DES OUVRIERS
L'établissement dé la grande fabrication de fusils, à Paris, exigeait que l'on s'occupât des mesures pour l'instruction des ouvriers et pour le rassemblement des ouvriers instruits ou capables de travailler utilement, et que Ton prit des déterminations sur la distribution des travaux et sur la fiïation des prix.
Du rasaenAlement des ouvriers.
Dès le fàh ao&t, hitit citoyens furent choisis parmi les ouvriers de Paris les plus distingués dans le travail du fer, à la forge, k la iimc, et accoutumés à conduire des travaux. Ils furent envoyés à la manu* facture de Gharleville, pour y prendre entière connaissance, jusque dans les plus petits détails, de tous les procédés de la fabrication de chacune des pièces qui doivent entrer dans la composition du fusil, et ils furent chargés de faire exécuter ces pièces devant eux et de rap* porter chacun un modèle de tous les états par lesquels ces pièces passent pour arriver h la confection complète.
Par là, le Comité de salut public remplissait plusieurs vues égale^ ment importantes; la première, de se procurer des modèles sur lesquels on pût exécuter à Paris tous ceux qui doivent être distribués dans les
ateliers. La deuxième, de former de bons ouvriers qui pussent diriger les autres, indiquer les procèdes, et même,- par la suite, les corriger et les perfectionner, en profitant des connaissances acquises dans d'autres genres 4le falnrication. La troisième enfin, de contrebalancer les préjugés que les ouvriers des manufactures auraient pu apporter, et qui auraient pu entraver et même' arrêter la marche de la grande entreprise.
Cette mesure a eu un plein succès; les huit ouvriers se sont mis au fait de tous les travaui qu'ils peuvent exécuter et diriger ici, et Tadministration les emploie déjli utilement.
Quelque temps avant le décret du iiS août, les ouvriers de la ma-* nufacture d'armes de Maubeuge, ayant conçu de Tiiiquiétude du voisinage de nos ennemis, avaient abandonné cet établissement; partie s'était retirée à Paris; le plus grand nombre s'était réfugié, avec leurs OHtîb, à GWkviUa i le Comité de çalut public a donné des ordres pour qu'ils fussent tous rassemblés è Paris» Ib y sont arrivés, et aujourd'hui ils sont distribués, comme on l'a déjà dît, èm& les forges et dans les ateliers de plâtineurs et d'ajusteurs-montêurs.
Le ministre de la t guerre avait envoyé des compagnies d'ouvriers dans les différents arsenaux et dans les parties de la République où l'on pouvait faire des rassemblements de vieilles armes j afin de les réparer et de les mettre en état de servir utilement. Cette mesure sage a bien été exécutée dans quelques endroits autant qu'elle pouvait l'être; mais comme il se trouvait des ouvriers, ou qui manquaient d'ouvrage, ou qui n'étaient pas employés d'une manière assez utile, le Comité de salut public a donné l'ordre de faire revenir à Paris ceux qui étaient dans ce cas, afin d'augmenter le nombre des ouvriers instruits. Ils sont arrivés et distribués dans les divers ateliers.
Toutes ces dispositions étaient de nature k procurer à la fabrique ^ Paris le plus grand nombre d'ouvriers exercés au genre de travail qu'-êlle exige; mais elles ne sufiisent pas encore : il fallait, pour ainsi dire, employer ïous les bras; il fallait que tout Paris, ou volât aux frontijères, à la défense de la liberté et de l'égalité, ou contribuât à l'armement de ceux qui rempliraient cet honorable devoir. ' Le Comité de sali^t public a rassemblé tous les horlogers de Paris, qui se sont montrés amis de la Révolution; il leur a «exposé le3 besoins de la patrie et-les vues- qu'il avait sureuxv et ces citoyens estitts^les
ont pris rengagement de suspendre leurs travaux ordinaires et de se consacrer à la fabrication de celles des parties de Tarme auxquelles ils sont le plus propres. Ces artistes^ accoutumés à manier la lime avec la plus grande précision et à exécuter des pièces qui exigent une grande exactitude dans les formes, seront bientôt au fait de blanchir les pièces qu'on leur donne toutes forgées, et de monter des platines ^^\
Enfin , le Comité de salut public a écrit une circulaire aux sections de Paris, pour les requérir de faire le recensement de tous les ouvriers en fer qui travaillent dans leur arrondissement, et d'envoyer un état de leur nombre, du genre de leur travail et de leurs principaux outils. Plusieurs sections ont déjà satisfait â cette demande; l'administration centrale invite les ouvriers à se rendre dans ses bureaux, elle pasise des marchés avec ceux qui sont établis et qui préfèrent de travailler chez eux, et elle envoie dans le^ ateliers de la République ceux qui n'ont pas d'emplacements ou qui n'ont pas les outils nécessaires. Il n'est peutêtre pas hors de place ici de faire remarquer que l'établissement des ateliers est favorable à l'égalité, en retirant les ouvriers qui n'avaient pas d'ateliers ou qui étaient peu fortunés, de la dépendance de ceux que ci-devant ils appelaient leurs maîtres; là ils peuvent entreprendre à leur compte; ils sont aussi chez eux, ils sont maîtres à leur tour.
