‹ Correspondance générale de Carnot (volume 3)Chapitre 48 sur 181 · VII · texte numérisé non relu

VII

k courant Saint-Omer n'a point de garnison; la place est forte, surtout par ses eaux. On travaille à réparer les fortifications; on y arrête les gens suspects et tous les étrangers. Gravelines est très forte aussi par ses eaux. D y a environ 3,5oo hommes de garnison; on y arrête de même les gens suspects. Dunkerque, ou je suis depuis cinq jours , était à mon arrivée en très mauvais état Beaucoup de choses manquaient aux fortifications, la garnison avait été travaillée par les malveillants, eUe n'observait aucune discipline, les chefs non plus. Mais à présent tout est changé. Les fortifications sont hérissées de canons, la troupe fait son devoir amsi que les officiers, et les malveillants sont partis de la ville avec bonne et sûre garde. Les représentants du peuple Trullard, Beriier, et Hoche, adjudant général, ont constamment été sur pied pour rétablir Tordre. Les généraux Ferrand, Souham et de Rocque ont partagé leurs travaux. Ils ont montré beaucoup de civisme et de talent militaire; surtout Souham, qui nous a paru vrai républicain, et sa suspension nous avait fait, ainsi qu'à tous les bons citoyens de la ville, une peine sensible. Ferrand est bon; c'est un ancien soldat de la ci-devant Franche-Comté, qui ne parait pas être capable de nous trahir. Quant à de Rocque nous ne pouvons encore dire ce qu'il est, ni les représentants non plus, mais nous le surveillons de près.

Depuis que je suis à Dunkerque , nous avons fait trois sorties vigoureuses qui nous ont été très favorables. Hoche , adjudant général , a montré beaucoup d'inteUigence et de bravoure. Les généraux se sont bien conduits. A la première sortie nous avons eu lao hommes environ tant tués que blessés. L'ennemi en a perdu considérablement. A la seconde, nous n'avons eu que peu de tués et de blessés. L'ennemi, cette fois-là, a été vivement repoussé dans ses retranchements avec grande perte. La troisième , qui s'est faite hier, a été pour nous un triomphe; nous n'avons encore eu que peu de tués et de blessés, mais l'ennemi en a laissé des siens par centaines sur le champ de bataille. Us ont levé leur camp, brûlé, leurs magasins, laissé en notre disposition environ cent voitures de boulets et un magasin de toiles; et si nous les eussions poursuivis, nous leur aurions bien pris autre chose; mais, comme les chemins étaient extrêmement couverts, on n'a pas jugé à propos de le faire. Nous venons d'apprendre par un déserteur que , hier, nous leur avons tué s 00 hommes dans un seul régiment de 600. Une lettre, trouvée sur un officier ennemi fait prisonnier, nous apprend qu'il y avait aux environs de Dunkerque, Bergues et Cassel, &o,ooo hommes, et qu'une flotte anglaise, composée de trois vaisseaux de ligne et neuf frégates, a mouillé hier à neuf heures et demie du matin devant Gravelines. Cette flotte était le signal d'attaque. L'ennemi devait attaquer Dunkerque, secondé par cette flotte; mais quand ils ont appris que Wormhoudt était pris et qu'ils étaient repoussés de toutes parts, ils ont pris la fuite , laissant toutes les routes où ils passaient couvertes de leurs cadavres.

Les généraux Leclaire et Carrion, qui commandent à Bergues, ont aussi fait de fortes sorties, dans lesquelles ils ont attrapé plusieiu^ émigrés. Les colonnes, qui sont sorties de Cassel pour faire diversion, ont, le 7, fait cinq à six cents prisonniers, le 8 autant, et pris beaucoup de bagages à l'ennemi, qui a eu une colonne entière mise en déroute , tellement que les soldats se portaient du cêté de III. 8

UrtlMIMI lATieiAkC.

lU CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [9 sept. 1798.]

Saint-Omer sans savoir où ils allaient. Bergues s'est bien conduit; les génëranx sont bons. D paraît que le plan du général Houchard a eu un plein succès. D a eu une affiiire à Hondschoote qui lui a très bien réussi ^^^ : il a fait sept à huit cents prisonniers , pris beaucoup de bagages et repoussé Tennemi ^^ ; de sorte que nous

^^) La première nouvelle de ia victoire de Hondschoote, livrée par Houchard le 8 septembre 1798, fut envoyée le jour même par le général Berthelmy au ministre de la guerre, qui la communiqua à la Convention dans la séance du 10. De leur côté les représentants Delbrel et Levasseur, qui avaient pris une part active à la bataille, écrivirent à la Convention la lettre suivante, qui n'arriva à Paris que en (orig. aut. de Levasseur, Arch. de la guerre, armée du Nord) :

«Ao quartier général de Hoodichoote , k S septembre , Tan n de la Répnbliqne.

vL$$ reprétentantê du pei^leprk rarméedu Ntftd à la Conioeniion nationale,

crCitoyens nos collègues, «Depuis le 6 de ce mois Tarmée réunie aux environs de Cassel bat les ennemis. Le 6 et le 7, nos troupes ont emporté plusieurs postes de vive force, malgré les obstacles multipliés qui s'opposent à la marche d'une armée dans un pays aussi difficile que celui-ci. Aujourd'hui 8, les troupes de la République se sont emparées de la ville de Hondschoote. Ce poste était occupé par 1 5,000 hommes; il a été vigoureusement défendu, mais rien n*a pu résister à la valeur de nos soldats. Après cinq à six heures de combats, le poste a été emporté à la bayonnette. Cette affaire, que nous avions d'abord considérée comme de peu de conséquence, est devenue très importante par le nombre des ennemis qui y étaient renfermés et retranchés et par la résistance qu'ils y ont faite. L^ennemi a perdu douze à quinze cents hommes blessés ou tués; le nombre des prisonniers se porte à six ou sept cents. Nous avons de notre côté quatre ou cinq cents blessés et peu de tués. Nos soldats ont pris des canons et des drapeaux. Nous vous ferons connaître les détails de cette eipédition et

bientôt aussi les nouveaux avantages que nous promettent la valeur de nos troupes et les dispositions faites par le général.

ff Bergues est dégagé. Si Dunkerque ne Test pas encore , Tennemi pourrait bien s^en repentir. Nous regrettons que la nécessité de pourvoir aux besoins de Tannée ne nous laisse pas le temps de retracer ici toutes les actions d^édat et d'héroïsme dont nous avons été témoins depuis trois jours. C'est un devoir dont nous nous acquitterons au premier moment Nous avons plusieurs corps et plusieurs individus à désigner à la reconnaissance 1

crDBLBRBL, Lbvassiub, de la Sarthe.»

