‹ Correspondance générale de Carnot (volume 3)Chapitre 162 sur 181 · SUR LA BATAILLE DE WATTIGNIES ET LE DIÎBLOCUS DE MAUBEU6E · texte numérisé non relu

SUR LA BATAILLE DE WATTIGNIES ET LE DIÎBLOCUS DE MAUBEU6E

LIRERTK.

jioALITé.

0BSBBVÀTI0N8 DU BÉPVBUCàIN LOVIS-JOSBPH-STÀNISLàS C0BDBLUBB^*\ GÀPITÀiNB AU 9' BATAILLON DB SBINB-BT-MABNB , AIDB DB CAMP DV QiftiRAL SON FBÈBB , 8UB LB8 JOUBNÉBS DBS ùi , ù5 BT ù6 VBNDiImIAIBB {î5,i6 BTIJOCTOBRB, VIBVl STILB) L'AN II* DB LA RéPVBLIQVB VNB BT INDIVISIBLB , CONSACRBBS AU DÉBLOCUS DE MAU- BBUGB, AUX BBPBÉSBNTANTS DU PBUPLB MBMBRBS DU COMITÉ DB SALUT PUBLIC DB LA CONVENTION NATION ALB.

Le peuple français, entièrement livre à Texamen de la conduite du gënëral qui conduisait ses phalanges sur le blocus de Maubeuge, attendait de jour en jour Tagrëable nouvelle de la liberté de cette cité, non qu'il en doutAt, mais par crainte de la suite d'une horrible trahison qui jusqu'ici a contrarié le succès des armes de la République.

Ce peuple franc et encore trop crédule, emporté à ses jouissances patriotiques par la nouvelle agréable de la prétendue défaite de l'ennemi, ne songe plus à examiner si on lui dit la vérité ou si on lui en impose; il suffit qu'on lui annonce que Maubeuge est libre pour qu'il prodigue des louanges à ses représentants et au général en chef.

Je convimis cependant qu'il ne fiiut jamais chercher èi étonner la masse des ré-

(*) Ce document, quoique envoyé seulement par le ci^itaine Cordellier au Comité de salut public dans le mois de novembre 1793, est publié id parce qu*il complète la série des pièces concernant la victoire de Waltignies. L*autear y critique vivement la conduite militaire du général en chef Jourdan dans les journées des 1 5 , 1 6 et 1 7 octobre 1793, et il ne ménage pas davantage le représentant du peuple Duquesnoy et son frère le général, qui, dit-41, ne sont pas plus républicains Tun que Fautre. On sent, dans ce rédt partial , que le capitaine Cordellier sert les rancunes et la jalousie de quelques offiders de Tentourage de Jourdan. — On remarquera que le nom

de Camot ne figure pas dans ce document. W Louis-Joseph-Stanislas Cordellier, né à Faremoutier (Seine-et-Marne) le 7 avril 1767, dragon au riment de Sëgtir du 10 novembre 1787 au 10 février I789, capitame de garde nationale le 1 & juillet 1 789, volontaire au 9* bataillon de Seine-etrMame le a8 avril 1 79a , caporal le 3o avril 1 799 , capitaine le h mai 1 799 , aide de camp du général Cordellier, son frère, le 5 septembre 1793, adjudant général provisoire le 16 brumaire an 11 (6 novembre 1793), confirmé le 9 5 ventôse an 11 (1 5 mars 1 794 ), réformé le 95 prairial an ni (i3 juin 1 795 ) , capitaine au 1 0* dragons le 1 9 thermidor an VIII (7 août 1800).

pnUicains par des dëUfk, qui, quoique vrais, doivent lui être caches pendant la rëvolution, pour son propre salut et celui de son pays, mais le Comité du salut public de la Convention, ce centre sacré des vertus r^ublicaines, ne doitr-il pas être instruit de la vérité ?

Maubeuge, il est vrai, est débloqué au sud et à Test; Tennemi de. la liberté et de réalité a repassé la Sambre au sud-ouest de cette cité et s^est retiré dans la rprét de Mormai; nos phalanges ont marché sur lui avec leur intrépidité ordinaire, ei ce n'est qu*èi leur videur que la République doit le succès de cette expédition, car la manoeuvre qui a été employée est seule cause que Tennemi n'a pas été coupé; die a semblé dire à cdui-ci : «rPour m'attirer la confiance, ii ûiut que je débloque Maubeugç; fais le sacrifice de te retirer, tu as trois passages, celui de Hautmont, celui de Pont-sur-Sambre et celui de Beriaimont; je les laisse libres par mes opérations; ne t*inquiite pas; au surplus, voilà le mauvais temps; lu ne peux guère compter sur le succès d'un siège qui est presque impossible actudlement.»

Malgré cette bcilité donnée à Fennemi, ainsi qu'il sera prouvé ci-après, celui-ci fut vigoureusement poursuivi par les soldats de la République de droite et de gauche, de sorte qu'il en perdit la carte au point que, faisant sa retraite, il coupa le pont de Hautmont, ay^ant encore une colonne de 3,ooo hommes à fiiire passer, laquelle fut forcée de venir par Beriaimont, ayant trouvé pareillement le pont de Pont-sur-Sàmbre démoli.

C'est par la disposition de l'attaque que je vais rapporter que je me charge de prouver la mauvaise manoeuvre du général en chef, qui me parait même concertée avec le représentant du peuple Duquesnoy, puisqu'il lui a prodigué ses éloges, ainsi qu'à Duquesnoy, génâral'de division, qui sûrrâoent n'est pas plus républicain que son firère.

Pour peu qu'on ait la carte sous les yeux, ou qu'on connaisse le terrain, on verra que l'ennemi ayant passé la Sambre, entre la forêt de Mormai et la route de Landrêcies à Maubeuge, pour cerner cette dernière vflle au sud, si on fut parvenu à lui intercepter ce même passage par une colonne formidable et de l'artillerie, il ne serait pas échappé un de ces esdaves, même Coboui^, qui n'a repassé la Sambre que dans Îbl nuit du 16 au 17.

