‹ Correspondance générale de Carnot (volume 2)Chapitre 89 sur 147 · R^GIT DE LA BATAILLE BB WATTIGNIBS, RISOIG^ PAR LE G^N^RAL JOURDAK · texte numérisé non relu

R^GIT DE LA BATAILLE BB WATTIGNIBS, RISOIG^ PAR LE G^N^RAL JOURDAK

Le prince de Cobourg, informé de la marche de Jourdan, laissa un corps d'observution autour de Maubeuge et posta son armée de manière à couvrir tous les débouchés par où les républicains pouvaient s'approcher de la place. L'aile droite, aux ordres du comte de Bell^farde , s'appuyait à la Sambre près Berlaimont; la plus grande partie de la cavalerie était réunie sur ce point. Les avant-postes tenaient Levai sous Beriaimont, Saint-Waast, Moncheaux et Saint-Rémy; le centre, sous le général Glerfayt, adossé au bois en arrière de Douriers et couvert de quelques retranchements, défendait ce village et ceux de Saint- Aubin et Fioursie8;la gauche, aux ordres du général Terzy, à Wattignies, dans une position qui paraissait inexpugnable , occupait Dimont et Dimechaux ; un corps d'environ quatre mille honunes , détaché sous Beaumont, sous le commandement du général Benjowsky, observait

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iefi bataillons de nouvelle levée rassemblëB à Philippeville; enfin, les réserves, campées à Damousies, Beaufort et Fontaine, étaient à portée de soutenir les points les plus faibles.

Le 1 5 oetobre , Tannée française se mit en mouvement sur quatre colonnes. Le général Fromentin, avec sa division et celle de Corddlier^'\ avait Tordre de se diriger sur Moncheaux et Saint-Rémy, de chasser Tenoemi de Levai et Saint- VVaast, d'y laisser une partie de ses troupes pour couvrir sa gauche, de pénétrer ensuite dans les bois par Saint-Rémy et de tâcher de s'avancer jusqu'à Ëclaibes, ayant soin de ne point s'aventurer dans la plaine. Le général BaUand , ayant à sa suite une forte batterie de pièces de 1 3 et de 1 6 , suivit la grande route de Maubeuge, déploya sa division en avant du bois et engagea une vive canonnade. Le général Duquesnoy marcha sur Beugnies, ayant pour instruction de s'emparer de Dimont et Dimecbaux et de chercher à déposter la gauche des ennemis de Wattignies. Le général Beauregard déboucha par Solre-le-Château sur Eccles et passa sous les ordres de Duquesnoy, qui pouvait, suivant les circonstances, l'appeler à lui ou l'opposer au général Benjowsky, à portée de le déborder sur sa droite. Comme il était très important d*empécher le général ennemi de faire celte manœuvre , il fut prescrit au général Élie de s'avancer de Philippeville sur Silenrieux, ayant soin de marcher avec la plus grande circonspection , de n engager que des affaires d'avantpestes et de ne chercher à entrer h Beaumont que dans le cas où l'ennemi Tévacuerait. L'intention du générai en chef était d'attaquer le centre des alliés avec la division Balland , lorsqu'il apprendrait les succès des colonnes de la droite et de la gauche , et de réunir ensuite son armée à la tête des bois , la droite à Wattignies et la gauche à Édaibes.

L'action conunença à neuf heures du matin. Le général Fromentin chassa Tennemi sans beaucoup de peine de Moncheaux et de Saint-Rémy, et après un

(') Élienne-Jean-Françols Cordcliier, né k Faremoutier8(Seine-«t-Mame)ie 99 avril 1 767, fils d'un notaire , engagé au régimenl de Boulonnais (infanterie ) le 5 février 1786, congédié par gréce le 19 novembre 1788, capitaine dans la garde nationale de Faremoutiers le 1 & juillet 1 789 et au a* bataillon des volontaires de Seine-et-Marne le 11 septembre 1791* lieutenant-colonel en 9* le 3o avril 1799 et en 1*' le i5 mai 1 793 , général de brigade à Tarmée des Ardennes le 3 septembre 1 793 et de division le 1" octobre suivant, employé à Tarmée de rOuest le a8 novembre 1 798 , suspendu le i3 mai 1796, relevé de sa suspension le 19 ju^let 1795, autorisé à prendre sa retraite le i5 novembre 1797* chargé, avec le titre de chef de bataillon , le 7 juin 1 799 , de conduire à Tarmée du Rhin le 1 9* détachement des conscrits de Seine-et-Marne ,

