DES ADMINISTRATIONS
Les ouvriers ne peuvent être occupés, soit dans leurs propres ateliers, soit dans' ceux de la République,ique de leurs travaux particuliers; il faut que l'on ait soin pour eux de la préparation, du choix et du rassemblement des matières premières; il faut que les matières leur soient distribuées, que leur travail soit reçu, que leurs salaires leur soient payés, que les procédés nouveaux leur soient transmis; il faut enfin qu'il s'établisse une juste proportioA dans les travaux, et qu'on puisse rendre de l'activité aux parties de la fabrication qui, pour quelque cause que ce soit, éprouveraient des ralentissements, et par conséquent retarderaient la confection des armes. Tout cela> doit être le but de l'administration, et parce que tous ces objets sont extrêmement variés et distiacts, le Comité de salut public a pensé qu'il devait y avoir trois administrations : une centrale, chargée des èbjets généraux; une seconde, chargée de ce qui est relatif à la fabrication des canons; une troisième, de ce qui regarde celle des autres |»ièces du fusil.
Enfin, outre ces trois administrations, chacun des magasins é un chef responsable. t . *
Administration cen^aU.
L'administration centrale est chargée des approvisionnements de tous les genres : elle s'occupe de la préparation, du choix et du rassemblement des matières; elle passe des marchés avec tous les fournisseurs et elle en presse lexécution; elle reçoit les soumissions de tous ceux qui veulent entreprendre ou des pièces séparées, ou des fusils complets; c'est à elle que s'adressent tous les ouvriers qui démandent du travail; elle surveille les procédés de la fabrication et ^Voccupe de leur perfectionnement. ^ i .1
Elle entretient la correspondance avec le Comité de salut public, avec le ministre de la guerre, mais pour éviter les abit», ce n'est point
elle qui fait la recette des matières ni celle des ouvrages; elle ne paie rien, elle n'a point de caisse.
Pour remplir toutes ces vues, le ministre de la guerre la composée de huit républicains zélés, dont les uns sont très exercés dans la comptabilité des. matières et finances, les autres ont la connaissance de la nature et du prix des matières, d'autres enfin sont au fait de tous les détails de la fabrication.
Cette administration a déjà passé un grand nombre de marchés, tant pour acquisition de matières que pour distribution de travail.
Adminislration des canons.
Le canon est la partie la plus importante de l'arme; une administration particulière est chargée de tout ce qui regarde la fabrication.
Elle reçoit les lames à leur arrivée des forges, et elle les distribue ensuite aux canonniers.
Elle reçoit les canons forgés et les distribue ensuite aux foreurs ci aux émouleurs.
Elle reçoit les canons forés et blanchis.
Elle lait la recette des cidasses.
Elle distribue les canons et les culasses aux équipeurs.
Elle reçoit les canons équipés et en fait faire l'épreuve.
Elle reçoit les baïonnettes.
Elle distribue les canons éprouvés et les baïonnettes aux ajusteurs monteurs, et elle fait la recette des fusils montés.
Elle paye les matières et les ouvrages dont elle fait la recette.
Elle est composée de cinq citoyens au fait de la comptabilité et des détails de la construction.
Administration des platines et des pièces de garniture,
La fabrication de toutes les autres parties du fusil est conduite par une administration particulière.
Elle reçoit les pièces séparées des platines, au sortir de la forge.
Elle les distribue toutes assorties aux platincurs, et en reçoit les platines montées.
Elle reçoit les différentes pièces de garnitures toutes blanchies.
Elle reçoit les baguettes.
Elle reçoit les bois de fusils bruts.
Elle distribue tous ces objets assortis aux ëquipeurs-monteurs.
Enfin elle paye aussi toutes les matières et tous les ouvrages dont elle fait recette.
Elle est composée, comme la précédente, de cinq membres pris parmi les citoyens exercés dans la comptabilité et parmi ceux qui connaissaient la fabrication.
Administration des magasins.
Chacun des magasins de fer, d^outils et de charbon est administré par un garde-magasin responsable et par un nombre de subordonnés suffisant pour opérer les recettes et les délivrances, pour mettre de Tordre dans la distribution des matières et dans la comptabilité.
L'affluence tant des fers neufs que de ceux qui proviennent de la démolition des grilles inutiles est si grande, que le local qui avait été désigné pour ces objets ne peut plus suffire.
Le Comité de salut public vient de destiner la ci-devant église des Jacobins-Saint-Dominique pour le magasin des fers neufs; ils y seront à couvert et en sûreté. Les différentes chapelles présentent les compartiments tout faits pour classer les fers suivant leur nature et leurs échantillons. Quant aux vieux fers, qui par leurs formes ne sont pas susceptibles du même arrangement, ils resteront dans le jardin de la maison Maupeou; là on séparera le fer aigre de celui qui, par sa nature, peut servir à la fabrication des armes, et on le vendra pour les besoins du commerce et pour les objets auxquels il est propre.
Telle est l'organisation de la fabrication extraordinaire des fusib à Paris. L'expérience y apportera vraisemblablement quelques changements; le génie des artistes de Paris introduira, dans les procédés de la fabrication, des perfectionnements dont on rendra compte successivement, et tous les mois il sera publié et affiché un état des approvisionnements en tous genres, et de la quantité d'objets qui se fabriqueront alors par jour, et du total des objets qui, jusqu'alors, auront été fabriqués.
MAUBECGE, ÙO BRDMAIRE AN II (lO NOVEMBRE lygS).
MEMOIRE DU CAPITAINE GORDELLIBR AC GOMlTlf DE SALUT PUBLIC,