AU MINISTRE DE LA GUERRE BOUGEOTTE
An quartier général de Maubenge , le s6 octobre 1798, s* de la RépnUiqae une et indinaible.
P. CBIUEZ, VÀJUN BT BEKtON , â6EJfT8 DU CONSEIL EXÉCUTIF À UàBUiE DU NOED , AU CITOTEN EOUCHOTTE, MINISTRE DE Là GUEEEE,
La journée d'hier a été totalement employée au changement du quartier général , qui est venu s'établir ici. Beaucoup de militaires ne croyant pas Maubeuge propre k cet établissement, en raison de la position de Tarmée ennemie, nous ne prononcerons pas sur cette question; mais ce que nous pouvons dire, c'est qu'il nous semble qu'avant de faire venir le quartier général dans cette ville, on aurait dû veiller k ce que les approvisionnements de première nécessité y fussent apportés , tandis qu'au contraire toutes les denrées manquent absolument; il n'y a pas même de fourrage au magasin et l'on est obligé, pour s'en procurer, d'aller à celui destiné k l'approvisionnement du parc et hors de la ville, et en ce moment il n'y en a pas une botte. Il parait qu'on n'a pas encore perdu la vieille et ridicule habitude de totgours placer le quartier général des armées dans les villes. Nous croyons que cet usage subsistera tant qu'il y aura dans les états-nugors des muscadins qui ne conçoivent pas conmient on peut exister dans un village. Ce n'est pas que nous fassions ce reproche au général en chef, qui est généralement désigné pour un bon républicain, mais il est entouré de tant de monde qu'il s'en trouve dans ce nombre qui l'influencent et qui l'entraînent qudquefois dans des démarches ausquelles il n'eût pas même pensé, s'il n'eût suivi que son impulsion.
Nous savons que Jourdan est tellement entravé dans ses opérations que déjà il aurait donné sa démission, sans quelques patriotes qui l'en ont détourné; mais cela n'empêche pas que souvent il a beaucoup de chagrin de voir que des hommes couverts de l'inviolabilité nationale sont tout à l'armée, excepté ce qu'ils doivent être. Nous sommes cependant forcés de dire que Jourdan a montré de la faiblesse envers les représentants, en souffrant que, lors de la bataille des 1 5 et 16 de ce
H^ CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [q6 oct. 1798.]
mois, ils aient donne impunément des ordres h des oflSciers généraux. Nous voyons, d'ailleurs, que Jourdan a porté la complaisance ou la faiblesse jusqu'à fisdre un éloge pompeux du général Duquesnoy, frère du représentant, et qu^à peine a-t-il parié des autres qui ne se sont pas moins bien montrés que lui. Pourquoi donc le 1 5 Jourdan témoigna-t-il hautement son étonnement de ce que la colonne de Duquesnoy ne donnait pas , lorsque le centre et la gauche se battaient depuis deux heures ^'^ Nous l'avions bien prévu lorsque, dans une lettre précédente, nous vous disions cpie l'on ne manquerait pas de faire l'éloge du général Duquesnoy. Si Jourdan eût eu plus de fermeté, il n'eût pas souffert que le représentant Duquesnoy logeât avec lui et ne le quittât pas , et que , de concert avec son collègue Camot , ils eussent pour ainsi dire été les généraux de l'armée ^'^ ; mais il a craint de déplaire à la représentation nationale; il a craint peut-être d'être dénoQcé par le représentant, et c'est ainsi, comme nous vous l'avons déjà dit , que , par une condescendance qui a toujours existé entre les généraux et les représentants, ils ont réciproquement Êdt l'éloge les uns des autres. Quoi qu'il en soit, Jourdan est pur; au moins nous n'avons encore rien remarqué qui puisse nous fidre croire le contraire, et nous espérons qu'enfin il saura déployer l'énergie d'un républicain qui , fier de la cause qu'il défend , ne doit pas souffrir que des hommes fassent ce qu'il doit feire , mais doit les rappeler à leurs devoirs lorsqu'ils s'en écartent.
Notre armée doit, après-demain, se porter sur Thuin et de là à Binche, s'il est possible de percer jusque-là. Aussitôt que nous aurons quelque chose de nouveau , nous aurons le soin de vous en instniire.
Les agents du Conseil exécutif à l'armée du Nord, P. Cellikz, m. t. Berton.
(Orig. , Arch. de la guerre, armée da Nord.)
SGHILTIGHEIlf, 5 BRUMAIRE AN II (s6 OCTOBRE 1793). L'ADJUDANT GÉNÉRAL DEMONT AU COMITK DE SALUT PUBLIC.
Analyse, — L'avant-garde de l'armée s'est battue aujourd'hui du matin juscpi'au soir. «I^es ennemis nous ont enlevé le village de Wanlzenau. Ils s'étaient rendus maîtres, le matin, du bois qui se trouve en avant de Reichstett, mais ce bois leur
^') Jourdan raconte lui-même cet épisode ^*^ Cette appréciation du rôle de Jourdan
dans la lettre du 93 octobre, publiée à la à W attignies est piquante, et elle complète
page 3o8, note a. Le général Duquesnoy la série des documents relatifs à cette vir
déclara qu'il avait donné ordre au général toire. Les insinuations des commissaires du
Gratien de se porter en avant, mab que Conseil exéculif sur le générai Duquesnoy
celui-ci ne lui avait pas obéi. furent d'ailleurs réfutées.
