‹ Correspondance générale de Carnot (volume 2)Chapitre 29 sur 147 · RONSIN · texte numérisé non relu

RONSIN

(Orig., Areh. de U gotrre, année des Côtes de la Rochelle

GAVRBLLB, S 9 kotj lyQS.

LK GIÎNÏRAL BOUCHARD AU GOMITlî DE SALUT PUBLIC.

Ao quartier général de Gafrdle, le 99 août 1793, fan i de la République française.

LB oiNinAl Kit CHBF HOVCEAM AUX REPUSSË/ÊTANTS ÏÏO PEUPLE COMPOSANT LB COMITÉ DE SALUT PUBLIC,

Tai eSectuë, citoyens représentants, la diversion dont je vous avais parle dans ma dernière dépêche avec nn corps de i5,ooo hommes, les seules troupes disponihies que j^aie pu ramasser aux environs de Lille ^'^ J*ai attaqué tous les postes avancés de Tennemi; les villages de Roncq, Tourcoing, Roubaix, Wattrdos et Lannoy ont été attaqués par nos troupes à 5 heures du matin. Tous ces postes ont Aé emportés après des fusillades terribles. Le poste de Tvurcoing était le principd ; ce gros village, enveloppé de bois ^pais et auquel on ne peut arriver que par une chaussée sur laquelle Tennemi avait fait des retranchements garnis d*artillerie , renfermait &,5oo hommes d^inbnterie hollandaise, dont deux r^iments suisses. L*attaqae s'en est bite en tirailleurs et a duré quatre heures. Nous y avons été cru^ement maltraités, le fourré du bois et des haies ne nous permettant pas de joindre Teimemi. Nous avons eu près de ioo blessés, sans compter les morts que je ne connais pas encore. L'ennemi doit avoir considérablement perdu.

Uattaque de Tourcoing étant extrêmement longue , le camp de Menin a eu le temps de se porter sur Roncq et de le reprendre; un bataillon du Finistère, en se' retirant, a lAchement abandonné ses pièces et canons. Nous avons pris un obusier dans Tourcoing. Une fausse attaque a été dirigée de Pont-à-Marcq sur le camp de

téae an vii (18 mars 1799)1 maire de Dreux en 1801, chendier de la Légion dlionnear, mort à Paris le 9 janvier 1890. Le général Joly avait fait les campagnes d'Amérique de 1778 â 1783 et y avait reçu deux blessures. Tune à Tattaqae de Sainte- Loâe le 18 décembre 1778, et Tautre è la surprise de Saînt^Eusiache le a juin

^') Le ik septembre suivant Ronsin et tes «namiasaires nationaux écrivaient de

Saumur au ministre de la guerre pour ac-* cuser Joly de moUesse et de mauvais vouloir dans Taffaire du 1 a septembre et conclurent en ces termes : «Nous croyons que cet homme ne peut pas être employé dans les armées de la République.» (Orig., Arch. adm. de la guerre, dossier Joly.) Sur cette dénonciation Joly fut su^iendu le 18 septembre.

^ Cr. Foucari et Finot, La dtfenêê twnale dam U Nûrd, U, 3a et suiv.

62 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [99 aogt 1793.]

Cimog. Nos troupes araieiit eommeiMë k j avoir da foceès; mais s^ëtani Isinirfii ^MMiranter par la cavalerie ennemie, nous avons en le oialheiir de perdre trois pièces de canon.

Après la prise de Tourcoing, je complais rassembler tontes mes colonnes et marcher sur le camp de Menin ; mais les troupes se sont livrées dans le village de Tourcoing à nn tel excès de piHage et d'ivrognerie, qa'il m'a été impossible de rien Cure et que j'ai éHé foné de me retirer sur Mouveaux, dans la crainte que Tennemi, ne revenant en force, ne me trouvât dans ce désordre ^xravantable. Si les troupes, commandées par le général de brigade Dupont ^*\ avaient écouté sa voix, elles auraient eu un succès complet; mais, après avoir emporté le village i la baïonnette, la vue de deux pelotons de cavalerie les a mis en désordre et les a dit retirer, de sorte qu'3 a Cdln recommencer Fattaqne. Plusieun corps se sont fort bien conduits. Le ci-devant r^;iment d*Anxerrois, après avoir entré dans le village par la droite, en est sorti pour se mettre en bataille. Je prendrai des connaissances exactes de la conduite particulière de tous les corps, afin de voos en rendre compte.

