‹ Correspondance générale de Carnot (volume 3)Chapitre 93 sur 181 · GUISE, 10 OCTOBRE 1793. ARRÊTA DE GÂRNOT ET DE DUQUE8N0Y · texte numérisé non relu

GUISE, 10 OCTOBRE 1793. ARRÊTA DE GÂRNOT ET DE DUQUE8N0Y

Au nom de la République française une et indivisible.

Les représentants du peuple près Tarmée du Nord, considérant c[ue l'arrestation des gens suspects est une mesure indispensable dans les circonstances où la République se trouve, que, par une suite nécessaire de ce principe, la Convention a rendu plusieurs décrets, notamment celui qui défend tout congé aux représentants du peuple, celui qui déclare infâme et traître à la Patrie tout fonctionnaire public qui abandonne son poste; cjue c'est par une conséquence nécessaire, tirée de ces décrets, que la Convention a approuvé les mesures sages et prudentes que le département du Pas-de-Calais a prises concernant l'arrestation du citoyen Magniez ^^^ député à la Convention nationale; considérant que le député Belin s'est absenté, d'après son propre aveu, du poste honorable que la nation lui avait confié, sans aucune autorisation légale, sans être chargé d'aucune mission qui pût justifier son absence, sans aucun certificat de détériorement de santé qui légitimât sa présence dans d'autres lieux que ceux où le vœu de ses commettants l'a appelé; considérant que le député Belin s'est rendu le protecteur et le solliciteur de personnes véhémentement suspectes, que les représentants du peuple fondés de pouvoirs légitimes avaient fait arrêter, d'après les avis les plus certains de leurs manœuvres secrètes tendant à bouleverser l'opinion publique.

Arrêtent que le député Belin sera mis sur-le-champ en état d'arrestation, les scellés mis sur ses papiers; enjoignant au commandant de la force publique à Guise de l'exécution du présent arrêté sous sa responsabilité.

A Guise, le 10 octobre 1793, l'an n de la République française une et indivisible.

Carnot, Duquesnoy.

(Orig., Arch. de la gaerre, armée du Nord. — Copie certifiée conforme par Roux, Ârch. Dat.,AFii933.)

(*) Antoine-Guillain Magniez, né à Ber- arrêté le as juin 1798, comme membre tincourt (Pas-de-Calais) en 1737, cultiva- du parti girondin, et remplacé, le i*' Juilteur, député de son département, avait été let, par le suppléant Joseph Le Bon.

[lo ocT. 1793.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ.

83. R^ONION-SUH-OISB (gUISe), 10 OCTOBRE 1793. khKkri DE GARNOT ET DE DUQUESNOY.

Nous, représentants du peuple envoyés près i armée du Nord, sur les plaintes qui nous ont été portées contre le général de division Merenveûe^'^ commandant de l'artillerie, desquelles il résulte que cet officier a tellement négligé les importantes fonctions qui lui étaient confiées que l'armée active, conduite par le général en chef Jourdan, se trouve, au moment d'une expédition de laquelle dépend le salut de la République, réduite à neuf cent mille cartouches, lorscp'il en faudrait plusieurs millions; arrêtons que le citoyen Merenveûe est destitué de ses fonctions, qu'il sera mis sur-le-champ en état d'arrestation, sans pouvoir communicper avec personne, conduit à Arras sous bonne et sûre garde, pour y être mis entre les mains des représentants du peuple en cette ville, afin d'y être jugé par la commission établie par eux; arrêtons de plus que le scellé sera apposé sur se3 papiers et ensuite levé en présence de deux commissaires, pour lesdits papiers être envoyés à Arras pour l'instruction du procès; chargeons . le général en chef Jourdan de l'exécution du présent arrêté ^^\

A Réunion-sur-Oise, le lo octobre 1793, l'an 11 de la République une et indivisible.

Carnot, Duquesnot.

(Copie, Areh. nat, AF n 933.)

