LE G^N^RAL JOURDAN AU MINISTRE DE LA GUERRE BOUGHOTTE
Aa quartier générai à Gavrelle, le a8 septembre 1793, n* de la République.
LE GinitiAL JOVRDÀN AV MINISTRE DB Là GVBRBS.
Je VOUS préviens , citoyen ministre , qu'il est entré dans Bouchain un trésor et un convoi de fourrages ; j'y ai pareillement jeté des troupes. L'ennemi , quowue très près de cette place, ne parait pas vouloir l'attaquer; tous les rapports s'accordent k dire qu'à se porte sur Maubeuge.
D existe dans cette place et son camp retranché plus de dix-sept mille hommes , mais il y manque un général de division ; j'y en ai cependant trouvé trois dans mon dernier voyage, Gudin, Chancel et Ferrand ^^\ Le premier est hors d'état de servir à raison de ses inGrmités , le second vient d'être destitué et le troisième est malade; j'y envoie un courrier pour avoir une connaissance plus exacte de leur position.
Beiges et Dunkerque témoignent des craintes. Je doute cependant que lennemi reconmience une attaque sur ces deux places.
li'ennemi a beaucoup de cavalerie sur tous les points de notre frontière et notamment à Solesmes. Nous, au contraire, en avons peu, et le défaut de fourrages et snrtoat d'avoine finit d'exténuer les chevaux. Je demanderais donc , et il est de la dernière importance , que vous fassiez un effort pour m'en procurer et jeter
'*^ Le Comité écrivit en effet, le a 8, à ^') Bouchotte a écrit en mar^ : «Outre
Trullard et è Beriier, qui répondirent le Ferrand, il y a Meyer. Voua pouvez encore
3A8q)tembre. (Cf. Aulard, VU, i36.) en envoyer un autre, si cela est néces-
'*) Ces mots sont de la main de Garnot. saire.n
216 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [%S sm. 1793.]
dans cette armëe toute cdle qui est dans Tintërieur. Je manque aussi d un gténëral de cavalerie; il faudrait ni*en donner un , et un bon ; je n'en connais pas dans cette armëe ^^K
Je vous préviens aussi que plusieurs places me demandent des mineurs; je ne sais là où il y en a de disponibles.
Je travaille à un plan d'opération pour m'opposer aux progrès des tyrans sur la terre de la liberté. Je vous le soumettrai lorsqu'il sera achevé.
Pour me faciliter dans mon projet, il serait à propos que je pusse mettre dans les places des citoyens de la nouvelle levée en y laissant cependant un peu d anciennes troupes, mais il faudrait que ces citoyens (îuaent armés.
JooaDAH.
(Orig., Areb. de la guerre, armée do Nord.)
a 8 SEPTBMBBB 1793.
LES GlÎN^BiUX BBAUR6ARD, BBTSSBR, fllB ET SERVIEZ
AU COMITE DE SALUT PUBLIC
Analyse, — f Le général Beaurgard écrit de Réunion-sur-Oise (Guise) pour se plaindre du général Belair, qui le laisse dans un complet abandon. On lui enlève ses forces et ses ressources, de sorte qu*il sera hors d'état de résister à Tennemi. Il demande que des commissaires de la Convention viennent juger des «opérations qu'il a faites. (Orig. , Arch. de la guerre, armée du Nord.) — 9* Le général Beysser écrit de Paris pour demander k être entendu par le Comité sur les causes de son arrestation ^^K (Analyse, Arch. de la guerre, corr. gén.) — 3* Le général
(0 Bouchoite a écrit ea marge : crColaud, Despinoy, Bonnaire, Duquesooy sortent de la cavalerie. Les carabiniers ont ordre de se rendre au Nord. Tenvoie ordre à Bagel , général de cavalerie , de se rendre au Nord.B
(*) Le même jour ie Comité de salut public arrêta que le général Beysser serait traduit sur4e-champ à la prison de l'Abbaye. (Cf. Aulard, VII, 101.) — Le 9 octobre Beysser écrivit de la prison au représentant Meriîn de Douai la lettre suivante , dont Toriginai autographe a passé par mes mains :
«A rAbbaf«, le 9 octobre 1798, l*aD 11 de !• Répnblique noe et indivmble.