[ay ocT. 1793.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ. 413
a été repris dans le courant de la journée. Les soldais de la République ont trop de conûauce en leur courage , car les ennemis se sont trouves au milieu du village de Wantzenau que notre cavalerie avait à peine monté k cheval, n
(Orig., Arch. de la guerre, armée du Rhin.)
PARIS, 5 BRUMAIRE AN 11 (â6 OGTOBRB 1793). LK céNÉRAL GCILLAUME AU GOMlTé DE SALUT PUBLIC.
inalyse. — 11 écrit de la prison de la Force pour demander qu on décide de son sort, afin qu'il puisse servir de nouveau la République.
(Analyse, Arch. de la guerre, corr. gén.)
liG. PARIS, 6 BRUMAIRE AN II [ù'] OCTOBRE i'JijS)^^K LE COMITE DE SALUT PUBLIC À SAINTWUST.
6* du a* mois a* année.
LB COUiré DE SA LOT PUBLIC À SAINT-JOST, À STRASBOURG^
Nous voyons, cher collègue, avec une vive satisfaction les mesures de sagesse et de vigueur que vous prenez pour mettre l'armée du Rhin en état de repousser les ennemis. Il parait que ce qu'il y a de plus urgent est de renouveler les états-majors. Carlenc nous a paru très mauvais; il est destitué. Frappez avec votre énergie ordinaire les aristocrates. L'arrêté que vous avez pris , pour l'incorporation des hommes de réquisition dans les vieux corps, nous parait très important, et nous désirons qu'il soit exécuté sans délai. Le ministre de la guerre est chargé de vous envoyer un renfort de douze bataillons tirés des départements du Doubs, des Vosges, de la Meuse et du Bas-Rhin. Il vous fera passer aussi tout ce qu'il pourra ramasser de cavalerie. Nous avons arrêté qu'il serait formé un corps de troupes de3oà^o,ooo hommes, près de Saarwerden et Bouquenom, pour marcher par Bitchc et de là sur Landau, ce qui délivrerait cette ville et bloquerait l'ennemi qui
'') Camol est présent au Comité. (Cf. Auiard, VlIIt 56.).
414 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [97 oct. 1798.]
vous presse vers Strasbourg. Nous comptons, chers collègues, sur votre énergie, et nous vous seconderons de toutes nos forces ^^^
Salut et fraternité.
(Minate aut. de Garnot, Arch. de la gnerre, armée da Rhin. — Reg. de la famitte Carnot)
PAII8, 6 BBOMAIRB AN 11 (sy OCTOBRE 1793). LB MINISTRE DB LA GUERRE BOIKIHOTTB AU GÉNÉRAL PIGHBGRU.
Voici quelques observations que l'on a faites sur la composition des villes frontières du département du Rhin; vous examinerez, d'après la situation des eq[>rit8, jusqu'à quel point elles doivent influer sur l'emplacement des troupes.
On pense que les troupes, soit de ligne, soit de récpiisition, qui doivent composer et composeront les garnisons de Strasbourg , ne doivent élre prises et choisies que dans les troupes de volontaires nés ou levés dans d'autres départements que ceux du Haut et Bas-Rhin; que cet avis doit être appliqué aux villes frontières de tous les départements; enfin qu'il faut faire en sorte que ces garnisons se trouvent toiyours, autant (}ue possible, en nombre excédant celui des citoyens résidant dans cette ville frontière.
J'avais écrit plusieurs fois à vos prédécesseurs à ce sujet, j'avais aussi recommandé la plus grande surveillance aux avant-postes. La surprise de la grande déroute ne peut être attribuée qu'à la négligence. L'on m'assure que quelqu'un a passé et repassé aux avant-postes sans avoir été reconnu. Vous jugez queÛe facilité [donne] une semblable n^^ence de la part des gardes et surtout de ceux qui les commandent; que tout le monde soit arrêté, que tout officier qui ne s'instruira pas soit regardé conune non républicain. J'espèro de votre cAté que vous communiquerez aux troupes l'ardeur républicaine qui vous anime et que vous ne tarderez pas à repousser les ennemis de la frontière.
(Arcb. de la guerre, armée du Rhin, reg. ^7, p. s&.)
(*) Cf. la réponse de Saint-Just et Le Bas, datée du 3o octobre 1793, dans Âulard, VIII, iSs. Ib déclarent que Tannée du Rhin est très faible et qu*il faut douxe bataillons pour renforcer les gorge», v Hâtezvous, ajoutent-ils, de renforcer cette armée et persuadez-vous qu^il faut être k Landau dans quinze jours.» — Le 37 octobre, les autorités constituées du département du
Haut-Rhin écrivirent de Strasbourg au Comité de salut public pour Tavertir que les ennemis occupent les bauleurs de Saveme , sont campés près de Strasbourg et cernent Landau et le Fort Vauban, et qu'il est absolument nécessaire de leur opposer un général entreprenant et des forces considérables. (Analyse, Arch. de la guerre, correspondance générale.)
