‹ Correspondance générale de Carnot (volume 3)Chapitre 149 sur 181 · LE MINISTRE DE LA GUERRE BOUGEOTTE AU REPRÉSENTANT SAINT-JUST · texte numérisé non relu

LE MINISTRE DE LA GUERRE BOUGEOTTE AU REPRÉSENTANT SAINT-JUST

a do a* mois an n.

RBPRàSBNTÀTIT SAINT-JVST i L'ÀBUÉB DV BHIN ^^K

Citoyen ,

Je vous envoie un arrêté du Comité du salut public, qui prescrit de mettre le général Carienc en arrestation et de l'amener à Paris ^*K J'ai pensé que je devais vous l'adresser pour éviter tout quiproquo. Si Carienc était encore à la tête de l'armée, veuillez le faire remettre au général Pichegru, s'il est près de vous, comme je l'espère ^^\ d'après son patriotisme qui m'est connu, et l'inviter à le faire mettre sur-le-champ à exécution.

Le Comité vient de nommer Hoche pour commander l'armée de la Moselle ^*K 11 est probable que le Comité fera un plan d'opérations qui vous parviendra très incessamment. Je ne pense pas que cela doive vous empêcher de profiter des

t') SaÎQt-Just était alors à Saveme avec son collègue Le Bas. (Cf. dans Aulard, VU, 59/i, une lettre de ces représentants au Comité, en date du a3 octobre 1798.)

i*) En effet, le a a octobre, le Comité de salut public avait mis Carienc en arrestation (arrêté de la main de Robespiorre, dans Aulard, Vil, i65). Le 8 frimaire an II (a8 novembre 1798), les officiers, sous-officiers et cavaliers du 1 1* dragons écrivirent au Comité de salut public pour témoigner en faveur du général Carienc, né sans-culotte et dont les talents ont fait

tout Tavancement. (Orig. Arch. adm. de la guerre, dossier (Jarlenc). En conséquence, Bouchotte approuva, le 6 nivôse (a6 décembre 1798), la promotion de Carienc au grade de général de division, et donna Tordre de lui en expédier le brevet, à la date de sa nomination provisoire. (Cf. Etienne Charavay, Le général Carienc.)

^*^ Le a 6 octobre, Saint-Just et Le Bas annoncèrent de Strasbourg au Comité l'arrivée de Pichegru. (Cf. Aulard, VIII, 3i.)

t*) Cf. , à la page 388 , la lettre de Bouchotte à Hoche.

[q3 oct. 1793.] CORRESPONDANCE MILITAffiE DU COMITÉ. 391

bonnes occasions qui pourraient se présenter. Je regarde comme bien essentiel de garder les passages de Phalsbourg et la Petite-Pierre, qui donneraient aux ennemis la facilite d entrer dans le département de la Meurthe et la possibilité de venir prendre à revers les postes de Tarmée de la Moselle. Dans le cas de jonction de Tarmée de la Moselle à celle du Rhin, le commandement resterait au général en chef de cdle-ci. C'est pour ce cas-là que Hoche n'est pas dénommé général en chef, mais général de division commandant Tannée de la Moselle ^^K Une lettre de Carlenc, du ao, annonce que Tannée est repliée sous Strasbourg^. Tout cela est bien extraordinaire, avec les aveux qu'on &it du courage

(0 Bouchotte, on le voit, réservait à Pichegru le commandement des deux armées réunies du Rhin et de la Moselle , que les représentants Lacoste et Baudot remirent plus tard à Hoche , malgré Saint-Just et Le Bas, qui voulaient le donner à Picbegru, selon les instructions ministéridles.

W Voici le texte de cette lettre du général Carlenc (Orig., Ârch. de la guerre, armée du Rhin) :

ttAa quartier général à SchilUgheim ,

le 90 octobre 1798,

fan u dt la République frauçaiae ,

une et indirisible.

« Lb général in cheffnwfUoirê de l'armée du Rhin au citoyen miniêtre de la guerre.

«Depuis ma dernière lettre, citoyen ministre, Tannée du Rhin a changé trois fois de poâtion ; d^abord à Haguenau , où Tennemi nous a laissés tranquilles, mais, cette position n*étant pas sûre, je suis venu m^établir en arrière de la Zom. L^ennemi m*a attaqué, le 18 au matin, sur tous les points. L^avant- garde, la gauche et le centre de notre armée ont fait des prodiges; mais, tandis qu'ils faisaient perdre à Tennemi un terrain considérable , Taile droite s'est repliée jusqu'à Hoenheim , près Strasbourg, ce qui m'a forcé d'aller, dans la nuit du 1 8 au 1 9 , occuper la position en arrière de la SoufTel , où je me maintiendrai, j'espère, en attendant que Tannée soit en mesure pour pousser en avant.