^) Houchard n'écrivit au ministre que le 10 (cf. cette lettre à sa date). — Cf. sur Hondschoote les rdations de Houchard en date des 11 et 99 septembre, publiées dans le présent volmne; le récit rédigé en 1899 par M. A. de Boisdeffire, lieutenant d'état-major, et conservé aux Archives de la guerre ; les Mémoirei de Levasseur de la Sarthe; les Notes hùioriqueê du eonvên- Uonnd Delbrel, publiées par Aulard; et A. Chuquet, Hondechoote, p. 186 etsuiv.

— Delbrel et Levasseur prirent une part active à la bataille de Hondschoote, bien qu'ib n'en aient rien dit dans la lettre publiée ci-dessus. Delbrel, dénoncé par les Cambrésîens, se justifia en ces termes (p. 55 de ses Notée hietoriques): c; Dans les rapports que j'ai faits, dans les lettres que j*ai adressées à la Convention nationale ou au Comité de salut public pour les instruire des opérations de l'armée , j'ai eu la délicatesse , la modestie de ne jamais parier de moi. Mais, puisque, par une dénonciation solennelle, la commune et le district de Cambrai ont voulu jeter du doute sur l'énergie et la pureté de mes sentiments, il doit m'étre permis d'exposer franchement tout ce qui peut caract^iser ma conduite.

[9 SEPT. 1793.] CORRESPONDANCE MIUTAffiE DU COMITÉ. 115

espérons aOer bienlAt à Furnes leur faire danser la Carmagnok au son de Çorira et de ffVive la République In

Voici la copie d*une lettre que le général Leclaire écrit au général Carrion , à Bergues:

(rTout va bien ; force de voitures et de prisonniers; les chasseurs de Languedoc, de Cassel, sont reconnus sur ma droite. Mille ennemis doivent se trouver cernés. En effet tout arrive en abondance et leur cavalerie est parfaitement en déroute, n

Nous venons d'apprendre qu'au camp de Leffiinkhoucke Tennemi avait abandonné quatorze pièces de canon de si et beaucoup d'avoine, qu'ils ne savent où porter leurs pas. La terreur est parmi eux: Vive la République 1

Je n'ai pas quitté Dunkerque , attendu que j'y suis nécessaire , tant pour surveiller les malveillants que pour aider les repr^ntants à réformer les abus qui y

Hier, le citoyen TruUard a vu tomber à deux pieds de lui un boulet ennemi de 1 7 ; mais l'esclave a respecté l'homme libre.

A tous moments il arrive ici de bonnes nouvelles et beaucoup de prisonniers et de déserteurs. Nous allons en avoir bien d'autres. Un renfort de 1 0,000 honunes vient d'entrer et nous allons tout de suite à la poursuite de ces bandes de cannibales.

Salut et fraternité.

Dbschamps; QoniCY, secrétaire.

Tout le monde ici est dans la plus grande joie de ce que l'ennemi est repoussé ; la tranquillité règne et tout va bien. Un autre courrier vient de nous apprendre qu'on a découvert dans une église une quantité immense de poudre que l'ennemi a abandonnée.

(Orig., Arch. de la gaerre, armée da Nord.)

Je dois donc dire qii*à la bataille d*Hondschoote mon collègue Levasseor (de la Sarthe) et moi avons fait preuve de courage. Levaneur eut un cheval tué sous lui. De mon côté, au moment où les troupes murmuraient de ce qu^on les retenait si longtemps dans l*inaction sous le feu des batteries dHondschootc, j*allai me placer à la tête de la coionne, entre deux pièces d^artillerie, les seules que nous pussions employer dans cette position. Je restai là pendant deux heures, monté sur un cheval bianc, servant de point de mire à l*artUlerie ennemie. En m^exposant ainsi à une mort presque certaine, j^avais Fintention de contenir par mon exemple les troupes

que je voyais prêtes à se dâ>ander. Elle est importante, la victoire d'Hondschoote , parce qu*elle rompit cette longue chaîne de revers qui, depuis la déroute de la Belgique, flétrissait la gloire de nos armes. Elle est importante, puisque c^est par elle que commença cette nouvelle période de rictoires dont le tableau, tracé par Camot, (ut publié en Tan m par la Convention nationale. Elle est importante, cette rictoirc , parce qu^clle força le duc d^York à renoncer aux sièges de Bergues et de Dunkerque, et que rarmëc anglaise, campée sur les dunes, se retira avec précipitation, laissant en notre pouvoir toute son artillerie et des munitions immenses.»

116 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [9 sept. 1798.

SAUHUR, 9 SEPTEMBRE 1793.

LE GéNÉRAL EN CHEF ROSSIGNOL ^'^ AU COMITE DE SALUT PUBLIC.

Aa quartier géoéral à Saiimur, le 9 septembre 1793, Tan n de la République français une et indinsible.

LK GENERAL EN CHEF DE L'ARMEE DES CÔTBS DE Là ROCHELLE ^^^ AVI CITOYENS COMPOSANT LE COMITÉ DE SALUT PUBLIC.