employé dans le grade de général de division à Tannée d'Italie le 11 juillet 1799^ réformé le 99 mal 1 800 , admis à une soUlo de retraite de 3,ooo francs le 5 octobre 1819, chargé d'organiser la levée en mns o dans l'arrondissement d'Epemay h la fin de t8i3 et de commander le dépôt d'officiers espagnols assermentés k Sézanne du 9 janvier au 5 février i8iâ, mort à Parii le 10 juillet 18^5. — Le général Cordellier avait écrit d'Avesnes au ministre de la guerre le 1 3 octobre 1 793 pour lui accuser réception de sa nomination au grade de général de division, «r Celle nouvelle marque de confiance de la nation apporte sur ma tête une responsabilité plus étendue, mais, fort de mon patriotisme , je vais redoubler de zèle pour prouver k mes concitoyens que je suis digne de leur confiance, n (Orig., Arcb. adm. de laguerre , dossier Cordellier.)

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combat plus opiniâtre enleva les postes de Levai et de Saint-Waast. Ces premiers avantages lui ayant inspire trop de confiance , au lieu de se conformer à ses instroclions, il déboucha par Saint-Waast dans la plaine, en présence de toute la cavalerie autrichienne , qui manœuvra pour Fenvelopper. Ses troupes connaissant mieux que lui le danger qu'elles couraient, se mirent en retraite d'dles-mémes et revinrent en désordre dans le ravin qu'elles venaient de franchir, arrêtèrent la cavalerie et se soutinrent à Saint-Rémy et à Monceaux. Fromentin, citoyen dévoué à sa patrie et plein de courage^ ignorait les premiers âéments de Tart de la guerre et croyait fermement ce qu*on répétait sans cesse à la tribune de la Convention et k celle des Jacobins, que tout le talent d'un général consistait à charger h la tète de ses troupes Tennemi partout où il le rencontrait II n'est donc pas surprenant qu'il n'ait pas su conduire une opération qui demandait des combinaisons et de la prudence.

Le général Duquesnoy, k la suite d'un combat très vif, s'empara de Dimont et de Dimechaux, mais ne se crut pas assez en force pour attaquer le camp de Wattignies et négligea néanmoins d'appeler à lui le général Beauregard , resté mal k propos à Ecdes , où il n'aperçut que des éclaireurs.

Lorsque Camot apprit que Fromentin avait forcé Saint-Waast et Duquesnoy Dimechaux, il crut la bataille gagnée et proposa de marcher sur Douriers. Ce fut en vain que Jourdan lui représenta qu'avant d'engager le centre il était prudent d'attendre que la gauche eût gagné plus de terrain; Camot persista dans son opinion, paria d'énergie et d'audace et donna à entendre que cette prudence laissait échapper la victoire. Jomtian , cédant à un sentiment de fierté et à la vivacité de son âge , se mit à la tête de la division Balland rangée sur deux lignes et se porta en avant. Arrivé sous un feu roulant d'artillerie au ravin qui est en avant de Douriers , il fit inutilement les plus grands efforts pour le franchir. Les premiers bataillons qui débouchèrent furent culbutés par la mitraille et la mousqueterie, et une compagnie d'artillerie légère eut ses pièces démontées, ses chevaux et une grande partie des canonniers tués avant d'avoir mis en batterie. Désespéré de voir férir inutilement tant de braves et cherchant une mort glorieuse , le général en chef sortit du ravin pour encourager les troupes par son exemple et s'exposa au danger le plus inuninent. De cette position il aperçut une colonne qui commençait k couronner les hauteurs à gauche de Saint-Aubin et se disposait k attaquer ea flanc; dors les commissaires de la Convention consentirent à la retraite et la division revint à sa première position , après avoir perdu par trop de précipitation douze à quinze rents hommes. La nuit mit fin au combat ^^K

On a lieu d'être surpris que le prince de Cobourg n'ait pas profité d'une &nte si grossière. S'il se fût précipité avec son centre sur la division Balland agglomérée dans le ravin , il l'eut facilement détruite. Marchant ensuite sur la droite de celle de Fromentin, il l'eût vraisemblablement dispersée et remporté une victoire complète. Heureusement il ne fit aucun mouvement offensif.

