‹ Correspondance générale de Carnot (volume 3)Chapitre 114 sur 181 · ARRÉHÎ DE CARNOT ET DE DUQUESNOY · texte numérisé non relu

ARRÉHÎ DE CARNOT ET DE DUQUESNOY

Nous, représentants du peuple près l'armée du Nord et des Ardennes, considérant que le citoyen Gratien^^^, général de brigade, a refusé d'exécuter les ordres du général de division Duquesnoy en ordonnant la retraite aux troupes confiées à son commandement lorsque le général Duquesnoy lui avait ordonné de chasser l'ennemi ^*^^; arrêtons que le citoyen Gratien est destitué de ses fonctions et qu'il sera mis

<*) Pierre-Guillaume Gralien , né k Paris le i*' janvier 176/i, fils d*un marchand, cavalier au régiment de Dragons-Dauphin le ai janvier 17 87, congédié le i*' octobre 1789, capitaine dans la garde nationale parisienne le a juillet 1790, capitaine au a' bataillon de Paris le ao juillet 1791, élu capitaine de la 1'* compagnie le a 6 septembre suivant, lieutenant-colonel en second le 8 janvier 179a, général de brigade à Tarmée du Nord le 3 septembre 1 793 , arrêté par ordre des représentants Camot et Duquesnoy le 16 octobre 1793, absous par jugement du tribunal du Pasde-Calais le 10 germinal an 11 (3o mars 179/i), réintégré le a5 prairial an m (i3 juin 1795) et envoyé à Tarmée de^ rOuest, suspendu le 7 brumaire an iv (39 octobre 1795), rappelé à Tactivité le 11 nivôse an i? (1" janvier 1796), réformé le 1" vendémiaire an v (aa septembre 1796), passé à Tannée de Sambreet-Meuse le 7 germinal an v (37 mars 1797), suspendu le t5 thermidor an vu (a août 1 799 ) pour avoir désobéi aux ordres de son chef, employé à Tarmée de TOuest le 9 frimaire anviii(3o novembre 1799)* envoyé à Tannée de Batavie le 10 fructidor an X (a8 août 180a), membre de la Légion d'honneur le 19 frimaire an xii (11 décembre i8o3), mis en disponibilité le 11 ventôse an xii (a mars i8oâ), maintenu en activité le 1"^ germinal (aa mars i8oâ), commandant de la Lé-

gion dlionneur le a 5 prairial an xii (i4 juin 180^), attaché à Tarmée du Nord le a 6 novembre i8o5, passé au service du roi de Hollande le i5 novembre

1806, lieutenant général le i5 février

1807, rentré au serrice comme général de brigade à Tannée d'Espagne le 3 1 octobre 1 809 , appelé à Tarmée d'Allemagne le i3 juillet 1811, baron de TEmpire le 6 septembre 1811, général de divison le a 3 septembre 181a, commandant delà 3* division de Tarmée de réserve d'Italie le i*' janvier 181 4 , mort à Plaisance (Italie) le a4 avril 181Â.

t*J Le a 3 octobre 1793 le général Jourdan écrivit d'Avesnes au ministre de la guerre pour lui fournir son témoignage personnel sur la conduite du général Gratien, qui attendait dans la prison d'Arras sa mise en jugement : «Lorsque le 16 j'arrivai à la division du général Duquesnoy, je lui témoignai ma surprise de voir son aile gauche aussi en arrière. Le général Duquesnoy me répondit, en présence des représentants du peuple Camot et Duquesnoy, qu'il avait donné Tordre au général Gratien de se porter en avant et que, bien loin d'exécuter son ordre, il s'était retiré dans la position où je le voyais. Les représentants du peuple se présentèrent de suite à la brigade du général Gratien, destituèrent et firent arrêter ce générai, qui est dans ce moment à Arras.» (Orig., Arch.

de la guerre, armée du Nord.)

[lôocT. 1793.] CORRESPONDANCE MlLITAmE DU COMITÉ. 309

sur-le-champ en état d'arrestation pour être jugé par une commission militaire, conformément à la loi ^^\

(0 Le 18 octobre 1798 le représentant Duquesnoy envoya le général Gratien aux représentants du peuple à- Arras (cf. Legros, II, 3f 3). La nouvelle de la destitution de cet officier parvint à la Convention dans la séance du 1 8 octobre par la lecture de la lettre de Jourdan k Bouchotte (cf. p. 33 1). Les représentants Duhem et Gossuin réclamèrent aussitôt que le général Gratien fût jugé militairement et exécuté à la tête de Tarmée. Albitte protesta contre cette mesure, qui prétait à Tarbitraire et è rinjustice, et proposa de livrer les généraux coupables aux tribunaux révolution-' naires à la suite des armées. Alors Reubeli déclara que, dans ces conditions, un général en chef pourrait faire fusiller tous les généraux subalternes qui lui déplairaient et il fit renvoyer la proposition au Comité de salut public (cf. Moniteur, XVIII, 169). Gratien, d'ailleurs, trouva d'ardents défenseurs dans la capitale, où il était né et où il avait commandé le 9* bataillon de Paris. Le 91 octobre 1798 Bouchotte écrivit k ce sujet la lettre suivante k Jourdan (copie, Arch. nat.,AF 11 ûU):

«Pim, le So du i*' mois de l'an ii de la R^pablique od* el indivifible.

