LE MINISTRE DE LA GUERRE BOUGHOTTE AU REPRESENTANT SAINT-JUST
sg du i" mois.
CITOYEN SAINT-JV8T, nEPRBSENTÀNT DU PEUPLE i L'ARMEE DU RBIN
J'envoie de bonnes nouvelles aux arm^ du Rhin et de la Moselle ; elles doivent ranimer la conGance. Les Autrichiens ont abandonné Maubeuge et repassé la
(^) Cet arrêté prescrivait ies mesures que devaient prendre les généraux quand les Iroupes de la République entraient en pays ennemi. (Cf. Aulard, VI, 553.)
Jourdan fit mettre à Tordre du jour de Tarmée du Nord, du 19 au ao octobre 1793, la nouvelle de Texéculion de Marie- Antoinette : ffLe ministre de la guerre apprend aux braves défenseurs de la patrie que le glaive de la loi a fait tomber la tête de celte Autrichienne qui a causé tant de maux à la France. Gel événement est arrivé le même jour que vous remportiez une rictoire signalée sur les esclaves des tyrans. Votre valeur doit y trouver de nou-
veaux motifs pour combattre à outrance ceux qui soulenai^t la cause injuste de la tyrannie.» (Arch. de la guerre, armée du Nord, reg.XmWi, fol. io3 v'.)
W Le i«7 octobre, à la nouvelle des revers de Tarmée du Rhin , le Comité de salut public avait arrêté «que les citoyens Sainl- Just et Le Bas, représentants du peuple, se rendront sur-le-diamp à Tarmée du Rhin pour y prendre connaissance des événements qui ont eu lieu à Wissembourg et à Laulerbourg, et sont revêtus à cet effet des pouvoirs nécessaires pour prendre les mesures de salut public qu'ils jugeront convenables». (Cf. Aulard, VU, 666.)
368 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [ai oct. 1793.]
Sambre, avec perte de 6,000 hommes. Cholet et Mortagne sont pris dans la Vendée. Les rebelles de Lyon, sortis de la ville, ont tous été tués on emprisonnés. Je ne vous dis rien sur le Rhin on vous êtes. Si vous avez Pichegru, je suis bien tranquille. La Moselle n'est pas aussi rassurante, et, comme sa droite est liée k la gauche de Tannée du Rhin , il vous importe fort d'y veiller, pour que les départements de la Moselle et de la Meurthe restent intacts. Le générd d'armée provisoire de la Moselle^') ne me parait pas sûr de son aflhire, à en juger par sa correspondance. Le décret, qui prescrit de sortir trois quarts des garnisons des places et de les remplacer par les réquisitions, n'est pas encore exécuté. Je remarque aussi que plusieurs sans-culottes nommés généraux de brigade n'acceptent pas. Avec cette &usse modestie ils laissent les places aux aristocrates, et cependant rien n'importe davantage qu'ils n'y soient pas. L'on envoie de Lyon et de l'armée d'Italie des secours à Toulon ; Albitte part. 11 £iut espérer qu'avec la constance et la décision du peuple pour la liberté, le courage des soldats et l'assistance de tous les bons citoyens, toutes les difficultés seront vaincues.
Salut et firaternité.
(Minute aiit., Arch. de la guerre, armée du Rhiu.)
LBS Gén^RAUX LANOBBMONT ET DEMARS AU COMITE DE SALUT PUBLIC.
Analyse. — 1* Le général Landremont écrit de la prison de l'Abbaye pour protester contre la prolongation de sa détention et envoyer un mémoire justiûcatif. (Analyse, Arch. de la guerre, corr. gén.) — a* L'ex-général Demars réclame sa mise en liberté. (Analyse, ArcL de la guerre, corr. gén.)
LE COMITE DE SALUT PUBLIC AU MINISTRE DE L^ GUERRE BOUCHOTTE
Paris, le 3o du i*' mois de l'an 11 de la République.
AV MIMSTRB DE LA GUSKRE.
Nous vous envoyons ci-joint, citoyen niinistre, l'extrait dune lettre du procureur-syndic du district de Lunévilie, cpii se plaint de ce que
t*) Le fanerai De Launay.