<^) Si ia vérité nous a obligé de rappeler son frère donnèrent au génénd en chef des ce fait, elle nous fait aussi un devoir de dire conseils utiles. (Cette note émane de Jourquc dans d'autres circonstances Camot et dan et prouve son désir d'impartialité. )

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Le gënëral en chef, reconnaissant qu*il avait eu tort de multiplier ses attaques, prit la détermination de porter ses forces principales sur Wattignies. Pendant la nuit, neuf bataillons et huit escadrons des divisions de gauche et du centre se réunirent à Beugnies et passèrent sous le commandement du gënëral Duquesnoy. Le gënëral Fromentin reçut Tordre de reprendre Levai et Saint-Waast et de s*y maintenir; il lui fut eipressëment recommande de ne se porter plus avant que dans le cas où Tennemi se dëgamirait devant lui ; il fut prescrit au gënëral Balland de canonner vivement le centre des Autrichiens, de pousser de Tinfanterie aussi en avant qu'il le pourrait dsuis les bois à droite de la route de Maubeuge et de se tenir prêt à marcher sur Dourlers , aussitôt qu'il en recevrait Tordre. Le gënëral en chef, accompagne des commissaires de la Convention , se rendit le 1 6 au matin à son aile droite qui, au moyen des renforts qu'elle avait reçus, comptait a A, 000 combattants.

Wattignies, village assez considérable, situe sur une hauteur, entoure de haies et de jardins, couvert de ravins profonds où coulent des ruisseaux, et défendu par une nombreuse infanterie soutenue d'une réserve, paraissait inabordable. Néanmoins , ce poste étant la clef de la position des alliés , Jourdan se détermina à faire les plus grands efforts pour s'en emparer. Le gënëral Beauregard marcha d'Eccles sur Ohrechies pour couvrir la droite de Tattaque, menacer la gauche des réserves de l'ennemi et tâcher de se mettre en communication avec le camp de Maubeuge. Duquesnoy divisa ses troupes en trois colonnes ; cdile de droite se porta sur Choisies pour y traverser le ruisseau sur un point reconnu , celle de gauche le passa à Dimont et rencontra le ravin qui se prolonge en avant de Wattignies jusqu'à sa naissance; celle du centre, destinée à attaquer de front, attendait à Dimechaux que les deux premières eussent achevé leur mouvement. Cependant ses tirailleurs s'étant trop pressés de franchir le ravin furent culbutés. Duquesnoy les ayant fait soutenir, on nouveau combat s'engagea et les Français furent repoussés une seconde fois wrec une perte assez considérable.

Enfin la droite et la gauche ayant atteint les points indiqués, le signal de Tat-, taque générale fut donné et les trois colonnes se précipitèrent en même temp sur Wattignies.

Le général Terzy. attaqué avec la plus grande impétuosité sur ses deux flancs et sur son front, résista longtemps avec beaucoup de valeur et ne céda la position que quand les r^iments de Klebeck, Hohenlohe et Stein eurent été détruits en grande partie. Les escadrons ennemis s'étant présentés pour charger Tin&nterie , au moment où elle débouchait du vSlage , furent mis en désordre par des batteries judicieusement placées et poursuivis par la cavalerie républicaine. Alors les colonnes se déployèrent en avant de Wattignies et découvrirent Maubeuge , dont la nombreuse garnison restait tranquille spectatrice des prodiges de valeur qu'on faisait pour la délivrer.

Pendant que ces événements se passaient à Wattignies , le gënëral Balland se porta sur Douriers, défendu par les grenadiers bohémiens, et l'emporta à la suite d^un combat sanglant. Le général Fromentin de son cAté se rendit maitre de Levai et Saint-Waast et des bois entre Saint-Rémy et Saint-Aubin. La nuit qui survint ne permit pas aux Français de pousser plus loin leurs avantages , et le prince de

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Cobourg en profita pour faire sa retraite. Sa perte fut évaluée à six mille hommes et celle des Français à la moitié.