Je vous le déclare, citoyens représentants, si dès l'instant il n'est pas pris des moyens sers et prompts de réprimer le brigandage et faire renaître la disripiine et l'obéissance, il est impossible de conduire les troupes à la victoire. Les dn^^ons et un des repr^ntants du peuple, qui travaillaient avec mm pour empêcher le pillage et faire sortir les troupes du village, ont été couchés en joue par des volontaires. Assignats, lits, meubles de toute espèce ont été enlevés, nudgré mes eflbrts et ceux des représentants du peuple, dans un vfllage français que noua venions d'arracher des mains des satellites des despotes. D est indiqiensable qu'un géDinl en chef, et tout commandant une expédition , puisse former dans l'instant, on il le jugera convenable , un conseil de guerre composé d'un petit nombre d'officiers, sous-oflfeiers et soldats , pour juger et exécuter sur Thenre les pillards et les indisciplinés ^').

(1) Pierre Dupont, né à ChalMaiaiB( Charente) le h juîllei 1 765 , officier d^artillene au service de Hollande de 1787 à 1790, Boii8-4ieuteiiani au is* d^infanterie le SI juillet 1791, capitaine au sa* ie 1 9 janvier 1799, lieutenant-colonel le 18 septembre 179s, adjudant général chef de brigade le i5 mai 1793, général de brigade provisoire le s6 août 1 793 , confirmé le 3i octobre 1795 , général de division le 9 mai 1797, comte de TEmpire en juin 1 808 , arrêté après la capitulation de Baylen le 99 septembre 1808, destitué le 1*' mars 1819, ministre de la guerre du 1 3 mai au 3 décembre 1 81 & , destitué par Napoléon le 3 avril 1 8 1 5 , ministre d'Etat le 19 septembre 181 5, retraité le i3 avril i839, mort à Paris le 7 mars 18&0.

<*) Le s septembre 1793, Honchard donna les ordres suivants pour essayer de rétablir la discij^e (Arch. de la guerre, armée du Nord, reg. XllI bi$, UA. 83 V*) :

«D est défendu, sous peine de su^iensbn , aux ofiiciers et sou»-ofiiciers de mettre des mdles et des ballots sur des chariots; ces voitures ne sont destinées qu^à porter les effets de campement

«Il est défendu aux femmes de soldats de monter sur iesdites voitures, sous peine d^étre barbouillées de noir, promenées k la télé du camp et renvoyées.

«Il est défendu aux soldats de mettre sur les mêmes voitures leurs sacs, marmites, bidons et autres effets de campe* * ment, sous peine do quinae jours de garde de camp, et , s*ils récidivent, punis comme

[99A0ÔT 1793.] œRRESPONDANGE MILITAIRE DU COMITÉ. 63

Nous avons frit environ 1 90 prÎBonniers , dont 5 offksiera. J'en aurais fait plus de deox mille, si j'avais eu un corps de aS.ooo bommes. Cette attaque a produit le bon eflst de jeter Tëpouvante cbez les ennemis et de porter le camp de Lille plus en avant pour nous préparer aux grandes attaques que je médite aussitôt que les troupes de la Mosdle seront arrivées.

La position actuelle des ennemis demande que je cbange les projets d'attaque que j'avais médités. Les forces que les ennemis ont portées devant Dunkerque me forcent à diriger ma principale attaque du côté de Menin, pour marcber de là, après avoir passé la Lys, sur le flanc gaucbe des Anglais du cAté d'Ypres. En conséquence je vais poster le plus promptement possible 3&,ooo bommes d'infanterie et A,ooo de cavalerie, pouj* oi^aniser une armée de 5o,ooo bommes, à la tète de laquelle je me mettrai moi-même; les autres 10,000 bommes de l'infanterie de la Moselle et le reste de la cavalerie seront portés sur Maubeuge et Cambrai ponr attaquer Cobourg. Telles sont les dispositions générales que je puis vous présenter dans ce moment et qui pourront varier suivant la position de l'ennemi.

Je fais au ministre le tableau du parc d'artillerie. D est instant qu'il me procure les objets que je lui ai demanda, et qu'il m'envoie surtout a& pièces de quatre dont je lui ai déjà fait la demande. Je lui écris aussi de m'envoyer de la poudre, des obns de 6 pouces pour Lille et Maubeuge. Que le tout se rende en poste , car la cbose presse.

