LUGE, COMMANDANT TEMPORAIRE DE LA VILLE, AU COMITE DE SALUT PUBLIC
Analyse. — Il expose les excès et l'indiscipline des troupes de la division et annonce l'arrivée des représentants Gossuin^*^ et CoHombel^*^ Une canonnade semble annoncer que l'ennemi est devant le Quesnoy.
(Andyse, Arch. de la guerre, reg. du comité de salut public, C , foL 699.)
Ghanc«l, général de division, i^envoie i Maubeuge pour vous aider dans le commandement de U division et les opérations que vous serez en état d'entreprendre. Le Conseil espère que vos soins réunis procureront l'avantage de la République et que vous vous (entendrez pour faire triompher ses armes.
«Le Conseil a également accordé, il y a environ quinze jours , le grade de général de brigade au citoyen Meyer, chef d'un bataillon des Hautes-Alpes, et à Desjardin , chef d'un bataillon de Seine-et-Marne (lisez : Mayetme^'Loirê). S'ils n'avaient pas reçu leur brevet et leurs lettres de service, cela proviendrait de la difficulté des communications entre [le quartier générai et vous. Rien n'empêche qu'ils ne commencent les fonctions de leur nouveau grade.
eFontbonne est su^ndu depuis plus d'un mois. Je suis étonné qu'il n'ait pas reçu sa lettre. Ihler a donné sa démission; il peut se retirer en se conformant à la loi et présentant son mémoire en retraite . . . n
Le i3 septembre, le général Gudin répondit de Maubeuge à Bouchotte pour lui
annoncer l'arrivée du général Chancel. « Les infirmités qui m'accaJUent me deviennent moins pénibles, pouvant me reposer sur un frère d'armes dont la capacité et le xèle promettent des succès à la patrie.» Il déclarait avoir déjà «nployé le général Meyer dans son nouveau poste et ajoutait que le général Fontbonne allait partir pour Paris et que le général Ihler se conformerait à la loi. (Orig., Arch. de la guerre, armée du Nord.)
(^) Gossuin avait été envoyé i l'armée du Nord le 1 0 mai 1 798 , en remplacement de Lequinio. (Cf. Aulard, lY, 85.)
W Pierre Collombel, né à Argueil (Seine-Inférieure) en septembre 1766, commerçant k Pont-i-Mousson, députésuppléant de la Meurthe i la Convention, avait été appelé à siéger le 1 1 juillet 1793 en remplacement de Salle, et envoyé i l'armée du Nord le 1*' août (Cf. Aulard, V, /i/i3.) Il fut rappelé le 9 septembre 1793 (cf. Aulard, VI, 38o), entra au Conseil des Cinq-Cents, puis à celui des Anciens, fîit exdu après le 18 brumaire et mourut i Paris le 96 janvier 1861.
38. PARIS, 8 SEPTEMBRE 1798^^^ LE COMITE DE SàLUT PUBLIC AU REPRESENTANT LE6ENDRE DE LA NlÈV[tE^^^
Paris, le 8 septembre 1793, Tan 11 de la République.
Votre lettre, mon cher collègue, nous jette dans une grande perplexité ^^^ Vous dites que vous n'êtes point partisan des établissements nationaux, et c'est parce que nous sommes pénétrés du même principe que nous avions jugé convenable de ne point mettre en régie la manufacture de Moulins. Nous ne prétendons pas pour cela que cette manufacture en soit moins florissante; nous ne voulons qu'éviter les voleries et le gaspillage, et nous ne voyons pas comment en venir à bout avec une régie. Au lieu, si c'est une entreprise particulière, l'État ne paye que ce qu'il reçoit.
Nous sentons qu'un grand établissement national pourrait être agréable au département de l'Allier, mais nous sommes représentants de la nation entière, et, en partant de votre principe que les établissements nationaux sont nuisibles à l'État, ce serait donc sacrifier l'intérêt particulier. 11 doit, d'ailleurs, être indifférent aux ouvriers de travailler pour des régisseurs ou pour des entrepreneurs. Les habi-
(*) Caraot est présent à la séance du Comité. (Cf. Aulard, VI, 35i.)
(*) Françoi»-Paul Legendre, né à Donzy (Nièvre) le 95 janvier 1759, avocat, député de la Nièvre à la Convention et au Conseil des Gnq-Cenls , proscrit en 1 8 1 6 , mort à Constance (Suisse) le 96 décembre
^') Legendre de la Nièvre avait déjà rempli une mission auprès des manufactures d'armes de Paris (i/i juin 1798).