Cependant les républicains ne furent pas également heureux sur tous les points. Le mouvement du généi-al Beauregard sur Obrechies ayant fait craindre au général ennemi qu'il ne se tint par derrière avec le camp de Maubeuge , il détacha sur lui un corps de cavalerie. Soit que le général Beauregard n'eut pas les talents de son grade , soit que sa cavalerie ne fit pas son devoir, ainsi qu'il len accusa , il est certain qu'il se retira précipitamment et en désordre dans les bois, en avant de Solre-le-Château , et que , pour arrêter les escadrons ennemis , le général en chef fut obligé de faii*e rétrograder plusieurs des siens sur Dimechaux ^'^ En même temps le générai Élie, qui d après ses instructions devait se borner à des démonstrations, commit la faute de s'avancer sur Beaumont avec ses bataillons de réquisition et douze pièces d'artillerie. Le général Benjowsky se porta à sa rencontre et le seul as{)ect de sa cavalerie mit en fuite cette masse de recrues privée d'ofliciers. Onze pièces de canons furent abandonnées et les fuyards , ayant gagné les bois avant d'avoir été atteints, rentrèrent dans Philippeville sans autre peiie ^*\

Iâ) déblocus de Maubeuge tourna en faveur de la France les chances de la guerre. liCs alliés, maîtres de cette place, seraient sans doute sortis du système de circonspection qui les avait retenus sur les frontières, et lorsqu'on réfléchit sur la situation des armées et qu'on se rappelle qu'à cette époque les Vendéens étaient aux portes de Poitiers , Lyon en insurrection et Toulon au pouvoir de l'ennemi ,

^'î Le général Paillot de Beourejard fut suspendu de ses fonctions le 17 octobre 179.3, et mis en arrestation et conduit à Arras le 90. Il écrivit aussitôt aux représentants du peuple (orig., Arch. nat.

AA 5i , dossier 1/169) : tr J'arrive à la cita-' delle d'Arras par vos ordres; je vous prie do inc pcnnettre de me disculper devant vous des torts que l'intrigue a fait mettre sur mon compte et qui regardent un autre général. J'ai ouï dire que le général Duquesnoy s*était plaint de moi. Je ne blâme point sa démarche, parce qu'il n'a pu dire que ce qu'on lui a fait dire, attendu qu'il n'a pas pu voir manœuvrer les troupes de la di.ision que je commandais. La circonstance m'oblige à franchir les borner de la modestie; j'ai le droit d'avancer que ma conduite militaire , pendant les deux jours que l'on s'est battu , est digne d'éloges. Je les attends de votre justice, citoyens représentant s , lorsque vous saurez la vérité. . . n — Le (') prairial an 11 (sB mai 1796), il rôdigea un mémoire justificatif où on trouve cette phrase sur la bataille de Wattignies :

rrli est bien vrai que le général Beauregard s'est échappé de l'ennemi qui l'avait enveloppé , qu'ensuite il a animé les troupes au combat et a fait jouer de suite l'artillerie légère, ce qui a précipité la retraite de l'ennemi et l'a empêché de faire de» prisonniers.» (Orig., Arch. adm. de la guerre, dossier Beauregard.) Le général Paillot de Beauregard ne fut mis en liberté que le 13 fructidor an 11 (99 août i79'0' W Le 16 octobre, le général Bertaux écrivit de Philippeville au maire de Givel pour lui mander la déroute des troupes du générai Élie. «rElle a entraîné la perte de toute son artillerie, excepté une seule pièce de canon de 8. Il y a eu beauc4)up de tués, de blessés et de prisonniers. Nous avons ici 97 Liesses à notre hôpital. . . Je vous prie, citoyen maire, au nom de la patrie, de faire partir de Givet , s'il est possible , quelques élèves en chirurgie pour aider ceux qui sont ici, car nous n'avons que deux élèves pour soigner les blessés et malades.'' (Copie, Arch. de la guerre, armée du Nord.)

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on est fonde à -penser qu'ils seraient arrivés à Paris sans rencontrer de grands obstacles. Battus devant Maubeuge , ils crurent devoir prendre des quartiers d'hiver en attendant de nouveaux renforts , et dans cet intervalle les armées françaises se recrutèrent et s'organisèrent , et la campagne suivante elles allèrent planter leurs drapeaux sur les bords du Rhin.