[37 ocT. 1793.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ. 415
MADBBUGE, 6 BRDUÂIBB AN II (96 OCTOBRE 1793). LE REPRIÎSRNTANT BAR AU GOUITi DE SALUT PUBLIC.
Mauben^e, 6' jour de la 1** décade do 1* mois de Tan 11 de la RépoUique une et indivisiUe.
LE RBPRBSBNTANT DO PEUPLE ENVOYÉ PKÈS LURMÉE DU NORD À SE8 COLLEGUES DU COMITÉ DE SALUT PUBLIC DE LA CONJESTMÊl^ WÂXWmâLE,
Citoyens collègues,
Je VOUS ai déjà rendu compte avec qnelle imprévoyance les difi&ents administrateurs, charge de pourvoir aux besoins de l*armëe de la République, attendaient toujours le moment du besoin pour y satisfaire. La partie sur laquelle les plaintes doivent plus spécialement porter dans ce moment sont les effets d'habillement et les couvertures. La saison commence k devenir rigoureuse , les défenseurs de la patrie sont tous campés ou au bivouac ; déjà les maladies et surtout la dysenterie commencent leur ravage; le froid en est une des principales causes. Dès notre arrivée près la division de Maubeuge , mes collègues et moi nous sommes occupés de ces différents objets. Nous avions autorisé le citoyen Rouyer, inspecteur de rhabillement, à se rendre dans les différents lieux où il existe des magasins et même près du ministre de la guerre, pour presser Tenvoi des parties d'habillement extrêmement nécessaires à la division ; on nous annonça , quelques jours avant le blocus, l'arrivée de 9,5oo habits complets. Cependant cette partie même n'est point encore entièrement arrivée. La Convention nationale a décrété la fabrication de 3oo,ooo capotes, dont 80,000 pour l'armée du Nord, et aucunes ne sont encore disponibles pour cette armée. Le commissaire ordonnateur en chef Pinthon, k qui j'ai demandé l'état de ce qui pouvait être à sa disposition en cette partie de l'habillement, de même que pour les couvertures, m'a répondu que rien encore ne lui avait été.envoyé. Ce qui est encore plus indispensable , c'est la chaussure ; l'armée , toujours en mouvement , consomme beaucoup en ce genre ; un soldat use au moins une paire de souliers par mois : il en est arrivé ici une certaine quantité , mais pas encore suffisante pour les besoins. Une chose arrête , k cet égBrd et pour les autres parties de l'habillement, la promptitude du service : ce sont les bureaux de visite et expertise établis dans les villes de l'intérieur. Il semble qu'il serait plus convenable de faire arriver ces effets directement au lieu de leur destination. On pourrait y &ire les mêmes établissements pour les vérifications et empêcher la fraude. On parerait même par \k k un moyen de dilapidation; les effets, pour être visités dans l'intérieur, doivent être déballés; faute d'ouvriers, on est quelquefois obligé de les fiiire parvenir après la visite sans être remballés. Cette mesure donne lieu k des soustractions. Je vous engage très instamment, mes collègues, k fiiire porter votre sollicitude sur cette partie des besoins de l'armée; nos frères qui la composent méritent d'autant mieux les plus grands soins k cet égard qu'ils se dévouent tout entiers et avec le plus grand zèle k la défense de
Iti6 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [97 oct. 1798.]
la République. Il serait désormais impossible de leur faire adopter d'autre sentiment que celui de la libertd, de T^alitë, de Tunitë et de l'indivisibilité de la République; ils abHorrent les tyrans et la tyrannie et sont à la rigueur de vrais républicains.
Je dois aussi fixer votre attention sur les approvisionnements de guerre de la place et du camp de Maubeuge. Vous jugerez , par les états que je me suis fait délivrer et que je vous transmets , quelles sont les personnes et quels sont les besoins à cet ^ard. J'ai pris, seul ou avec mes collègues, quelques arrêtés sévères contre des officiers dénoncés ou comme incapables ou comme suspects; ils sont joints à cette lettre, et la plupart des pièces et dénonciations y sont également attachas. Je joins aussi les pièces concernant le général Gudin et les autres arrêtés que le désir d'assurer le service m'a &it prendre.
Nous avons pris, de concert avec mon collègue Hentz, des mesures relatives à la propagation de l'esprit public, et nous nous proposons encore d'en prendre d'ultérieures dont nous vous rendrons compte incessamment ^*^
Salut et fraternité.
Bar.
(Orig., Arch. de la guerre, armée du Nonf.)
OOST-DCNKERKE, 6 BRUMAIRE AN II (sy OCTOBRE 1793). LE GÉNÉRAL VANDAMME AU GOMlTé DE SALUT PUBLIC.
Au quartier général à Oost-Duukerke , le 6* jour de la i" décade du a* mois de Tan u de la République française une et indivisible.
LE 6BNBRÀL Y AN DAM HE AVX CITOYENS REPRÉSENTANTS DU PEUPLE COMPOSANT LE COMITE DE SALUT PUBLIC.
Citoyens représentants.