Cette opération n'était pas cependant difficile; il ne s'agissait que d'avoir pour colonne de gauche une division de 18 on ao,ooo hommes d'infanterie, 1,900 honmiesde cavalerie, 8 pièces de la d'artillerie Infère et deux ou trois obusiers, qui en auraient fait le service à l'aide de qudques pièces de 8 de pareille artillerie; de diriger ses forces par Leval-sous-Beriaimont, Saint-Vaast, Mondieaux et Saint-Rémy-Chaussée, en suivant la ligne de Landrecies à Maubeuge et se déployant à propos.

La République, je n'en doute pas, aurait perdu de ses en&nts , tant par le feu des pièces de position, qui étaient sur les hauteurs, que par celles des batteries qui sont tant sur la rive de la forêt qu'auprès du moulin à vent de Beriaimont; ces dernières auraient pu être inquiétées par des pièces de position qu'on aurait placées dans l'embranchement des diemins couverts d'Adnoy, Beriaimont, Levai, etc., et qui auraient été hors de danger en les faisant soutenir par un corps

de cavalerie, qui aurait fourni des vedettes pour éclairer et rendre compte des mouvements qu'aurait pu iSure f ennemi au delà de la Sambre. On aurait encore ajouté à ces dispositions ce que la prudence et les manœuvres de Tennemi auraient nécessité.

La patrie, dis-je, aurait pu perdre de ses enfants, mais les tyrans de TEurope auraient perdu tous les esclaves qui avaient passé la Sambre, ainsi que le train de son armée, qui n'était pas peu de chose; et je certiGe qu*après un tel désavantage ils auraient évacué nos places et notre territoire de ce c6té. Peut-être même la conmiotion de ce grand coup se serait-elle fait entendre plus doin oà die aurait porté la terreur.

Le i5, à dix heures du matin, toutes nos colonnes âaient au ddà des haies d*Avesnes, mais la division la plus (aible de Tannée, puisqu*eHe n'était pas composée de 6,000 hommes d'infanterie et Aoo de cavalerie, aux ordres du général CordeUier, qui devait les recevoir immédiatement du gâiéral Fromentin, était justement à la gauche sur les hauteurs en deçà du Val-sous-Beriaimont, Saint-Vaast, Moncheaux et Saintr-Rémy-Chaussée. Cette division n'avait aucunes pièces d'artillerie que celles des bataillons et avait en sa présence des pièces de 1 3 et de 1 7 et des obusiers. Cependant elle tenta, dans la journée, de charger à la baïonnette; elle passa de l'autre côté des villages susnommés, mais l'infânorité de ses pièces et un mouvement rétrograde, bit sanç ordre par le régiment de cavalerie qui soutenait l'aile gauche, la força, après une charge assez vigoureuse, de se replier avec d'autant plus de raison qu'elle se serait trouvée battue en flanc par des pièces de 97 que l'ennemi avait disposées pendant la charge.

LÀ colonne ayant été ramenée en assez bon ordre à la premier position et sans presque de perte, et, d'après l'ordre qu'elle reçut de charger de nouveau avec celle de Fromentin, qui était à sa droite, et sous les ordres généraux de celui-d (ce qui était contre toute règ^e), eUe marcha avec une nouvelle intrépidité. L'artillerie conmiença d'abord à jouer. Pendant ce temps Fromentin tira à sa droite toute la cavalerie des deux divisions, de sorte que la gaudie, qui en avait le plus besoin, s'en trouva dépourvue. E31e en fut étonnée, mais encore bien plus lorsqu'elle vit la colonne de Fromentin faire sa retraite. Le général CordeUier en demanda la raison ; on lui dit que Fromentin n'avait plus de munitions. Cette nouvdle l'indigna; il fit cependant faire bonne contenance à sa division pendant que je m'informai auprès de l'aide de camp de Fromentin (je ne suis pas bien certain si c'est cet aide de camp ou un autre citoyen auqud je m'adr^sai) s'il faisait remplir ses caissons, et fus fort étonné lorsque cdui-ci me dit que le parc de réserve était au moins à deux lieues. Dans le &it, soit de la foute de l'état-major général ou de Fromentin, qui commandait en chef les deux divisions, je crois que ce parc était resté à Avesnes.

Alors l'ennemi, qui vit rétrograder les caissons, nous chargea vigoureusement Les nAtres étaient presque vides et ne durèrent pas assez pour bvoriser notre retraite. Cet accident mit de la déroute dans la colonne de gauche, qui avait vu ceHer de Fromentin feire sa retraite; elle n'avait plus de cavalerie pour la soutenir, mais heureusement die a été conduite par des pentes et des diemins couverts par dessus lesquds le boulet passait, de sorte que l'ennemi ne nous tua que fort

pea de monde en comparaison de ce qa*U aurait infailliblement taë sans cette sage prodence.

Le 16 et le 17, les colonnes de gauche ont insensiblement gagné du terrain, ce qui a beaucoup gène Tennemi dans sa retraite; mais elle n'ont vu ni représentants, ni général en chef, ce qui ne s'accorde pas avec les belles phrases du citoyen Duquesnoy.

Je ne peux donc pas, d*après tous ces événements, m'empécher de croire qu'ils sont le fruit d'une manœuvre concertée. Peut-être mon républicanisme m'aveuglet-il; je le souhaite et pour ma patrie et pour les chefs qui ont combiné l'attaque. Cependant je leur reprocherai avec fondement de ne pas avoir assemblé tous les généraux, même de brigade, pour leur faire part du plan d'attaque et recevoir les observations que leurs lumières auraient pu leur dicter, d'avoir même rejeté celle d'un général ^'^ qui se trouva par hasard chez Jourdan et qui voulait que Ton • mit la division la plus forte à la gauche, parce que, disait-il, c'est die qui doit souffrir la retraite de l'ennemi. A plus forte raison aurait-on rejeté sa proposition, s'il eût dit : Ce^ eelk qui doit la wuper.