Citoyens ,

Je viens de faire chasser l'ennemi des buttes d'Érignë et rétablir les communications du Pont-de-Cë, et assurer la route de Brissac. L'avant-garde , chai^gëe de cette expédition, s'était portée dès la nuit du 7 près de ce point ^^^ Trois coups

(') Jean-Antoine Rossignol, né à Paris le 7 novembre 1767 (d'après son brevet de général de brigade) ou en 1769 (d'après ses iHemotret), fils d'un facteur à la messagerie de Lyon, apprenti orfèvre, engagé au régiment de Royal-Roussillon à Dunkerque le i/i août 1776 sous le nom de Francœur, congédié le i4 août 1788, ouvrier orfèvre, assiste à la prise de la Bastille, entré dans la compagnie des volontaires nationaux de la Bastille et oflicier provisoire en septembre 1789, fusilier dans la garde nationale le 30 août 1791, puis sellent, capitaine de gendarmerie en août 179a, lieutenant-colonel de la 35* division de gendarmerie le 9 avril 1798, adjudant général chef de brigade le 1 o juillet 1793, général de brigade le 19 et de division le i5, commandant en chef de Tarmée des Côtes de la Rochelle le aâ et confirmé le 97 juillet, suspendu par les représentants Bourdon de TOise et Goupilleau de Fontenay le 93 août 1793, rétabli dans ses fonctions par la Convention le 98 du même mois, général en chef de Tannée des Côtes de Brest le 1*' octobre 1798, destitué le 98 floréal an 11 (17 mai 1794), décrété d'arreslatioh le i5 thermidor ( 9 août 1796) et le 5 prairial an m (94 mai 1795), mis en liberté le 3 brumaire an IV (95 octobre 1795), arrêté le 99 floréal an iv (11 mai 1796) comme

complice de Babeuf, acquitté par la hautecour de Vendôme le 7 prairial an t ( 36 mai 1 797 ), déporté aux îles Seychelles en vertu de l'arrêté consulaire du i4 nivôse an ix (& janvier 1801), mort à Tlle d'Anjouan en avril 1809. Rossignol a laissé des MévMires, dont M. Ch.-L. Chassin a donné une partie dans sa Vendée patriote (cf. 1. 1, p. i!i83 et t. II et m), etque M. Barrucand publie dans la Revue blanche,

^*^ Rossignol avait été nommé général en chef de Tarmée des Côtes de la Rochelle le 9â juillet. Le 3 1 du même mois il écrivait aux représentants du peuple : «r Je voudrais pouvoir sauver ma patrie, qui m'est plus chère que tous les grades que la République m'a jusqu'à présent conférés. Mon peu de capacité pourrait, tout en voulant le bien, occasionner le mal, sans le vouloir; mais je saurai mourir dans le combat et non sur Téchafaud.?) Rossignol terminait sa lettre en demandant des brevets de général de division pour Ronsin et pour Santerre, puisque les sans-culottes remplacent enfin les intrigants et les traîtres. (Cf. Etienne Charavay, catalogue Benjamin Fillon, n* 9779.)

(*) Cette expédition eut lieu le 7 septembre 1793 et fut conduite par les généraux Salomon et Turreau. (Cf. Savary, Guerree de$ Vendéent et dee Chouanê, II,

[9 SEPT. 1793.] CORRESPONDANCE MILITAffiE DU COMITÉ. 117

de canon étaient le signal convenu pour prévenir les troupes du Pont-de-Cé de Tarrivée de Tannée, et pour qu'aussitAt elle raccommodât le pont, afin d*opérer la jonction des deux armées et attaquer les brigands en queue , pendant qu*on les chargerait en tête. Un peu de lenteur fut apportée k cette opération du côté du Pont-de-Gé, ce qui retarda la victoire qui se décidait déjà en notre faveur; car Tennemi , profitant de cela , fit une vigoureuse résistance et débusqua d*une hauteur très avantageuse une partie des bataillons qui Toccupaient; mais bientôt cette position fiit prise d'après les ordres du général Turreau ^^K Danican ^*\ colonel des hussards du 8*, s'y porta avec intrépidité, chassa l'ennemi, et par cette action décida absolument la victoire en notre faveur. L'ennemi fut repoussé deux lieues au delà; il perdit au moins 1 5o hommes, sans compter les prisonniers. Les repaires des rebelles furent incendiés, les moulins des royalistes et les communes d'Erigné et Murs furent livrés aux flammes, les bestiaux saisis. On n'épargna qu'un moulin appartenant à un patriote. Le a a* r^fiment de chasseurs, les gendarmes

10 Louis-Marie Turreau, né à Évreux (Eure) le h juillet 1756, surnuméraire aux gardes d'Artois en 1786, commandant d'un bataillon de garde nationale en 179I1 élu chef du 3* bataillon de TEure le 1 6 septembre 179a, adjudant général chef de brigade, général de brigade le 3 0 juillet 1 793 et de division ie 1 8 septembre suivant, commandant en chef de l'armée des Pyrénées orientales le 16 septembre 1793, envoyé à Tarmée de l'Ouest le i4 brumaire an n (& novembre 1793), suspendu le a& floréal ( i3 mai 179Â ), commandant de la place de Bellisle le i*' prairial (ao mai 179&), destitué le a 9 fructidor (8 septembre), arrêté le 7 vendémiaire an lu (a8 septembre 179^)1 acquitté le i*" frimaire an iT ( a 9 novembre 1 79 ^ ) « employé à Tannée de Sambre-et-Meuse le 99 fructidor an T (8 septembre 1797) et à celle d'Italie en frimaire an viii (décembre 1799), commandant du Bas- Valais le 5 brumaire an x (97 octobre 1801), ministre aux États-Unis de i8o4 à 1811, baron de Linièresle i3 mars 1819, commandant la 9 1 * division militaire le 9 4 mars 181 3, commandant par intérim la rive gauche de la Seine le 97 juin 1 8 1 5 , admis à la retraite le h septembre suivant, mort i Couches (Eure) le 10 décembre 1816.

