L. Car^iot, F. Lamarqi'e
I\ S. — liOrsque nous ne serons plus à Bayonne, nous vous invitons à corres|M>ndre avec le citoyen J.-G. Licun», commissaire du (!ons4*il exécutif et travaillant dans ce moment-ci de concert avec nous ' .
(Orie., Areb. «I«»alitrtiétrtii{(ère», CtpA^oe, 63A, n* 17.)
17. BU0R5E, 'JO OCTOBRE 179'J. LES COVVISSAIRES \ Ll M>!I«E^TI05I.
B«%oniK*, ic 90 (Miolin* 1791. Tan 1" <!<* la Ri*publiqu^.
Citoyens nos collègues.
Nous vous a>ons instruits par deux lettres, Tune écrite de Bonleaui le 7, et Tiiutre de Ba\oiin«* le 16 de ce mois, des pn*mieres mesure*
[ao ocT. 179a.] MISSION À BAYONNE ET DANS LES PYRÉNÉES. 223
que nous avons prises pour remplir la mission dont vous nous avez chargés, mission qui a pour but Torganisation d'une force capable de repousser victorieusement les ennemis qui se présenteraient pour nous attaquer vers les frontières des Pyrénées. Nous poursuivons cet objet avec la plus grande activité et nous trouvons partout des coopérateurs tels que nous pouvions les désirer. La levée des bataillons s'exécute rapidement; on s'occupe sans relâche à rassembler des armes, à réunir les choses nécessaires pour l'habillement et l'équipement des troupes, h se procurer des eiïets de campement. Le plus beau zèle anime les citoyens de Rayonne; nous avions besoin de 5oo lits pour que la troupe fût casernée, comme l'exige le bon ordre; les négociants ont fourni au prix de la facture, les uns de la toile, d'autres de la laine, d'autres des couvertures; un dernier a fait don de dix bois de lits, il a de plus offert gratis ses bras, ses ouvriers et ses outils, pour exécuter le reste. Les citoyennes ont voulu contribuer à cette œuvre civique; elles se sont chargées de tailler et de coudre les draps, les paillasses et les matelas. Ces lits, que l'entrepreneur ordinaire ne pouvait fournir avant trois mois, seront livrés dans quinze jours, seront beaucoup meilleurs qu'ils ne l'eussent été et coûteront beaucoup moins. Vous trouverez ci-joint l'extrait du registre des délibérations du Conseil général de la commune à ce sujet. Chacun s'empresse à nous procurer les renseignements qu'il pense nous être utiles; on est au niveau de la Révolution et l'esprit public fait chaque jour de nouveaux progrès; nous n'oublions rien de ce qui peut honorer les patriotes ^ enhardir les tièdes et désespérer les aristocrates. Nous ne faisons grâce h aucun emblème de la féodalité; les pièces de la fortification s'appelaient celle-ci Conircgarde du Roi, une autre Bastion de la Rehie, celle-là Cavalier Dauphin; nous avons substitué à ces dénominations des noms plus analogues au régime de la Liberté et de l'Egalité.
Nous avons une artillerie de place assez respectable, et il existe des moyens de la compléter, mais nous manquons absolument d'artillerie de campagne, il n'y a point de temps à perdre pour s'en pourvoir. Il s'est trouvé A 64 quintaux de cuivre à vendre; nous avons requis J.-G. Lacuéc, commissaire du Pouvoir exécutif, de le faire examiner et de l'acheter un nom de la République. Copie de la réquisition est jointe ici. Le prix de ce cuivre est modéré; il partira au premier jour pour Ro(*hef()r(, où il sera fondu, et il en résultera 80 pièces de canon de
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bataille ^^K La plus sévère économie sera observée dans toutes nos opérations, mais nous devons espérer que les fonds ne manqueront point, car ce n'est pas avec des paroles qu'on lève et outille une armée de quarante mille hommes.