La conduite tenue depuis les journées des i5 , 16 et 17 est en qudque sorte le flambeau qui vous éclairera , citoyens , sur la justice de mes observations. Voyez : tandiff que plusieurs divisions de l'armée sont enfouies du cêté de Beaumbnt pour, disait-on, passer la Sambre, et que le représentant du peuple Duquesnoy et tout l'état-major général se fiiisaient (par économie) faire des bottes à 1 5 francs la paire, l'ennemi s'étendait sur notice gauche, égorgeait nos républicains èi Marchiennes et présentement est en présence de Cambrai et peutrétre encore plus avancé. 11 &ut avoir joué èi colin-maillard pour ne pas avoir vu sa marche, on que des intérêts particuliers aient occupé chez l'étranger.

Aujourd'hui on nous dit que la division qui était passé la Sambre et qui a été aux portes de Villerot a été obligée de revenir parce que les chemins sont impraticables. Je le crois bien, mais il ne fidlait pas y aller pour le savoir. Pauvres soldats de la patrie, comme vous vous êtes promenés! aussi arrivez-vous aux hêpitaux par lofions.

Voilà , républicains , mes observations. Je souhaiterais bien , pour le salut de ma patrie, qu'elles portassent h &ux, mais je crains bien qu'dles ne soient que trop justes. Des personnes, plus éclairées que moi dans l'art de la guerre, pourront dédder si dles le sont, mais en vrai républicain j'ai cru devoir vous dire ce que je pensais.

A Maubeuge, le so brumaire Fan n* de la République une et indivisible.

COBDBLLIBB l'aloé.

P,^. Je suis bien loin de chercher h inculper le représentant Bar ^*^ ; son républicanisme parait trop bien prononcé et sa conduite est digne d'éloges. ( (>rig. aal. , Arehifes de la gaerre, armée do Nord. )

0) n 's'agit vraiaemblablement de son du Nord et il signa avec Gamot et Dufrère le générd Gorddlier. quesooy une des lettres annonçant le dé-

(*) Le représentant Bar était à Tarmée Ûocus de Maubeuge.

ARRAS, fàU RRUMAIRB AN II (lA NOYEMBRB lygS). m£&IOIRB DU G^N^RAL

D>AyAlNE AC GOMITjf DE SALDT PUBLIC SUR LA GAMPAGAB DE LA FURDRB MARITIME ^^^

Arras , le %h bramaire tn ii* de la BépnUiqQe fraoçaite.

LE oinénAL DB DIVISION D'ÀVÀINB AU COMITÉ DE 8ÀLUT PUBLIC.

Citoyens,

C*est avec confiance que j^expose h vos lumières un détail de ma conduite et les inculpations dont je crois devoir vous démontrer la fiiusseté.

Uordrê d*attaquer Tennemi sur le point de la frontière, qui m'aurait paru convenable depuis Arieux jusqu'il Dunkerque, m'ëtant parvenu le la octobre, le soir à 10 heures, le lendemain i3, je convoquai un conseil de guerre à Bergues. Gomme on le verra par le procès-verbal de ce conseil, le général Souham est celui qui a presque seul opiné pour que Ton fesse porter une forte colonne de Lille sur Ypres, et ensuite par ses opérations et sa correspondance on verra que c'est lui qui a fait son possible pour que cette conquête n'ait pas lieu.

Le ai octobre, j'ai fiiit attaquer depuis Arieux jusqu'à Bailleul. Dans cette attaque le général Ransonnet avait ordre d'attaquer Marchiennes qu'il a pris le même jour, après un combat opiniâtre.

Le général Proteau^') devait attaquer Orchies; Osten devait le seconder avec une partie de sa colonne partie de Pont-à-Marcq. Il devait maintenir la gauche du camp de Gysoing avec la première partie, et avec la deuxième sur Orchies.

Ces deux opérations n'ont pas réussi, conmie cdle de Ransonnet; et cela, je crois, par la faute du général Proteau, qui, avec la garnison de Douai et ses cantonnements de Flines, n'a pas mis assez de vigueur.

(*) Ce mémoire justificatif comp celui que le général D*A vaine avait adressé le 9 brumaire an ii (3o octobre 1793) au Comité de salut public et qui est publié à la page A 3 7. Le général, alors enfermé dans la prison d^Arras, expose sa conduite militaire et répond à toutes les accusatious portées contre lui par les généraux Jourdan et Souham et par les représentants Duquesnoy et Isoré ; il essaie de se disculper d'avoir, par ses lenteurs, empêché Jourdan de pro6ter des avantages de la victoire de Wattignies.

(*) Jean Proteau, né à Libonme (Gironde) le 8 octobre 1759, enrôlé au régiment deFoix le s 5 mars 1769, sergent le 6 septembre 1776, sergent -major le i3 mai 1783, sous^ieutenant de grenadiers le 1 0 juin 1 786 , lieutenant le 1 5 septembre 1789, capitaine le i*' mai 1799»

commandant temporaire de la place de Douai, générai de brigade à Tarmée du Nord le 3 septembre 1793, tué dans le combat sur le canal de Louvain le 1 5 juillet 1 796. (Cf. Jacques Charavay, Le$ généraux morte pour la patrie, p. 99.)

Le lendemain, Ransonnet s'est trouvé attaque de tons cAtës dans M^rehiennes. Proteau lui a envoyé i,5oo hommes pour le d^ger, mais Taitaque d'Orchies n*a pas eu lieu.