(<) Gamot assiste à la séance du Comité. (Cf. Aulard, VU, 537.)
[ai ocT. 1793.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ. 369
cette ville a dans ce moment à nourrir A,i63 hommes de troupe, tandis que Nancy n'en a pas 4 00. Cet officier municipal met ces deux villes en parallèle et tout l'avantage du côté de Nancy. Nous joignons ici les deux états qu'il nous a adressés ^*^.
Les membres du Comité de salut public chargés de la correspondance,
Carnot, Billaud-Varenne.
(Orig. , Arch. de la guerre , corr. gén. )
AVESNES, âl OCTOBRE 1793.
LE GlifiéRAL EN CHEF JOURDAN AD MINISTRE DE LA GOERRE BOUGUOTTE.
Au quartier géoéral à Avenues, ie a 1 octobre , i'an n de la République nue et iodiviflible.
LE CITOYEN JOURDAN, OBNBRÀL EN CHEF DE L'ARMEE DU NORD, AU CITOYEN BOPCBOTTE, MINISTRE DE LA GUERRE.
Je VOUS ai déjk mandé, citoyen ministre, la surprise que j'avais eue en apprenant la morosiveté de Tarmée de Maubeuge , qui non seulement n'a &it aucune sortie pendant la durée de notre attaque , mais n'a point inquiété l'ennemi dans sa retraite, qui s'est opérée à la vue de la ville et du camp retranché de Maubeuge. J'en témoignai mon étonnement au général Ferrand lors de mon arrivée en cette ville. Il me répondit que le général Cbancel s'était toujours opposé aux sorties, que lorsqu'on lui avait représenté que le feu qu'on entendait était certainement celui d'une bataille qu'on livrait pour secourir Maubeuge , il avait répondu que c'était une manœuvre de l'ennemi pour les attirer dans la plaine afin de les tailler en pièces. Les représentants du peuple , qui ont été instruits de la conduite douteuse du général Cbancel, l'ont fait arrêter et conduire aux •prisons d'Arras. Vous aurez sûrement de plus amples éclaircissements par la représentation qui vous sera laite du journal des arrêtés du conseil de guerre.
Il m'a été rapporté que le citoyen Deverchin ^'\ général de brigade , avait été
(0 En tête on lit cette note autographe de Boachotte : cr Informel -vous si ce rassemUement n'a pas un mouvement militaire en vue et une destination ultérieure. S'ils ne sont là que pour s'instruire et tenir garnison, il est certain qu'il y en a trop pour Luné ville.»
^*) François-Joseph Deverchin, né À
Dugies [t] (Belgique) le aS avril i^hS, fils d'un fermier, géomètre et directeur des houiliières k Wasmes avant la Révolution , entré au service de la France le 3 mai 1799, lieutenant dans la 9* compagnie firanche le i5 août i79a« capitaine de la 10* compagnie franche le 96 août 1799, chef de bataillon le 8 novembre 1 799 , gé-
Ul^tlHCUl llTIOtiir.
370 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [ai oct. 1798.]
proposer au citoyen Drouet, représentant du peuple, le projet de sortir de Maubeuge; que le citoyen Drouet s'était déterminé à l'effectuer d'après les facilités que le citoyen Deverchin avait présentées , mais que le jour de l'exécution il avait mené le citoyen Drouet jusqu'au camp ennemi , l'avait ensuite abandonné et était rentré dans Maubeuge; que le citoyen Deverchin était en outre accusé d'une correspondance secrète avec le maire de Coulsore , homme très suspect. D'après ces rapports j'ai cru prudent de faire mettre le citoyen Deverchin en état d'arrestation jusqu'à ce qu'il en ait été autrement ordonné par les représentants du peuple lors de leur retour ^^\ Quant au colonel Pinteville , je ne le connais pas du tout^'î.