Distribution des travaux.
Dans les différentes parties de la fabrication, les objets sont tous fabriqués à la pièce; indépendamment de ce que cette disposition est plus convenable aux formes républicaines, elle est également avantageuse, et aux intérêts de la République, et à' ceux des ouvriers; aux intérêts de la République, en ce qu'elle soulage l'administration d'une pénible surveillance de l'emploi du temps, qu'elle simplifie la comptabilité, et qu'elle procure dans le même temps un plus grand travail; elle est aussi favorable aux intérêts des ouvriers, en ce qu'elle leur donne la liberté, ou de travailler plus, ou de simplifier leurs procédés, et par là d'augmenter leurs salaires par leur industrie.
0) Déjà Ton a présenté aa Gomilé de salut public des platines qui ont été limées et ajustées par des horlogers qui ne s'étaient jamais occupés de ce genre de travail.
Cependant^ comme on n'avait d'abord que âs canonniers de Maubeugè pour forger les canons, tandis qu'il en fallait avoir q5o, il a fallu faire des élèves pour cette partie. Pour remplir cet objet, on a destiné les 6& forges de la place de l'Indivisibilité à la formation de ces élèves. On n'y reçoit que des forgerons qui aient trois années de forge et on les paye à la journée jusqu'à ce qu'ils soient en état de forger des canons.
De la fixation des pnx.
La seule difficulté que pouvait présenter la distribution des travaux à la pièce était de fixer les prix de manière à ne pas léser les intérêts de la République et à éviter tous les mécontentements qui pouvaient refroidir le zèle des ouvriers ^ donner lieu à une foule de contestations, dont un des moindres inconvénients aurait été de faire perdre un temps précieux. Pour remplir cet objet le Comité de salut public à invité par une circulaire toutes les sections de Paris à nommer, chacune dans son sein, quatre commissaires pris parmi les ouvriers exercés aux travaux de la lime et du marteau ; ces commissaires se sont réunis à i'évéché, pour nommer parmi eux vingt-quatre arbitres qui, joints à six autres, nommés par les ouvriers de la manufacture de Maubeuge, ont dû, dans le débat des prix, stipuler pour les intérêts des ouvriers. D'une autre part trente autres arbitres, dont six nommés par le directoire du département dé Paris, six par la municipalité, six par les administrateurs de la fabrication de fusils et douze artistes nommés par le ministre de la guerre, ont diï stipuler pour les intérêts de la République en présence de deux représentants du peuple invités par le Comité à présider à cet arbitrage.
Dans la première réunion de ces arbitres, rien ne fut rég^é, parce que les ouvriers ne connaissant pas encore le travail qu'exige la fabrication de chacune des pièces, n'avaient pas une idée exacte dé sa valeur* Ils sont convenus de commencer les travaux d'après des prix provisoires, et de se réunir ensuite pour débattre en connaissance dé cause. Une nouvelle convocation a eu lieu les q&, â5, 36 et Q7 de vendémiaire, et les prix ont été fixés, à la satisfaction des ouvriers, à plus d'un tiers au-dessous des prix correspondants de Charleville. On en voit le tableau ci-contre :