Nous avons visité les casernes; elles sont dans un état pitoyable; le soldat y souffre, mais sa patience est admirable. Sa confiance est tout entière dans la Convention nationale; il est temps que de tant de promesses vaines qui lui ont été faites, quelques-unes enfin se réalisent. Nous avons chargé le conunissaire du Pouvoir exécutif de nous présenter un tableau estimatif des réparations indispensables à faire dans ces casernes et nous nous proposons d'y apporter remède sur-lechamp ; nous avons aussi remarqué des abus intolérables dans la fourniture des lits; c'est un objet capital dont il faut que vous ayez une connaissance exacte, et nous vous la, donnerons au premier jour.
Nous avons successivement passé en revue tous les corps militaires; ^ leur émulation, leur maintien, leur discipline ont surpassé nos espérances; le soldat est enfin délivré de cette inquiétude perpétuelle que lui donnait l'incivisme de ses chefs; il prouve par sa docilité qu'il n'y a de bonne et véritable subordination que celle qui est inspirée par la confiance.
Le 8o' régiment, sur le patriotisme duquel on avait élevé des doutes à la Convention nationale, a paru très affecté de ce reproche, fondé sur une erreur de date ; il est très vrai que dans un temps ii Ta
(*) La réquisition des vieux bronzes et cuivres pour la fabncalion des canons indispensables à l'armée des Pyrénées préoccupait constamment les commissaires.
Le s novembre 1793 Lacuée écrivit à ce sujet au Conseil général de Lot-et-Garonne ia iellrc suivante (Arch. de Lot-et-Garonne, L, reg. coté provisoirement i84,
n" i/fo) :
Le 9 norembre 179s.
«J'ai rhonneur de vous prévenir que la Gabune, Mtimcnt de TÉtat, doit se rendre à Bordeaux, en cscalo, sous lrt»s peu de jours, cl qu'elle a ordre de prendre les vieux bronzes et cuivres qui sont à Bordeaux et les départements voisins, et comme j'ai vu dans la ville d'A|fen une
longue couleuvrine qui vous est parfaitement inutile dans son état actuel, et comme nous devons songer à nous former une artillerie formidable, je vous invite à envoyer cette couleuvrine à Bordeaux, de l'adresser au directoire de la Gironde qui la fera parvenir à la fonderie de Bochefort, avec le reste du cuivre ou du bronze qu'elle a ramassé. Vous pourrez joindre à cette pièce toute la matière de la même nature que vous aurez rassemblée. Faites constater par un procès-verbal le poids des matières que vous livrerez, ahn que je puisse, en votre nom, ré^'lamer, lorsqu'il en sera temps, une quantité à peu près égale de bronze réduit en artillerie moderne.?»
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mérite jusqu'à un certain point, mais depuis que la presque totalité des officiers a lâchement déserté, le régiment ne le cède en rien aux gardes nationales; tous sont également consommés en républicanisme. Les officiers de ces corps, qui avaient la décoration militaire, se sont empressés de la remettre en nos mains pour la déposer à notre retour sur l'autel de la Patrie; ils ont été imités par les citoyens Foulhiac^^^ et Duvignau, officiers du génie, ainsi que par les citoyens Jean Binbielle, âgé de 81 ans, sous-lieutenant de fort à Bayonne, Nicolas Geoffroy, capitaine de la gendarmerie nationale, Caupenne l'atné et Labage» commandant du fort de Châteauvieux.
Nous ne pouvons nous dispenser de rendre compte â la Convention du fait particulier qu'on va lire. A l'inspection que nous fîmes du 8o* régiment, dont nous venons de parler, un jeune homme, vêtu de l'uniforme, nous fut présenté; sa figure était intéressante, mais il était trop jeune pour être admis comme soldat; on nous demandait cependant de le recevoir comme tel; les commandants, les soldats, tous paraissaient s'y intéresser vivement; un de ces derniers, nommé Berthin, les larmes aux yeux, tenait le jeune homme par la main; il nous dit qu'il était son père adoptif , que l'ayant trouvé à Metz exposé sur les remparts, la pitié l'avait engagé à le faire nourrir et à l'élever sur ses épargnes, qu'il l'offrait à la patrie, comme un enfant digne de la servir et au-dessus de son âge, que la vérité de ses assertions était parfaitement connue de tous ses camarades et constatée par le registre des délibérations des administrateurs de l'hôpital de Metz, dont il nous a remis l'extrait. Cette scène était trop touchante pour que nous résistassions à la prière de ce brave soldat; nous reçûmes celui qu'il nous présentait parmi les défenseurs de la patrie, aux acclamations des nombreux spectateurs dont nous étions entourés. Si chez un peuple libre l'expression du sentiment est le précurseur des lois, sans doute l'adoption sera bientôt comprise dans le code de la République.
