LE G^N^RAL RONSIN AU COMITES DE SALUT PUBLIC
Paris, le 99 août 1793, Tan n de la Répobliqae ooe et indivisible.
nONSIN AVI CITOTEN8 nBPRÉSBNTANTS COMPOSANT LE COMITÀ DE 8ALVT PVMLIC,
Je VOUS envoie, citoyens, le plan tracé pour l'attaque des rebelles sur tous les points ('\ et je pense que l'avantage que présentent ces dispositions vous fera sentir le nécessité de révoquer l'arrêté qui enjoignait k l'armée de Mayence de se porter à Nantes. Bourbotte^'^ a dA vous exposer tous les dangers qui résulteraient d'une pareille mesure, et je reçois k l'instant des représentants Meiiin et Reuhell une lettre qui m'annonce que le général de brigade Joly ^'^ a été envoyé par eux près
(*) Le plan de campagne, daté de Tours, le 95 août 1793, et signé par Ronsin, est joint k la lettre.
^ PierreBourbotte,néàyaax(Yonne) le 5 juin 1763, député de TYonne k la Convention, décapité à Paris le 16 juin
(') Thomas Joly, né à Bayonne (Basses- Pyrénées) le 10 août 17^8, fils d'un huissier au sénéchal de Bayonne, soldai au régipent d*Auxerroîs le 17 septembre 1775, sergent le i*' janvier 1776, quartier-maître
trésorier le i*' novembre 1789, capitaine le i5 septembre 1791, chevalier de Saint- Louis le 18 décembre 1791, chef du A* bataillon de la formation d^Oriéans le 96 mai 1793, général de brigade provisoire le i5 juin 1793, confirmé le 3o juillet suivant, suspendu le 18 septembre 1793, réintégré comme chef de iNitailion le à floréal an m (sS avril 1796), administrateur et vice-président de la ville de Dreux (Eure-et-Loir) de Tan iv à Tan vin, retraité comme chef de bataillon le 98 ven-
[99Ao«T 1793.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ. 61
de vouB, à re£fet de vous inviter k donner contre-ordre sur la marche de Tannée de Mayence ^^K
Le finirai,
RORSUV.
(Orig., Areh. de la guerre, trmée des Cdtes de It RocheUe
GAYRBLLB, 99 AoCt lygS.
LB g£n JRAL HOUGHARD AU GOMITlî DB SALUT PUBLIC.
Âa quartier général de Garrelle, le 99 août i793i Tan 1 de la Répablique française.
LB GÛNitiAL SN CHEF HOVCHAMD AVI RSFRisBNTANTS DU PEUPLE COMPOSANT LE COUni M 8AL0T PUBLIC.
J'ai effectué, citoyens représentants, ia diversion dont je vous avais parié dans ma dernière dépêche avec un corps de iS,ooo honunes, les seules troupes disponiMes que j*aie pu ramassar aux environs de Lille (*\ J'ai attaqué tous les postes avancés de Tennemi; les villages de Roncq, Tourcoing, RouSaix, Wattrdos et Lannoy ont été attaqués par nos troupes à S heures du matin. Tous ces postes ont été emportés après des fusillades terribles. Le poste de Tourcoing était le principal ; ce gros village, enveloppé de bois épais et auquel on ne peut arriver que par une chaussée sur laqndle Tennemi avait fait des retranchements garnis d'artillerie, renfermait &,Soo hommes d'infanterie hollandaise, dont deux r^fiments suisses. L'attaque s'en est fjsdte en tirailleurs et a duré quatre heures. Nous y avons été cruellement maltraités, le fourré du bois et des haies ne nous permettant pas de joindre l'ennemi. Nous avons eu près de ioo blessés, sans compter les morts que je ne connais pas encore. L'ennemi doit avoir considérablement perdu.