Je vous ai rendu compte , par ma dernière , que l'inondation m'avait obligé de me retirer de la route de Furnes à Nieuport, et de porter une attaque du câté de OostrDunkerke , seul point qui ne pouvait être inondé (en laissant seulement au pont rompu sur cette route une demi-brigade). Je m'y suis établi le h ; j'ai fait aussitôt ouvrir la tranchée , sous le feu le plus violent des remparts de l'ennemi. La tranchée est à présent finie et les bombes, obus et boulets rouges pleuvent sur la ville; elle ne doit pas tenir longtemps, ou sous peu elle sera entièrement brûlée.
L'ennemi est assez en force dans la ville; il y a vingt bouches à feu; le feu des batteries est fort vif. Le & , mes braves soldats se sont emparés du petit fort de Viervoutre; je voulais y établir des batteries et, comme je les faisais commencer,
(*) Cette lettre n'a été qu'analysée dans le recueil Aulard.
[97 ocT. 1793.] CORRESPONDANCE MIUTAIRE DU COMITÉ. 417
une escadre an^aise, composée de trente vaisseaux, prit mon armée en flâne et lança des bordées terribles. La garnison fit en même temps une sortie, mais elle fut obligée de rentrer dans son repaire et fut poursuivie jusque sous les remparts. Plus de cent esclaves ont mordu la poussière. Je ne saurais assez vous louer le courage de tous les braves soldats de Tannée que je commande et l'adresse de mes braves canonniers. Ds supportent le mauvais temps et les bivouacs avec un courage qui n'appartient qu'à des hommes qui se battent pour leur liberté. Le cidevant 93* régiment et le k* bataillon de Seine-et-Oise, et le bataillon des chasseurs du Mont-de-Cassel ont, dans cette sortie, combattu en héros; ils ont soutenu pendant deux heures le feu des remparts, de la mousqueterie et de l'escadre. Cette escadre nous envoyait des bordées de quarante pièces à la fois, de 97, 36, A o et A9; mais les boulets passaient trente pieds sur nos têtes, suivant leur louable habitude; les dunes en sont remplies.
J'ai été obligé d'évacuer le petit fort de Viervoutre. Je n'ai perdu que douze hommes. Ma position actudle est très belle; l'ennemi ne nous tue personne et nous lui envoyons de la marchandise qui lui écrase et bràle toutes ses maisons. Ça ira; il évacuera la ville d'ici à demain ou je la fais prendre d'assaut; je puis le fiiire avec les vaillants républicains que je commande.
L'escadre a cessé son feu hier soir; ^e l'a recommencé ce matin, mais dans la journée elle a fini, et la majeure partie a pris voile pour l'Angleterre. Il est resté seulement six bâtiments, qui sont en observation. J'étais inquiet hier, parce que j'ignorais ses desseins. Je suis k présent tranquille; elle ne peut pas laire une descente de canons entre Nieuport et Dunkerque, parce que les dunes sont impraticables et que le citoyen Castagnier est d'ailleurs avec plusieurs bâtiments en observation le long des dunes.
J'ai envoyé , le & , sept bataillons â Schoorbakke , commandés par le général Gougdot Ils se sont emparés de Dixmude et restent de ce câté en observation pour soutenir ma droite en arrière et empêcher que l'ennemi vienne m'attaquer de ce côté. L'ennemi s'est retiré au nombre de 3,ooo honùnes à Thourout; il s^y fiiit aussi un rassemblement de paysans; mais vingtrcinq républicains en ont fait fuit* deux mille.
Les enlèvements que je fais faire sont considérables; chevaux, bœu&, vaches, fourrages, grains, chariots, bois, fer, cloches, plomb, cuivre, draps, toiles, argenterie des ^^ises, je fiads tout refluer sur Dunkerque; je les adresse à la municipalité.
Les coquins de prêtres avaient &it cacher dans les églises presque tous les eflets des villages, parce qu'on leur avait dit que les Français n'y entraient plus; mais comme ils se sont trompés! J'ai &it fouiller toutes les églises, et dans toutes j'y ai trouvé de beaux effets. Les vases ci-devant sacrés étaient aussi cachés dans les clochers , mais je les ai trouvés. A Dunkerque de suite I Mes prises se montent bien à présent k six millions. Je ne compte pas celui que la ville de Fumes doit me donner en numéraire. Ahl quand j'entrerai dans Nieuport, quel coup, que d'enlèvements. Les mâtins sont foutus; je ne veux laisser aux habitants que les yeux pour pleurer.
Je vous enverrai, citoyens représentants , et au ministre de la guerre le procès*»
M^IIUSMI lATIOVAU.
«18 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [37 ocr. 1798.]
veiiuil de tous mes enlèvements, quand ils seront finis. Je sois tdiement surcharge d'ouvrage que je n'ai pas un seul moment à moi.
Je ne dois pas oublier de vous dire que les quatre bataillons de Tannée révolutionnaire , que j'ai avec moi et que j'emploie aux travaux des tranchées , travaillent avec le plus grand zèle et sans £aâre attention aux bombes qui pleuvent sur eux. Je ne puis vous nommer personne; tous les républicains de mon armée ont le même courage et tous se distinguent dans les fonctions qui leur sont attribuées.