Une de nos opérations les plus importantes sera, nous osons Tespérer, la fondation d'un hôpital militaire. Ce qui existe ici, sous ce
(') François -Louis de Foulhiac, né a 8 avril 1779, chevalier de Saint-Louis le
Cahors (Lot) le 1/1 mars 1739, sous-lieu- 37 août 1786, colonel le 97 mai 1787,
tenant au régiment de Royal -Marine le directeur des fortifications à Bayonne le
1" novembre 17^7, lieutenant le 18 fé- 1" janvier 1791, retiré le 1" février 1798,
vripp i70'j, capitaine le 8 mni 1753 f major retraité en i8o3, mort à Bordeaux en
io 1" janvier 1777, lieulonant-colonel le novembre 1806.
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826 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE GARNOT. [ao oct. 179a.]
nom, n*est qu'une sorte de refuge obscur, sans ressources et sans capacité. Aucun établissement ne peut être dune nécessité plus absolue, plus urgente, et exécuté à moins de frais. Notre projet est de placer cet hôpital dans une des maisons nationales habitées ci-devant par des religieuses; quelques lits s'y trouvent, et il y aura peu de changements à faire pour y recevoir ceux qui auraient toujours dû l'habiter.
Nous craignions un peu, citoyens, que la mesure prise par nous de suspendre momentanément l'exportation des bœufs par nos montagnes, ne vous ait paru téméraire ^^^ et haiardée, mais nous voyons avec satisfaction qu'elle réunit l'assentiment unanime des citoyens; on nous presse même pour l'étendre aux autres animaux vivants. Il passe un grand nombre de cochons qu'on tue et sale en Espagne; si ce commerce était suspendu, les Espagnols n'en achèteraient pas moins ces cochons, dont ils né sauraient se passer, et on gagnerait en France la main-d'œuvre de la salaison, mais comme cette spéculation est purement commerciale et n'a que peu de rapport à la consonunation des troupes, nous nous sommes refusés au vœu que les citoyens nous avaient manifesté h cet égard. Nous joignons ici copie de notre réquisition sur l'exportation des bœufs.
Quoique l'Espagne fasse quelques rassemblements de troupes sur ses frontières au delà des Pyrénées , nous ne pouvons jusqu'à présent regarder ses mesures que comme absolument et purement défensives. Il est à croire qu'elle fera son profit de la leçon donnée aux ennemis dans les départements du nord; elle se trouvera sans doute fort heureuse de trouver son salut dans les principes mêmes qu'elle parait tant redouter, dans la loyauté de ce même peuple , dont elle aurait probablement assez volontiers partagé les dépouilles, s'il eût succombé sous les efforts de ses nombreux et barbares agresseurs.
Non, citoyens nos collègues, nous n'avons plus d'ennemis à craindre que ceux qui sont au milieu de nous, que ceux qui veulent rompre l'unité de la République et faire dominer une section du peuple sur toutes les autres. La France vous observe, elle s'indigne des obstacles qu'on ne se lasse point d'opposer à votre courage. Persévérez, citoyens, continuez à déployer toute votre énergie contre les malveillants, pulvérisez ces agitateurs qui, par l'anarchie et la division, veulent vous
^'} Ces cinq derniers mots sont de la main de Carnot.
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ramener h l'état monarchique, et, s'ils te pouvaient, à quelque chose de plus détestable encore.
Les commissaires de la Convention nationale à Vannée des Pyrénées,