(0 Jeao - François Bouchel Merenveûe, né à Calais (Pas-de-Calais) le A octobre 1734, sous-lieutenant d*artiUerie le 1*'' mai 1766, lieutenant en troisième le 97 mars 1760, en second le i3 septembre 1761 et en premier le i*' janvier 1763, sous-aide major le i5 octobre 1765, capitaine par commission le lA juiUet 1766, cbevaÛer de Saint-Louis le A mai 1783, chef de brigade le 3 octobre 178&, lieutenant-colonel le i*' janvier 1791, colonel le a 8 août 1799 , commandant en chef de Tëcole des élèves de TartiUerie à GhAlons-sur-Mame , maréchal de camp le 8 mars 1793, em-

ployé à Calais en avril 1798, général de division à Tarmée du Nord le 96 août 1 793 , commandant en chef Tartillerie de Tarmée du Nord en remplacement du général dUangest en septembre 1793, décrété d^arrestation à Guise le lo octobre 1793, mort par suicide dans la prison d*Arras le 19 du même mob.

(*) Jourdan exécuta sur-le-champ Tordre des représentants et écrivit, le 10 octobre, la lettre suivante aux représentants du peuple Élie Lacoste et Peyssard, à Arras (Arch. de la guerre, reg. de Jourdan 1 a-Aâ , p. 36) : «D'après Tarrété des repré-

278 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [lo ocr. 1798.]

8à. R^UNION-SUB-OISE (gUISe), 10 OCTOBRE I793. ARRÉré DB GARNOT ET DE DUQUESNOT.

Nous, représentants du peuple envoyés près l'armée du Nord, considérant que des raisons majeures nous ont déterminé à destituer de

sentants Daquesnoy et Gamot je vous fais conduire par la gendarmerie le cîtoy^i Merenveûe, gënénd commandant Tartillerie. Je vous envoie pareillement copie de leur arrêté et je vous ferai passer ses papiers, lorsque le scellé sera apposé et levé suivant les dispositions y contenues. Joua- DiR.» Duquesnoy recommanda, le 11 octobre, à ses collègues de faire guillotiner le vieux j. f. de Merenveûe (cf. le texte à la page a84), mais celui-ci se suicida dans sa prison. Le représentant Peyssard annonça cet événement au Comité de salut public le 16 octobre (Orig., Arch. de la guerre, armée du Nord) :

«Merenveûe, général de brigade et commandant de Tartillerie de Tarmée du Nord, avait conçu le projet de nous paralyser devant Maubeuge et de nous livrer sans défense aux brigands qui cernent cette ville, n avait cboisi, pour y réussir, un moyen bien infaillible, celui de garantir au général en chef un approvisionnement complet en cartouches à balle, tandis qu'il en manquait au moins les deux tiers. Il avait en outre n%ligé de faire suivre 3 00 pionniers, quoiqu'il en eût reçu Tordre positif. La mèche heureusement fut éventée assez tôt et nos collègues Gamot et Duquesnoy nous adressèrent ce contre-révolutionnaire pour qu'il en fût fait prompte justice. Le lendemain de son incarcération, comme nous allions le livrer à notre commission militaire, on vint nous dire que ce scélérat s'était coupé le col dans sa prison. Il nous arrive chaque jour des individus de sa trempe; des mesures ont été prises pour qu'à l'avenir ils ne puissent plus se faire justice eux-mêmes.»

Le général Jourdan, dans ses Mhioire$

inédits, conservés aux Archives historiques du ministère de la guerre, consacre à cet incident les lignes suivantes:

ffL'armée formée en cinq divisions sous les ordres des généraux Fromentin, Duquesnoy, Balland, Gordellier et Beauregard, se disposait à quitter les environs de Guise le 10 octobre, lorsque le générai en chef fut informé que le parc était dépourvu de muniUons. Les commissaires de la Gonvention, supposant de la trahison là où il n'y avait que de l'irréflexion ou de la n^ligence, destituèrent le général Merenveûe, commandant l'artillerie, et ordonnèrent qu'il fût conduit à Arras pour être jugé par le tribunal révolutionnaire. Get infortuné, prévoyant le sort qui l'attendait, se suicida. Les mêmes commissaires placèrent à la tête de cette arme les généraux Bellement et Eblé, qui par la suite ont acquis une si belle réputation. Get incident fut cause que le mouvement ne commença que le la. Le lendemain l'armée arriva aux environs d'Avesnes et campa ainsi qu'il suit : les divisions Duquesnoy et Fromentin dans le bois dit les haies d'Avesnes, la première à cheval sur la grande route de Maubeuge, ayant quelques bataillons à la lisière du bois et à l'embranchement du chemin qui conduit à Solre-le-Ghâteau, et la seconde en avant de Dompierre, tenant égdement la tête du bob et occupant Maroilles sur sa gauche; les divisions Balland et Gordellier en seconde ligne à droite et à gauche d'Avesnes; celle de Beauregard 'à Liessies, et le quartier général à Avesnes. Le même jour Gamot, membre du Gomité de gouvemement, et son frère, ofiicier du génie, arrivèrent près du générai en chef.»

[lo ocT. 1793.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ. 279

ses fonctions le général de division Merenveûe, commandant en chef rartillerie, et qu'il est instant de suppléer cet officier, arrêtons que le chef de brigade Boubers/^^ commandant en second l'artillerie, exercera les fonctions du général Merenveûe, et que le chef de brigade BoUemont^^^ remplacera aussi provisoirement le chef de brigade Boubers; arrêtons de plus que le chef de bataillon Eblé ^^\ actuellement au camp de la Madeleine-sous-Lille, se rendra près du général en chef de l'armée du Nord pour y faire les fonctions de directeur du parc de Tar-

(*) Alexandre-François-Joseph Boubers, né à Lihons (Somme) le 5 janvier 17/iâ, volontaire sur la frégate la Maréchal&^e- BêUê-IiU en 1767 et 1758, a^irant au corps de Fartillerie le 3i juillet 1760, aspirant q>pointé le 97 décembre 1761, élève le 19 février 1763, lieutenant en second le di octobre 176/i et en premier le 1 5 octobre 1 766 /capitaine le 98 octobre 177A, lieutenant-colond le 16 mai 1799, chef de brigade le 5 août 1793, générai de brigade le 10 brumaire an 11 (3i octobre 1 793 ) , autorisé à cesser ses fonctions le 99 brumaire an ? (19 novembre 1796), commandant d^armes à Calais le i** vendémiaire an n (93 septembre 1800) et à Valendennes le 9 vent6se an x (91 février 1809), retraité le 11 ventôse an xii( 9 mars 1806), comte de Mazingan, mort à Paris le 18 mars 1819.

W Gharies Ghonet de Bollemont, né à Arrancy (Meuse) le 90 janvier 17À9, fils du prévM de cette ville, a^irant au corps d'artillerie le 19 février 176A, élève surnuméraire le 16 juillet 1 766 et titulaire le 3i janvier 1 767, lieutenant au régiment de Metz- Artillerie le a 8 mai 1767, capitaine le 3 juin 1779, chef de bataillon au k* régiment d*artiUerie à pied le i** novembre 1799, chef de brigade le i5 aoAt 1793, général de brigade le U brumaire an 11 (95 octobre 1793), destitué comme noble le i5 pluriôse an u (3 février 1796), rappelé au service comme commandant en chef de Tartillerie de Tannée de la Moselle le 17 floréal an 11 (6 mai i79Â)t général de division le 19 (8 mai), prisonnier de guerre lors de la reddition de Wunbourg