Le 93 août 1793 il avait été désigné pour aller faire exécuter la levée en masse dans les départements de la Nièvre et de TAllier. Le i*' septembre, il écrivit de Moulins au Comité de salut public une lettre où il annonça son arrivée dans cette ville. crLa manufacture d*armes k feu, disait-il, ne fait rien par la faute des entrepreneurs, qui ont cependant reçu des fonds de la République jusqu'à la somme de 3oo,ooo livres.
et il y pour toute fabrication achevée cinquante ou soixante fusib. Les ouvriers sont à la veille de manquer de subsistances. Je crois être obligé de prendre le parti de déclarer rétablissement national pour qu'il puisse être utile à la République, parce que je vois que, si nous ne recourons pas à ce moyen, c'est peine perdue de stimuler des hommes qui n'ont pas l'intention, et U volonté de faire. Je vous préviendrai des mesures que je prendrai ultérieurement, mais je vous prie de me seconder de toutes vos forces.» Il attend, ajoutaitil, le maître canonnier Leclerc de Paris et il espère leur expédier avant quinze jours des lames ou maquettes de fusil. Il compte que Monge et Hassenfratz (membres de la commission des armes) vont lui envoyer le citoyen Clouet pour faire les essais d'étoffe pour l'arme blanche. (Orig., Arrh. nat., AF 11 168.)
104 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [8 mpt. 1798.]
tants du pays ne peuvent donc rien gagner à ia mesure que vous proposez ^^\
Nous ne voyons pas aussi sans inquiétude que l'établissement que vous désirez paraisse fait pour l'avantage particulier du citoyen Villeneuve, ci-devant marquis, auquel on attribue l'inertie dans laquelle est demeurée jusqu'à ce jour la manufacture de Moulins ^^^ Cette inertie, vous l'attribuez à l'entrepreneur, et il pourrait se faire que l'un et l'autre y eussent contribué. Quel est donc le moyen d'éviter et la paralysie de cette manufacture, d'une part, et le gaspillage, de l'autre? 11 nous parait que c'est de dire aux entrepreneurs : «Faites des fusils, faites-en le plus que vous pourrez, nous les prendrons tous au prix courant; et si vous n'en fournissez pas une quantité déterminée et suffisante, la nation rentrera dans ses bâtiments et vous lui rembourserez les avances qu'elle vous aura faites. »
Réfléchissez donc de nouveau, cher collègue, sur cet objet important. Nous attendons votre réponse pour prononcer définitivement; mais, nous vous en conjurons , écartez toute considération particulière et locale.
Nous vous rendons grâces de l'activité que vous mettez à nous rechercher du salpêtre, des maquettes et lames de canon de fusil. Nous attendons le plus grand effet de vos opérations. Ne perdez pas de vue que nous ne pouvons faire un pas sans vous.
A expédier : Laz. Carnot.
(Minute aat de Carnot, Areh. nat , AF 11 168.)
(1) Dès le i5 juin 1798, le Comité de salut public s'était préoccupé de cette mar nufacture d'armes de Moulins et du cidevant marquis de Villeneuve. On lit à ce sujet dans le procès- verbal de ce jour (cf. Aulard, IV, 671) : tr Lecture faite d'une lettre des commissaires à rétablissement central de construction d'artillerie du déparlement de l'Allier, par laquelle ils demandent, vu les circonstances uigentes qui les empêchent actuellement de se transporter à Paris, qu'il soit sursb à l'exécution de Tordre donné au citoyen Villeneuve et à son départ jusqu'à la fin de leurs opérations. Le Comité arrête que ce sursis demeure quant à présent accordé, à la charge par
lesdits commissaires de donner, trois jours après la réception du présent arrêté, connaissance au Comité de l'époque à laquelle le citoyen Villeneuve se rendra i Paris; sauf, en cas de silence, de prononcer la levée dudit sursis et d'arrêter ce qu'il appartiendra. )»
(*) Le ci-devant marquis de Villeneuve fut mis en arrestation; mais, sur le rapport d'Amar, membre du Comité de sûreté générale, constatant que les dénonciations faites contre lui étaient de véritables calomnies, la Convention décréta la mise en liberté de ce citoyen le 16 du premier mois de l'an n (7 octobre 1798). — Cf. Moni^ teur, XVIII, 7a.