et leurs alliés qui se trouvent devant Dunkerque, Bergues et ailleurs. Si ce projet réussit, nous serons matti*e8 avant la fin de septembre des Pays-Bas , mais si au contraire le coup manque , je vous le ré|>ète , les deux départements du Nord courcront de gi*ands dangers. Ce fut son adjudant général Vernon , ci-devant aide de camp de Custine, qui proposa ce plan et le fit adopter; il a infiniment de connaissance et d'activité dans ce qu'il fait, mais il a des yeux qui ne me plaisent pas.

Salut et fraternité.

Ddqubsnoy.

P. S. La Convention nationale vient de rappeler mon coU^ie Le Bas; vous

(*) Le recueil de M. Aulard (VI, 119) u^ayanl duniié qu'une analyse de celle lettre, je la reproduis in $xten90 à cause de ses détails militaires.

[iÔAoÔT 1793.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ. &9

Toudit» bien aurai me bire donner un successeur. Le Comité se souviendra que, » je sois retourné en commission, ce n*a été que parce que j'étais sûr que les principes de Le Bas concordaient avec les miens.

(Orif. aat, Arcb. de la goerre, armée do Nord.)

RENNES, a6 AOÛT lygS.

LE GÉNÉRAL BETSSER ^^^ AU COUrr^ DE SALUT PUBLIC.

Rennes, le 96 août 1793, Tan 11 de la République française.

J.-ir. BtrsSBB, GÉNEBAL DB BBWADE , COMMÀNDàlIT TEMPOnAIBB DE LA VILLE DE BABTB8, AVI HEPHESENTANTS DV PEUPLE COMPOSAUT LE COMiri DE LA CONVENTION NATIONALE.

Confcrmément aux instructions que vous m'avez données ^*\ j'ai recueilli sur ma ronte tous les renseignements que j'ai pu me procurer sur les troubles qui se sont âevés dans les départements voisins de ceux de la ci-devant Bretagne. Je m empresse de mettre sous les yeux le résultat. Je désire qu'il remplisse votre olijet et qu'il vous oflte une nouvelle preuve de mon dévouement à la Convention nationale.

J'ai tronvë l'administration de la Mayenne presque entièrement dispersée; la cause de cette terreur subite était le passage à Laval du 1 1* de Seine-et-Oise. J'ai causé avec qudques administrateurs restés à leur poste; j'ai causé avec le peuple et le militaire. J'ai trouvé ce premier, comme il l'est partout, plein de zMe pour la liberté et dans les meilleures dispositions ; il s'en faut bien que je puisse rendre le mArne témoignage à l'esprit de l'administration et de la classe fortunée de cette

(') Jean- Michel Beywer, né à Ribeau- ^19^^ générai de brigade à Tannée des

vilié (Haute-Alsace) le & novembre 1753 , Gâtes de Brest le 3o juin 1 798 , générai en

enrôlé an régiment de Lorraine (dragons) chef de l^armée des Côtes de la Rochelle en

le 8 octobre 1769, congédié le 11 mars remplacement de Binm le 19 juillet 1793,

1778, chinifgien-major avec brevet deçà- mandé à la Iwrre de la Convention le

pitmne au régiment sniase Meuron an ser- 18 juillet 1793 , rétabli dans ses fonctiona

viee de la compagnie des Indes néerian- le 19 août, arrêté le 19 septembre 1793,

daises le 1" juin 1781 , rentré en France CQndamné à mort et exécuté à Paris avec

en 1 788 , major des dragons nationaux de Arthur Diilon , (}haumette , Gobel , etc. , le

Lorieot le 17 juillet 1789, lieutenant- a & germinal an u (i3 avril 1 796). colonel le 1" juillet 1 790 , capitaine dans la (*) Le ao août 1 793, le Comité de salut

gendarmerie du Morbihan le 1 0 décembre public avait chargé le général Beysser de /

1791 , chevalier de Saint-Louis le 97 mars surveiller en Bretagne Texécution des dé-

f79a« adjudant général lieutenant-colonel crets rendus contre les Girondins, et de

le 10 février 1793, chef de brigade au dissiper le reste de la force armée des re-

91* chasseurs i cheval le 7 mars 1798, ad- belles. (Gf. Ghassin, La Vendée pairiotet

général chef de brigade le 6 mai II, â8i et suiv.)

ni. k

50 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE GARNOT. [96 Aott 1793.]

ville; en gënéral, il est très mauvais; on 8*y fâirite haatement des sucoèa des ennemis de la République ; on y ose former des vœux de les voir bientAt maîtres de la France entière. Le i3* bataillon de la formation de Soissons a des querelles avec les jeunes gens de cette ville, par Timpudeur des propos aristocratiques qu'ib tiennent dans les cafés.

