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WISSBMB0UR6, I7 AOÛT I

LES COMMISSAIRES AU PRESIDENT DE L'ASSEMBLÉE NATIONALE

Au quartier général de Wissembourg , le 17 août 179a, Tan 1?' de la liberté.

Monsieur le président, avant hier i5, au soir, nous arrivâmes à Wissembourg, où nous étions attendus par le général Biron^^^; le len-r demain matin nous fûmes au camp annoncer à Tannée les dispositions

vous informer, mon cher général, que MM. Gamot l'alné, Gousiard, Prienr et Ritter, commissaires de l'Assemblée nationale, sont arrivés id hier an soir. J*ai Thonnear de yous envoyer copie de Tevposé qu^ sont chargés de faire aux troupes de ce qui s^est passé à Paris dans la journée do 1 o. Ils ne doivent proposer aucun serment. Us verront ce matin Tarmée campée ici, se rendront ensuite à Lauterbourg. Leur projet me parait être d^aller vous voir demain à Landau. Ils ont les pouvoirs les plus étendus et me paraissent disposés à en faire Tasage le plus modéré. n (Orig., Arch. de la guerre, armée du Rhin).

(*) Nicolas, baron de Luckner, né à Gampen (Bavière) le 19 janvier 179a, colonel de hussards au service de la Prusse, heutenaol général au service de la France le 90 juin 1763, maréchal de France le 98 décembre 1791, général en chef de Tamiée dWlsace en avril 1 793 , généralissime en juillet 1799, condamné à mort et exécuté à Paris le 3 janvier 179^1.

^*J Etienne Glavière, né à Genève le 97 janvier 1735, banquier à Genève, proscrit en 1789, ^pnté suppléant de Paris A TAsserabloe législative le 7 oclohro

1791, ministre des contributions publiques du 93 mars au 90 juin 1793 et du 10 août 1799 au i3 juin 1793, décrété d^accusation le 9 juin 1793 , assigné devant le tribunal révolutionnaire le 8 décembre 1793, mort par suicide à Paris dans la prison de la Gonciergene le même jour. Glavière exerça par intérim les fonctions de ministre de la guerre du 13 au ai août 1793.

(3) Les commissaires trouvèrent à Wissembourg le président du département du Haut-Rhin, Jean Johannot (le futur député A la Gonvention), qui, à la nouvelle de la suspension du pouvoir exécutif, avait été envoyé par son département pour conjurer les généraux de Tarmée du Rhin de rester à leur poste. Johannot repartit aussitôt et écrivit, le 18 août 1799, la lettre suivante au général Gustine (Orig., Arch. de la guerre, armée du Rhin):

ffj^ai reçu, Monsieur le général , le paquet contenant quelques exemplaires des lettres qui vous ont été adressées et auxquelles vous avez si énergiquemcnl répondu par le seul ordre de les faire imprimer; j*en fais parvenir des exemplaires, par voie de nos districts, à toutes les municipalités des villes de garnison de notre département ,

32 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [17100x1794.]

de TAssembléc nationale, et, confoimément à ses instructions, nous lûmes aux différents corps de troupes les décrets relatifs h la suspension du roi ; ces décrets ont été reçus avec soumission et tous les corps en particulier ont témoigné par de vives acclamations leur dévouement à l'Assemblée nationale et leur confiance entière en leur brave et digne chef, le général Biron^^^

Auparavant nous avions réuni Tétat-major et nous lui avions donné connaissance de nos pouvoirs; et, comme plusieurs membres de cet étatmajor avaient une réputation de patriotisme assez suspecte, nous crûmes nécessaire de les faire expliquer individuellement sur cette question : « Vous soumettez-vous purement et simplement aux décrets de l'Assemblée nationale, oui ou non^^^?jj Le général Biron, dont le caractère prononcé

et, quoique ce Irait qui vous fait bonnenr soit dëjà reconnu par les papiers publics, je me procure un nouveau plaisir en propageant ce moyen de confondre vos ennemis.

« Au moment que nous avons eu la nouvelle des derniers événements de Paris, le conseil général de notre département me nomma commissaire pour aller conjurer, au nom de la patrie, les généraux de Tarmée du Rbin de rester à leur poste et de contribuer ainsi au salut public. Arrivé à Wissem bourg, je rencontrai les commissaires de TAssembléc nationale , qui se proposaient de se rendre à Landau ; celte ciironstance et quelques autres me forcèrent à revenir promptement dans notre département et à renoncer au plaisir de vous voir. Je me suis mis en route, après avoir reçu Tassurancc de M. Biron que je pouvais compter sur votre résolution comme sur la sienne; il me restait le regret de ne pouvoir pas vous témoigner de boucbe la confiance du conseil général de notre département qui vous est acquise par votre patriotisme, votre zèle et vos talents militaires, et je m'empresse à remplir ce devoir qui m'est agréable, puisqu'il me fournit une nouvelle occasion de vous donner Tassuitince de l'estime et de l'amitié que vous m'avez inspirée.

rtLe président du département du Haut-Rhin ,

«JoilANNOT.'»

