AU MINISTRE DE LA GUERRE BOUGEOTTE
Anafyse. — La nouvelle de la désertion du gënëral]Beauregard qu'ils avaient annoncëe au ministre , sur raffirmation de plusieurs officiers de Tëtat-major, est fausse. trComme nous connaissons beaucoup les principes de Beauregard , nous n'avons pas ëtë fort surpris d'apprendre qu'il ait passe k Tennemi et nous avons cru l'armëe française débarrassée de cet homme, non seulement inutile, mais encoçe dangereux. Puisque Beauregard n*est pas émigré , nous insistons de nouveau sur la nécessité de le destituer. Nous vous en avons dit les motift dans une lettre précédente. — Le général Chancel a été arrêté et conduit hier devant la commission établie à Arras. Il est accusé de s'être opposé h ce que la garnison de Maubeuge fit une sortie pendant le temps que nous attaquions l'ennemi. — Vous avez sans doute appris que Merenveiie s'est coupé le cou dan^ les prisons d'Arras, où il était détenu (*). — Le général Gratien est aussi arrêté pour avoir fait battre sa troupe en retraite, lorsqu'on lui avait commandé de charger l'ennemi. C'était au moment et pour seconder une autre colonne entrant dans un village et en chassant l'ennemi h l'arme blanche. — L'état-major de l'armée a nommé une commission militaire pour juger deux Français accusés d'avoir porté les armes contre leur patrie et pris les armes à la main lors de la dernière affaire ; ils viennent d'être déclarés dans le cas prévu par la loi sur les émigrés, et ils seront fusillés demain. L'état-major a nommé deux de nous (Celliez et Varin) de cette commission militaire. — Le commandant de cette place est aussi en état d'arrestation. Parmi les grie& qu'on lui reproche, il s'est rendu coupable d'avoir fait mettre dans une maison particulière et avec une garde un adjudant général de Coboui^, blessé et fait prisonnier dans la dernière a&ire, tandis que nos braves {rères d'armes, qui ont été blessés en combattant pour la liberté, sont dans les hôpitaux et couchés sur la paille ^'\i»
(Orîg., Areb. de la gaerre, armée du Nord.)
^*^ Ce général fut remplacé dans le commandement de Tartillerie de l^armée du Nord par Eblé , promu génënd de division et remplacé lui-même par Boliemont. (Cf. lettre de Bouchotte à Éblé, datée du a 5 octobre 1 793 , Arcb. de la guerre , armée du Nord.)
(*) On Ht en tête de cette lettre la note autographe suivante de Bouchotte : «Beau-
regard est destitué. Tout le monde est étonné de la conduite de Gratien, qui était avantageusement connu dans ce paysci. Tâchez de savoir avec précision le nombre d'hommes et Tespèce de troupes qu'il peut y avoir de Maubeuge à Dunkerquc et remplacement qu'elles occupent. Même recherche pour la partie d'entre Sambre et Meuse, n
850 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [19 ocr. 1793.]
MACBBU6B, 19 OCTOBRE iyQS.
LB GJ^niRAL FBBBARD AU COMITE DB SALUT PUBLIC.
An qoartier générai de Ifaubeage, le 8 de la B* déead« da pranier moit , fan o de la Répôbliqoe une et indifiiible.
LB QiniKAL ÙB DifiSION PBRBAnD ÀV COmni DB SALVT PUBUC DB là COHfBNTION NÀTIOHÀLB.
L mcertitiide de ma rësistanee à Manbeiige ne m'a pas permis de voos y annoncer dans le temps mon arrivée, vu les diffiSrentes dispositions que le général en chef, commandant Tarm^ du Nord et des Ardennes, avait fiiÂes à mon égard. Contraint à garder le lit les premiers jours de mon arrivée dans cette phrr. il m*a été impossible de me livrer à Tactivité qui m'a toujours animé. Des forces majeures ont opéré Tinvestissement autour de cette place. L'étendue des rives de la Sambre ne pouvait jamais bire espérer de les garder, dès que Tennemi réunirait ses forces pour chercher k la passer. Je joins ici le rapport des différents événements qui ont eu lieu pendant le blocus. Vous y verrez s'il n'était pas de la dernière des témérités de chercher k attaquer l'ennemi, lorsque, pendant que son armée d'observation était aux prises avec l'armée de Jourdan, cdle qui nous cernait offrait une force de près de quarante mflle hommes , soutenue par des retranchements et une artillerie formidable. Des rapports des déserteurs et autres particuliers nous ont aflSrmé que c'était Ik leur espoir, comptant par un succès certain et complet pénétrer dans nos lignes et rendre par ce moyen les efforts de nos frères d'armes nuls. Je laisse aux militaires expérimentés à juger d'une position aussi critique que cdle où je me suis trouvé. Gardien de la clef la plus importante de la République, une seule démarche hasardée pouvait compromettre essentidlement le poste qui m'a été confié.
J'ai cru devoir référer aux conseils dont je me suis environné, en déployant nos forces sur toutes nos lignes; nos troupes en sont sorties dès que j'ai été assuré des mouvements de retraite de l'ennemi. Tous nos postes ont été repris et nous lui avons fait une centaine de prisonniers.
Plus habitué à manier l'épée que la plume, rappelei-vous, citoyens représentants, que c'est un sans-culotte qui vous écrit, et qui avait juré et &it jurer à ses frères d'armes que le camp retranché de Maubeuge serait ou leur tombeau ou le théâtre de la gloire (').
(Orig., Areh. nat , DXL n 6. )
Le général de division, Ferrand.
(^) Le même jour, le 19 octobre, le gé- trJ^ai reçu, général, votre lettre du 8
néral Ferrand adressa la même lettre au de la 3* décade du 1*' mois, par laquelle
ministre de la guerre, qui lui répondit le vous prétendes qu*il y aurait eu de la té-
93 octobre, dans les termes suivants : mérité à attaquer Tarmée de circonvalla-
[i9 ocT. 1793.] GORRESPONIfANCE MILITAIRE DU COMITE.