L*attaque de Tourcoing étant extrêmement longue, le camp de Menin a eu le temps de se porter sur Roncq et de le reprendre ; un bataillon du Finistère , en se retirant, a Ikhement abandonné ses pièces et canons. Nous avons pris un obusier dans Tourcoing. Une fausse attaque a été dirigée de Pont-à-Marcq sur le camp de
têee an vu (18 mars 1799), maire de Dreux en 1801, chevalier de la Légion d^honneor, mort k Paris le 9 janvier 1890. Le général Joly avait fait les campagnes d'Amérique de 1778 à 1788 et y avait reçu deux blessures. Tune à Tattaque de Sainte- Lucie le 18 décembre 1778, et Tautre à la surprise de Saint^Eustache le 9 juin
(*> Le ik septembre suivant Ronsin et les commissaires nationaux écrivaient de
Saumur au ministre de la guerre pour accuser Joly de mollesse et de mauvais vouloir dans Tafifaire du 1 9 septembre et condurent en ces termes : «rNous croyons que cet homme ne peut pas être employé dans les armées de la République.» (Orig., Arch. adm. de la guerre, dossier Joly.) Sur cette dénonciation Joly lîit suspendu le 18 septembre.
(^ Cf. Foucart et Finot, La défênu imtionaU danê k Nwrd, II, 39 et suiv.
62 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [ag août 1798.]
Gisoing. Nos troupes avaient commence k y avoir du succès; mais s'ëtant laissés épouvanter par la cavalerie ennemie , nous avons en le malheur de perdre trois pièces de canon.
Après la prise de Tourcoing, je comptais rassembler toutes mes colonnes et marcher sur le camp de Menin; mais les troupes se sont livrées dans le village de Tourcoing à un tel excès de pillage et d*ivrognerie, qu*il m'a été impossible de rien &ire et que j'ai été forcé de me retirer sur Nouveaux, dans la crainte que Tennemi, ne revenant en force, ne me trouvât dans ce désordre épouvantable. Si les troupes, commandées par le général de brigade Dupont ^'\ avaient écouté sa voix, elles auraient eu un succès complet; mais, après avoir emporté le village k la baïonnette, la vue de deux pelotons de cavalerie les a mis en désordre et les a fait retirer, de sorte qu'il a fallu recommencer l'attaque. Plusieurs corps se sont fort bien conduits. Le ci-devant r^fiment d'Auxerrois , après avoir entré dans le village par la droite , en est sorti pour se mettre en bataille. Je prendrai des connaissances exactes de la conduite particulière de tous les corps, afin de vous en rendre compte.
Je vous le déclare, citoyens représentants, si dès l'instant il n'est pas pris des moyens sArs et prompts de réprimer le brigandage et faire renaître la discipline et l'obéissance, il est impossible de conduire les troupes à la victoire. Les dragons et un des représentants du peuple , qui travaillaient avec moi pour empêcher le pillage et faire sortir les troupes du village, ont été couchés en joue par des volontaires. Assignats, lits, meubles de tonte espèce ont été enlevés, mdgré mes efforts et ceux des représentants du peuple , dans un village français que nous venions d'arracher des mains des satellites des despotes. Il est indispensable qu'un génënd en chef, et tout commandant une expédition , puisse former dans l'instant, où il le jugera convenable , un conseil de guerre composé d'un petit nombre d'officiers, sous-officiers et soldats, pour juger et exécuter sur l'heure les pillards et les indisciplinés ('\
(*) Pierre Dupont, né à Chabaiiai8( Charente) le h juillet 1765, officier d'artillerie au service de Hollande de 1787 k 1790, 80U9-lieutenant au 19* d'infanterie le s 1 juillet 1 791 f capitaine au 9/1* le 1 a janvier 1799, lieutenant^colonel le 18 septembre 1799, adjudant général chef de brigade le i5 mai 1793, général de brigade provisoire le 96 août 1798, confirmé le 3i octobre 1795 , général de division le 9 mai 1797^ comte de l'Empire en juin 1 808 , arrêté après la capitulation de Baylen le 99 septembre 1808, destitué le i*' mars 1819, ministre de la guerre du i3 mai au 3 décembre 1816, destitué par Napoléon le 3 avril 181 5, ministre d'État le 19 septembre 181 5, retraité le i3 avril i839, mort à Paris le 7 mars i8ào.
(*) Le 9 septembre 1793, Houchard donna les ordres suivants pour essayer de rétablir la discipline (Arch. de la guerre, armée du Nord, reg. XIII bU, fol. 83 v*) :
«Il est défendu, sous peine de suspension , aux officiers et sous-officiers de mettre des malles et des ballots sur des chariots; ces voitures ne sont destinées qu'à porter les effets de campement
trli est défendu aux femmes de soldats de monter sur lesdites voitures, sous peine d'être barbouillées de noir, promenées k la tête du camp et renvoyées.
