LE G^N^RAL PAGOBERT AU COMITE DE SALUT PUBLIC
Perpignan , le aA septembre 1 793 , Tan 11 de la République firançaise.
LB GÉfliRAL BN CHBF DB L'AHMEB DBS PTRÉnÉBS OHIENTALBS AUX CÏT0YBN8 BBPKi" SBNTANTS DV PBVPLB COMPOSANT LB COMIli DB SALVT PUBLIC DB LÀ CONVENTION NATIONALE.
Citoyens représentants,
Je suis arrivé à Perpignan le 19 au soir; je me rendis aussitôt chez les représentants du peuple Fabre et Cassanyès. Vous aurez peine à concevoir mon étonnement quand je les entendis me dire que tout était arrangé pour attaquer Fennemi pendant la nuit, sans attendre la petite armée que j'amenais de Mont-Libre, qui était encore à cinq lieues et qui ne devait arriver que le lendemain. C'est d'après ces sollicitations d'attaquer que je m'y déterminai le a a au matin ; j'étais déjà parvenu à éviter les retranchements et les batteries nombreuses dont le front du camp ennemi est hérissé et je m'étais porté sur son quartier générai , j'étais entré dans les retranchements et j'étais mattre du camp quand un gi*os de cavalerie venant à paraître a jeté l'épouvante dans ma troupe. Un officier de cette cavalerie s'avançant et proposant ime capitulation, un capitaine du 61* régiment eut la lâcheté de proposer à sa troupe de se rendre et de faire la même proposition aux bataillons de volontaires qui se trouvaient auprès de lui. Malheureusement cet exemple n'a été que trop suivi; cependant le capitaine Brçsson ('\ qui commandait le bataillon du Gard , fit une réponse républicaine , se saisit du drapeau et prit le parti de s'enfuir à toutes jambes avec quelques braves de son bataillon, qui furent assez heureux pour éviter la cavalerie qui les poursuivait. C'est ainsi qu'une victoire certaine et brillante m*est échappée et que j'ai été forcé de faire ma retraite, ce qui s'est exécuté en bon ordre, après avoir retiré toute mon artillerie. Je ne dois pas vous dissimuler, citoyens représentants, que je n'ai point été secondé et que c'est le bruit général de la ville et du camp qu'on a voulu me sacrifier. La cavalerie et l'élite de Tannée sont restés cachés derrière un bois sans faire le moindre mouvement, ce qui aurait déconcerté l'ennemi, car, pour peu que la cavalerie se îiA montrée , elle aurait rassuré noti*e infanterie et en aurait imposé à celle de l'ennemi. Au reste, à la perte près de 5 à 600 honmies qui ont lâchement mis bas les armes , la perte des ennemis aurait été plus considérable que la nôtre.
Il était loin de mon idée de vouloir inculper personne, mais j'entends que
^') Louis Bresson, né à Uxès (Gard) le 9^ bataillon des grenadiers du Gard le
98 janvier 1768, entré au service dans le 36 août 1799, chef de bataillon au 63* de
régiment de Languedoc le 96 octobre 1785, ligne le 3 mars 1807, commandant du
congédié le 95 août 1791, capitaine au Pont-Saint-Esprit le 99 avril 181 5.
[aftsBPT. 1793.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ. 205
celui-Ik même qui commandait Fëlile de Tarmëe , qui avait toute la cavalerie avec lui , qui , loin de se rendre au lieu indique , est reste près d'une lieue en arrière caché dans des oliviers , le gënëral Goguet^*\ enfin, croit pouvoir se disculper en criant plus fort que moi. Il lui était daigné de se rendre devant Sainte-Colombe, ce qu'il n'a pas fiaiit, puisqu'il est resté bien loin en arrière de l'autre côté de Thuir. S'il a eu le bonheur de venir en un an de médecin général de division , si le représentant du peuple Fabre, par sa grande liaison avec lui, a dessein de le faire commander l'armée , il était pour le moins inutile de me faire les instances qu'on m'a faites pour me faire accepter un poste où je ne suis arrivé que malgré moi et où je serais bien aise qu'on me fît remplacer par quelqu'un qui ait plus de talents que moi , mais qui à coup sûr n'aura jamais plus de zèle pour le service de la République.