Jourdan dut en partie la victoire aux dispositions de son adversaire. Le prince de Cobourg tint son armée d'observation trop près de Maubeuge ; en l'établissant sur la lisière du bois des haies d'Avesnes , en arrière de la grande Helpe , la droite à NoyeIle&-8ur-Sambre et la gauche sur les hauteurs en arrière de Semeries , et fortifiant cette position de quelques ouvrages de campagne , il l'eût rendue inattaquable de front et aurait même pu s'emparer d'Avesnes, mauvaise place hors d'état de défense, avant l'arrivée de l'armée du Nord. Jourdan, obligé de se jeter sur sa droite dans un pays coupé de bois et de ravins et dépourvu de tout, livrant par conséquent aux partis ennemb ses conununications avec Guise , où se trouvaient ses magasins, eût été exposé à la plus affreuse disette. Supposons qu'après avoir surmonté cette di£Scu]té , il eât débouché sur Chimay pour prendre la direction de Beaumont, le prince de Cobourg, par un simple changement de front, se serait posté, la droite à Solre-le-ChÂteau et la gauche à Solre-sur-Sambre, dans une position également forte , couverte de bois et de ravins faciles à défendre. L'armée française , harassée par les marches pénibles , manquant de subsistances et ne se faisant suivre qu'avec les plus grandes difficultés par son artUlerie , eut été peu en état de l'attaquer, et pendant ce temps la garnison de Maubeuge , qui ne montra que de la faiblesse , aurait capitulé. On peut également reprocher au prince de ne pas avoir fait soutenir le général Terzy. Dès le 16 au matin il put s'apercevoir que son adversaire portait ses principales forces sur Wattignies; il était donc convenable de faire marcher les réserves sur ce point. La présence du général Benjowsky à Beaumont pour observer des corps de nouvelle levée y était fort inutile; posté à Obrechies, il eût tombé sur la d|*oite des Français et fait échouer leur attaque sur Wattignies (').

(') La victoire de Wattignies provoqua i'étoimement de TEurope et on en rechercha les causes. Cobourg fut accusé d*incaparité , comme le prouve une correspondance de Londres iofiérëe dans le Moniteur An 90 brumaire an u ( 10 novembre 1798) et dont voîd le texte : rtLondrêi, le a3 octobre, La levée du siège de Maubeuge et la retraite très hâtée du prince de Cobourg, quoique présentées par les gazettes allemandes comme une mesure de sûreté et une ruse militaire, fait partout la plus grande sensation. On n'imagine pas comment une armée, regardée comme l'élite des troupes de l'Europe, commandée par les plus habiles généraux du siècle, a été

forcée de fuir devant des sans-culottes et un général Jourdan, dont le nom n'avait pas été prononcé avant sa victoh^. Cet événement forcé , l'examen des prétendus talents de Cobourg et toutes ses dispositions depuis la prise de Valenciennes prouvent son incapacité. On sait d^une manière assurée qu'il ne doit la réputation qu'il a usurpée qu'aux conseils d'un officier général qui le dirigeait et que ses blessures ont forcé de se retirer. Le grand général, réduit à présent à lui-même , n'inspire plus que la méfiance à ses troupes et à ses alliés. La rivalité produit l'esprit de division, et cette grande ligue, si imposante, à laquelle rien ne devait résister, s'évanouira

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Jouixian, de son cAtd, eut iorl de ne pas porter pins de troupes sur sa droite. Dix mille hommes disperses le long du bois des haies d'Avesnes auraient tenu en échec la gauche et le centre des Autrichiens et, en marchant sur Wattignies avec le reste de son arm^, il aurait remporté une victoire plus complète ^'^

Le 17 au matin, le général en chef, accompagné des commissaires de la Convention , entra dans Maubeuge et témoigna son mécontentement au général Ferrand sur ce qn*il n'avait rien entrepris pour seconder Tannée, lui faisant observer que s'il eût porté brusquement dix mille hommes sur Perrière au moment où Taile gauche de Tennemi était culbutée , il aurait complété la victoire. Ce général donna pour excuse qu'ayant assemblé un conseil de guerre, le général Chaneel avait représenté que, ne croyant pas Tarmée du Nord en état de livrer bataille au prince de Cobourg, il présumait que Tennemi seul tirait le canon qu'on entendait, dans Tespérance de persuader k la garnison qu'on marchait à son secours et l'attirer par cette ruse dans une embuscade. D ajouta que cette opinion ayant paru vraisemblable aux membres du Conseil, il avait cru devoir s'interdire une entreprise qui aurait pu compromettre la place qui lui était confiée. On eût été fondé de lui répondre qu'en sa qualité de commandant en chef il était libre de rejeter l'avis de Chancel; néanmoins, les commissaires rendirent ce dernier responsable de cette faute et le traduisirent au tribunal révolutionnaire qui le condamna k mort

(Arcb. de U guerre , mémoires aatographes et inédits de Jourdan.)

