‹ Correspondance générale de Carnot (volume 3)Chapitre 156 sur 181 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

DB L'éTABLISSBMBIfT DI8 ATELIERS ET DE8 MAGASINS.

Pour rétabKssement des ateliers et des magasins, etc. , comme pour beaucoup d'autres parties de cette vaste entreprise, tout était à créer; mais aussi on avait la ressource des b&timents nationaux disponibles, dont le Comité de salut public s'est fait donner un état par le directoire du département de Paris. Ces bâtiments sont distribués dans toute rétendue de la ville; ils sont à de très grandes distances les uns des autres: si un seul architecte eût été chargé de leur examen, de la destination qu'on pouvait leur donner et des constructions nécessaires pouc cet objet, il aurait éprouvé des retards funestes.

Pour accélérer cette suite d'opérations et avoir le nombre d'architectes suffisants pour les diriger, on a pris la liste des Jacobins, des électeurs de 179^ et des membres de la commune du 10; on a fait le relevé de tous ceux qui y étaient désignés comme architectes, on les a convoqués et on a partagé le territoire de Paris en autant d'arrondissements qu'il s'est trouvé de membres présents.

On les a adressés à la manufacture établie dans la maison Bretonvilliers, pour y prendre les renseignements sur les détails des objets nécessaires aux ouvriers» et on les a chargés, chacun en particulier, de parcourir l'arrondissement qui lui était attribué, pour juger de la destination qu'il était convenable de donner aux bâtiments. Ces architectes ont été adressés au ministre de la guerre pour lui soumettre leurs opérations et obtenir de lui les pouvoirs nécessaires pour mettre de l'ensemble dans toutes ces dispositions, et proportionner avec sagesse le nombre dés ateliers de chaque espèce. Tous les architectes ont été chargés de correspondre avec un ingénieur en chef nommé par le ministre de la guerre, et qui, en même temps qu'il devait exercer une surveillance générale sur tous les travaux relatifs h l'établissement des ateliers, en devait presser et accélérer la confection.

Enfin, pour environner cet ingénieur de toutes les lumières qui lui étaient nécessaires, le Comité de salut public a donné ordre au ministre de la guerre et à la manufacture de la maison Bretonvilliers de nommer quatre canonniers, quatre platineurs, quatre ajusteurs et

monteurs, chargés, avec les régisseurs des ateliers, de donner à cet ingénieur la connaissance de tous les objets de détail qui lui étaient nécessaires.

On va exposer rapidement le tableau du nombre, de remplacement et de la destination des ateliers de tous les genres qui s'élèvent en ce moment à Paris pour la fabrication des fusils.

Forgeê à canon.

Le canon de fusil se forme d'une lame de fer de dimensions déterminées, que Ton roule à chaud, et que l'on soude ensuite au marteau. La fabrication de ces lames exige des martinets qu'on ne pouvait établir en nombre suffisant aux environs de Paris sans sacrifier des moulins à farine, ou sans établir des chutes d'eau par le moyen de machines à feu, ce qui aurait consommé du charbon de terre nécessaire aux autres parties de la fabrication. On a pensé qu'il était bien plus convenable de faire venir ces lames toutes fabriquées des forges qui sont placées sur des cours d'eau , qui sont ou qui peuvent être facilement garnis de martinets nécessaires, dont l'approvisionnement en combustibles est moins coûteux qu'à Paris, et dont les ouvriers sont exercés à un genre de travail analogue, ou peuvent en prendre promp* tement l'habitude.

Il n'en était pas de même pour forger les canons; cette opération exige un grand nombre d'ouvriers qu'il serait peut-être impossible de rassembler dans les forges et même de former avec assez de rapidité, tandis qu'à Paris, où l'on manie déjà le fer avec tant d'adresse et où l'émulation et le besoin qu'a chaque ouvrier de l'estime de ses pairs peuvent enfanter des merveilles, il est facile de convertir promptement en excellents canonniers tous les bons forgeurs.

On s'est donc déterminé à élever à Paris s 58 forges, et en les distribuant en grandes masses sur les places publiques et dans les promenades susceptibles de les recevoir, le Comité de salut public a eu pour objet d'inspirer au peuple la confiance qu'il doit avoir dans ses ressources, et de le rendre lui-même le surveillant des entraves de tout genre que eette grande fabrication pouvait éprouver.