Trop âoignë de ce point , je n*ai pu en savoir la cause ; ik se sçnt rejetés les uns sur les autres, en disant qu*ii n'y .avait personne d'eux qui avait le commapdement en chef de ces trois brigades. Os n'en avaient pas besoin : chacun avait soa point fixé pour attaquer et, après s'être rendus maîtres des postes qui étaient do;vant eux, ils devaient réunir leurs forces pour attaquer les autres postes ennemis du côté d'Hasnon et se retrancher h diaque pas qu'Us avançaient.

La division du général Souham devait attaquer le même jour la droite du camp de Gyaoing et tous les postes ennemis sur la droite et la gauche de la chaussée de Menin, gagner toute la rive de la Lys et se présenter devant Haliuin pendant qu'une autre colonne se ferait un passage sur la Lys, soit par Wervick, Comines ou même par le pont Rouge. Cette colonne était destinée h prendre en revers tou^ les petits postes ennemis le long de la haute Lys au-dessus de Menin, tandis que des petits corps se prÀenterai^t en face ducAté droit de la même rivière, moyen de £Îire des prisonniers et de prendre du canon.

Cette même colonne a eu ordre d'attaquer Menin, par les postes d'Ypres et de Bruges, tandis que le génénd Souham les forcerait à Haliuin. Cette attaque a réussi sdon mon attente; l'ennemi, se voyant pris sur ses derrières, a cédé le terrain, oà on a fût 900 prisonniers et pris 6 èi 7 pièces de canon, sdon h rapport que m'en a fait le général Souham.

Une autre partie de cette division s'est rendue, le même jopr, maltresse du MontrCastrel et de Mouscron, ne pouvant l'être de Courtrai le même jour; c'était là où il devait borner ses conquêtes pour le moment, mais renverser tous les ouvrages des ennemis et se fortifier, comme je l'ai ordonné partout.

La colonne que j'ai fait passer par la rive gauche de la Lys pour se porter sur les derrières de Menin, était assurée dans sa marche qui ne pouvait être inquiétée sur les derrières, parce que j'ai rassemblé une colonne formée des garnisons d'i^i^ mentières, Nieppe, le Seau et Bailleul, qui se portait en même temps sur Neuve- É^se et Messines. Ce dernier poste a été opiniâtrement défendu par l'ennemi, mais que ne peuvent pas des républicains!

Le lendemain a a octobre, après avoir reçu les bataillons de la nouvelle levée que j'ai fait venir des villes de la deuxième ligne, pour garnir mes postes, j'ai fait marcher une colonne du cantonnement de Steenwoorde, qui s'est emparée de Poperinghe. Le lendemain, cette colonne s'est portée sur Vlamertinghe; après une résistance de l'ennemi , une partie de la colonne de Menin est venue faire sa joncr tion avec cdle de Vlamertinghe. Cette jonction nous a coûté quelques braves frères d'armes, par tous les retranchements qu'il a faUu forcer.

Dès le lendemain, j'ai poussé un petit corps de troupes à Elverdinghe, une lieue derrière Ypres, sur le canal de Boesinghe, pour observer Tennemi qui pouvait venir de son camp de Dixmude.

Le même jour a a , une colonne partie d'Hondschoote et une du camp de Lefinn6koucke devant Dunkerque se sont portées sur Fumes. Celle d'Hondschoote devait tourner cette ville, mais l'ennemi avait rompu les postes; sans cet accident, nous

prenions toute h garnison de Fumes et nous n*y avons fait que 55 prisonniers.

Le général Vandamme s'est porté de suite, en poursuivant l'ennemi i entre Fumes et Nieuport et le général Gougelot s'est porté avec son corps vis-à-vis de Diimude, où il serait entré si Fennemi n'avait brûlé le pont

Après avoir évité l'inondation que l'ennemi a poussée où étaient nos batteries devant Nieuport, on a pris d'autres positions et nous avons continué de jeter des obus et des boulels rouges dans cette ville. L'ennemi a &it deux sorties; il a été repoussé chaque fois avec perte.

Voilé quelles étaient nos conquêtes les premiers jours. C'était dans cet instant et le jour de la bataille de Menin que le général Souham devait m'envoyer au moins 3,ooo honmies pour attaquer Ypres du c6té de Menin, qui a une hauteur garnie de bois, tandis que mes colonnes de Vlamertinghe l'auraient attaqué par la chaussée de Vlamertinghe. J'avais, pour cet effet, bit venir des arsenaux de Saint- Omer et de Duokerque des obusiers de siège , des pièces de gros calibre et les grilles à rougir les boulets; mais ce n'a été que le 39 au soir, que s,ooo hommes sont arrivés h Sautefort (?) , entre Menin et Ypres , à peu près demi-chemin , et c'est de là que le chef de brigade Daendels, qui les commandait, m'a prévenu de son arrivée; et, le 97, le général Souham lui a envoyé les ordres de se replier sur Menin et m'en a prévenu quand cela a été fait.

Je n'en ai été prévenu en premier que par une lettre que ledit commandant Daendds a écrite au général Bertin, conmiandant à Vlamertinghe, lequd m'en a fait part et l'a gardée, parce que cette lettre dit : nje me retire d'après les ordres que j'ai reçus du général Souham, et nous sommes tous convenus que le siège d'Ypres était une folie.»

Le 97, lorsque j'arrivai de Poperinghe, je me préparai à partir à Lille pour y trouver le représentant du peuple Isoré; mais il était arrivé à Cassel, et, apr^ Mre convenu avec moi de la nécessité de faire un efibrt sur Ypres, il m'a dit de faire l'ordre positif qu'il remettrait lui-même au général Souham pour qu'il Casse partir à l'instant, après son arrivée, i,ooo ou au moins 3,ooo hommes sur Ypres , avec les munitions nécessaires que je lui indiquerais.