0 a laissé des Mémoim sur la guerre de Vendée,

W Louis-Michel-Auguste Thévenet, dit

Danican, né à Paris le 98 mars 176a, fils d'un en^loyé aux aides, volontaire de 1**. classe sur la frégate VAn^hitrUe du 7 juin 1779 au 7 février 1781, engagé au régiment de Barrois-Infanterie le 96 novembre 1789, congédié par grâce le ùh avril 1786, engagé au régiment de Quercy-Ga Valérie le 17 décembre 1786, congédié par grâce le 90 septembre 1787, admis dans la compagnie des gendarmes de la Reine le 5 décembre 1787, réformé avec le corps le 1" avril 1788, entré daas la garde nationale parisienne non soldée le 1 â juillet 1789, lieutenant dans la légion du Midi le 95 juillet 1799, lieutenantcolonel du corps des éclaireurs le 1*' octobre 1799, chef de brigade le 98 mai 1793, général de brigade à l'armée de l'Ouest le 3o septembre 1793, suspendu de ses fonctions le 97 novembre suivant, réintégré et employé k l'armée des Côtes de Brest le 99 avril 1796, démissionnaire le 11 septembre 1796, un des chefs des sections royalistes le i3 vendémiaire an it (5 octobre 1796), condamné à mort par contumace le 99 (at octobre 1796), réfugié successivement à Hambourg, en Suisse, en Piémont et en Angleterre, mort à Itzehoe (duché de Holstein) le 17 décembre 18/18. Danican avait publié à Londres en 1796 un livre intitulé : Les brigatuU démoMquh ou Ménoùreê pour wrvir à VhUtoire du tempi prêtent.

118 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [9 sbpt. 1798.]

nationaux, les hussards et plusieurs bataillons se sont parfaitement bien distingues. L*ennemi a été mis dans une déroute complète.

Après cette expédition , Tannée est revenue à Rrissac , où il a été laissé un poste assez considérable pour prot^er cet endroit D a été laissé ^[alement des troupes au Pont-de-Cé. Déjà le soldat, tout glorieux de ce succès, voulait continuer sa marche sur Tennemi et ne lui donner aucune relâche; mais la nouvelle que je reçus de la défaite de la division de Tuncq^^^ à Chantonnay (^, m'obligea de donner des ordres aux généraux de Tavant-garde de l'expédition du Pont-de-Cé, de faire entrer promptement Tannée k Doué , afin de porter des forces à celle de Thouarcé. Mes ordres ftu'ent exécutés aussitôt : une très grande partie de Tarmée rentra; les généraux ne conservèrent que a, 000 hommes environ, avec a,ooo hommes de contingent, pour faire le lendemain Texpédition arrêtée le jour entre eux au Pont-de-Cé. Le 8, cette petite armée se porta en partie à Thouarcé, repaire des rebelles, où ils avaient leurs forces et leur comité, où se formaient les noyaux de leurs rassemblements; Tautre partie de Tarmée resta au chemin coupé de la croix, pour protéger la retraite , en cas qu'on fftt obligé de la fiaire. Le commandement de cette expédition fut confié à Danican, colonel des hussards, et à Tadjudant générd Sdomon ^*K A peine Tarmée iut-elle arrivée que Tactioh s'engagea. On tua

(^) Augustin Tuncq, né à Contevilie (Somme) le 97 août 17&6, fils d'un tisserand, volontaire au régiment de Provence le 7 février 1767, sergent le i*' janvier 1768, a déserté le 3o juin 1770, cavalier de la maréchaussée de Guyenne le 8 mars 1773, démissionnaire le 19 octobre suivant, archer-garde dans la compagnie du prévôt général des monnaies le i3 mars 177/i, capitaine de grenadiers dans la ganle nationale de Ghatou en août 1789, capitaine dans la légion des Pyrénées le

16 septembre 179a, adjudant général Heutenant-colonel le 16 février 1793 et chef de brigade le 11 mai suivant, générai de brigade le 19 juin 1793, employé k l'armée des Gôtes de la Rochelle le 93 du même mois, suspendu le i3 août 1793, maintenu dans ses fonctions et nommé général de dirision provisoire par les représentants le 1^ et confirmé le 17 août, mis en arrestation le ts septembre 1793, mis en liberté et réintégré dans son grade le

17 août 179^ , employé à l'armée des Gôtes de Brest le 6 août 1796, autorisé à prendre sa retraite le i*' janvier 1796, employé à Tarmée de Rhin et Moselle du h mars au 17 septembre 1796, arrêté k Phabbourg le 7 mars 1797, acquitté par le conseil de

guerre le 8 août, admis au traitement de réforme le 9 septembre 1797, employé dans la i5* division mititaire le 91 août i799f réadmis au traitement de réforme le 31 décembre suivant, mort à Paris à Thôpital du Val-de-Grâce le 9 février 1800, des suites d*une chute de cheval.

(*) Gf. sur cette mdheureuse affaire le rapport du général Lecomte au général Ghalbos dans Savary, H, 117. — Le Gomité de salut public mit le général Tuncq en arrestation le 19 septembre 1793 (cf. Aulard, VI, 4 A4) et écririt à Bourbotte : (fL^événement de Ghantonnay était de nature à fixer votra surveillance sur le général Tuncq. Vous avez pris à son égard des mesures dictées par la prudence. U est en état d^arrestation ; s*il est coupable , la loi le punira.» (Gf. Aulard, VI, 433.)