Depuis deux mois le citoyen Seron ^^\ capitaine au bataâlon des diasseurs du Mont-de-Cassel, fait auprès de moi les fonctions d'adjudant général, chef de mon état-major. Je n'ai qu'à me louer de son z^ et de ses talents. Le général en chef me promet toiyours de lui obtenir son brevet, mais il n'arrive pas. Veuillez bien, citoyens représentants, le lui &ire obtenir et me l'adresser. H est nécessaire qu'il l'ait promptement.
Le général de brigade Hoche, employé dans l'armée que je commande, est parti le à, pour conunander dans l'armée de la Moselle, en qualité de général de division ^^K Le général Roulland ('^ est arrivé ce matin pour le remplacer ^^^
^*> Gabriel -Antoine -Ovide Seron, né à Nogent -l'Artaud (Aisne) le 8 octobre 1771, fils d'un géomètre-arpenteur, garde national en 1789, sergent-major aui*'bataifion de l'Aisne le a6 août 1791, sous^ lieutenant dans la compagnie franche de Vandamme le i*' octobre 17931 lieutenant le 1** mars 1793, capitaine au bataillon des chasseurs du Mont-Gassel en septembre 1793, adjudant général chef de bataillon provisoire le 94 pluviôse an 11 (19 février 1794), non compris dans l*organisadon du 9 5 prairial an ni (iS juin 1795), retiré à Nogent-f Artaud.
W Hoche quitta en effet l'armée du Nord le 95 octobre 1793. (Cf. p. 388.)
(8) Henri-Victor Roulland, né à Saint- Quentin - d'EUe (Manche) le 11 octobre 1761, soldat au régiment de Normandie le 99 septembre 1770 , congédié le 99 août 1775, chef du 9* bataillon de l'Orne le 90 septembre 1791 1 chef de brigade par arrêté des représentants Trullard et Berlier le 97 septembre 1793, puis général de brigade et commandant de la place de Bergues le 98 , commandant de Landrecies le a6 janvier 179^, confirmé dans son grade le 19 avril 1796, prisonnier de guerre par la capitulation de Landrecies le 3 0 avril 1794, rentré en France par échange le 97 novembre 1796, employé à l'armée
des Côtes de Brest et commandant la subdivision d'IUe-et-Vilaine le 16 décembre 1795, commandant la subdivision de la Manche le 19 octobre 17971 celle du Morbihan le 1" janrier 1799, et celle des Côtes-du-Nord le 96 mars 1800, réformé le 91 mai 1801, commandant de Belle- Isle-en-Mer le 8 juin 1801, chevalier de la Légion d'honneur le 1 1 décembre i8o3 et officier le i4 juin i8o4, retraité le i*' septembre 1816, chevalier de Saînt- Loub le 90 août 1893, mort à Rennes (Ille-et-Vilaîne) le 6 février 1897. Le général Roulland avait fait les campagnes de rîle-de-France de 1771 à 1774.
(*) Le général Roulland adressa, le 19 brumaire an n (9 novembre 1793), aux représentants Tridlard et Berlier, à Boulogne-sur-Mer, un rapport détaillé su les événements arrivés soùs Nieuport depuis le 6 brumaire (97 octobre 1793). Il j raconte que, dès son arrivée, il a communiqué au général Vandamme l'ordre qu'il avait reçu du génénd D'Avaine de venir remplacer le général Hoche; qu'ensuite m a parcouru tous les postes et trouvé partout le soldat dans les meilleures dispositions, malgré des fatigues excessives, résultant des mauvais temps, et le manque de pain qui s'est fait souvent sentir. (Copie, Ardi. adm. de la guerre, dossier Roulland. )
Dans^ce moment, NieuporC est eo feu; je verrais presque assez dair pour écrire sur les dunes ^^\
Salut et fraternité.
Le général eomtnandant devant Nieupori, D. Vahdammb.
P.-5. Je vous envoie plusieurs lettres qui m'arrivent à Tinstant d'Ostende. J*en ai donné copie au général D'Avaine, commandant en chef la frontière, depuis Lille jusqu*à la mer^*^
(Orig., Areh. de la guerre, armée da Nord.)
MADBEUGK, 6 BROMURE AN II (^7 OGTOBIB i793). LE G^NiRAL FBRRAND AU MINISTRE DE LA GUERRE BOUGHOTTB.
6 bmmair» an n.
LE QiniïïAL FMBBÀND ÀV CiTOTEH BOUCHOTTM , M11H8TBE DE LÀ QOEBEE.