«Il est défendu aux soldats de mettre sur les mêmes voitures leurs sacs, marmites, bidons et autres effets de campement, sous peine de quinxe jours de garde de camp, et, s'ils récidivent, pums comme
Nous avons fidt environ i ao prisonniers , dont 5 officiers. Pen aurais fait plus de deux mille, si j'avais eu un corps de 95,ooo hommes. Cette attaque a produit le bon effet de jeter Tëpouvante chez les ennemis et de poi*ter le camp de Lille plus en avant pour nous préparer aux grandes attaques que je médite aussitôt que les troupes de la Moselle seront arrivées.
La position actuelle des ennemis demande que je change les projets d'attaque que j'avais médités. Les forces que les ennemis ont portées devant Dunkerque me forcent à diriger ma principsde attaque du c^té de Menin, pour marcher de là, après avoir passé la Lys, sur le flanc gauche des Anglais du côté dTpres. En conséquence je vais poster le plus promptement possible 3&,ooo hommes d'infanterie et 4,000 de cavsderie, pour organiser une armée de 5o,ooo hommes, à la tète de laquelle je me mettrai moi-même; les autres io,ooo hommes de l'infanterie de la Moselle et le reste de la cavalerie seront portés sur Maubeuge et Cambrai pour attaquer Cobourg. Telles sont les dispositions générales que je puis vous présenter dans ce moment et qui pourront varier suivant la position de l'ennemi.
Je fais au ministre le tableau du parc d'artillerie. D est instant qu'il me procure les objets que je lui ai demandés, et qu'it m'envoie surtout s 4 pièces de quatre dont je lui ai déjà fait la demande. Je lui écris aussi de m'envoyer de la poudre , des obus de 6 pouces pour Lille et Maubeuge. Que le tout se rende en poste , car la chose presse.
Les derniers rapports qu'on m'a envoyés de Dunkerque disent que l'ennemi a fait sa première parallèle, de sorte qu'il faudrait que sous huit jours je fusse en mesure de pouvoir marcher avec les grandes forces que vous me destinez. Malheureusement le a* r^fiment de carabiniers ne sera pas encore arrivé. Cela me Mi beaucoup de peine; s'il y a un moyen de le faire avancer plus vite, je prie le ministre de l'employer. Je lui recommande de tâcher de m*envoyer au moins 3,000 chevaux d'artOlerie. Nous avons beaucoup de pièces qui ne peuvent marcher, faute de chevaux. On estime à 5o,ooo hommes les troupes qui sont devant Dunkerque et Bergues. Quant à Cobourg, il tient toujours la forêt de Mormal et envdoppe le Quesnoy ^'\
dëflobéissant aux ordres donnés par ie général en chef.
«Les bataillons ne pourront avoir, sous aucun prétexte, plus de cinq voitures des charrois k leur suite, et il est défendu expressément aux chefs de donner des réquisitions pour avoir des voitures. Les cheb seront responsables en leur propre et privé nom, et, s^il s^en trouve plus de cinq, le chef payera 36 livres par jour au profit de l'administration des charrois.
«Les officiers de Tannée ne pourront plus prendre individuellement leur viande; elle doit être délivrée â tous les officiers de la même compagnie ensemble. L^administration des viandes est autorisée & la leur
refuser. On donnera une garde suffisante à radnunislration. n
(*) Le 3o août, le ministre de la guerre Bouchotte invita Bouchard à réprimer le brigandage des troupes et à secourir Dunkerque au plus têt : cSecourei Dunkerque , ne laissez pas tomber cette clef importante de la mer dans les mains de nos ennemis. Détniiseï leurs magasins, leurs munitions, enfin faites échouer leur campagne , et qu'ils n'hivernent pas sur notre territoire. Ayez un succès, et les ennemis se détruisent d'eux-mêmes, les alliés se di^>ersent et la paix est demandée par le peuple anglab.» (Minute, Arch. de la guerre, armée du Nord.)
64 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE GARNOT. [ag août 1798.]
Les ProBsiens font beaucoup de mouvements; on dit qu'ils vont en Alsace, mais je me défie de ces ruses et je n'y crois pas encore. Les Hollandais sont environ au ' nombre de 30,000 hommes devant Menin et ces parages-là.