(') Gharies- Augustin Salomon, né à Bourg (Gharente) le 93 février 1744, fils d^un trésorier de France à la généralité de Limoges, garde du corps du roi le 19 décembre 1 765 , sous-lieutenant au régiment de Jamac- Dragons le 18 octobre 1779, fieutenant le 5 man 1786, capitaine au 3' chasseurs k cheval le 9 5 janrier 1799, lieutenant-colonel le 1" septembre 1793, chef de brigade le 17 brumaire an 11

[9 SEPT. 1793.] CORRESPONDANCE MILITAIRE oft COMITÉ. H9

plusieurs brigands sur les ponts; les autres prirent la iuite; on les poursuivit très loin, puis on revint à Thouarcë, où Ton mit le feu au comité qui se tenait à la cure. Toutes les rues étaient tapissées de prodamations de Louis XVII. Après avoir prévenu les femmes , les enfants et les vieillards de prendre leurs effets et de se retirer auprès de Tarmée, le feu fut mis à ce repaire, qui iiit entièrement détruit n lut mis paiement à des genêts et des haies , ainsi qu'à la maison du ci-devant marquis de Maillé-la-Tour-Landry, qui servait de retraite aux chefs des brigands et où ils tenaient aussi leur comité ^^K Cette maison était au milieu des bois. Les fenmaes, les enfants et les vieillards furent traités conformément aux décrets, avec tous les ^^ards possibles. D n'est pas un citoyen qui ne se soit empressé de porter des secours à ces malheureux.

L'ennemi avait enlevé de cet endroit toutes les provisions en disant aux habitants qu'ils dlaient les porter plus loin , qu'ils venaient de nous battre aux buttes d'£rigné et avaient brûlé plusieurs de nos communes, qu'ils en allaient encore brûler d'autres , ce pourquoi il leur fallait des vivres.

Après cette nouvdle expédition l'armée est rentrée dans Doué. Le soir même j'ai fait donner aux femmes, aux enfants et aux vieillards de Thouarcé tous les secours dus à l'humanité. Je les ai logés et mis en subsistance provisoirement, jusqu'à ce que le Comité de salut public ait tracé la conduite que je dois tenir à cet^^.

C^ deux journées ont dû produire un bon effet, en jetant la terreur et l'épouvante chez l'ennemi et en mettant en garde contre eux les autres communes, et en leur faisant partager notre haine. L'armée, en général, a montré beaucoup d'intrépidité. Nous allons t&cher de réparer, par une marche simultanée et par une sorte d'invasion dans le pays ennemi, les revers qu'a éprouvés la division de Tuncq. La Vendée n'existera plus ou nous périrons.

Le général en chef,

Rossignol.

P.'S. Je prie le Comité de salut public de tracer la conduite que je dois tenir rdativement aux citoyennes de Thouarcé qui se sont réfugiées à Saumur. J'observe que nos subsistances pourraient en souffrir, s'il nous en arrivait un grand nombre.

(Orig., Areh. de la gaerre, année des Côtes de ia Rochelle. — Pabl. par le Moniteur du i5 septembre 1798^.)

(7 novembre 1798), autorisé à prendre sa (*> Cette lettre fut lue dans la séance de

retraite le 17 germinal an vu (6 avril la Convention du i3 septembre. Le texte

1799). publié par le Moniteur est incomplet du

(') Le 1 9 septembre , Bourbotte annonça post-scriptum et a plusieurs erreurs de lec-

au Comité de salut public |a prise de ce ture : buttet dàignétê, au lieu de butUi

gentilhomme, de sa femme et de ses en- d'Erigné; Damian, au lieu de Daniean;

fiuits. (Cr. Aulard, VI, ItU.) Thouan, au lieu de Tliouareé.

120 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [iosept. 1798.]

LE GiaiRAL DE DIVISION CHARLES HESSE AU COMITE DE SALUT PUfiLIG.

Analyse, — II développe au Comité on projet infaillible de défense pour les places frontières ^^\

(Orig. , Arch. de la guerre, corr. générale.)

à à. PARIS, 10 SEPTEMBRE 1798 ^^^ LE COMITE DE SALUT PUBLIC AU MINISTRE DE LA GUERRE BOUGHOTTE.

Analyse. — Envoi des extraits des pièces adressées au Comité pigir les représentants du peuple près Tarmée du Rhin ^^K

(Orig. ûg. par Gamot et BiUaad-Varenne, Arch. de la guerr^t armée du Rhin. )

<*> Le générai Charles Hesse avait été chargé, le h août 1793, de recevoir à Oriéans les troupes de la garnison de Mayence, qui étaient dirigées sur la Vendée, et le générai Rossignol avait écrit à ce sujet à Bouchotte, le 8 août : «Je suis étonné qu^un prince étranger soit chargé d'oi^aniser à Oriéans Tarmée que commande un sans-cuiotte. Tous les républicains pensent conune moi et vous conjurent d^envoyer un homme plus recommandabie par sa naissance et surtout par ses principes.» (Cf. Chassin, La Vendée patriote, m, 19 et 1 3.)

(') Gamot est présent à la séance du Gomité. (Gf. Auiard, VI, 396.) D rédige et écrit un arrêté accordant une indemnité aux ouvriers de la fabrique d*armes de Tesplanade des Invalides. — Ge même jour, Gamot fait prononcer la destitution des administrateurs de la manufacture d^armes de Moulins pour n^avoir pas, depuis dixhuit mois, fourni aucune afme à la République. (Gf. lettre du Gomité à Legendre de la Nièvre , en date du 8 septembre 1793, (p. io3). En6n il rédige le décret de la Convention résiliant le marché passé le 93 février 1799 entre le ministre Nar^ l)onne et Tentrepreneur de la manufacture

d^armes de Moulins, supprimant le conseil d*administrati(m de cette manufacture et ordonnant au ministre de la guerre de passer de suite un nouveau marché aux conditions les plus avantageuses à la République) [lequel marché n^aura son effet qu^après sa ratification par le Gomité de salut public. (Orig. aut. sig., Arch. nat., G 968.)