J'ai remarque avec la plus vive satisfaction que le peuple écoutait avec plaisir la justice que je rendais à la Convention nationale. Cependant ce peuple est malheureux; il n'a que du mauvais pain qu'il paye à un prix excessif; encore craint-il d'en manquer. L'administration impute cette disette k la loi sur la taxe des grains, qui est exécutée dans ce département, tandis qu'elle ne l'est pas dans le département voisin, où l'espoir d'une vente avantageuse fait abonder les denrées. II ne m'appartient pas déjuger de l'eflet politique de cette loi; c'est un fait que j'ai cru devoir mettre sous les yeux du Comité de sdut public. Ayant appris que ^ le président et le procureur général syndic s'étaient soustraits par la fuite à l'exécution d'un mandat d'arrêt décerné contre eux par le Comité de sûreté générale de la Convention, j'ai donné ordre au commandant de la gendarmerie de les arrêter, et, s'il réussit, je réponds de faire exécuter les ordres de la Convention.

A r^fard des troubles qui agitent les districts de Laval, de Fougères et de Vitré , la terreur a beaucoup grossi le mai. Cette prétendue avant-garde de l'armée chrétienne se réduit k une bande de forçats renvoyés ou échappés des galères, de cidevant eontrebandiav ou employés réformés, qui se sont faits voleurs de grand chemin et qui affidient l'aristocratie pour anoblir le métier, grossir la iroape et la présenter sous un aspect moins révoltant Des prêtres , qui se sont associés avec eux, les servent merveilleusement, et rendent non le combat, car ils ne veulent pas se battre, mais leur poursuite extrêmement diflkile,* en leur ouvrant des asiles chez les paysans généralement tous fanatisés et esdaves de leur superstition. J'ai trouvé à Vitré, k Laval et à la Gravelle divers corps de troupes envoyés pour s'opposer k leurs progrès. Après avoir pris sur la [position des brigands des renseignements aussi précis qu'il est possible de les prendre sur des bandits qui sont en troupes peu nombreuses et qui sont sans cesse en mouvement, j'ai concerté avec l'adjudant général Chamberting ^'^ une battue qui aura lieu le mercredi 98. La partie de la forêt dans laqudle Ss sont actndlement sera percée k la fois dans tous les sens , par huit ou dix colonnes de troupes. Je me flatte que la chasse sera heureuse. J'ai fait sur-le-champ une proclamation aux habitants des campagnes. J'espère qu'elle aura un bon effet, mais je ne dois pas vous le dissimuler, les ci-devant nobles, les riches, les prêtres travaillent en tous sens nos malheureuses campagnes. Une foule de communes rurales refusent de fournir leurs contingents pour le recrutement de l'armée et de se former en garde nationale, de porter la cocarde tricolore, et affichent la plus grande haine pour la Révolution. II est impossible de ne pas y reconnaître l'effet des suggestions de leurs ci-devant

(0 Françoifl-Marîe-Jolien Chamberting, s 799 , adjudant général chef de bataillon

né à Jemeppe (Belgique) le a 8 juillet ie a 5 mai 1793 et chef de brigade en ven-

1750, 8ouS"lieutenant au r^iment de La démiaire an m. (Cf. Chafiaîn, La Vendée

Marck en 1789, capit^ne le 1" juillet patriote, III, 3i9.)

[aBAoftT 1793.] CORRESPONDANCE MIUTAIRE DU COMITÉ. 51

nobles et grandB propriétaires. J*ai reçu à cet égard une forte dénonciation de la part des patriotes de Vitré, qui sont d*autant plus ardents qu^ils sont en plus petit nombre. La situation actuelle de cette ville m*a paru nécessiter des mesures extraordinaires de sdreté, et j*ai pris sur moi de mettre provisoirement en arrestation et en état de surveillance quelques femmes ci-devant nobles, accusées de correspondances suspectes et propos contre-révolutionnaires. J'ai fait aussi arrêter un cidevant seigneur, homme immensément riche et dont presque toutes les possessions sont en état de révolte, et qui par sa conduite artificieuse m'a paru un des plus dangereux ennemis de la liberté , quoiqu'il n'existe contre lui aucun délit légdement prouvé. Ses sentiments ne m'ont point échappé à travers l'ambiguïté de ses réponses et les vains prétextes dont il colorait sa conduite. J'ai fait mettre les scellés sur les papiers et rendrai compte de -ce qui pourrait [se] découvrir aux représentants du peuple près de l'armée des CAtes de Brest, qui, s'ils m'en croient, le tiendront en état de surveillance jusqu'à ce que les campagnes de ce canton soient rentrées dans l'ordre et le devoir.

Arrivé ici depuis deux heures, je ne puis rien vous dire de positif sur l'esprit qui y règne. Je me suis déjà occupé de la mission que vous m'avez donnée pour cette ville, et j'ai tout préparé pour le succès d'une autre bien plus importante dont vous m'avez chai^. Je n'oublierai rien pqur l'assurer et pour donner à la Convention nationale des preuves de ma reconnaissance et de mon dévouement.

Le général de brigade, J.-M. Bbtssib.

P. 5. Je viens de voir les canonniers. La dénonciation faite contre eux est une odieuse calomnie. Les officiers qui les commandent sont chez moi dans ce moment; ils m'ont juré sur leur honneur qu'ils n'ont jamais été requis, qu'Us n'ont jamais refusé le service et sont prêts à marcher à la première réquisition (^).

(Or^. , Afch. de la gnerre, armée des Côtes de Breat)

PARIS, q6 aoAt 1793.

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