«Oui, je serai toujours votre ami, car je n*ai pas trahi les intérêts de la Répu-
blique et je ne les trahirai jamais, même alors que je cesserais de combattre pour elle. L'injustice du traitement que Réprouve n'est pas capable d*influer sur mes opinions politiques. Ce n^estni Tambition, ni la soif de la fortune qui m^oai porté vers le parti que j'ai embrassé, mais l'amour de la liberté et de l'égalité. Je ne suis pas dans cette caste qui se consume encore eu vains eflbrts pour reconquérir ses droits et ses pririlèges; la Révolution m'a élevé à un poste auquel j'aurais été bien éloigné de prétendre sous l'ancien régime; je n'ai rien à espérer de son retour, j'aurais tout à en craindre, s'il était possible. II faut donc être bien aveugle pour croire que j'aie pu lâchement abandonner la cause que j'ai ju8qu*id défendue
[aSsBPT. 1793.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ. 217
Élie écrit de Givet pour rendre compte du zèie et de Tactivité des représentants du peuple près Tannée des Ardennes. (Analyse, Arch. de la guerre, corr. gén.)
arec tant d'énergie. Que les hommes aussi sages que vous comparent ma conduite passée, qu*iis se rappellent mes combats multipliés, j'oserai même dire mes succès, et qu'ils apprécient les imputations qui me sont faites. D y a longtemps qu'il ne serait plus question de ia Vendée, si l'on avait voulu suivre mes idées à ce sujet. Elle serait même encore bientôt soumise, à Ton consentait à i'eiécution d'un plan qui se trouve dans mon portefeuille déposé en ce moment au Comité de sdut public. Ce plan n'est pas d'un traître à coup sûr. Eh I comment depuis que je suis ici n'at-on pas encore examiné mes papiers , parmi lesquels j'ai déjà écrit deux fois aux membres du Comité que ce plan se trouverait. Il serait bien étrange qu'on eût levé les scellés hors ma présence.
«Au surplus un général ne peut être garant que de la bonne foi de ses dispositions, de son obéissance aux décrets, de sa fidélité dans l'exécution des ordres de ses chefs et non pas de l'inertie ou de la lâcheté de ses subordonnés. Pai vaincu tant que j'ai été obéi, je l'ai été aussitôt que les soldats ont méconnu ma voix et négligé l'exemple que je leur ai donné du courage et de l'intrépidité. Je désire que ceux qui m'ont succédé soient plus heureux, ils ne seront pas plus fidèles. Le rapport que Barére a fait hier à la tribune sur la situation de la Vendée , indique faiblement à la vérité, mais indique suifisament pour les hommes de bonne foi la cause de l'échec que nous avons éprouvé. Les faits commencent donc à s'édaircir; n'aurait-il pas été plus juste d'attendre qu'ib fussent tout à fait connus pour frapper les vrais coupables et ne pas s'exposer à punir aussi rigoureusement un général innocent et qui a peut-être bien mérité de la patrie. Je représente en ce moment un contraste bien étonnant : je sois emprisonné comme un traître ou un Uehe, et dans ce moment même on me traite ici de la fracture d'une côte brisée
d'un ricochet de biscayen, circonstance qui me donnerait droit à des récompenses, si j'en ambitionnais d'autres que la gloire d'avoir servi mon pays. Si j'avais succombé sous le coup , ma mémoire eût été chère à mes condtoyens, j'aurais obtenu peut-être, ainsi que le général Dampierre, les honneurs de l'apothéose. Quelle différence de mon sort actuel à celui que la mort m'eût procuré. Au surplus, quelque soit celui qui m'est réservé , je serai toujours le digne ami de Meriin (de Douai), et si l'erreur de mes juges était telle que je fusse condamné à perdre ia tête, je la porterai sur l'échafâud avec le courage d'un soldat français et, sous la hache fatale, je crierai encore Vhe la République! «Je suis bien touché de la sensibilité de votre fils. Il n'est pas surprenant qu'il m'accorde quelques regrets, car, quoique jeune encore, il est en état d'apprécier ma conduite; il a toujours combattu à mes eûtes. Chérissez-le bien, car il est bon républicain et brave soldat.
«Tout à vous, mon ami.
trJ.-M. Bbtssbb.
«J'oubliais de vous dire que j'avais, tout mis en œuvre pour remplir la mission particulière dont m'avait chargé le Comité de salut public, mais il aurait fallu de la discrétion, et on en a manqué. Tout était connu quand je suis arrivé à Nantes , et le bruit public avait averti de fuir ceux que j'étais chargé d'arrêter. J'ai déjà rendu au ministre de la justice le compte des fonds que j'ai reçus pour l'exécution de mes ordres secrets. Je suis en état de justifier de la dépense de ce qui a été employé , et je suis prêt à rendre le surplus. Ainsi je p'ai pas abusé ni dissipé les deniers de la République. Communiquez cette lettre à Perard, rappelez-moi à son souvenir. Répondez-moi, demandez-moi toutes les explications que vous croirez nécessaires. Je suis jaloux de vous satisfaire sur tous les points, n
âl8 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [39 sept. 1798.]