Ce n^est point un général, c'est un vrai sans-culotte, un en&nt de giberne qui vous écrit, et qui ne s'aperçoit pas d'atgourd'hui combien il est fecile de porter de loin une opinion sur des faits, qu'on jugerait avec plus d'impartialité, si on avait été dans le cas d'y participer. Je le répète, c'est aux militaires expériimentés que j'en appelle de ma conduite devant le blocus de Maubeuge. Une autre autorité, non moins respectable, est celle du représentant du peujde Bar. Si je cher
0) Le 8 bruiiiaire(s9 octobre) le général Vandamme écrivit au générri D^Avaine qa*ii se voyait avec peine forcé d'abandonner le nège de Nieuport par suite des dispositions que ledit générai avait fait prendre à son année. «Je crains d^i^vance, général, disait-il, de ùàre battre en retraite une année telle que je commande, composée de si braves républicains, mais puisqu'il le faut je m'y décide. Vous pouvei compter que ma retraite se fera dans le plus grand ordre et qu'il ne se commettra aucun désordre; mes troupes se contiendront dans leur retraite comme à la charge, à l'exception qu'elles n'iront pas d'un même ccrar.» (Ardu de la guerre, armée du Nord, reg. du général D'Avaine, pièce n* 79-)
<*) Le 17 octobre 1793 le représentan Isoré écrivit au général D'Avaine ( copie ctfr tifiée par D'Avaine, arch. de la guerre, armée du Nord) : «Je regarde Meniu, comme l'a bien écrit le général Joordai^ un point bien important, et à tel prix que ce soit il faut le garder. L'ennemi est disposé a ûdn son possible pour nous forcer à évacuer Menin pour conserver Gourtrai. H parait que Gourtrai est le repaire des ressources de l'ennemi. . . Vandamme va bien; les autres iront bien sur la gauche. Arrangetvous pour Ypres. Si l'ennemi est inquiété sur Gourtrai, vous en profiterex. D y a un bataillon de vieille troupe à Saint-Venant. Demande»4e, si vous le jugex à propos.» — Isoré su^ndit de ses fonctions le générai D'Avaine le 19 octobre.
420 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [ay oct. 1793.]
chaiç à appeler un instant les regards sur moi, je dirais qn'aucune occasion ne s'est montrée où je n'aie prêché d'exemple, dans les circonstances les pins périlleuses. Quant à la partie de votre lettre, qui parait me dicter la conduite que j'aurais eue à tenir pour profiter de la retraite de l'ennemi, tout me porte à croire qu'on vous a induit en erreur sur la manière dont cette retraite devait militairement s'opérer. L'ennemi n'a pas manqué de faire filer ses équipages et son artillerie de position en télé de ses colonnes; il a, avec raison, profité de la nuit et du brouillard pour passer la Sambre. Cette marche s'est efiectuëe à deux lieues au-dessus et au-dessous de Maubeuge, ayant toujours laissé ses avant-postes pour masquer sa retraite. Je n'ai pu être instruit qu'à six heures et demie du matin par des déserteurs qui m'ont donné les p^miers renseignements. Je me suis, empressé d'envoyer de fortes découvertes et faire sortir de fortes colonnes pour profiter des avantages que l'ennemi eût pu m'offiir. Voici ma conduite. Je provoque ma censure de tous les hommes qui sont h portée de la juger.
Nommé au généralat, que je n'ai jamais brigué, ce ne peut être que la confiance nationale qui m'y a appel^. Si la nation m'en croit encore digne, ce sera toujours avec regret que j'apprendrai lopinion désavantageuse de mes frères les porte-gibernes et cdle de leur organe sur mes dispositions militaires ^^K
Le général de division, Ferrard.
' Quant aux dix ou douze mille hommes que vous mettez si gracieusement k ma disposition, vous n'avez pas sans doute consulté les états de situation que je vous ai feit passer. Vous y auriez vu que je n'ai jamais eu plus de treize à quatorze mille hommes en activité de service et portant les armes , tant dans la ville que dans le camp retranché, et qu», d'après cela, il devenait impossible d'exécuter des projets qui sont si faciles k combiner de loin.
(Orig. , Âreh. de la guerre, armée da Nord. )
(*} Le représentant Heatz écrivit de Maubeuge, le 99 octobre, au Comité : «r Gardez-vous bien de suspendre Ferrand : c*est un excelieat divisionnaire et un patriote infaillible. Deux fois pendant le blocus II a tenté des sorties, ^es ont mai réussi, parce que les autres généraux, qui avaient vendu la ville, rendaient la bravoure nulle. Ferrand n'est pas fait pour diriger ni un plan de campagne, ni une bataille, mais il dirigera une diviûon et il ne mourra qu^à la tête d'une division. Jourdan en est content, et on lui ôterait un moyen en
Tétant, car il y a disette de généraux.» (Cf. Aulard, VIII, loa.) — Jacques Ferrand, porte -drapeau au commencement de la Révolution, après vingt-quatre ans de services, avait eu dès lors un avancement très rapide. Élevé du grade de chef de bataillon à cdui de général de brigade par les représentants le 6 août 1798, investi, le a a septembre, du commandement en chef de l^armée des Ardennes, il semble qu'il ait justifié le jugement qu'en porte Hentz, car il ne fut mis à la retraite qu'en 1796.
[97 ocT. 1793.] CORRESPONDANCE MIUTAIRE DU COMITÉ.
TILLE-APPRANCHIB (lTOn), 6 BRUMAIBB AN lî (^7 OGTOBRB 1793). LE GifiiML EN CHEF DOPPBT ^^^ AU COUlli DE SALUT PUBLIC.
Qaartier général de YUle-AlIVanehie, le 6 du s* mois de Tan n de la Répobliqne.