L'avant-garde a repris ce matin le poste de Wantzenau et a chassé Tennemi de Kilstaet. Dans toutes les affaires qui ont eu lieu le 1 3 et les jours suivants, nous avons perdu peu de monde, ce qui se confirme

par le retour d'une infinité de soldats qui avaient fui ou s'étaient égarés. La perte est au plus de six cents hommes, de seixe pièces d'artillerie et de beaucoup d'effets de campement, perdus la plupart par la lâcheté des voituriers qui, au commencement de l'affaire, ont fîii, emmenant leurs chevaux et leurs fourgons vides.

ff Dans Taffaire du 18, où Tavant^rde s'est parfaitement conduite, le citoyen Donadieu, capitaine au 1 1* régiment de dragons, a pris im guidon, après avoir tué celui jqui le portait. Le citoyen Labarbée , chef d'escadron du même régiment, a fait mordre la poussière à quatre hussards autrichiens. Neuiily, chef de brigade du même régiment, en a tué deux et a eu son cheval tué sous lui. Je pourrais citer beaucoup d'autres traits de bravouve. Je cite ceux dont j'ai été témoin.

ff L'armée, citoyen ministre, manque de canonniers et il serait nécessaire que j'en fasse passer dans la place de Strasbourg. Je vous prie, en conséquence, d'en envoyer le plus tât possible. Les représentants du peuple près cette armée m'ont promis de lui prociu*er tous les autres moyens de renfort pour réparer cet échec et aller dégager Landau. Le moindre succès rendra à nos républicains ce courage et celte énergie qui les caractérisaient et dont quelques lâches désorganisaleurs ont ralenti les effets par les cris de trahieon et de eauve qui peut. Quant à moi, citoyen ministre, je jure de faire mon devoir et de me conduire, dans toutes les occasions, en véritable ami de la liberté et de Tégalité. Mais je vous réitère que , n'ayant ni les talents ni l'expérience qu'exige le commandement en

392 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE GARNOT. [a3 oct. 1798.]

de nos soldats. Dans cette situation , je crains qu'on nous ait enlevé les passages de Phalsbourg et de la Petite-Pierre , et que Tarmëe du Rhin ne soit plus liée avec la Sarre. Cependant il est arrivé des forces de la Moselle à Phalsbourg.

Bitche donne aussi de justes inquiétudes. Dans la dernière dépêche de Tannée de la Moselle , sa droite était à Bouquenom , ce qui annoncerait que Bitche n'est plus compris dans la ligne de défense et qu'il peut être entouré. Votre énergie , votre dévouement connu à la cause du peuple sont des garants que vous changerez en mieux cette position. Vous savez ce que nous avons dit là-dessus : rallier, réorganiser, augmenter la force , en tirant des places du cantonnement du Haut-Rhin et du département du Doubs , et remplacer par la réquisition ; lier la gauche de Tannée du Rhin à la droite de celle de la Moselle , si cette communication était interrompue, faire un plan d'opération pour les armées de la Moselle et du Rhin , qui ait pour but Texpulsion des ennemis du territoire et la délivrance de Landau et Bitche. 11 me semble que Tarmée du Rhin doit avoir un objet principal , c'est d'empêcher Tennemi de passer dans le déparlement de la Meurthe. Nancy a toujours seule de mauvaises dispositions. Ce premier point obtenu , elle s'occuperait continuellement de resserrer Tennemi et le ramener à la firontière. L'armée de la Moselle s'occuperait de la délivrance de Bitche , de reprendre la position d'Hornbach , de se diriger sur Annweiler et Landau , où celle du Rhin tendrait en même temps. Alors par un effort simultané , elles pourraient opérer la délivrance de Landau et foire telle autre opération qui serait jugée convenable.

Je vous envoie des idées parce que je sais que vous les accueillez. Faites conférer devant vous les généraux sur ces bases ou sur toute autre meilleure. Il y a toujours une grande différence de voir le terrain et les hommes , ou des états et des cartes.

Salut et fraternité.

(Minate aut, Arcfa. de la guerre, armée du Rhin.)

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