(') Ges pièces sont les suivantes : 1 "* Lettre des représentants Borie , Miihaud et Ruamps au Gomité de salut public, en date de Wissembourg, 95 août 1793. (Gf. Auiard, VI, 11 3.) — 9' Arrêté de Miihaud et Ruamps, en date de Wissembourg, 93 août 1 793 , acceptant la démission d*Alexandre Beauhamais et le remplaçant par Landremont. — 3* Lettre de Miihaud et Borie, en date de Wisseml)oui^, 95 août 1 793 , transmettant une lettre du chef dW cadron Alexis Dul>ois, qu^ib ont nommé la veille générai de brigade. — 4* Lettre du général Alexis Dul>ois aux représentants, en date de Haguenau, 95 août 1 793.

En marge de la lettre, on lit cette mention autographe de Bouchottc : trOliserver en général aux représentants du salut public que beaucoup des objets qu*ils renvoient portent des dates anciennes.»

LE GOHITi DE SALUT PUBLIC AU MINISTRE DE LA GUERRE BOUGHOTTE.

Analyse. — Envoi d'une pétition adressée à ia Convention par la société populaire de Saint-Omer concernant la destitution des ci-devant nobles des emplois civils et militaires ^^\

(Orig. tig. par Carnot, BOlaud-VareoDe et Priear de la Marne, Areh. de la goerre, àvmèe da Nord.)

A6. PARIS, 10 SEPTEMBRE fJ^S.

LE COMITE DE SALUT PUBLIC AU MINISTRE DE LA GUERRE BOUCHOTTE

Paris, ce 10 septembre 1793, Tan 11 de la République.

ÀV CITOTBIf MIIH8TBE DE LÀ GaSUBS, 8ÀLVT ET FEÀTEHNlTi.

c Le Comité vous adresse les réclamations du citoyen Girardot, officier destitué ^^^ La section s'intéresse à son sort; elle nous a envoyé une députation pour demander la prompte solution de cette affaire. Nous vous invitons donc, citoyen ministre, à en prendre connaissance et à la terminer le plus tôt possible ^^K

Les membres du Comité de salut public, Carnot, Prieur, député de la Marne.

(Orig., eoU. de M. ÉUenoo Gharavay.)

<*) On lit en télé : «Répondu le a à septembre.»

(*) Cf. lettre du Comité du 5 septembre 1798, p. 89.

(^) A la suite, on lit cette note autographe de Boochotte :

«Je ne connais pas particulièrement le citoyen Girardot, chef du bataillon du Pont-Neuf, qui est en difficulté avec Beaurgard, général de brigade, et dont vous m^avei envoyé les pièces. J*ai vu aussi les marques de Tintérét que la section prend k Girardot, lorsqu*il a été avancé en grade,

et qu*elle a répété depuis son affaire de su^nsion; ceci est en sa (lEiveur.

ffS*il n*était pas suspendu par Beaurgard, le Conseil exécutif pourrait y remédier; mais Beaurgard a fiiit confirmer cette suspension par les représentants. Dès lors cW k la Convention seule qu*il appartient de rînfirmer.

«Je ne puis passer sous silence que plusieurs individus du bataillon qu*il commande ont écrit contre lui. D est bien possible que rintrigue ait produit ces plaintes, mais je crois qu*il conriendrait qu*il pré-

122 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [lo sept. 1798.]

LE MINISTRE DE LA GUERRE BOUGHOTTE AU COMITE DE SALIJT PUBLIC

Analyse, — Envoi de pièces constatant les entraves que rencontre le service des vivres pour les hôpitaux. Il propose de réserver pour ce service important le cinquième ou telle autre quantité proportionnée des réquisitions en grains ou farines que les représentants du peuple sont autorisés à fitire aux années et dans les départements de l'intérieur de la République.

(Orig., Arch. de la gaerre, corr. générale.)

LE céNÉRAL nOUGHARD AU MINISTRE DE LA GUERRE BOUGHOTTE.

Dankerque, 10 septembre 1798, Tan 1 de la République.

Enfin les vosux de la nation sont remplis. Dunkerque n'a plus devant ses mur» les soldats de la tyrannie. L'attaque du village de Hondschôote , qui s'est convertie en une bataille de la plus grande conséquence , a fini de mettre la déroute parmi nos ennemis, dans la nuit du 8 au 9. Voyant que nous étions maîtres de Hondschôote, ils ont fait leur retraite de devant Dunkerque à minuit. D en était temps pour eux , car le générd Landrin entrait à cinq heures dans Dunkerque pour se réunir à la brave garnison et pour leur livrer combat; si ce renfort n'avait pas suffire m'y serais transporté moi-même avec 10,000 hommes et j'aurais recommencé le combat le soir même. Ils ont évité cette peine aux troupes de la République et se sont retirés sur Fumes, laissant en notre possession les bouches à feu et munitions dont l'état est ci-joint. Jamais bataille n'a été plus complète et mieux méritée : les troupes de la République, en général, se sont conduites avec la plus grande valeur. Je vous donnerai des détails une autre fois, car je suis horriblement pressé et les rapports particuliers ne m'ont pas encore été envoyés : il y a eu de grands traits de valeur et sans une seule circonstance je n'aurais rien à reprocher aux soldats dont le commandement m'est confié. Les malheurs qui nous arrivent, je vous le répète sans cesse , viennent presque toujours des adnïinistrations. Nous avons été souvent sans pain, sans eau-de-vie et sans ambulance. Il faut

sentât une attestation de la majorité de Le s 5 septembre 1793, Jourdeuii, ad-

scs frères d'armes qui témoignât en sa fa- joint au ministre de la guerre, fit connaître

veur. (Test donc à lui de presser la levée au Comité de salut public que le ministre

de sa suspension et de produire un certiB- avait renvoyé le lieutenant-colonel Girar-

cat de ses frères d^armes, et dès lors il ira dot devant le tribunal militaire de Tar-

remplir les fonctions du nouveau grade au- mée des Ardennes. (Analyse, Arcb. de la

quel il a été destiné.» guerre, corr. gén.)

