CHAPITRE IL
DBS MÀTlkBBS.
Les matières de l'approvisionnement sont :
i"" Les lames à canons, a** Les fers d'échantillons.
3* Les aciers.
4* Les bois de fusib.
5^ Les charbons de terre.
G"* Les outils.
On va exposer, d'une manière succincte, les mesures prises pour chacun de ces objets en particulier.
Des lames à canons et des fers ctéchantUhns.
La fabrication extraordinaire devant s'élever à 36o,ooo fusils dans l'année, et chaque lame à canon devant peser 9 livres, la consommation du fer, pour cet objet, sera de 3,9&o,ooo livres; la consommation du fer, pour les autres parties du fusil, sera à peu près les deux tiers de la précédente; ainsi, la consommation totale annuelle sera environ de six millions de livres.
Pour assurer un aussi grand approvisionnement, le Comité de salut
public a fait faire le dëpouillement de toutes les forges et fourneaux compris dans les domaines nationaux, et provenant tant des biens du clergé que de ceux des émigrés; ce dépouillement a été fourni avec beaucoup de soin par l'administration générale des domaines, qui le complète à mesure que de nouveaux renseignements lui parviennent.
Parmi les établissements, on a choisi ceux qui sont placés dans les départements, du Cher, de TAllier, de la Nièvre, de la Haute-Saône, quelques-uns de la G6te-d'0r et de la Haute-Marne, parce que les fers qu'ils produisent sont les meilleurs de leur nature et les plus propres à entrer dans la fabrication des armes, et parce que leur situation permet de transporter les fers à Paris.
Des ordres ont été adressés aux directoires de départements, à ceux de districts, aux municipalités dans l'arrondissement desquels ces forges se trouvent placées, et des circulaires ont été écrites à tous les maîtres de (otges pour arrêter, au compte de la République, tous les fers qui se trouvaient en dépôt dans les magasins et dans les dépendances de ces usines, pour expédiera Paris tous les fers d'échantillons convenables, pour convertir en lames tous ceux qui, par leur nature et leurs dimensions, en étaient susceptibles; enfin pour continuer les travaux, toujours pour le compte de la République, en proportionnant la confection des lames à celle des autres fers, d'une manière conforme aux besoins de la fabrication des armes de Paris. La correspondance annonce que ces ordres sont exécutés avec zèle et que la mesure aura du succès.
Des commissaires du Comité de salut public ont été envoyés dans les départements pour remplir le même objet. Il y en a dans le département de l'Allier, dans ceux du Cher, de la G6te-d*0r et de la Haute- Saône; ils ont la mission d'établir, de hâter, de presser la fabrication et l'envoi, et de procurer à l'administration les renseignements et les détails de localités qui leur sont nécessaires pour traiter de la manière la plus avantageuse è la République.
Ces commissaires ont déjà envoyé, pour essai, des lames qu'ils ont fait fabriquer; on en a fait des canons; les épreuves ayant été avantageuses, l'administration a fait des commandes proportionnées aux facultés de chaque forge.
D'ailleurs, des manufactures particulières d'armes ont passé des marchés avec le ministre de la guerre pour livrer à l'administration de
celles de Paris un nombre assez considérable de lames et même de canons forges; et les fabriques nationales ont reçu ordre de presser tous les travaux, sans s'occuper des proportions de leurs assortiments, et d'envoyer à Paris ce que chacune d'elles aurait de trop pour chaque partie du fusil.
Indépendamment de ces mesures, dont le but principal est d'assurer l'approvisionnement pour l'avenir, Paris pouvait être regardé comme un grand magasin abondamment garni de tous les objets ordinaires de consommation, et qui pouvait fournir à un premier approvisionnement. Pour employer à la fabrication des armes tous les fers, qui se trouvaient dans cette immense cité, le Comité de salut public a chargé, par une circulaire, tous les commissaires aux accaparements des différentes sections d'arrêter, pour le compte de la République, tous les fers compris dans les magasins de leurs arrondisse^ ments. Les propriétaires de ces fers se rendent à l'administration centrale des fusils, qui traite avec eux de tous les fers propres à la fabrication des armes, et quatre arbitres nommés par le département, par la municipalité de Paris et par l'administration centrale de Paris, ont réglé les prix des objets jusqu'à Tépoque de la loi sur le maximum. Cette mesure a eu Teffet qu'on en attendait et les magasins se remplissent.