— &* Le gënënl Serviez ^'^ écrit de Landan que, promu gënëral de brigade par un arrête du représentant Dentzel , ii vient d'être suspendu par le général LaulMi- <.lèro^'\ sans motif, sans justice, ou, pour mieux dire, pour avoir soutenu la repriWntation nationale outragée dans la personne du citoyen Dentzel. Il nVlame justice ^'^ (Orig. , AitIi. de la guerre, armée du Rhin.)
L8 GOMITé DR SALUT PUBLIC À LB6B1IDRB DR U NiiVRR.
Paris, le 99 septembre 1798, Tan u de la République une et indivisible.
LB courra DK SàLVT public DB là CONVBimOH nation ÂLB àO CiTOTBN LBGBNDRB.
Le Comité a reçu, citoyen, les observations qui lui ont été adressées par le citoyen Boullyer, mattre du fourneau de Druy, district de
(') Emmanuel -Gervais de Roergax de Serviez, né à Saint-Gervais (Tarn) le 97 février 1755, lieutenant au régiment provincial de Montpellier en mai 1779, souslieutenant au régiment de Roiissillon le
97 août 177a, lieutenant le 91 novembre 1781, capitaine le 6 mars 1788, commandant la place de Sarrelouis le 9 septembre 1799, lieutenant-colonel du 4i* i^iment \e tk janvier 1793, cbef de brigade du 55* le 8 mars 1793, général de brigade provisoire à Tarmée du Rhin le 99 août 1793, suspendu le 98 septembre 1793, réintégré le 98 nivôse an m (17 janvier 1795), commandant temporaire de Belle- Isle-en-Mer le 10 floréal an ni (99 avril 1790), employé à Tarmée dllalie le 95 prairial an ni (i3 juin 1795), réformé' lé
98 ventôse an v (18 mars 1797)1 préfet dos Basses-Pyrénées le ]3 ventôse an 11 ('i mars 1801), député de ce département le 6 germinal an x (97 mars 1 809 ) , membre de la Légion d'bonneur le 4 frimaiae an xn (96 novembre i8o3) et commandant le 95 prairial an xti (th juin 1806), mort à Paris le 19 octobre i8o4.
^■> Joseph-Marie de Tenet, chevdier de Laubadèrc, né à Ba88oue8(Gers) le 97 avril 1745, lieutenant à l'école de Mciièros le 1*' janvier 1760, ingénieur ordinaire et lieutenant en premier le 1"' janvier 1767,
capitaine le i*' janvier 1777, adjudant général lieutenant-colonel le 16 mars 1799, adjudant général colonel le 3 septembre 1 799 , général de brigade le 8 mars 1 798 et de division le 1 5 mai suivant, commandant de Landau le 98 juillet 1798, arrêté le 90 prairial an n (8 juillet 179&) et conduit à Paris, mis en liberté le i o thermidor an II (98 juillet 179^), envoyé à Tarmée d'Italie le h fructidor an 11 ( a 1 août 1 79&), non compris dans Torganisation du 95 prairial an m (1 3 juin 1795), retraité en Tan iv, mort k Pouylebon (Gers) le 8 avril 1809. — Cf. Mémoire de la vie politique et militaire du général Laubadire, défnieeur de Landau, pièce de 8 pages infol. , et y.-Af . Laubadère , général de divinon , commandant à Landau y h G, -F. Dantzd, repréeentant du peuple , mémoire signé de 80 pages in-fol. (Arch. adm. de la guerre, do «ier Laubadère. )
(^) Le général Serviei publia, le 6 ventôse an II (94 février 179^)1 une brochure de 37 pages intitulée : Expoté de la conduite éP Emmanuel Serviez , eoldai de la lAerté, député la Révolution et notamment pendant le blocue de Landau , oà il était employé en qualité de générid de brigade, (Cf. Arch. nat, AFu 307).
(*) Carnot est présent à la séance du Comité. (Cf. Aulard, VII, 109.)
Decize, sur l'arrestation des fers pour le service de la République, et il va vous faire part des décisions auxquelles elles ont donné lieu , en vous invitant de concourir de tous vos moyens à leur exécution.
Le citoyen Boullyer observe que son fourneau est sans forge et que les fontes qui en proviennent sont vendues à des maîtres de forge qui doivent les affiner, que même il a des marchés pour en livrer encore par la suite. Tout cela doit avoir son exécution; mais, conformément h l'arrêt du Comité, les fontes doivent être saisies dans les forges qui les affinent, et là elles doivent être traitées pour le service de la République et converties partie en fers d'échantillon et partie en lames à canons, pour être ensuite expédiées pour Paris et payées par le département de la guerre.