Les derniers rapports qu'on m'a envoyés de Dunkerque disent que l'ennemi a fait sa première parallèle, de sorte qu'il faudrait que sous buit jours je fusse en mesure de pouvoir marcber avec les grandes forces que vous me destinez. Maibeureusement le a* r^iment de carabiniers ne sera pas encore arrivé. Cela me fait beaucoup de peine; s'il y a un moyen de le faire avancer plus vite, je prie le ministre de l'employer. Je lui recommande de tàcber de m*envoyer au moins 3,000 ehevaux d'artillerie. Nous avons beaucoup de pièces qui ne peuvent marcber, faute de cbevaux. On estime à 5o,ooo bommes les troupes qui sont devant Dunkerque et Bergues. Quant .à Cobourg, il tient toujours la forât de Mormal et envdoppe le Quesnoy ^*K

désobéianut am ordres donnés par le général encbef.

«Les bataillons ne pourront avoir, sous tnciin prélezle, plus de cinq voitnres des charrois à leur suite, et il est défendu expressément aui cheb de donner des réquisitions pour avoir des voitures. Les chefs seront responsaUes en lew* propre et privé nom, et, s^il s'en trouve plus de cinq, le dief payera 36 livres par jour au profit de Tadministration des charrois.

«Les officiers de Tannée ne pourront phis prendre individuellement leur viande ; eile doit être dâivrée i tous les officiers de la même compagnie ensemble. L*administration des viandes est autori9ée à \a leur

refuser. On donnera une garde suffisante à Tadministration.»

<*) Le 3o août, le ministre de la guerre Bouchotte invita Honchard è réprimer le brigandage des troupes et à secourir Dunkerque au plus tôt : «rSecourei Dunkerque , ne laissez pas tomber cette clef importante de la mer dans les mains de nos ennemis. Détruises leurs magasins, leurs munitions, enfin faîtes échouer leur campagne , et qu'ils n'hivernent pas sur notre territoire. Ayei un succès, et les ennemis se détruisent d'eux-mêmes, les alliés se dispersent et la paix est demandée par le peuple anglais.}» (Minute, Arch. de la guerre, armée du Nord.)

64 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CAR^OT. [99 aoôt 1793.]

Les Prussiens font beanconp de mouvements; on dit qu'ils vont en Alsace, mais je me défie de ces ruses et je n'y crois pas encore. Les Hollandais sont environ au nombre de 90,000 hommes devant Menin et ces parages-ià.

Lorsque j'ai reçu les dëpéches du ministre concernant le général 0*Meara, nne de mes dépêches a d& lui dire les moyens que j'avais pris pour le remplacer. Cependant, comme les ordres pour Souham n'étaient signés qne par Berthelmy, le conseil de guerre a jugé à propos de ne pas reconnaître Souham comme commandant de la place. En conséquence, hier matin, j'ai expédié de nouveaux ordres au générd Souham avec ordre au général Jourdan de faire arrêter O'Meara, s*il ne sortait pas de Dunkerqne. Une heure après l'expédition de cet ordre est arrivée la lettre de suspension d'O'Meara que j'ai envoyée au général Jourdan pour la lui faire tenir. J'espère que ces mesures vous tranquilliseront et que Dunkerque sera vaillamment défendu ^^K

Gomme il n'y avait pour ingénieur dans cette place que le citoyen Faieonet, j'y ai envoyé ce matin Casimir Poitevin ^'\ qui est un jeune officier plein d'inldligence et de bravoure, et que je recommande au ministre.

<^) Le 3 0 août le générai Berthebny écrivit la lettre suivante â Souham (copie certifiée par Souham, Arch. naU, W 196, n* a5o) :

Quartier |éii6«l de GtttreUa, 1« 80 tout 179S, Pan n d« la Répobliqac.

kAu citoyen Savham, gàniral d$ brigade.

<rJe vous adresse, mon cher Souham, une lettre que vous fermeres et que vous remettre! au général 0*Meara, s*il était encore à Dunkerque. Sa présence dans votre ville étant absolument inquiétante, vous lui ordonnerei d'en sortir sur-lechamp; et, à la moindre difiiculté que vous éprouveriez, je vous donne Tordre de le faire conduire à Paris sur-le-champ par la gendarmerie nationale. Que faites-vous en ce moment? L'ennemi a-t-il fait des progrès? Vos troupes sont-elles disposées comme vous, c*c8t-à-dire à une vigoureuse défense? Souvenei-vous que, sous aucun prétexte, vous ne devez vous rendre, qu'il n*y a aucune raison pour que vos troupes et 'vous surviviez à la prise de la place de Dunkerque. Avec ce dévouement, Tennemi n'obtiendra rien, et il faut vous y résoudre. Tous les yeux de Tannée, tous ceux de k République sont fixés sur vous et votre garnison; nous marchons à votre secours, et vous ne tarderez pas à entendre notre

canon. Quand vous Tentendres ronfler, c'est alors qu'il faudra redoubler d'audace et , de concert avec nous . tomber sur l'ennemi i corps perdu. Ecrivez-nous; vos lettres nous trouveront en route. Je vous embrasse.