le 90 fructidor an i? (6 septembre 1796), inspecteur général d*artillerie, député de la Meuse le 8 pluriése an x ( 98 janvier 1809 ), retraité le 90 prairial an xi( 9 juin i8o3), membre de la Légion d*honneur le à frimaire an XII (96 novembre i8o3) et officier le i*' frimaire an xiii (99 novembre 180A), mort à Arrancy le 17 décembre i8i5. — La date de naissance de ce générai est donnée d*après Tacte de baptéine fourni par lui au ministre de la guerre , qui ordonna , le 1 6 nivôse an X ( 6 janvier 1 80 9 ) , la rectification des erreurs qui s'étaient perpétuées sur les nom, prénoms et date de naissance de cet officier. Bollemont luimême avait propagé ces erreurs, car, dans une pièce datée de Maestricht , le 9 1 nivôse an m (10 janvier 1796), il déclare être né le 3o août l 'jàà. C'est cette fausse date qu'ont donnée les Fattes de la Légion é^honr ntur et le Dietwwnmrt dn ParUwtmUaù^ê, (") Jean-Baptiste Eblé, né à Rorbach (Mosdle) le 91 décembre 1758, fils d'un sergent d'artillerie, canonnier au régiment d'Auxonne le 91 décembre 1767, sergent le i*' juin 1775, sergentrmajor le 7 juÔlet 1779, lieutenant en 3* le 98 octobre 1785, en 9* le t*' janrier 1791 et en i*' le 6 février 1799, capitaine au 7* d'artillerie le 18 mai 1 799 , chef de bataUion le 96 août 1 793 , général de brigade le 99 septembre 1793 et de division le à brumaire an 11 (95 octobre 1793), membre de la Légion d'honneur le 93 vendémiaire an xu (16 octobre i8o3) et grand-officier le 9 5 prairial an XII {ta juin 180&), baron le 96 octobre 1808, mort à Kœnigsbeig le 3i décembre 1819.

280 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [iooct. 1798]

tillerie, et qu'il sera provisoirement remplacé au camp de la Madeleine par le chef de bataillon Niger ^'^; chargeons le chef de Tétat-major et nous de l'exécution du présent arrêté.

A Réunion-sur-Oise, le 10 octobre 1798, l'an 11 de la République une et indivisible.

Garnot, Dcquesnoy.

(Copie, Ârcb. nat., ÂF n 933.)

85. R]£dN10NH3UR-0ISE (gUISb), 1 0 OCTOBRE I 798. ARRfiri DE GARNOT ET DE DDQUESNOT.

Nous, représentants du peuple envoyés près l'armée du Nord, sur les observations qui nous ont été faites par le 9* bataillon des Vosges , concernant le défaut d'officiers dans le bataillon et l'état de la compagnie des canonniers de ce bataillon, arrêtons ce qui suit :

1** Le nombre des officiers et sous-officiers du bataillon des Vosges sera complété sans délai.

a"" Les citoyens Mathis, capitaine; Rapin, capitaine; Girardin, souslieutenant audit bataillon, et Marchai, quartier-maître, sont destitués de leurs fonctions et seront remplacés dé6nitivement.

S"" Les autres officiers absents seront remplacés provisoirement suivant le mode prescrit par la loi, sans cependant que les citoyens nommés aux grades puissent s'autoriser de ces nominations provisoires pour les rendre définitives. Ils rentreront dans leurs grades anciens dès le moment que ceux dont ils tiennent la place se. retrouveront à même de reprendre leurs fonctions, et néanmoins ceux qui les remplaceront provisoirement recevront aussi la paye ou les appointements provisoirement de leur nouveau grade.

La compagnie des canonniers dudit bataillon sera portée au com-

(*) Louis-Etienne Niger, né à Paris le 5 Saint-Louis le 5 juillet 1779^ chef de ha-

mars 1736, surnuméraire d'artillerie le ag taillon le t*' avril 1791, chef de brigade

mars 1756, sous4ieutenant le i*' janvier le a 3 germinal an 11 (19 avril 1796), re-

1767, lieutenanl le 3 septembre 1761, ca- traité le 16 brumaire an 11 (7 novembre

pitaine le S9 février 1768, chevalier de 1800).

[loocT. 1793.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ. 281

plet. Les officiers et sous -officiers ne seront nommés qu'après cette opération.

A Réunion-sur-Oise, le 10 octobre 1798, Tan 11 de la République française une et indivisible.

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