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338 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [18 oct. 1793.]
lAche, loin d'exécuter Tordre qu'il avait reçu, ordonna la retraite, nous fit perdre bien du monde et faillit noua faire perdre la bataille.
Le second est le commandant du aS* régiment de cavalerie ^'^ qui aussi a refusé d'obéir aux ordres du générai Fromentin, qui lui avait commandé de charger l'ennemi avec son r^^iment Au lieu d'obéir il fit demi-tour à droite et foutit le camp, ce qui dérangea beaucoup nos afiaires et nous fit perdre plusieurs braves républicains.
Le troisième est le commandant temporaire de cette ville , plein de resped pour Cobourg et ses agents. La preuve en existe : les égards qu'il eut pour le pince de [Anhalt-Kôthen], lieutenant-colond du r^iment de Coboui^, qu'il fit transporter avec beaucoup de soins dans une maison bouiffeoise , pour le faire panser, tandis que nos fibres sont couchés dans une église, comme dans une grange. Je les ai visités tous ce matin; ils se sont plaints de ce défaut. Conmient se peut-ii qu'on ait plus d'égards pour certains de nos ennemis que pour nous.
Le quatrième est un Mandais, nommé Mandeville, que j'ai entendu nommer ce matin M. le tnarquis. Comme je n'aime pas les marquis, je vous l'envoie.
Nous avons eu dans nos deux journées de combat près de seize cents blessés el huit cents tués. L'ennemi a perdu, sans compter ses blessés, six mille hommes au moins. On est encore occupé en ce moment k les faire enterrer. Ils nous ont aussi laissé deux voitures de fusils au moins, qu'on a ramassés sur le champ de bataille.
Salut et firatemité.
DoQcisRor.
.( Copie, 'Areh. de la guerre, armée du Nord.)
MàUBEUGK, 18 OCTOBRE 1793. L8 REPRESENTANT BAR AU COMITi DE SALUT PUBLIC.
Manbeuge, 18 octobre 1793, Tan u de la République uoe eC indivisible.
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Citoyens mes collègues ,
La dépèche que nous avons fait parvenir, mes collègues Camot, Duquesnoy et Tiioi, à la Convention nationale, hier par un courrier extraordinaire, vous a déjà instruit de la levée du blocus de Maubeuge, ainsi que des moyens qu'avait employés l'ennemi pour l'opérer. S'il n'avait eu que la force pour forcer celte place, c'eût été une foUe tentative de sa part, quelque faible que fût la division de Maubeuge, réduite à l'effectif de i5,ooo hommes, vis-à-vis l'année ennemie
(^) Il s'agit probablement de JeaQ-Louis Ferraiid. Cf. p. 3dâ.
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qui était au moins de &5,ooo hommes. Sa position dans un camp fortement retranché sous le canon de la place lui donnait de grands moyens de résistance, presque impossibles à surmonter. Mais, quelque vigilance que nous ayons apportée, mes collègues Drouet, Isoré et moi, à faire approvisionner le camp et la place que nous avions trouvée totalement dénuée de subsistance en grains et £bifines, le temps ne nous avait pas permis de faire arriver la quantité nécessaire à la consommation, pour le temps que devait entraîner la défense dont la place et le camp étaient susceptibles. Quant aux viandes, la difficulté de réunir en un point les fourrages nécessaires pour alimenter les bestiaux les avait fait laisser en arrière pour partir, et le blocus en rendait l'introduction impossible. A Tépoque du 1 5 de ce mois, la quantité de farines et grains ne pouvait fournir que pour vingt-trois jours de consommation, et, d'après Tétat que je me suis fait fournir des bestiaux existants, il ne pouvait, à moins d'une très grande réduction, être distribué que pour cinq jours de viande. Néanmoins Tennemi nous supposait dans une position encore plus critique. Un commissaire des guerres, nomn^é Petit, employé à Maubeuge, et qui avait assisté à un conseil de guerre tenu dans les premiers jours de notre arrivée, et dans lequel les besoins de la place et du camp, ainsi que les moyens d'y pourvoir, avaient été discutés, s'était émigré le lendemain. On assure que cet homme résidait à Paris et y a des propriétés considérables.
Les diverses administrations avaient mis beaucoup de nég^gence à pourvoir les différentes parties dès choses nécessaires; les voitures étaient dans le délabrement; aucun magasin n'était établi pour la nourriture des employés; aucuns fonds n'étaient envoyés pour les solder. La caisse du payeur de la division était ^emême à peu près vide, et le service sdlait totalement manquer dans cette partie, si, au moment du blocus, il ne se fftt trouvé dans la caisse municipale 80,000 Uvres, avancées par le gouvernement pour approvisionnement qui n'avait pu être effectué et que la municipalité remit au payeur, à charge d'en être remboursé après le blocus.
Quelque nAe qu'aient mis les officiers de santé des hôpitaux militaires à solliciter les choses nécessaires aux soins à donner aux malades et aux blessés, ils n'avaient pu obtenir aucun approvisionnement de linge nécessaire pour les pansements. D fallut y pourvoir par la voie de réquisition et l'emploi des effets de cette nature trouvés chez les émigrés et les déportés.
L'éioignement du tribunal militaire placé près du quartier général de l'armée du Nord , l'impuissance où était un seul officier de police envoyé par le ministre d'instruire tontes les procédures contre les délinquants, assuraient l'impunité des délits. L*indiscipline, l'insubordination, la désertion, l'incivisme même se multipliaient et restaient impunis. Le blocus nous parut rendre plus nécessaire encore l'établissement d'un tribunal criminel militaire. Nous primes à cet égard un arrêté avec mon collègue Drouet.