[lo 81PT. 1793.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ, 123

oublier tous ces maux maintenant et prendre des moyens pour qu'ils n'arrivent plus. Berihdmy vous a rendu compte de la joumëe du 8 ^^\ A loisir, je vous donnei*ai des rapports circonstanciés.

Maintenant voils désirez sûrement savoir ce que je vais faire : j'ai beaucoup pensé h cela. Je ne pense pas qu'il faille me porter sur Fumes; c'est un pays abominable, où une pluie d'un jour enterrerait l'artillerie; en outre les ennemis y sont trop en force pour espérer de les y forcer; ils sont en aussi grand nombre que moi et ont pour eux tout l'avantage du pays. Il vaut mieux se mettre ici sur la défensive et me porter le long de la Lys pour battre les Hollandais et couper toute relation entre les Anglais et Cobourg. Les Hollandais battus à Menin , je contiendrai les Ang^is par un corps de ao,ooo hommes le long de la Lys et je me trouverai avec une armée de 3o,ooo hommes pour aller faire le siège du Quesnoy. Je regarde comme impossible que les Angbns puissent revenir après avoir perdu presque toute leur artillerie, leurs magasins, etc.

Je retournerai aujourd'hui à Hondsdioote.

Le général Houchard.

Je vous prie, citoyen ministre, de faire part de cette lettre mal écrite au Comité de salut public ^*K

(Orig., Areh. de la gaerre, armée do Nord.)

i*ï Le général Berlheimy avait écrit de Hondschoote, le 8 septembre 1793, à Bouchotte (orig., Arcb. de la guerre, armée du Nord): <r Avec 18,000 hommes nous venons de forcer Hondschoote, qui était défendu par i5,ooo ennemis, la plupart Anglais. Ils étaient bien retranchés et ce pays-ci est abominable pour la guerre; il est coupé de haies, de bois et de fossés; on ne voit pas à quatre pas devant soi; on ne se bat pas, on se poignarde, c'est le mot. Il est aisé dHmaginer que Tavantage est dans un tel pays pour celui qui attend. Nous avons pris aujourd'hui à Tennemi trois ou quatre drapeaux, cinq pièces de canon , des bagages , tué beaucoup de monde et fait des prisonniers, dont plusieurs de marque, entre autres un général hanovrien. L*a£(aire a été longue et très chaude ; elle a été terminée avec la baïonnette, comme celles des jours précédents. Ce moyen est infaillible avec les sans-culottes. Toutes les troupes ont bien donné; nous

avons aussi des blessés, peu de tués. Parmi les blessés nous avons des hommes de tout grade , depuis les soldats jusques et compris les généraux. Les dtoyens Delbrel et Levasseur ont été , dans toutes les affaires , soldats et représentants du peuple. Aujourd'hui Levasseur a eu un cheval tué sous lui. Delbrel a couru la même chance et, quoiqu'il montât un cheval blessé, il a été plus heureux. La Convention connaît l'esprit des soldats. Ils sont les sans-culottes des armées. Un nommé George, grenadier (vous saurez le nom de son régiment), ayant eu un bras emporté d'un boulet de canon, suivait les rangs et d'une voix de tonnerre chantait la Carmagnole et du ton le plus ferme criait : Vive la République! il offrait son autre bras à la patrie. Les ofliriers et généraux blessés ont tenu la même conduite.» — Cette lettre fiit lue à la séance de la Convention du 1 o septembre. (*) Cette lettre fut lue à la séance de la Convention du 19 septembre. La veille

124 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [iosept. 1793.]

SIGEÂN, 10 SEPTEMBRE i']^^- LE G^N^RAL GIAGOMONI AD COMITE DE SALUT PUBLIC.

Analyse. — 11 iait connaître la véritable situation de Tannée des Pyrénées orientales, quelque affreuse qu'elle soit. Les approvisionnements manquent partput, notamment les fourrages, malgré les efforts qu'il a faits pour le ravitaillement. — ttVéiai physique et moral de Tarmée n'est pas consolant. Les chaleurs continuelles dans un pays malsain, les maladies ont a&ibli sa force d'une manière affligeante. Des malveillants , d'autant plus diflSciles k découvrir qu'ils se masquent du patriotisme, soufflent dans toutes les armées l'esprit de découragement et de défiance , au point qu'il ne nous est presque plus permis de rien oser. Il est urgent, citoyens représentants, il est urgent d'augmenter nos forces et de ne négliger aucuns moyens d'un prompt approvisionnement Au reste , citoyens représentants, vous devez compter sur notre courage inébranlable. Nous saurons opposer à tout notre énergie et ce véritable amour de la République qui place ceux qu'elle anime au-dessus des événements et des circonstances ^^\ »

(Orig., Arch. de la guerre, année des Pyrénées orientales.)

le ministre de la guerre Bouchotte avait écrit en ces termes au général Houchard (minute autographe, Arch. de la guerre, armée du Nord) :

«11 septembre.

<rLa Convention nationale a entendu avec satisfaction les nouvelles de Berthelmy sur Tévacuation du territoire, le dégagement de Bergues et Dunkerque, et la perte qu*ont faite les ennemis; nous avons lieu d^espérer encore de plus grands succès et les sans-culottes menés par des sans-culottes auront raison. Vous vous préparez des souvenirs satisfaisants en travaillant de bon cœur à raffermissement de la liberté; les efforts de nos frères d^armes vous secondent, c'est à qui mieux.