1 5 ET 16 OCTOBRE t'J^S.

BULLETIN hjf L'ARMEE AUTRICHIENNE SUR LA BATAILLE DE WATTIGNIES.

An quartier général de Pont-sur-Sambre.

13 et tS octobre. Il ne s'est passé rien de nouveau à l'armée; l'ennemi n'a entrepris qu'une forte reconnaissance le 1 3 au soir, sans cependant inquiéter nos postes.

Le lâ. L'ennemi s'est approché avec toutes ses forces de notre corps d'observation placé entre la forêt de Mormal et Beaumont, et il y a pris poste. Il n'y a en

comme toutes les autres de cette nature, sans avoir rien fait, et il n^ea restera qu'un levain de haine produite par la jalousie qui règne entre les puissances codisées et les agents de leur ambition et de leur tyrannie.))

(^) Jourdan, on le voit, ne cherche pas à se faire valoir devant la postérité et, s*il constate les fautes de Tadversaire, il ne dissimule pas les siennes. Uopinion pu-

blique lui fut favorable. Au club des Ja^ cobins le sévère Hébert s^exprimait en ces termes le 18 brumaire an 11 (8 novembre 1793): <r Jourdan jusqu'ici s'est conduit vaillamment; ses ennemis même lui rendent cet hommage et, quoique jeune, il est, à mon avis, un grand homme, puisqu'il a déjoué , battu les généraux les plus consommés de l'Autriche.» (Cf. Monitew, XVm, 389.)

(lÔocT. 1793.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ. 319

que des afibires d'avant-postes, dans lesquelles la perte n'a été consëquenle ni de part ni d'autre, et nos avant-postes ont généralement gardé leurs positions.

Le i5. Dès la pointe du jour Tennemi se montra en fortes colonnes, pourvues de plus de cavalerie qu'à l'ordinaire; il marcha de toute part et fît replier nos avant-postes. Les bois et les ravins , que l'ennemi avait en avant et en arrière de lui, empêchèrent de le charger et apportèrent des obstacles à ce qu'il di«posftt avantageusement de sa nombreuse artillerie. On en vint donc à une très vive canonnade, dans laquelle l'artillerie de l'ennemi avait sur la nôtre l'avantage du nombre. Cependant nous empêchâmes l'ennemi d'avancer, et nous le forçâmes même, à l'aile droite et au centre, à se retirer. Le terrain était peu favorable k la cavaderie, et cellenci ne put rendre des services aussi prompts que de coutume.

Nous primes à cette affaire douze pièces de canon et primes et tnAmes quelques cents hommes; mais l'aile gauche Ait en quelque sorte entamée et ne put reprendre sa position qu'après avoir perdu beaucoup de monde. Les efforts du brave major de Stein , Nesdinger, ont beaucoup contribué à nous remettre de ce cAté-là. Le général major comte de Bell^rde a rendu de grands services k l'aile droite et a montré, ainsi que toutes les troupes, une grande intrépidité, comme aussi le lieutenant-colonel baron de Rouvroy, qui dirigeait l'artillerie et qui a eu un chevd tué sous lui. Le colond Schmidi, de l'état-major, s'est pareillement beaucoup distingué dans les différentes dispositions qui ont été faites. Le général d'artillerie comte de Cler&yt, qui se trouvait au centre du corps d'observation, s'est de nouveau montré, par ses talents et son intrépidité, comme un excdlent général. Le lieutenant génértd Terzy, qui commandait l'aile gauche, fait aussi un grand âoge du bataillon de Stein et de son commandant, déjà bien connu, le major de Nesdinger. En général, on ne saurait exprimer avec quelle intrépidité et quel sang-firoid nos troupes ont soutenu les attaques réitérées à tant de reprises pendant huit heures entières. L'ennemi s'étant retiré dans son ancienne position, sans qu'on ait jugé devoir le joindre de nouveau, on a lieu de s'attendre demain à une nouvelle attaque.