AMioiE DOPPMT, oiniRAl EU CHSr DE l/AtmiE DES ALPES ^*\ AU COMiré DE SALUT PUBUC DE LA CONTENTION NATIONALE,
Citoyens reprësentants ,
J*ai reçQ ce matin l'ordre de me porter contre les tyrans et les esdaves de Todon ('\ Je ne négligerai rien poor me rendre digne de la confiance de la République. Je sais où est mon poste d'après vos ordres. Les mors de la cité des plus insolemment rebelles tomberont sous les bras républicains. Je vous préviens cependant qu'ayant donné les ordres les plus précis pour y porter des forces,
(>) Amédée Doppet, né A Lémena (Savoie) le 18 mars 1763, et non A Chambéry, comme il le dit par erreur dans ses Mémoin$, fils d*mi fabricant cirier, enrôlé au régiment da commissaire générai de la cavalerie en 1 770 , fusilier au régiment des gardes françaises le 10 mai 1771 , congédié le 1 4 avril 1 773 , docteur en médecine de rUniversité de Turin, sous-officier dans la garde nationale de Grenoble le 1*' avril 1 790 et membre de la Société des Amis de la Constitution de cette ville, secrétaire d'Aubert Dubayet A Paris en septembre 1791 , membre de la Société des Amis de la Constitution en octobre 1791 et de celle des Gordeliers, grenadier dans le bataillon de Saint-Rocb de la garde nationale soldée le 99 mars 1 799 , congédié le 7 juin suivant, rédame, le Si juillet 1799 , la création de la légion des Aliobroges, dont il est nommé lieutenant-colonel le i3 août suivant, député de Cbambéry pour opérer la réunion de la Savoie à la France le lA octobre 1799, cbef de brigade le 9 août 1793 et générai de iNrigade A Tannée des Alpes le 19 du même mois, générai de division et commandant en dief Tarmée des Alpes le ti sq>tembfe 1793, générai en cbef de Tannée des Pyrénées orientales le i3 brumaire an 11 (3 novembre 1793), employé A cette armée comme divisionnaire
le 3o frimaire an n (90 décembre 1793), destitué le 16 pluviôse an ni (h février 1 795 ) , réintégré le 9 frimaire an iv (aB novembre 1796), agent du gouvernement dans les départements de. la Âfosdle, de la Meurtbe et des Vosges, du i** frimaire au i*' floréal an iv (99 novembre 179$ au 90 avril 1796) admis au traitement de réforme le 17 brumaire an vi (7 novembre 1797)9 député du Mont-Blanc au Conseil des Cinq-Cents le 9 4 germinal an ti(i 3 avril 1 798), sorti du Consâ par suite de Tannulation de son élection le 99 floréal an ti (1 1 mai 1798), retiré aux environs de GrenoUe, mort 4 Aix-les-Bains (Savoie) en 1800. Le général Doppet a laissé plusieurs ouvrages , parmi lesquels des Mimwm poUtiqu$$ $i miUtainê, publiés de son rivant 4 Carouge en 1 797 et réimprimés dans la collection Baudouin.
0) Doppet était arrivé devant Lyon le 96 sq>tenaîbre 1793, et il était entré dans cette ville le 9 octobre. (Cf. Mémoire$ potitiquêê 9t mUitmrtê du général DoppH, p. 189 et 195.)
(>) Par arrêté du Comité de sabt public, en date du 93 octobre 1793 (cf. Âuiard, VU, 586 ), qui était parvenu le 97 à Doppet par un courrier extraordinaire et accompagné d'une lettre de Boucbotte. (Cf.
Mémoireê, p. 909.)
&32 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [s8 ogt. 1793.]
qu'y en ayant déjà porte, j'en attendrai la ràinion. J'aime à frapper, lorsqae je sois sâr de ne pas compromettre la patrie. Je suis bien mattre de ma vie, mais je dois compte de son sang au peuple souverain.
Dès que je reçus hier votre dëpéche au sujet du triomphe des armées de la République dans la Vendée, je la fis aussitôt porter à Timprimeur. D importe, comme vous l'avez senti, d'instruire du sort qui partout attend les rebelles, car les aristocrates ont toujours soin de prêcher l'existence d'une Vendée, avant qu'elle existe rédlement. C'est par des contes gigantesques qu'ils entraînent les faibles dans leur partL Ainsi, en publiant l'extinction de la Vendée, on étouffera tous ceux qui auraient dessein de bAtir des nids de contre-révolutionnaires.
J'ai aussi &it imprimer pour l'armée des calendriers républicains. J'ai cru devoir dans une instruction prouver à mes frères d'armes que ce changement était des plus nécessaires.
Je vous adresse enfin un exenq>laire de tout ce que j'ai cru propre k éclairer l'armée.
Le citoyen Albitte ^^^ est icL Nous avons travaillé et nous travaillons jusqu'à l'heure de mon départ à fiiire partir les moyens qui doivent nous £ûre terminer avec Toulon.
Vive la République, une, indivisible et démocratique I (Orig. aat, Areh. de la gaerre, armée da siège de Lyon.)
DoPPBT.
117. PARIS, 7 BBUMAIRB AN II (a8 OCTOBRE 1798)^^^. LE COUni DE SALUT PUBLIC AU G^NéRAL D>AYAINE.
Paris, le 7 du a* mois de Tan 11 de la République une et indivisible.