«Le député Gossuin, revenu de Maubeuge, a rapporté au Comité de salut public et au Conseil exécutif que vous aviez donné Tordre à Gudin de faire une entreprise avec 1 5,000 hommes pour le dégagement du Quesnoy le 7, et que Declaye de Cambrai devait concourir en se portant avec 6,000 hommes sur Solesmes. Gudin

n'a pu faire son mouvement le 7; il Ta projeté pour demain is. Dans ces entrefaites, le Conseil, craignant que Gudin, qui a demandé sa retraite et qui n'éprouvera aucune difficulté , ne puisse pas suffire , lui a adjoint GbanceJ comme général de division. Je désire bien qu'ils aient les mêmes succès que vous et que la Répubhque soit partout triomphante.

«J'ai averti Belair, qui commande dans la Somme et l'Aisne, de se tenir en mesure dans ce moment4à. Du concert dans les opérations, tout comme il y en a dans les cœurs pour le système populaire, et tout ira bien.

«J'attends avec impatience des nouvelles ultérieures de vos mouvements et les détails des 6 , 7 et 8.

«Salut et fraternité. 9

(') Le 11 septembre, le représentant Fabre annonça au Comité le remplacement du général Puget-Barbantane par Dagobert, et ajouta : vGiacomoni, qui remplit avec zèle la fonction de chef de l'étatmajor, la continuera, n (Cf. Aulard , III , 4 & a .)

[losEPT. 1793.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ. 125

10 SEPTEMB^ ^79^* LES G^Nl^BAUX FÂTART ET. TERGlfBS AU COMITE DE SALUT PUBLIC.

Analyse. — i" Le général Favart écrit de Lille au Comité pour le conjurer de faire remplacer les munitions de guerre qu'il envoie journellement au général en chef, à la division qui reste sous Lille et à Dunkerque. (Arch. du Nord, série i, liasse 4i 3, publ. par Foucart et Finot, u, 1 io.) — a* Le général Vergues écrit de Nantes pour se plaindre que le représentant Carrier ait requis le commandant temporaire de Saint-Malo de faire partir deux bataillons pris sur les trois qui forment la garnison de cette ville, sans informer de ce mouvement le général en chef (Canclaux) , qui cependant est seul responsable de la protection de la cAte. De cette tàçon , Saint-Malo est complètement d^mi. trll est impossible d'y faire passer des troupes prises dans Tannée agissante, puisque les opérations sont commencées contre la Vendée. Voilà donc une ville très intéressante exposée aux insultes des Anglais ^*^» (Orig., Arch. de la guerre, armée des CAtes de Brest.)

FONTENAY-LE-PEUPLE, 10 SEPTEMBRE lygS.

LES REPRESENTANTS BELLEGARDE ^''^^ ET FAYAU ^'^ AU COMITÉ DE SALUT PUBLIC ^^^

Fontenay-le-Peuple , lO septembre, Taa u de la République une et indivisible.

LB8 BEPHésBNTANTa DV PBVPLB RBVNJS À FONTBNAY À LBVRS COLLÈGUBS COMPOSANT LB COMITÉ DB SALUT PUBLIC.

Nous VOUS faisons passer, citoyens collègues , une lettre qui nous a été adressée hier par le général L'Échelle ^*h vous y verrez que ce brave sans-culotte, à son

(') Le procureur de la commune de Saint-Malo fit part de ses inquiétudes au Comité de salut public, qui transmit sa lettre au ministre de la guerre le ao septembre.

(*) Dubois de Bcllegarde , député de la Charente, avait été adjoint à la commission près Tarmée des Côtes de la Rochelle le i4 août 1793. (Cf. Auiard, VI, 547.)

^) Joseph-Pierre-Marie Fayau, député de la Vendée, avait été chargé, en vertu du décret du 16 août 1793, de la levée en masse dans les Deux-Sèvres. Il était k Niort quand il apprit, le 7 septembre, la *

défaite de Chantonnay. Il partit aussitôt pour Fontenay. (Cf. Auiard, VI, 3&o.)

(*) Cette lettre n'a été mentionnée dans le recueil de M. Auiard que d'après une analyse des Archives nationales.

(*) Jean L'Échelle, né à Puyreaux (Charente) le 9 avril 1760 (acte de baptême publié par M. P. Boissonnade dans son Histoire dn volotUatrêê de la Charente, p. 39), fils d'un marchand, maître d'armes à Saintes au moment de la Révolution, chef du 1*' bataillon des volontaires de la Charente le 17 octobre 1791, général de brigade à l'armée des Côtes de la

126 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [ii sept. 1798.]

ai'rivée à 1 armée de Luçon , a vengé l'inculte qu'on avait faite au drapeau tricolore dans la déroute de Chantonnay, et il est bien déterminé k ne pas en rester là. Nous avions la certitude que nos deux armées de Luçon et de Fontenay seraient attaquées hier dans le même temps; Taltaque du général L'Échdle aura sans doute dérangé les projets. Nous vous faisons passer aussi la relation du malheureux échec que nous avions eu d'abord k Chantonnay ; elle vous instruira suffisamment de ce que vous avez à prononcer sur la conduite du général Tuncq. Pour nous, nous l'aurions fait arrêter si nous étions arrivés à temps ; mais il s'est échappé et nous ignorons ce dont il est devenu ^^K

Le rassemblement des habitants de la campagne se fait ici aussi bien qu'on pouvait l'espérer; il y a lieu de croire que, conformément au plan de campagne, dans quinze jours il n'existera plus de brigands dans la Vendée. Nous avons fait assembler l'armée hier au soir, nous l'avons haranguée, et nous avons eu la satis« faction d'y voir de vrais républicains qui ne respirent que la vengeance.

Comptez sur notre zèle , il sera toujours infatigable ; nous périrons à notre poste, ou ça ira.

Salut et frateinité.

Brllegardb, J.-P.-M. FiYiu.

(Orig., communiqué par M. Noël Gbaravay.)

àl. PARIS, 11 SEPTEMBRE 1793.

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