Salut et fraternité.
(Ofig., irch. de la gaerre, armée des Pyrénées orientales.)
Dagobbrt.
THOUARS, â4 SEPTEMBRE 1798.
LE G^NiRAL RBY ^^^ AU COMITE DE SALCT PCBLIG.
Analyse.^ — Il fait part d'un avantage qu'il a remporté, le i& septembre, à Thouars sur les insurgés. L'ennemi vint attaquer Thouars, mais il fût repoussé
(') Jacques-Gilles-Heori Goguet,né vers 1766, médecin de TUniversité de Montpellier, garde national de cette ville en 1789, volootaire au i*' bataillon de l'Hérault le 96 juin 1 799 , commandant de ce bataillon en août 1799, t un cheval tué sous lui à la bataille de Jemappes le 6 novembre 1799, avertit, le 97 mars 1793, le représentant Delacroix de la trahison de Dumouriez, félicité par la Convention le 6 avril 1 793 , génénd de brigade à l'armée des Côtes de Cherbourg le i5 mai 1793, employé à Tarmée des Pyrénées orientales le 3o juin 1793 et à celle du Nord le 16 nivôse an 11 (5 janvier 1794), général de division le 16 pluviôse an 11 (4 février 1796), commandant de Tannée intermédiaire à Guise, assassiné par un de ses soldats près de Maubeuge (Nord) le 9 floréal an n (91 avril 1794). — Cf. Jean Lombard, Un voUmtaire de l 'jga (le
général Mireur), et, sur la mort du général Goguet, une lettre du général Alexis Dubois, du 9 floréal (Arch. de la guerre, armée du Nord, reg. XXVUI6ii), et lettre de Pichegru, du 4 floréal, dans le Moniteur, XX, 391.
(*) Gabriel-Venance Rey, né à ^ilhau (Aveyron) le 94 juillet 1763, fib d*un marchand, engagé au régiment Royal-Cavalerie le 3 juin 1783 , brigadier le 96 novembre 1789, adjudant-major au 5* bataillon du Calvados le i*' novembre 1799, adjudant général provisoire le 1 3 mai 1 793 , général en chef de Tannée réunie à Chinon le 17 juillet 1793, par arrêté du représentant Philippeaux; confirmé général de division à Tarmée des Côtes de la Rochelle le 3o juillet 1793, suq>endu le 3o septembre suivant, relevé de sa suspension et employé à Tarmée des Côtes de Bre«t le G septembre 1794, commandant
206 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [q4 8ept. 1793.]
après trois heures de combat. wTout le monde fit si bien son devoir qu'ils plièrent au même instant de toutes parts, et, au moment qu'ils commencèrent à prendre la fuite , je Jes fis charger avec tant de vigueur qu'il me serait difficile de juger quel est celui des nôtres qui voulait courir le plus vite dessus, de manière que, de cinq pièces de canon qu'ils avaient, nous leur en primes deux, l'avant-train d'un autre et deux caissons de munitions; et, s'ils n'avaient pas eu la précaution de couper le pont de Vrine à la fin de leur retraite, je finissais par tous les exterminer, t) n a perdu quatre hommes tués, dont le citoyen Oswald ^^\ commandant du i&* bataillon de Paris, et quinze blesses, dont deux braves -officiers des bataillons de la Mayenne et de la Sarthe. Il recommande le brave Oswald, qui avait deux enfants. L'ennemi a laissé sur le champ de bataille cent morts, dont deux femmes et un prêtre.
( Oiig. , Areh. de la gaerre , année des Côtes de Brest ''>.)
BATORRE^ ai SEPTEMBRE 1793.