Dans la même conférence, il me montra la nécessité de donner des ordres an général de division Maisonneuve ^^\ qui venait d'arriver à Arieux, pour lui dire de

(>) Emroanaei-MicbeUBertrand-Gaspard Neuhaos, dit Mawmneuvef né à Landaa (Basse- Alsace) le 99 septembre 1767, enraie au régiment de Ghampagae-Infanterie le 16 août 1775, caporal au régiment d'AusIrasie-Infanterie le 98 novembre 1779, seigent le 3 juillet 1789, retraité pour blessures le ad mai 178a, souscontrôleur de Thôpilal militaire de Sarrelouis le 8 mai 1786, centenier de la garde nationale sédentaire de Meti le 9 juillet 1 789 , capitaine aidennajor le 99 novembre 1 789, commandant des fédérés de la Mo-

selle le lâ juillet 1790, sous-lieutenant au régiment provincial d*artiilerie de Metz le i5 février 1791, lieutenant-colonei en premier du 9* bataillon des volontaires de la Moselle le i& août 1791, général de brigade à Tarmée des Ardennes le 3 o juillet 1793, général de division à larmée du Nord le 3o septembre 1793, admis à la retraite le 98 janvier 1 796 , pensionné le 19 janvier 1795, commandant Farrondissèment de Bildie le 7 janvier 1 798 , commandant d'armes de la place de Bitche le 93 septembre 1800, membre de la L^ion

prendre le commandemeDt des trois brigades de Pont-à-Marcq, Douai et Arleux, afin que ces trois généraux qui y commandaient ne se rejettent plus sur le manque d*un chef, et 1 engager à faire de nouveaux efforts sur Orchies.

J'ai reçu la réponse de ce générai , où il explique ses moyens , ses forces et celles de Tennemi, mais je n'ai pas eu le temps de lui répondre.

Quelle a été ma surprise de recevoir le même jour une lettre de ce représentant, qui m'annonce que je ne dois pas attendre des troupes de la division du général Soubam, que Tennemi, pendant qu'il était venu vers moi, avait attaqué vivement cette division et nous avait repoussés de Mauray et du Mont^astrel, mais que Menin était conservé, et que les généraux se pr^raient à reprendre ces deux postes et profiteraient de Tardeur des troupes pour se jeter de volée sur Gourtrai.

Ma surprise fut bien pins grande encore lorsque, le a8, le même représentant m'écrivait que l'ennemi venait de reprendre Menin, que cependant rien n'était affligeant, que l'ennemi menaçait cette division d'importance, que tout était en mouvement et que la déroute commencée hier était heureusement arrêtée, et dit : ffJe dis adieu pour le moment à Gourtrai; peut-être allez-vous en dire autant à Ypres. Je désire que le général Vandamme s'en tire bien.» Le restant de cette lettre se trouvera dans ma coirespondance, on ma conduite sera mise au grand jour.

11 est aisé de sentir qud parti il me restait h prendre; l'omemi, matlre de Menin, le devenait en même temps de toute la rive gauche de la Lys et pouvait entrer sur le territoire de la République par Armentières, Nieppe, le Seau et Bailleul, et nous cou|)ait la retraite du corps d'observation que j'avais contre Ypres, du côté de Menin. Aussi me suis-je dépêché de bire marcher le corps pour prendre les postes ci-dessus et arrêter l'ennemi « qui serait venu oonunettre ses horreurs ordinaires.

Le lendemain, j'ai fait retirer les troupes qui étaient devant Ypres et Vlamertinghe et à Boesinghe. Ges retraites se sont faites en si bon ordre que l'ennemi n'a jamais osé sortir d'Ypres pour nous inquiéter. Toute la grosso artillerie était retirée dans nos anciens retranchements avant que les troupes ne se mettent en mouvement.

Comme j'ai prêché l'exemple, d'après les ordres que j'ai donnés h tous les généraux de fortiifier leurs postes, qu'ik auraient pris, j'ai mis Poperinghe en état de défense, comme on le verra par le plan qui sera dans mes papiers, et nous sommes toujours maîtres de cette place.

J'ai dà faire rentrer également les troupes qui étaient devant Dixmude et Nienport en conservant Fumes, mais je ne sais si les pluies continudles auraient permis de le garder par la difficulté de la retraite à cause des mauvais chemins.

dlionneur le 11 décembre i8o3 et officier vembre i83â. Le général MaiMnneuve

le lâ juin i8oà, chevalier de TEmpire le avait fait sur mer les campagnes des Indes

a3 juillet i8io, chevalier de Saint-Louis sous Snffi*en de 1780 k 1789; il avait eu

le 99 septembre i8iâ, mis eo non acti- le bras gauche emporté et la jambe gauche

vite le 1** septembre 181 5, retraité le fracassée au combat naval du 3 septembre

7 avril 1816, mort à Nancy le sa no- 1789, sur le vaisseau U Rérn.

J*ai Dommë depuis BaiUeul jusqu'à Duukerque des commissaires des districts des eomitëd de surveiliauce et des sociëtës populaires pour procéder à reDlèvement de tout ce qui est compris dans le décret du 1 9 septembre et des otages à prendre dans les endroits où la contribution en espèce ne pourrait se remplir.

Mon arrestation rn^a prive du plaisir de suivre ces objets et d'en rendre compte au Comité de salut public

Vous voyez, citoyens, par tout oe qui est dit ci-dessus, ce que j*ai fait et ce que nous aurions pu faire, si tout le monde travaillait avec zèle à la cause commune fet non par un intérêt sordide.

Voici donc 4 citoyens, les motifs réds de mon arrestation et [de] ma suspension.

Le général Souham, bouffi d'orgueil de la petite victoire qu'à avait eue h Meran ou je ne sais par quelle autre manie {car je ne puis le soupçonner d'avoir des intentions scélérates), doit avoir écrit souvent au général en chef qu'il était facile de prendre le camp de Maulde et même Tournai, tandis que l'ennemi n'était pas èncoref repoussé de Gourtrai, de Cysoing et Orchies, qui étaient des conquêtes faisables lorsque l'ennemi était en déroute et ignorait les forces que nous avions pour l'attaquer.