Il était arrivé, quelques jours avant le blocus, environ s, 000 hommes levés en masse des districts de Péronne et d'Avesnes. Ils s'étaient formés en bataillons, mais les généraux, convaincus que leur inexpérience et celle de leurs chefs les rendraient peu utiles au service purement militaire , crurent qu'il serait plus avantageux de les placer, provisoirement et pour le temps du blocus seulement, en
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qualité de pionniers près les différents bataillons de la division, ponr travailler, sous la direction d'oflSciers instruits, aux travaux indispensables pour perfectionner les fortifications de la place et du camp. Je vous transmets Tarrétë qae j'ai cru indispensable de prendre à cet égard pour le bien du service.
Malgré toutes les diligences faites pour faire arriver à Maubeuge les effets dW biliement et d'équipement nécessaires à la division , rien n'étant parvenu à Tëpoque de rinvestissement , un grand nombre de défenseurs de la République étant nus et déchaussés, il me parut indispensable de pourvoir à leurs besoins en mettant en réquisition forcée les marchandises et effets qui se trouvaient en la possession des citoyens de Maubeuge. J'ai pris encore un arrêté relatif à cette mesure; elle s'exécute encore actuellement et je pense qu'elle ne devra cesser qu'avec les besoins de la division ou lorsqu'il existera d'autres moyens d'y satisfaire.
Il nous a été fait une dénonciation contre le général Gudin , génénd de brigade, commandant la place. On l'accusait d'avoir voulu faire marcher le bataillon qu'il commandait contre Paris. Nous crûmes indispensable de le faire mettre en état d'arrestation, en même temps que nous fîmes apposer les scellés sur ses papiers. L'inventaire en a été fait, mais le juge de paix que j'ai requis d'en faire faire des copies ne me les a point encore remises. Je vous les ferai passer incessamment avec les pièces que le général Gudin m'a fait remettre pour sa justification. Je vous transmets également copie de tous les autres arrêtés que mes collègues et moi a^ons cru nécessaire de prendre pour le bien du senice de la division de Maubeuge et le remplacement du général Gudin , par la promotion provisoire au grade de général de brigade du citoyen Vezu ^^\ dont le patriotisme , le courage et l'expérience militaire nous ont été attestés par tous les braves citoyens de la ville et de l'armée. Je vous demande de soumettre tous ces arrêtés à la Convention nationale et de l'engager à prononcer sur leur exécution. Si elle juge devoir continuer les représentants du peuple près la division de Maubeuge et me continuer
(>) Oaude Veiu, né à Virieu-le-Grand (Ain) le 19 décembre 17A9, entré au régiment d'Aunis le a 8 mai 1768, sergent le 98 mars 1773, fourrier des grenadiers le 98 juin 1776, congédié le 9 septembre 1780, entré dans le corps de la marine le 18 mai 1781, sergent le i5 juin 1781, sert sur mer de 1781 à 178/i , fourrier des grenadiers le 1*' septembre 1785, maître canonnier le 11 décembre 1787, congédié le 9 octobre 1790, sous-lieutenant au 3* bataillon de Paris le 18 juillet 1791* lieutenant quarlier-maitre le 97 octobre 1791, chef de bataillon le 90 février 1793, générd de brigade à Tarmée du Nord le 9 1 septembre 1793, général de division provisoire le 96 brumaire an 11 (16 novembre 1793), par arrêté des représentants Hentz et Bar, confirmé et chargé de la division
des Côtes de Cherbourg le i& pluridse an II ( 9 février 1 796 ) , suspendu le 1 6 tbermidor an II (3 août 1794)1 autorisé à prendre sa retraite le 7 frimaire an m (97 novembre 1796), remis en activité le i5 frimaire an i? (6 décembre 1795)* réformé le 1*' vendémiaire an v (99 septembre 1796), retraité le 98 décembre 1809, chevalier de Saint-Louis le 97 novembre i8iâ, retiré à Soissons, où il vivait encore en 1 89 7. Le générai Veau , dans son ardeur révolutionnaire, avait, le h frimaire an u (ft& novembre 1793), changé son prénom de Claude en celui de Jean- Bart, et il signait /. Bart Vezu, il avait eu le cou traversé par une balle sous Maubeuge en 1793. (Cf. Foucart et Finot, La dé/ente nationale dont le Nord, de i 799 à i8oa, II, 996 et 997.)
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ma mission, je vous engage de m*adjoindre un collègue, mes forces physiques et morales ne me permettant pas de supporter et de suffire seul aux travaux qu'exige la mission. ^
Par notre dépêche du jour d'hier, la Convention a éié instruite de la manière horrible dont Tennemi fait la gaerre sur notre territoire; elle Tinstruit de la disposition provisoire qui a été prise pour mettre à la disposition du district d*Avesnes ane somme de 3o6,ooo livres, pour venir au secours de nos frères incendies et pillés; mais cette mesure serait insuffisante et je vous engage de prendre de plus amples mesui-es. Il est encore un autre objet qui réclame la justice nationale : Tindenwitë due aux citoyens dont les habitations voisines des places de guerre ont éié détruites pour en assurer la défense. Il en existe autour de Maubeuge; ceux qui les occupaient sont actuellement sans asile , obligés de se retirer soit dans la ville, soit dans les habitations voisines; il me paraît urgent de pourvoir k leurs besoins, et je crois qn*une somme de 3o,ooo livres devrait être accordée pour cet objet.
Salut et fraternité.
Bab.
(Orig., Areb. de la goerre, année da Nord.)
SOLRE-LE-CHÂTEAC, l8 OOTOBBE 1798.