Je vous envoie ci-joint copie de la lettre du général Élie , dont j'ai fort k me plaindre. Ce général s'est fait battre et a abandonné toute son artillerie, quoicpie je lui eusse donné l'ordre le plus positif de ne rien entreprendre , d'inquiéter seulement l'ennemi et de se tenir sur la défensive, ce qui lui était d'autant plus fecile d'exécution cjue le pays est couvert de bois dont il pouvait couvrir son opération ^K
néral de brigade le a 5 septembre 1793, suspendu par arrêté du représentant Perrin et arrêté à Avesnes le ai octobre 1793, détenu à Arras le 1 9 frimaire an 11 ( 9 décembre 1793), mis en liberté le 10 fructidor an II (37 août 179^), replacé adjudant générai à Tannée de Sambre-et-Meuse le la thermidor an m (3o juillet 1795), commandant la place de Bruxelles le 9 f ri maire an ?n (39 novembre 1798), suspendu par le général Carteaux le a 1 messidor an vin (10 juillet 1800), admis au traitement de réforme le 17 fructidor suivant {k septembre 1800).
(*) Les soupçons de Jourdan sur le général Deverchin ne semblent pas avoir été confirmés. En effet, le 37 fructidor an m (i3 septembre 1795), le représentant du Bois du Bais recommandait Deverchin dans les termes suivants (Orig., Arch. adm. de la guerre, dossier Deverchin) : <r Je lui dois la justice de vous dire que je le regarde comme un des plus braves hommes de la République et aussi actif qu^intelligent. Pendant une mission à Maubeuge on lui avait confié la garde d'un de nos plus importants avant-postes. Nous étions faibles en troupes, mais son courage et sa vigilance suppléaient à tout, car non seulement il garda bien son poste, en veillant, lui, jour et nuit, pour n'être pas surpris, mais
il surprit plusieurs fois des postes ennemis qu'il défit , en nous amenant des prisonniers et leurs chevaux. En un mot U harcelait continuellement Tennemi qui le redoutait. Jourdan en faisait beaucoup de cas ... »
Jourdan , qui avait fait arrêter le général et dont du Bois du Bais invoque le témoignage, écrivit, le 16 frimaire an iv (7 décembre 1795), au ministre de la guerre:
(rL^adjudant général Deverchin est un brave militaire qui me parait attaché au gouvernement républicain, mais je ne lui crois pas les connaissances nécessaires à la place qu'il occupe.» Enfin les représentants Drouet , qu'on Taccusait d'avoir abandonné , et Gossuin firent, dans une lettre adressée au ministre de la guerre le 18 pluviôse aniv (7 février 1796), le plus grand éloge de Deverchin : trll n'a jamais, disaient-ils, craint de voir l'ennemi en face et de se mesurer avec lui.» (Orig., Arch. adm. de la guerre, dossier Deverchin.)
^^^ Le la brumaire an 11 (a novembre 1793) le Comité de salut public ordonna qu'un administrateur de police irait mettre en arrestation à Chàlons le citoyen Pinteville et le ferait conduire à la Conciergerie de Paris. (Cf. Aulard, VIII, 176.)
^^^ Cf. les lettres écrites par le général Elie au Comité et à Bouchotte le 1 9 octobre
[at ocT. 1793.] CORRESPONDANCE MIUTAIRE DU COMITÉ. 371
Je vous ai mande dans ma dernière Timpossibilitë où j'étais de rien entreprendre faute de munitions. L'ennemi conserve toujours sa position; il y a rëuni toutes ses forces et Ton ne peut l'attacpier sans s'exposer à être complètement battn. Il fout donc tÂcher de le contraindre] k se dégarnir. Le projet de passer la Sambre h sa gauche offre une fecilité , mais après ce passage il faudrait avancer dans le pays; et comment le faire devant des forces aussi considérables sans s'engager à de foire couper sur les derrières, ce qui arriverait infailliblement?
Le seul moyen est de foire une puissante diversion. J'avais donné des ordres positifs au général D'Avaine; s'il les eût exécutés, je n'aurais sûrement pas toutes les forces de Tennemi de ce côté. Je lui ai envoyé hier un courrier poor les lui réitérer. Je vous assure que si je n'avais pas craint qu'on eût mal interprété mes intentions , je me serais transporté de ma personne pour commander cette expédition , dont le succès est certain.