' Dans la lettre du général Jourdan, en date du s6 octobre, il me fait une espèce de reproche de n'avoir pas commandé en personne, et de ne pas occuper plus longtemps les troupes de la division Souham, qui disait en avoir besoin sur le camp de Cyéoing pour soutenir le général Ransonnet, qui allait se trouver avec des forces considérables devant lui.

Le général en chef, occupé de grandes affiures pour ses projets contre l'ennemi, avait sans doute oublié qu il m'avait déféré le commandement de vingt lieues ■d'étendue, qu'il avait approuvé mon plan d'opération, qu'il m'avait retiré depuis BaiUeul jusqu'à Hondschoote onze mule hommes. Dans l'approbation du plan et dans son contenu il n'était point question du camp de Maulde. La même lettre du général en chef dit bien ; «rLes troupes que vous avez détachées de l'armée du général Souham peuvent empêcher la réussite sur Cysoing et c'est sur ce point important que je tourne toutes mes vues. »

Le général Jourdan avait donc oublié qu'il avait approuvé l'opération générale, que je n'en avais pas extrait des troupes au général Souham, qu'il n'avait que les deux mille hommes qu'il avait envoyés deux jours après l'ordre entre Menin et Ypres, et qu'il les avait retirées avant qu'elles n'aient pu être utiles; conséquemment il est facile de voir que le général Souham a subtilisé la bonne foi du général en chef en lui faisant croire que j'occupais les troupes.

D'ailleurs, il est encore plus facile de voir par ces lettres qu'il avait plutêt envie qile je lui obéisse que de suivre les ordres que j'étais autorisé à lui donner. Par beaucoup de ces lettres, il me dit de lui envoyer toutes les troupes qui ne sont pas employées à la prise de Nieuport et Ostende.

C'est pour n'avoir pas rempli les vues très dangereuses du général Souham et toutes les lettres qu'il a écrites au général en chef, je le répète, en le ti*ompant, que celui-ci m'ordonne par sa lettre du q 8 de céder le commandement de la frontière dont il m'avait chargé, et de recevoir dorénavant les ordres de lui.

Une heure après l'arrivée de cette lettre , un officier et un gendarme m'annoncent

ma suspension avec Tordre de me conduire h Arras. Voici le contenu de Tarrèté du représentant du peuple Duquesnoy ^^^ :

Cet arrêté, s'il n était point accompagné de termes insultants (par mauvaise foi), je Taurais dA prendre pour une Mcilation à poursuivre les objets convenus en travaiflant de toutes mes forces au bien de la République, puisque toutes mes vues et toute Tactlvité dont je suis capable se portaient sur cette Flandre maritime, et que le seul qui a cherché et qui y a mis des entraves,' comme il est prouvé par tous mes papiers et dans ce mémoire, est celui à qui on a donné mon commandement.

A présent, citoyens, il me reste à vous £dre voir à quoi Tambition ou Tineptie du général Souham exposait les intérêts de la République en exposant là précieuse frontière depuis Armentières jusqu'à Dunkerque, en voulant à toutes forces que je lui envoie toutes les troupes qui n^étaient pas occupées h la prise de Nieuport et Ostende. Tous mes postes, depuis Dunkerque h Armentières, ne se seraient tït>uvé8 gardés que par qudques soldats malades, qui âai^t restés dans les ancimis cantonnements, pour garder les équipages, contenir et animer les bataillons de la levée en masse que j'avais fait avancer pour garder nos retranchements et en imposer à Tennemi par le nombre qui était censé former la deuxième ligne ; lesqudles troupes ne pouvant à tous égards servir que de cetfce manik«, ne sachant pas se servir de leurs armes, puisqu'dles ne sont pas encore instruites et que de pltis ils désertent par io et 5o pour s'en retourner chez eux.

Ce n'étîdt pas avec de pareilles troupes que je pouvais répondre de la frontière, et je me serais cru bien coupable si j'eusse adhéré aux propositions du gâiéral Souham. H restait à l'ennemi devant cette fi*ontière plus de ao,ooo hommes depub Ypres, Dixmude, Nieuport, Ostende et tous les postes intermédiaires. La moitié suffisait pour faire une trouée et nous enlever Bailleul , Cassd , Hondschoote et même Bergues, avec tous les bourgs et villages qui sont entre cette ligne et nbs retranchements sur l'extrême fit)ntière, et par là nous Ater tout espoir de réduire Nieuport et Ostende et voir enlever ou fuir en désordre les troupes occupées au siège de Nieuport et celles du can^p d'observation devant Dixmude.

Supposons que les dangers n'eussent point existé; pour lors, je n'aurais de ma frible division pu extraire , y compris tout ce qui était devant Ypres , à Poperinghe et Vlamertinghe, que 7,000 hommes.

Souham, avec son camp de la Madeleine, ses cantonnements et ce qu'il avait extrait delà garnison de Lille, avait à peu près ad, 000 à a3,ooo hommes. Pour garder la fit)ntière, conune il le devait, il aurait &lltt qu'il en laissât la moitié au moins, en commençant par la prise du camp de Cy seing, Orchies et par conséquent Courtrai.

n fallait laisser du monde suffisamment sur la gauche du cêté de Courtrai et sur la droite du cêté d'Arieux et de Marchiennes. Je laisse à tout le monde qui voudra prendre la carte à juger si nous avions encore assez de troupes pour forcer

(*) Cf. le texte de cet arrêté à la page Â9&, aote 1.

les postes ennemis, sans presque de cavsderie, tandis que Tennemi en avait beaucoup et occupait les postes suivants :

A la Clef-d*Or, entre Marchiennes et Saint-Amand, loo hommes d'in&nterie, une pièce de canon et de la cavalerie dans le village de Roquit (?) ; hoo hommes de cavsderie au Nouveau-Jeu, entre Orchies et Saint-Amand; ils ont pratique une tranchée profonde et deux pièces de i a en batterie gardées par 5o hommes et au Moulin de la Vallée, 900 hommes, tant troupes légères qu'in&nterie, qui patrouillent les bois d*Hasnon.