«r Je VOUS préviens, général, que la nouvelle du déÛt imputé k Gratien, général de brigade, a fort excité Tattcntion de ceux qui le connaissent. Des présomptions en faveur de sa moralité et de son courage existent dans sa section et parmi beaucoup de sans-culottes éclairés. Il importe donc, en cherchant k procurer k la République la satisfaction qu'elle a droit d'attendre, lorsque ses intérêts ont été lésés, de porter cependant dans l'examen de cette affaire une attention telle qu'il ne puisse rester aucun doute que le jugement aura été porté dans l'examen le plus scrupuleux et le plus approfondi.

eBoucBorrc.n

Le a 5 octobre Duquesnoy crut devoir

justifier l'arrestation de Gratien auprès du Comité de salut public (orig. aut., Arch. de la guerre, armée du Nord) : «r Citoyens collègues, je viens d'apprendre que l'arrestation du ci-devant général Gratien faisait beaucoup de bruit dans Paris. Si ceux qui prennent sa défense étaient instruits des motifs qui nous Tout fait arrêter, loin de blAmer notre conduite ils y applaudiraient. Notre collègue Camot peut vous donner à cet égard tous les renseignements nécessaires, et moi j'oflre de prouver quand on voudra que Gratien est ou un lâche ou un traître ou un homme inepte; mais, dans l'un comme dans les autres cas, je crois qu'il méritait d'être destitué et arrêté; aussi l'avons nous fait, Camot et moi. 9

Le 11 brumaire an 11 (i*' novembre 1798), Bouchotte donna à Duquesnoy les explications suivantes (minute aut., Arch. de la guerre, armée du Nord) : «Ma lettre an général Jourdan n'avait pas pour but, ni de demander la cause de la destitution de Gratien, ni aucune inquiétude sur l'impartialité avec laquelle on devra prononcer sur son sort. Mais plusieurs bons citoyens et vieux sans-cidottes, qui avaient connu antérieurement Gratien , avaient craint que cette affaire ne fût pas soumise k l'instruction ordinaire d'usage dans les armées,, et c'est pour soulager leurs inquiétudes que j*ai écrit au général Jourdan. Ma, lettre portait que s'il était juste de procurer k la République la satisfaction k laquelle elle a droit quand son intérêt a été lésé, il était aussi essentiel de porter dans cette affaire un examen suffisant, qui pût êter tout motif de plainte à ceux qui avaient connu Gratien. En deux mots, voilà ma lettre, et j'imagine que vous n'avex pas vu autre chose.»

Néanmoins le général Gratien, grAce à ses protecteurs, ne fiit pas traduit devant le tribunal révolutionnaire, mais renvoyé devant le tribunal du Pas-de-Calais, qui

310 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [16 ogt. 1793.]

Le général Gratien sera remplacé provisoirement par le citoyen Sorlus^^\ chef du a' bataillon de la Gironde ^^^

Tacquitta ie 10 gemÛDal an 11 (3o mars 179&). En fructidor an 11 la commission de Inorganisation des armées de terre fit un rapport au Comité de salut public pour exposer que ie générai Gratien, rentré au ({uartier générai de Liiie, après son acquittement, avait obtenu un congé de deux mois pour rétablir sa santé altérée par sa détention, et, k Texpiration de ce congé, demandait s*il devait retourner k Tannée du Nord ou rejoindre son ancienne brigade à l^armée de TOuest La commission ajoutait qu'elle n'avait pas cru devoir prendre une décision avant de s'assurer du civisme du général, qu'elle avait consulté Duquesnoy, lequd l'avait renvoyée k Camot ( Arch. naU, AF 11 307). Sur le rapport Camot écrivit cette note le a 6 fructidor an 11 (la septembre 179&): «Il est impossible de réintégrer Gratien d'après la conduite qu'A a tenue k la bataille de Wattignies. CAaifOT.n En effet Gratien ne fut réint^ré que l'année suivante, le a 5 prairial an m (i3 juin 1795). n fut suspendu encore plusieurs fois, notamment pour insubordination, mais il se réhabilita par son courage et mourut général de division et baron de l'Empire.

(') Nicolas de Sorlus, né à Bordeaux ie i5 février 1743, fils d'un avocat, lieutenant au Iwtaiiion de garnison de Libourae le 17 février 1756, capitaine garde-côtes do la compagnie détachée de Saint-Gervais le 3o avril 1769, lieutenant au régiment des recrues de Bordeaux le 1*' octobre 1763, réformé avec ce corps ie 3i décembre 1766, capitaine de la compagnie des canonniers d'Audemos le 1" mars 1779* commandant de la compagnie des canonniers de Saint-André-de- Cubiac ie 93 novembre 1789, lieutenantcolonel en second du a* bataillon des volontaires de la Gironde ie 97 septembre 1791 et en premier le 90 juillet 1793, général de brigade provisoire sur ie champ do bataille de Wattignies ie 16 octolm

1793, suspendu ie 3 thermidor an m (91 juillet 1796), autorisé à prendre sa retraite le 9 5. brumaire an m (i5 novembre 1794), retraité le 9 0 pluviôse an iv ( 9 février 1 796 ) , mort k Ceûc ( Gironde ) le h janvier 181 3. H signait pendant la Révolution Thoma» Sarluê.