De ces forges, i&o sont placées sur l'esplanade des Invalides; SA sont adossées dans le jardin du Luxembourg, au mur qui le sé-

pare du terrain des ci-devant Chartreux; et 64 entourent la grille de la place de l'Indivisibilité ^*l

Lorsque les ouvriers seront exercés, chaque forge produira 4 canons par jour, ce qui donnera en tout i,o39 canons, et pour attendre que Ton ait atteint ce degré de rapidité, Tadministration a reçu des soumissions pour im certain nombre de canons tout forgés, qui seront envoyés à Paris des différentes forges des départements; et déjà plusieurs forgerons de Paris ont passé des marchés pour en forger chez eux, et le nombre en est déjà porté à i,3io par mois.

Formes.

Lorsque le canon est forgé, on le met de calibre et on en adoucit Tintérieur dans les usines, au moyen d'alésoirs gradués qu'on y fait passer de force successivement, et qui sont mis en mouvement par une machine.

On a pensé qu'il était possible d'établir sur la Seine et dans les lieux où le courant est le plus favorable, cinq grands bateaux garnis chacun de deux tournants, et montés de 1 6 foreries, ce qui fait 8o foreries; et en supposant que chacune d'elles ne pût aléser que is ou i5 canons par jour, i,ooo canons subiront cette opération. Le Gomité dç salut public s'est adressé pour l'établissement de ces usines à un charpentier célèbre de la ville de Paris; il l'a envoyé dès le 2 4 août (vieux style) à la manufacture de Charleville, afin d'y prendre les renseignements et les dimensions dont il avait besoin; cet artiste en a profité; il a perfectionné et simplifié quelques-unes des parties des macbines, et la Convention a sous les yeux les dessins et les plans de ces établissements; les bateaux -ont été achetés dès le mois d'août; on a travaillé sans relâche à leur radoub et à l'établissement des foreries; et dès ce moment un des bateaux est en place près le pont de la Tournelle et prêt à recevoir les ouvriers; enfin, à mesure que les forges fourniront des canons bruts, les foreries pourront les déser et suivre la marche des opérations.

(^) Déjà un ffnoïà nombre de forges est Paris, qui ont cependant réussi, quoiqu'ils

en activité au Luxembourg et à la place de ne fussent pas exercés à ce genre de travail;

l'Indivisibilité. Plusieurs sont occupées par des canons parfaitement forgés par eux

les canonniers de Maubeuge et de Cbarie- ont été d^j«^ présentés au Comité de salut

ville; d'autres le sont par les forgerons de public. {Note du rapport.)

Au sortir de la forerie le canon doit être blanchi en dehors et mis de Tépaisseur convenable au moyen de la meule ; c'est encore sûr des bateaux places sur la Seine , garnis de tournants mis en mouvement par le courant de la rivière, que se fera cette opération. Les bateaux sont préparés; les meules sont achetées: 23 sont déjà arrivées, 178 autres sont déjà en route, et elles ne tarderont pas à êlre montées ^*l

Un artiste célèbre s'occupe de l'exécution d'une machiné au moyen dct laquelle le canon sera conduit sur la meule et réduit à l'épaisseur convenable, sans exiger de l'attention de la part des ouvriers; en sorte que ce travail, qui dans les manufactures exige un artiste exercé, pourra être exécuté par des ouvriers d'une intelligence ordinaire, et qui ne seront point obligés de faire un long apprentissage.

Equipage de canons.

Lorsque le canon est foré et blanchi, il faut le garnir de sa culasse, forer la lumière et souder les tenons : toutes ces opérations se feront dans un même atelier, où il y aura le nombre de forges et d'établis nécessaires, et qui est placé dans les écuries de l'émigré Broglie, faubourg Saint-Germain. Lés culasses seront faites en ville par des ouvriers qui les fabriqueront dans leurs proprés boutiques, et qui, pour cet objet, ont passé des marchés avec l'administration centrale, dont il sera parlé ci-après; on est déjà assuré d'une fourniture de 7,53 0 culasses par mois.

Ainsi, au sortir de cet atelier, les canons seront entièrement finis, et il ne sera plus question que de les éprouver, pour les livrer ensuite aux équipeùrs-monteurs.

Épreuves des canons.

Les canons, avant que d'être livrés aux équipeùrs-monteurs, doivent être éprouvés deux fois, d'abord à charge simple, ensuite à charge

^*) Ces meules n'étaient pas pour un possible, les grès des environs de Paris,

premier approvisionnement; il fallait s^as- Un naturaliste a été chaîné de faire la

surer les moyens d*en entretenir la oonsoro- recherche des grès propres k cet usage, et

mation, en employant pour cela, s'il était de faire tailler des meules pour essai.

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