Je vous préviens que le citoyen Perrin , représentant du peuple près l'armée des Ardennes, mécontent de la conduite du général Beam^egard, conmiandant une division de celte armée , lui a conseillé de donner sa démission , ce qu'il a foit. Je l'ai acceptée ; j'ai feit remplacer ce général par le citoyen Desbureaux ^^K
Je vous rends compte que le général Baget^*^ est rendu k son poste depuis quelques jours.
Je vous prie de me dire si je puis compter sur l'arrivée des carabiniers.
JODRDAN.
(Orig., krch. de la guerre, armée du Nord.)
^'^ Charles -François Deabureaui, né à Reims (Marne) le i3 octobre 1755, soldat au r^^ent de la Reine le 90 décembre 1773, caporal le aS mars 177^, sergent le a 6 septembre 1780, fourrier écrivain le i3 avril 1781, congédié le ai avril 178/i, chef de division de la garde nationale de Reims, adjudant général chef de bataillon le 1" octobre 1799, général de brigade le 16 août 1793 et de division le 30 septembre suivant, non compris dans l'organisation du a 5 prairial an 111 (i3 juin 1795), réformé le a 4 germinal an ▼ (i3 avril 1797), remis en activité le 5 thermidor an tu (a3 juillet 1799), passé à Tannée de rOucst le 3o nivôse an VIII (30 janvier 1800), réformé le i*' ventôse an IX (ao février 1801), mis à la disposition du ministre de la marine le 3o brumaire an x (ai novembre 1801), envoyé à Brest pour prendre le commandement de
la deuxième expédition de Saint-Domingue le 18 nivôse an x(8 janrier 1809), rentré en France le ao germinal an xi (10 avril i8o3), membre de la L^ion d'honneur le U germinal an xii (a5 mars 1806) commandant la 7' division militaire le 3o fructidor an xui (17 septembre i8o5), et la 5* le 10 novembre 1806, officier de la Légion d'honneur le 37 juillet 1810, baron de l'Empire le 16 décembre 1810, chevalier de Saint-Louis le i** novembre 1 8 1 A , commandeur de la Légion d'honneur le 97 décembre 181 à, adnùs k la retraite le h septembre i8i5 , mort à Paris le a 5 février i835.
^*) Jean Bagel, né à Larit (Tam-et-Garonne) le 18 octobre 17^3, cavalier au régiment de Vogué le 3 1 mai 1 769 , maréchal des logis le i*' avril 1763, souslieutenant au régiment Royal-Cavalerie le 1 1 août 1768, sous-aide-major le 1 •'juillet
372 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE GARNOT. [ai oct. 1798.]
SCUILTIGHEIM , âl OCTOBRE 1793.
L*ÀDJUDÂNT GifiilMLh DEMONT AU GOMITi DE SALUT PUBLIC.
Analyse, — L'armée française n'a pas fedt de mouvement. L'année antrichienne occupe les hauteurs de Weyersheim, Bîetlenheim, Gendertheim et Brumath; elle a devant elle la rivière Zorn , sur laquelle elle doit avoir établi ses avant-postes. «rOn doit même y construire des redoutes et des retranchements; les ponts qui sont sur cette rivière , même ceux de pierre , doivent être reconstruits de manière à pouvoir être détruits sur-le-champ, en cas que Tennemi soit obligé de se replier. i» Un corps d'armée, composé d'émigrés et de Prussiens, doit être posté de manière à avoir sa gauche k Mommenheim et sa droite à Pfaffenhoffen. «rLes Prussiens font des mouvements vers leur droite pour inquiéter Phalsbourg, Sarrebourg et même Saveme par les gorges. Les Autrichiens en font vers leur gauche pour tÂcher de surprencGre et forcer notre avant-garde et notre droite. Ces mouvements combinés de la part de nos ennemis , fondés sur les principes de ia guerre , s'exécutent sans doute pour nous engager à quelque fausse démarche dont ils puissent profiter. En les observant scrupuleusement et en devinant leurs mouvements on pamendra à déjouer les projets des ennemis implacables de la République ^^K n
(Ori|;., Arch. de ia guerre, année da Rhin.)
BOBDEAUX, ai OGTOBBE 1798.