Il serait trop long de vous expliquer tous les postes et retranchements qu^ils ont tant à Hélesmes , Hasnon , Fenain , Vatinette , au Calvaire , près et dans les bois de Coutiches et jusqu'à Saint-Amand, où Us ont travaillé sans relâche, ainsi qu'au camp de Maulde, où il y avait une quantité de prisonniers occupés h de nouveaux ouvrages, et un camp de a,5oo hommes h pique, an Hué(?), entre Maulde et Tournai, prêts à s'avancer au besoin. Voilà ce qu'il fallait vaincre, et surtout avant que rennemi n'ait reçu a5,ooo à 3o,ooo hommes, que leur esclave Beaulieu a conduits de leur grande armée qui est devant celle de notre général en chef. Je laisse à juger de l'absurdité de cette entreprise en mettant en balance nos risques de toute la firontière et la certitude de faire périr un grand nombre de nos braves frères d'armes sans pouvoir conserver une tdle conquête, en supposant qu'dle eut été entreprenable, car, tant que l'armée du général Jourdan ne pourrait débusquer l'ennemi du Quesnoy, Valenciennes et Condé, notre entreprise n'aurait été que momentanée, sans aucun succès certain.

Voyons maintenant quds auraient été nos avantages , si je n'avais pas été contrarié dans la plan unanimement adopté par le conseil de guerre, par les représentants du peuple Trullard, Isoré et Beriier, par le général en chef et le ministre de la guerre. Il fallait, pour cela, que le général Souham commençât par assurer les postes qu'il avait pris à l'ennemi par des bons retranchements, comme je le lui avais recommandé et ordonné, et tandis que nous étions à repousser les postes avancés devant Ypres, m'envoyer les troupes demandées et par là exécuter son dessein mentionné dans le .conseil de guerre, sans donner le temps aux ennemis de se reconnaître, en les attaquant de tous celés.

Après cette première ville prise, je lui renvoyais les troupes; l'ennemi en sentait bien l'importance par les travaux qu'il y avait à fiiire. Après cette conquête, je me rendais maître du camp de Dixmude presque sans coup férir; étant alors maître du canal de Boesinghe, d' Ypres et Fumes, j'attaquais par cette partie et par le corps du général Gougelot , qui aurait pu , par notre appui , jeter un pont sur la rivière de l'Yper; de là, après avoir renversé les ouvrages de l'ennemi et les avoir tournés à notre défense, nous pouvions, avec les deux corps, nous porter en toute sûreté sur Ostende, détruire les écluses de Plasscuendaele e^ par ce moyen mettre à sec le canal d'Ostende à Bruges et Ater la navigation de cette ville , ainsi que celle de Nieuport Cette ville n'aurait vraisemblablement pas tenu, si la garnison avait su Ypres, Dixmude^ Hannon (?) et Ostende bloqués et mis à flamme, comme eux l'étaient.

Je savais qu'à Ostende on avait déjà été les grosses pièces d'artillerie qui étaient sur la plate-forme et presque toutes celles du rempart, qu'on avait embarquées. Les deux cêtés de la vÛle par le pavé et par le droite du canal étaient très faibles.

et c*est bien entendu sar ces deux points que je devais Tattaquer. Nous étions là dans la Flandre maritime et dans les points les plus éloignés des secours que l'ennemi pouvait y porter.

Avant leur arrivée, nous aurions été maîtres de la ville ou nous Tannons réduite en cendres , et , si nous y étions entrés , j'avais pris la précaution de demander h Dunkerque, par le général Vandamme, des matelots pour tous les petits vaisseaux qui pouvaient naviguer le plus près de la côte chargée du plus riche bulin. Je fiiisais couler h fond, dès l'entrée du port jusqu'au passage du bac, tous les gros navires , et je consumais par les flammes les autres et les magasins que nous n'aurions pu emporter.

Cette expédition n'avait pas les d^vantages du projet du camp de Maulde, et c'est de cette manière que j'aurais cru avoir &it plus de mal h nos ennemis qu'on ne leur en avait fait depuis la guerre.

Ces deux villes réduites, je pouvais disposer de 19,000 hommes, avec lesquds je me portais sur Bruges, où ils conmiençaient déjà à Caire évacuer tous leurs malades sur des bateaux qui les ont conduits à Gand et à Anvers.

Là, je crois que je me trouvais bien sur maligne parallèle avec Menin et Courtrai et je conservais toujours ma retraite par Dixmude sur Hondschoote à Fumes et sur Poperinghe. Les retrandiements et les fortifications que j'ai fiiit construire dans cette dernière ville, sous la direction d'un habile ingénieur et dont le plan est joint à mes papiers, font que nous conservons cette place sur le territoire ennemi.

Si tout le monde avait exécuté mes ordres, nous n'aurions pas fait des retraites avec déroute dans les autres divisions.

Voilà, citoyens, ce que j'ai fiiit : en faire davantage, tel a été mon désir. Si les entreprises que je m'étais proposées n'ont pas réussi, ce n'est pas ma feute; j*avais cependant pris des moyens pour qu'elles aient lieu.