«BiaTHBLHT.»

Le même jour, le général Souham fit une prodamation pour annoncer aux membres du conseil général de la commune de Dunkerque qu'il allait prendre des mesures vigoureuses pour rétablir la disdplîne parmi les troupes. Le maire Emmery inrita, de son c6té, les citoyens de se conformer aux ordres du général. ( Impr. , Ârrfa. de la guerre, armée du Nord.)

t') Jean-Étienne-Casimir Poitevin, né à Montpellier (Hérault) le i& juillet 177a • élève sous-lieutenant du génie à Técole de Mézièrcs le la février 1799, lieutenant le 1 5 février 1 793 , capitaine le 1* juin 1 793 , chef de bataillon provisoire le 97 août 179a, confirmé le 17 janrier 1795, chef de brigade le 7 juin 1797, sous-directeur des fortifications le 98 mars 1800, directeur le 9& novembre 1801, officier de la Légion d'honneur le i& juin 180&, général de brigade le 95 décembre i8o5, baron le 18 mars 1808, lieutenant général le 96 avril i8t&, commaodeor de la

[3oâo«Ti793.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ. 65

Tai représente aa ministre que les bataillons, surtout ceux de volontaires, n'attachent aucun intérêt à leurs pièces de canon, et qu^ils les abandonnent sou- Yent k f ennemi sans les défendre. Il faut prendre là-dessus les moyens les plus violents et attacher une marque de déshonneur à tout bataillon qui aurait laissé prendre ses canons par Tennemi. Comme cette conduite Iftche tient principalement & la conduite des officiers , il faudrait destituer le chef et les capitaines de tons les bataillons qui n'auraient pas défendu leurs canons et ne les auraient pas disputés avec acharnement k Tennemi.

Le général en chef des armées du Nord et des Ardennes,

HOUCHAKI).

(Orig., Arch. do la guerre, année da Nord.)

16. PARIS, 3o AOÛT 1793 ^^K LE COMITE DE SAI.UT PUBLIC AUX REPRESENTANTS PRis LMRMiiE DU NORD ^"^K

Paris, le 3o août lygS, Tan 11 de la RépuUique française.

LES BEPBÉSSNTÀNTS DV PEUPLE MEMMBE8 DV COMITÉ DE SALOT PUBLIC AUX REPHESEItTAIITS DU PEUPLE EltrOTÉS Pnis L'ARMEE DU NORD,

Nous avons reçu, citoyens nos collègues, vos deux lettres écrites d'Arras en date du so août. Par la première, vous nous donnez des avis utiles sur Gustine, neveu du général; par la seconde, vous nous envoyez votre arrêté du 1 9 courant relatif aux mesures que vous avez cru devoir prendre pour ne pas laisser les armées manquer de subsistances. Il serait difficile de ne pas approuver vos soins à surveiller les hommes qui peuvent devenir suspects et à pourvoir aux besoins des citoyens qui se dévouent au salut de la patrie.

Les membres du Comité de salut public, Laz. Carnot, C.-A. Prieur.

(Ori;., Areb. dép. do Nord, L, liasse i&ii. — Publ. par MM. Foacart et Finot, 11, 37.)

Légion dlionneur le 9 3 août 1 8 1 &, vicomte de Maareiflan le 17 août 1893 , grand-officier de la Légion d^honneur le 93 mai 1896, mort k Metx le 19 mai 1899.

^'^ Le nom de Carnot ne 6gurc pas parmi les présenta au Comité. (Cf. Aulard, YI,.t8A.) Cependant on trouve à cette date

deux arrêtés écrits par lui : i"* payement de 160 livres au citoyen Berkem; 9"* autorisation donnée à la Trésorerie d*échanger les assignats démonétisés qui se trouveraient dans les caisses des corps militaires.

t*) Hentz et Duquesnoy. — Celle lettre ne figure pas dans le recueil de M. Aulard.

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CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [3o aoAt 1793.]

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