(') Le 18 vendémaire an vi (9 octobre 1797) le général Sorius sollicita sa mise en activité de service et rappela son rôle k la bataille de Wattignies. «Dans l'affaire du 1 5 le bataillon du général Sorius (ut de la réserve et vers les quatre heures du soir il eut l'ordre de traverser ie champ de bataille pour soutenir les tirailleurs et ensuite les renforcer, ce qu'il fit avec succès. Le lendemain la colonne dont son bataillon faisait partie fut renforcer celle qui attaquait Wattignies. Ce fut en arrivant et au commencement de l'attaque que ie 9' Imtailion de la Gironde fut placé entre les villages de Dimediaux et de Wattignies.

A peine ie bataillon fiitrii posté qu'il eut ordre de tourner les hauteurs par une gorge , ce qu'il exécuta au pas de charge. L'ennemi évacua ausntôt le terrain qu'il occupait. Ce fut dans ce moment de ^oire pour les troupes républicaines que ie représentant Duquelaoy et ie général de ce nom firent appeler ie citoyen Sorfais ei, après avoir demandé à son Iwtaiiion si cet oflBcier s'était bien conduit, sur la réponse affirmative, ib le proclamèrent général de Inîgade en remplacement de cdui qu'on venait de destituer.» (Orig. aut, Areh.

adm. de la guerre, dossier Sorius.) — Le général Jourdan apostiiia cette pétition en ces termes: «rJe certifie que ie citoyen Thomas Sorius a été. nommé général de brigade sur le champ de bataille de Wattignies et qu'il a rempli les fonctions de son grade avec zèle, exactitude et intelligence, pendant tout le temps qu'il a servi sous mes ordres. Paris, ie 6 brumaire an vi de la République. Le représentant du peuple, JouaDAn (de la Haute-Vienne).»

[i6 ocT. 1793.] CORRESPONDANCE MIUTAIRE DU COMITÉ. 811

Le général Ernouf, chef de rétat-major, est chargé de Texécution du présent arrêté.

Fait à Avesnes le 16 octobre 1798, l'an 11 de la République.

Carnot, Duqubsnoy.

(Copie, A.rch. nat., AF u 933.)

AVBSNES, 16 OCTOBRE 1798.

LE G^N^RAL JOCRDAN AU PRl^SIDBNT DE LA CONVENTION NATIONALE.

Àa quartier générai à Avespoi , le 5* joar de la 3' décadede Tan 11 de la Républiqne.

LB GÉiSéRAL BN CHEF DB LURUdB DU NORD AU PRSSIDBNT DB LA CONVENTION NATIONALE.

Citoyen ,

Les républicains français ont livré une bataille sanglante aux vUs esclaves des despotes. Ils ont laissé sur le champ de bataille six mille morts. Cobourg et son armée ont repassé précipitamment la Sambre; nous les poursuivons. On fait à chaque instant des prisonniers. Notre perte se monte à deux cents morts et douze cents blessés. La valeur de nos soldats me présage d'autres succès pour les armes de la République, et bientôt la terre de la liberté ne sera plus infectée par ces brigands. La bataille a duré deux jours; elle s'est donnée entre Avesnes et Maubeuge. Cette ville est libre; sa communication est entièrement rétablie. Tout retentit des cris de nos soldats : «r Vive la République I n Son triomphe est certain , malgré les traîtres et les lâches. La terreur s'est emparée de nos ennemis, et je crois qu'il sera impossible h ces esclaves de soutenir les efforts coura^ux de nos braves républicains.

Salut et fraternité (').

(Orig., A.reb. de la guerre, armée do Nord.)

(*) Le même jour, 16 octobre, le général D'Avaine écrivit de Gaseel au minbtre de la guerre Bouchotte. Il lui indiqua d'abord des abus dans les corps belges et les moyens de lies réprimer; puis il annonça qu*ii avait assemblé, le ]3 octobre, un conseil de guerre à Bergues et envoyé son plan d'attaque aux représentants du peuple et à

JOURDAN

Jourdan. «rJe n'attends plus, disaitHl, que Tordre d'exécution pour travailler de concert avec le général Jourdan . . . Soyei assuré, citoyen ministre, que nous ferons tous nos efforts pour nous rendre dignes et mériter de la patrie le nom glorieux do destructeurs des tyrans, t» (Orig., Arch. de la guerre, armée du Nord.)

312 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [16 oct. 1793.]

AYESNBS, 16 OGTOBRS lygS.

CRLLIEZ, YARIN ET BERTON, AGENTS DU CONSEIL EX^GCTrF,

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