Je viens de voir à l'instant dans le Journal des hommei libres^^^ le sujet de mon arrestation et suspension; cependant ce n'est pas celui mentionné dans l'arrêté du' représentant du peuple Duquesnoy. Dans la dénonciation faite par le citoyen Hébert contre le repr^entant Duquesnoy, ce dernier dit m'avoir suspendu de mes fonctions parce que j'ai été écuyer des haras de la maison d'Autriche. Si cela était, il n'avait pas besoin, dans son arrêté, de m'accabler de l'injure d*homme de mauvaise foi on inepte, et encore, dans l'une ou l'autre de ces all^tions, je ne croyais pas qu'un représentant fttt envoyé à l'armée pour destituer personne sur de simples soupçons. On ne perd point nn homme sans l'entendre on prendre des informations certaines, à moins qu'il ne soit pris en flagrant délit.

J'accuse, d'ailleurs, de fiiux Tassertion du représentant Duquesnoy; je prouverai que je n'ai jamais été l'esclave du tyran d'Autriche, ni écuyer, ni son serviteur

(*) N* 375, 91 brumaire an 11. Le /<mr- semblable mesure envers le général D'A-

naldêêhommêê libm reproduisait ie compte vaine, qui fat écuyer dans les haras de la

rendu de la séance de la Convention du maison d*Autriche , et le commandint d'ar-

90 bramaire, dans laquelle le représentant tillerie Gillet, qui fut aussi attaché à la

Duquesnoy expliquait les raisons des desti- maison d'Autriche en qualité de garde du

tutions des généraux et disait : «J'ai pris corps. 9

en aucune manière, ni jamais touche aucune solde de cette race prostituée. J^ai été , à la vëritë , ëcuyeiMlirecteur des haras , nonmië à cet effet par mes concitoyens , pas même par les États de Flandre, mais par 1^ administrateurs des chAlellenies de Gand, Saint-Nicolas et Alost, où j'ai fait près de dix-neuf ans ma demeure. Je pourrais donner des preuves de ce que j'avance si nous retournions dans la Belgique. Je pourrais prouver qu'après être sorti du service de France et y avoir fait ia guerre, y ayant servi depuis Tannée &8 jusqu'à 63 ^'\ j'ai refusé desemplois militaires ; que j'ai toujours été du comité secret révolutionnaire ; que , pendant la révolution de la Bdgique commencée en 1787, laquelle a éclaté en 1789, j'ai été un des premiers à exercer mes concitoyens au maniement des armes; que j'ai toujours été à la tète des troupes qui ont osé me suivre au passage de l'Escaut, avec lesqudles je suis venu dans le pays de Waes et de là prendre la ville de Gand, ou il a &llu se battre cinq jours et quatre nuits sans discontinuer, pour en expulser les satellites du tyi*aa d'Autriche, après y avoir fait prisonnier le i*' bataillon de Gler- &yt et 39 officiers. Après cette prise, toute la Flandre s'est trouvée libre; que de là j'ai toujours ou commandé les corps d'armée aux avant-postes dans les Ardennes et, pour abr<^er ce récit , après notre trahison j'ai conduit Tarrière-garde et fàii pièces de canon jusqu'à Gand; de là, j'ai passé avec toute ma famille en France à la fin de 1 789.

Après cela, peut-on douter de mon civbme ? peut-on supposer un seul instant que j'aie voulu trahir? Ne sait-on pas qu'une mort infâme (si je retournais dans mon pays avec mes deux fils, qui servent comme moi la République avec zèle) serait mon partage et terminerait une vie que je consacre tout entière à la République française, qui est devenue ma précieuse patrie.

Si cela n'était pas suffisant, qu'on s'informe de moi dans le pays que j'habite depuis plurieurs années (Melun), que l'on fasse parier les sociétés populaires; elles vous diront de qudie manière je me suis comporté dans le service de la garde nationale et avec quelle exactitude je m'en suis acquitté. Ce n'est que depuis l'époque glorieuse et à jamais mémorable du 10 août que le général Santerre m'a fait avoir l'inspection des chevaux de la République, et en septembre même année, le ministre Servan, qui voulait corriger les abus de l'administration des remontes générales, me nomma premièrement commandant du dépôt de Lunéville, et peu de jours après me donna la commission d'inspecteur.

Ce service m'ayant conduit au commencement de février de la présente année dans la Bdgique, je me déterminai à reprendre le service et, le 19 du même mois, je reçus ma commission de général de brigade, qui m'a été confirmée par un décret de la Convention en date du 7 mars. Depuis ce temps, je n'ai pas quitté les armées.

Je ne prolongerai pas ce mémoire par des biis que je pourrais citer, en commençant depuis la trahison de l'inf&me Dumouriez , la retraite déshonorante du camp de Famars, tandis que nous étions à nous battre dans le bois de Bonne- Espérance, la position que l'on m'a &it prendre le lendemain à Hélesmes, et enfin

(^) Cette lettre ûte à 1763 l'époque où D'A vaine quitta le service de France; celte date doit être ajoutée aux états de service du général publiés à ia page 10, note h.

jusqu'au camp de Gavrdie, avant d'aller prendre le commandement à Cassd. Plusieurs députés pourront rendre compte de ma conduite, entre autres les ciloyens Elie Lacoste et Peyssard. .

Mon but est rempli, citoyens; je crois la vérité assez évidente; je Tai pour ainsi dire montrée au doigt. 11 est impossible même que les hommes les moins clairvoyants ne la recoonaissent pas ; tous ceux donc qai verront ce mémoire seront forcés de dire : «11 a voulu le bien, il Ta fidt, et, pour sa récompedse, on le destitucn

Peu m'importe, citoyens, Tiqustice des hommes; peu m'importe que l'on exalte mes vertus républicaines, si l'on ne me rend pas justice. Mon seul d^ir dans ce moment, et ce qui me tient le plus i cœur, c'est qu'après avoir examiné attentivement ce mémoire vous sachiez m*apprécier et me connaître; c'est ce qu'attend de vos lumières et de votre équité cdui qui est bien fraternellement

Davaihi^'J.

(Orig., Areh. de la guerre, armée da Nord.)

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