LES REPliéSENTâNTa DU PEUPLE, COMPOSANT LE COMITÉ DE SALUT PUBUC , AU oàniEAL DE DIVISION D'AVAINE , AU QUARTIEH ciNÉBAL DE CASSEL,
Le Comité de salut public, citoyen général, applaudit aux avantages que votre division a remportés sur les ennemis ^'^ : il accepte avec em-
(^) Antoine-Louis Albitte,' né à Dieppe le do décembre 1761 , bomme de loi, député de la Seine-Inférieure à TAssemblée légidadve et à la Convention, mort à Rossiéné (Pologne) le a5 décembre 1819. Il avait été envoyé à Lyon le 1 8 octobre 1 798. (Cf. Aulard, VH, 48o.)
(') Camot est présent à la séance du Comité. (CL Aulard, VIll, 7A.)
(') Cette lettre répond à une lettre du général D* A vaine au générd Jonrdan , transmise par ce dernier au Comité de salut public le 4 brumaire an 11 (sS octobre 1793), et dont void le principd passage :
ff Je m Wpresse , générai , de vous rendre compte de nos opérations. La ligne des troupes que je commande depuis Arleux jusqu'à la mer avance sur un front également
t fi8 ocT. 179a.] CORRESPONDANCE MIUTAIRB DU COMITÉ. ASS
pressement Taugure des nouveaux* succès que vous lui faites espérée Néanmoins il croit devoir vous faire observer que vos forces lui pa-r raissent beaucoup trop morcelées. Il est temps de songer à frapper des coups décisifs, et pour cela il faut agir en masse; il faut d'abord dis* perser Tannée ennemie, la mettre en déroute, la désorganiser, et ensuite toutes ses places, tous ses postes tomberont et se replieront d'eux-mêmes. Ce n*est pas que le Comité désire qtae vous cherchiez à livrer bataille sans nécessité, mais il voudrait que vous prissiez des positions qui le forçassent à évacuer le territoire de la République. Si, au lieu de disséminer les forces, par exemple on les réunissait pour enlever Tournai ou le camp de Maulde, si on se plaçait de manière à intercepter les subsistances qu'il est obligé de tirer de son pays, si Ton brûlait ses grands magasins, il faudrait bien qu'il évacuât les places qu'il occupe. Une seule victoire de ce genre supplée et entraîne toutes les autres; elle fait plus que toutes les actions de détail. Il ne faut point se piquer de battre les ennemis dans ses différents postes, & forces égsdes ou inférieures. C'est un honneur chevaleresque qui ne convient point à notre système, et avec le faux honneur on perpétue la guerre à l'infini. Il faut, au contraire, chercher l'art d'attaquer toujours l'ennemi oii il est faible, et avec une supériorité de forces telle que la victoire ne puisse jamais être douteuse. C'est ainsi que vous le forcerez successivement sur tous les points et que vous lui Aterez l'envie de reparaître. Le générsd Jourdan veut cerner l'ennemi, l'envelopper,
vainqueur partout de^m Mardiiennes jusqu'à Fumes. Hier au matin, Wervicq a été forcé après qudque résistance. Les mêmes troupes ont fait l'attaque de Menin sur les derrières, tandis qu'une autre colonne ùdr sait Tattaque de lliuin. Ce poste a été forcé après une résistance opiniâtre. Biais que ne peuvodt pas des soldats r^uUicainsT Nous y avons pris sept pièces de canon, Dût 5oo prisonniers. Nous nous sommes égdement rendus maîtres du village de ^îamertinghe «dtre Ypres et Poperin^e.
Nous leur avons tué, k Poperin^, une quarantaine d^kommes, entre autres un officier supérieur de la cavalerie hessoise, un autre blessé et fait prisonnier avec sept ou huit autres blessés. Nous n'avons eu dans cette affaire aucun mort et seulement cinq
ou six de blessés légèrement. On a pris bier k midi la ville de Fumes, qui était gardée, ainsi que ses ouvrages externes, par trois mille hommes. L'attaque a commencé k dnq beures du matin. Il ne nous a pas été possible de nous saisir de qudqnes-unes de leurs pièces; ils les ont Dût évacuer avant de quitter la place. Nous leur avons fait une soixantaine de prisonniers. Une partie de nos troiq>es les ont poursuivis, la baïonnette aux reins. Je ne puis pas encore vous dire combien ils nous en auront tué ou fait prisonniers. Ce matin, nous devons attaquer la ville de Nieuport et après cette conquête nous porter sur (hi&aâe, . . 9 (Copie certifiée par le général Jourdan, Arch. de la guerre, année du Nord.)
â24 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [a8 ocr. 1798.]
renfermer dans les lieux quil a envahis. Secondez-le, en tâchant d'opérer avec lui une jonction qui sé{)are Tennemi de ses magasins; en un mot, tirez des garnisons tout ce qui est disponible, serrez-vous et agissez en masse, en réduisant néanmoins, autant que vous le pourrez, la guerre à des affaires de poste. Le Comité a cru devoir vous faire connaître directement ses intentions à ce sujet, persuadé du zèle qui vous anime et de vos talents militaires ^^\
A expédier : Carnot.
(Minote aat , Areh. de la gnerre, armée da Nord. — Beg. de correspondanee , archives de la famille Carnot.)