Le fourneau est mis hors, faute d'eau et d'approvisionnement, et ne devait être mis à feu qu'au 1 5 décembre. Le citoyen Boullyer est vivement engagé à presser les approvisionnements et à hâter le plus qu'il pourra la remise à feu.
Il se plaint de la difficulté d'avoir des grains pour la nourriture de ses ouvriers. Du moment que les produits d'une usine sont évidemment destinés à la défense de la République, il faut autoriser les maîtres de ces usines à garder le grain qu'ils ont récolté et qui est nécessaire à la nourriture de leurs ouvriers , et même à en acheter, s'ils en ont besoin.
Leurs ouvriers et leurs employés ordinaires et nécessaires à l'administration de leurs établissements sont requis pour le service de la République et employés dans les forges et fourneaux auxquels ils sont attachés, le service qu'ils rendent en contribuant à la fabrication des armes étant plus utile que celui qu'ils rendraient avec leurs bras mal armés.
Beaucoup de particuliers achètent des bois pour les convertir en marchandises et diminuer la confection du charbon. Il faut surveiller ces abus et faire en sorte que les forges et fourneaux travaillant pour la nation aient leurs approvisionnements suffisants, et ne favoriser la conversion en marchandises que des bois nécessaires au service des armées de terre et de mer.
Quant aux billets que des maîtres d'usines recevaient des débiteurs et qui leur procuraient des fonds d'avance, ils pouvaient être suppléés par des facilités que pourra procurer le ministre de la guerre.
iSO CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [99 sept. 1 793. ]
ou i administration centrale quai Voltaire , n* & , lorsqu'on traitera avec eux , en leu^ donnant sAretë suffisante.
Le Comité vous recommande avec la plus vive sollicitude de tenir la main h IVxécution des mesures salutaires qu*il prend et dont nos ennemis sentent Timportance puisqu'ils emploient tous les moyens de les entraver.
Les membres du Comité de salut public,
Gabnot, HiSbadlt, Robbspibbrb.
(Orig., coll. de M. Etienne Chararay.)
PABI8, 529 8BPTKMBBBI793. BBFPBOY^^) A CABIIOT.
Parit, le 99 septenibre «793, fan n de la R^pabliqne franfaiae, une et indiviaililr.
t.-ir. MMFrMOT, DÉPOTE DB L'ÀISUE ,
1 SON coiiàevs càSïïOT, mmmmsm du couni dm sâujt pomuc.
Vous savei, mon cher Camot, que riatërét général se forme de la masse des intérêts particuliers. Sous ce rapport, une justice demandée par un seul individu doit lui être accordée le plus promptement possible; mais c^est surtout lorsqu'une demande intéresse cent Camoilles, dont le plus grand nombre sont de vrais san^ culottes, dans le même pays et dans un département voisin de Tennemi, que la politique augmente la force des raisons qui mflitent en faveur de cette demande et que la justice doit être prompte. Évitons de faire crier k Tinjustice avec qudque fondement, évitons de donner aux aristocrates un motif de discréditer la Convention-, la solvabilité et la bonne foi de la République et les assignats.
Les citoyens que je vous adresse sont ruinés et vexés de toute part; cent familles sont intéressées à leur sort : il tient à la solution d'une question simple et qui n*exige pas deux minutes d'examen. Le Comité de salut public est le seul compétent pour la décider. Le rapporteur est prêt. U sera à midi et demi au Comité, ainsi que plusieurs membres. Notre dépntation doit s'y rendre; je vous prie en grâce , brave ami de la justice et de Thumanité , de vous y trouver aussi. Lisez le précis que je joins à ma lettre; vous verrez que le fond de raifaire est jugé , que deux ministres, tout en convenant qu'il faut payer et qu'il faut que l'un des deux paye, rejettent chacun le payement à la charge de l'autre. D n'y a que cette qnes-
^'^ Louia-Étienne Beflroy de Beauvoir, tion, membre du Conseil des Cinq-Cents, né à Laon( Aisne) le a avril 1755, ancien proscrit en 1816, mort à Liège (Belcapitaine, député de l'Aisne à la Gonven- gique) le 6 janrier iSaS.
[aQSKPT. 1793.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ. 221
tion de haute administration k résoudre : «Qui payera, du ministre de la guerre ou de cdtti des contributions ?n Le ministre de la guerre a demandé la solution et Tattend. D y a vingt-deux jours qu'il Ta sollicitée du Comité.
Salut et fraternité. Comptez sur rattachement et la reconnaissance de votre fidèle collègue.