Enfin, les ordres ont été donnés pour que tous les fers inutiles dans tous les b&timents nationaux fussent transportés dans les magasins; on y réserve ceux qui sont propres à la confection de quelques parties des fusils; le reste sera vendu au profit de la République.
De tader.
Le sol de la France est un des plus riches de l'Europe en fers d'ex^ cellente nature et propres à être convertis en acier. Les fers que produisent, en grande abondance, les départements du Cher, de l'Allier, de la Nièvre, de la Haute-Saêne, de l'Isère, de l'Ariège, etc., c'està-dire presque tous les départements du centre et des parties méridionales de la République , le disputent en qualité aux fers les plus estimés; mais l'ignorance profonde dans laquelle on avait laissé les ouvriers consacrés aux travaux des forges, et les ménagements qu'avait un gouvernement despotique pour les préjugés de tous les genres.
pour ceux même qui ne semblaient pas lui être directement utiles, avaient empêché la fabrication de Tacier de prendre un développe* ment conforme aux besoins; et la Nation française, dont Tinduslrie faisait la plus grande consommation de cette substance, était, et pour lacier et pour la plupart des outils, dans la dépendance de ses rivales, c'est-à-dire de l'Angleterre et de l'Allemagne, dont les gouvernements sont aujourd'hui ses plus mortels ennemis.
La composition de l'acier n'était pas même connue des nations qui en font le plus grand commerce; les procédés étaient partout différents, partout empiriques, et les fabricants faisaient un secret de celui qui leur réussissait. , . .
Des citoyens français, dans ces derniers temps, ont déchiré le voile qui couvrait ce mystère, en faisant voir de quelle substance l'acier est composé; ils ont indiqué ce qu'il y avait d'utile dans les différents procédés, et nous pouvons aujourd'hui partout faire de l'acier, et partout lui donner la qualité qu'exige l'usage auquel il est destiné; mais le résultat de leurs recherches était consigné dans une collection dont le prix empêche qu'elle ne soit entre les mains de tout le monde. Le Comité de salut public leur a ordonné de publier un petit ouvrage qui mit tous les maîtres de forges à portée de fabriquer les aciers de différentes qualités; cet ouvrage est imprimé, au nombre de quinze mille exemplaires, et on le distribue partout où il peut être utile; bientôt les aciéries de tous les genres répondront aux besoins, et les grands efforts auxquels nous obligent nos perfides ennemis, nous auront encore fourni les moyens de nous affranchir de l'espèce de tribut auquel nous nous trouvions assujettis envers eux par notre propre insou^ ciance.
* Depuis quelques années, il s'était établi à Amboise une fabrique d'acier de cémentation; tout y avait été monté pour en verser dans le commerce une assez grande quantité et pour en convertir une grande quantité en outils de toute espèce; mais d'abord le défaut de connaissance des véritables procédés, peut-être même les préjugés contre lesquels il a fallu combattre, ont retardé la faveur que cette fabrique devait naturellement prendre; ensuite les tentatives infructueuses, les pertes auxquelles sont exposés les premiers établissements l'avaient mise dans un état de gêne qui la paralysait. Le Comité de salut public a fait venir les administrateurs; il a eu des conférences avec eux; il
a pris connaissance des obstacles ^ui retardaient le travail et leur a procure les secours néèessaires; ils ont passé des marchés considérables avec le ministre de la guerre, et la fabrique d'Amboise sera incessami* ment dans la plus grande activité. Une semblable fabrique s'élève à Paris; déjà l'administration en a reçu un premier essai qui paraît répondre à l'espérance qu'on en avait conçue, et des marchés ont été passés pour se procurer cette matière.