Le î6. Au matin il fit un brouillard extraordinaire et, dès qu'il s'édaircit, on vit de nouveau l'ennemi s'avancer sur les mêmes points que la veille; mais il s'était renforcé par différentes lignes de troupes fraîches très nombreuses qui appuyèrent le centre et l'aile gauche. Le feu de l'artillerie fut effroyable tpute cette journée de part et d'autre et fut secondé par un feu de mousqueterie non moins vif, et notre centre, ainsi que notre 'aile droite, se soutinrent parfaitement; mais l'aile gauche fut entamée. Cet événement nécessita de sa part un mouvement rétrograde, qu'elle n*exécuta que lentement et non sans avoir encore enlevé à l'ennemi neuf pièces de canon; mais la levée du blocus de Maubeuge en devint une suite nécessaire, exigée par la prudence, pour prévenir les suites qui auraient pu résulter de la division de nos forces, ce qui s'exécuta dans la nuit du 16 au 17 dans le meilleur ordre et sans la moindre perte. L'armée de siège passa donc la Sambre, près de Hautmont et de Recquignies, et celle d'observation la passa près de Boussières et de Pont Nous occupons actuellement la rive gauche de cette

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rivière. La valeur des troupes ne saurait être exprimée, ayant été sous les amies |)enclanL deux fois vingtH}uatre heures sans avoir pris aucune nourriture et ayant eu ù lutter contre un ennemi très nombreux; elles ont montre une bravoure que l'on peut dire sans exemple. Notre perte , dans les journées du 1 3 et du 16, peut se monter en tués, blessés et égarés, k environ 3,ooo hommes, parmi lesquels l>eaucoup d^officiers. La perte de i*ennemi est évaluée au moins au double.

O^ire celte a Aire, qui eut lieu k la grande année, le lieutenant général de Benjowsky, qui commandait un détachement k Beaumont, fut attaqué par un corps de 6,000 bonunes. Ce lieutenant général, informé de la marche de cette colonne, envoya encore dans la nuit du i5 une division de Spleny-ln&nterie et une division de chevau-légers de Latour, sous le commandement du major Befiler, au devant de l*ennemi. Cette troupe, réunie avec les avant-postes, attaqua le corps avec tant de fermeté qu'elle lui enleva deux pièces de canon et le força à la fuite ^*).

Le 16. L'ennemi se présenta de nouveau de ce côté, et le major Beffler, ayant encore reçu un renfort de deux divisions de Spleny, avec deux pièces de canon, il attaqua de nouveau lennemi. Le conmiandant du bataillon, capitaine Kokowsky, de Spleny, fonça avec la baïonnette, et Tennemi fut complètement battu. On lui prit dix canons, deux obusiers, onze chariots de munitions, six chariots de grenades , un chariot chargé de trois tonneaux de poudre , deux chariots de bagages et un drapeau. On a fait prisonniers un officier, un chirui^ien et vingt-cinq hommes. L'escadron des chevau-l^ers de Latour a montré sa valeur accoutumée et a sabré environ A 00 hommes à l'ennemi. Notre perte est d'un homme tué et 5o blessés.

Le lieutenant génënil baron de Wenckeini, détaché auprès d'Engiefontaine, a fait faire vers Landrecies une petite diversion qui a pareillement réussi, tellement que les uhlans, sous la conduite du lieutenant-colonel prince de Schwarzenbeig , ont pénétré jusque dans les faubourgs de Landrecies , y ont taillé en pièces tout un poste des ennemis et ont fiiit quelques prisonniers.

Outre les généraux et officiers déjà cités, le lieutenant général baron de Terzy, le colonel comte de Haddick , des hussards de Blankenstein , le major Boyer, de Klebeck, le major Nesslinger et le capitaine Caraccioli, de Stein, le major Barco, des hussards de^Barco, ainsi que les régiments de Klebeck, Stein, Hohenlohe et Brechaiu ville , et les cuirassiers de Kavanagh, qui ont le plus souffert, se sont, en général et en particulier, extrêmement distingués. L'artillerie s'est aussi signalée dans toutes les occasions, et le premier lieutenant Kéer, des dragons de rarchiduc Joseph, adjudant du général Bellegarde, a rendu de très bons services par son activité et sa valeur. Le lieutenant-colonel prince d'Anhalt-Kôthen, annoncé comme tué, n'a été que blessé d un coup de cartouche et il est égaré. Il est à croire qu'jl est fait prisonnier.

(Copie, Ârcb. de la guerre, armée do Nord.)

(*) Il 8*a(^it des trou|>es du général Élie, qui rentrèrent précipitamment dans Philippeville. ((If. le récit de Jourdan.)

[i6 ocT. 1793.J CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ. 321

àVBSNBS , 1 6 OCTOBRE 1 7 9 3 .

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