Lorsque j'ai reçu les dépêches du ministre concernant le général O'Meara, une de mes dépêches a d& lui dire les moyens que j'avais pris pour le remplacer. Cependant, comme les ordres pour Souham n'étaient signés que par Berthdmy, le conseil de guerre a jugé à pi;opos de ne pas reconnaître Souham comme commandant de la place. En conséquence, hier matin, j'ai expédié de nouveaux ordres au général Souham avec ordre au général Jourdan de faire arrêter O'Meara, s'il ne sortait pas de Dunkerque. Une heure après l'expédition de cet ordre est arrivée la lettre de suspension d'O'Meara que j'ai aivoyée au général Jourdan pour la lui faire tenir. Pespère que ces mesures vous tranquilliseront et que Dunkerque sera vaillamment défendu ^^K
Comme il n'y avait pour ingénieur dans cette place que le citoyen Farconet, j'y ai envoyé ce matin Casimir Poitevin ^*\ qui est on jeune officier plein d'intelligence et de bravoure, et que je recommande au ministre.
(*> Le 3o août le général Berthehny écrivit la lettre suivante k Souham (copie certifiée par Souham, Arch. nat., W 996, n* 95o) :
Qatrtier géo^l de 6aYnU«, le So août 179S, Tan n de la RépoUiqae.
ttAu citoyen Souham, gMral de brigade,
frJe vous adresse, mon cher Souham, une lettre que vous fermerez et que vous remettrez au général O'Meara, s*il était encore k Dunkerque. Sa présence dans votre ville étant absolument inquiétante, vous lui ordonnerez d'en sortir sur-lechamp; et, À la moindre difficulté que vous éprouveriez, je vous donne l'ordre de le faire conduire â Paris sur4e-champ par la gendarmerie nationale. Que faites-vous en ce moment? L'ennemi a-t-il fait des progrès? Vos troupes sont-elles disposées comme vous, c'est-à-dire k une vigoureuse défense? Souvenez-vous que, sous aucun prétexte, vous ne devez vous rendre, qu'il n'y a aucune raison pour que vos troupes et vous surviviez k la prise de la place de Dunkerque. Avec ce dévouement, l'ennemi n'obtiendra rien, et il faut vous y résoudre. Tous les yeux de l'armée, tous ceux de la République sont fixés sur vous et votre garnison; nous marchons à votre secours, et vous ne tarderez pas à entendre notre
canon. Quand vous l'entendres ronfler, c'est alors qu'il faudra redoubler d'audace et, de concert avec nous, tomber sur l'ennemi à corps perdu. Ecrivez-nous; vos lettres nous trouveront en route. Je vous embrasse.
CrBlRTOILMT.»
Le même jour, le général Souham fit une proclamation pour annoncer aux membres du conseil général de la commune de Dunkerque qu'il allait prendre des mesures vigoureuses pour rétablir la discipline parmi les troupes. Le maire Emmery inrita, de son cAté, les citoyens de se conformer aux ordres du génénid. (Impr. , Arrh. de la guerre, armée du Nord.)
(') Jean-Étienne-Gasimir Poitevin, né k Montpellier (Hérault) le 16 juillet 177s, élève sous-lieutenant du génie à l'école de Mézières le la février 1799, lieutenant le 1 5 février 1 798 , capitaine le 1 "^ juin 1 798 , chef de bataillon provisoire le 97 août 179a, confirmé le 17 janvier 1795, chef de brigade le 7 juin 1797, sous-directeur des fortifications le 98 mars 1800, directeur le 9 novembre 1801, officier de la Légion d'honneur le l juin 180Â, général de brigade le 9 5 décembre i8o5, baron le 18 mars 1808, lieutenant générai le 96 avril 181Â, commandeur de la
[3o AoÔT 1793.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITE. 65
Pai représente au ministre que les bataillons, surtout ceux de volontaires, n*attachent aucun intérêt à leurs pièces de canon, et qu'ils les abandonnent souvent à f ennemi sans les défendre. D faut prendre là-dessus les moyens les plus violents et attacher une marque de déshonneur à tout bataillon qui aurait laissé prendre ses canons par Tennemi. Comme cette conduite lAche tient principalement à la conduite des officiers, il faudrait destituer le chef et les capitaines de tous les bataillons qui n'auraiejat pas défendu leurs canons et ne les auraient pas disputés avec acharnement à Tennemi.
Le général en chef des armées du Nord et des Ardennes,
HOUGHABD.
(Orig., Arch. de la guerre, arm^ du Nord.)
• 16. PARIS, 3o AOÛT 1798 ^^\