Une autre fabrique d'acier est établie depuis longtemps à Souppes. ^administration a traité avec les entrepreneurs pour que la fabrication prenne tout l'accroissement dont elle est susceptible et pour l'acquisition de ce qu'elle pourra fournir.
Indépendamment de ces aciéries de cémentation et de toutes celles qUe la publication des procédés pourra faire établir, la République possède encore un grand nombre d'aciéries de forges, dont les pro<* duita, moms coûteux, sont estimés et propres à la confection de plusieurs parties du fusil. Les environs de Rives ont à cet égard la plus grande réputation. Le directoire du département de l'Isère et la municipalité de Rives ont été chargés d'arrêter, pour le compte de la fabrique de Paris, tous les aciers que l'on ne prouverait pas être destinés k des manufactures d'armes, et de les envoyer à Paris.
Le Comité de salut public les a même autorisés à prendre tous les moyens pour accroître la fabrication; afin d'éviter les retards q\i'en^ traînent les lenteurs d'une correspondance avec des parties éloignées, il a chargé un représentant du peuple d'employer les pouvoirs dont il est revêtu à lever toutes difficultés qui pourraient se présenter, et déjà une grande quantité d'acier est expédiée de Rives et est en route pour Paris.
Pour former de pareils établissements dans des départements plus voisins et avec lesquels les communications sont plus promptes et plus faciles, le Comité de salut public a déterminé plusieurs maîtres de forges des départements de la Nièvre et de l'Allier à se consacrer à ce genre de travail; il en a envoyé quelques-uns à Rives prendre la connaissance des détails de la fabrication, et, d'après leur zèle et leur intelligence, il ne doute aucunement de leurs succès.
Enfin, pour former le premier approvisionnement, on a pris pour l'acier la même marche que pour les fers. . Les commissaires aux accaparements, dans toutes les sections, ont
fait ia recherche de tout Tacier qui ëlait en magasin et chez les débi-^ tanls; les déclarations ont été communiquées à l'administration centrale des fusils, qui a retenu tout celui qui était propre à son objet, et les prix en ont été fixés par les arbitres jusqu'à la loi sur le maximum. Cette mesure a eu l'effet désiré, et les magasins de la République s'emplissent tous les jours.
Des bols de fusils.
Les magasins de la ville de Paris contiennent déjà 5o,ooo bois de fusil provenant en grande partie de la manufacture qui s'établissait à la maison Bretonvilliers. L'administration a passé des marchés pour â 00,000 qui ne tarderont pas à être livrés. Les conmiissaires envoyés dans les départements du Cher et de l'Allier, où les noyers sont abondants, ont été chargés d'en faire débiter : ainsi on est tranquille sur ce genre d'approvisionnement.
Des outils.
L'espèce d'outils dont la consommation journalière sera la plus considérable, celle qui devait être particulièrement l'objet de la sollicitude, parce quelle n'a été jusqu'à présent procurée en grande partie que par le commerce avec l'étranger, ce sont les limes.
Dès que le décret pour la grande fabrication d'armes fut porté, le Comité de salut public prit des arrangements avec la fabrique d'Amboise et traita avec elle pour tout ce qu'elle avait de limes, tant à Paris qu'à Amboise. Les limes sont arrivées et elles ont fait le premier fonds des magasins. Les secours et les encouragements que cette fabrique a reçus la mettront à portée d'augmenter son produit; le choix du fer assurera la qualité de ses aciers, et la communication avec les artistes les plus distingués perfectionnera encore sa maind'œuvre.
L'administration centrale a pris d'ailleurs des arrangements avec l'aciérie de Nantes et avec celle de Souppes, qui l'une et l'autre étaient habituées à fabriquer des limes; et ces fabriques, assurées du débit, vont encore donner une plus grande activité à leurs travaux.
Mais ce que l'on n'apprendra certainement pas sans intérêt, c'est que.
depuis le décret du s 3 août, il s'est élevé à Paris deux fabriques de limes qui rivalisent par la beauté et la perfection du travail; les limes qui se fabriquent journellement dans l'une d'elles le disputent avec tout ce que les nations étrangères ont de plus parfait.