^*) Le général Biron écrivit de Wiseenibour^, le 17 août 1799, au maréchal Luckner: «MM. les commissaires de F Assemblée nationale ont vu hier matin Farmée campée à Wiasemboui^ et hier au soir oeUe campée à Lauterboui*g. Ils mVn ont para fort contents. n (Arch. de la guerre, reg. 8, p. 83). Le même jour il écrivit dans le même sens au général d'Harambure {Ibid., p. 83). — Gorsas, dans son Courrier deê 83 dépariemenU (n** du as août 17999 p* 337) a donné un récit de cette visite des 00mmissaires à Wissemboui*g.

(') Voici un spécimen de déclaration par le lieutenant-colonel du génie Darnal (Orig.j Arch. de la guerre, armée du Bhin):

((En qualité d^oflicier supérieur da corps royal du génie employé à Farmée da Rhin^ je crois devoir manifester les sentiments dont je suis et serai toujours animé.

(T J'ai juré d'être fidèle à la nation , à la loi et au Roi et de maintenir de tout mon pouvoir la constitution décrétée par F AssemUée nationale constituante. Je déclare que je serai fidèle ù mon serment et toujours prêt à servir cette constitution et à combattre pour elle les ennemis du dehors et da dedans.

«Fait au quartier général de Wissembourg le 1 6 août 1 79a , l'an iv de la liberté.

nhe licutcnant-colonêl commandant du génie.

[t7AoâTi793] MISSION À L ARMÉE DU RHIN. 33

ne se dément jamais , répondit : Oui, sans restriction. Mais plusieurs autres essayèrent d'éluder la question précise par des divagations et des tergiversations qui nous parurent montrer peu de résolution. Tous cependant (excepté un, M. Caiïarelli du Falga, dont nous parlerons plus bas) finirent par déclarer qu'ils obéiraient purement et simplement. Cependant, fâchés peut-être que nous ne leur eussions pas permis de proposer leurs restrictions ou explications dilatoires, plusieurs d'entre eux ont adressé au général Biron des professions de foi qu'il nous a remises et que nous joignons ici. Deux d'entre elles, celles de MM. Victor Brog^ie^^^

(*) Gharles-Louis-Victor de Broglie, né à Paris le 93 septembre 1766, sous-lieuleliant aa régiment de Limousin le 9 3 octobre 1771, mestre de camp commandant du régiment de Bourbonnais le i*'juiileti783, député de Goimar et de Scbelestadt à l'As- 8»nbiée constituante le 5 mai 1 789 , maréchal de camp le 98 novembre 1791, chef d*étatrmajor général de Tarmée du Rhin le 98 janvier 1799, destitué le 17 août 1799, condamné à mort et exécuté le 96 juin 1794. — Le registre des ordres du jour du général Biron porte (Arch. de la guerre, reg. 5 , fol. 53 ) : «Le général Victor Broglie est suspendu de ses fonctions. 11 se rend à Strasbourg pour servir en qualité de volontaire dans un bataillon de la garde nationale citoyenne. 7) — Broglie se plaignit, le 91 août 1799, au général d'Harambure que cdoi-ci eut fait lire sa déclaration aux troupes (Arch. de la guerre, armée du Rhin):

A Tesienbeiin , le ii août 179*.

(tMon général, «Je suis passé , ce matin , à Ncuf-Brisach , où je n^ai pas eu Thonneur de vous voir, et où je n'ai fait que de loger parce que j'ai cru que cette conduite m'était tracée par ma position actuelle : la réserve qu'elle m'impose et que j'ai observée en quittant Wissembourg, sans voir le moment où messieurs les commissaires de l'Assemblée nationale y sont arrivés , cette réserve , dis-je , vous expliquera très naturellement que j'ai appris avec peine que vous aviex fait donner officiellement aux troupes lecture de ma

déclaration, ce genre de publicité étant jusqu'à présent le seul que j'aieévité défaire donner à renonciation de mes opinions politiques.

«Non seulement je n'ai pas cru devoir user de l'influence que je pouvais avoir su les troupes pour leur faire partager mes sentiments, mais je pense que dans l'état actuel des choses dans les départements du Rhin, et vu notre position militaire, ce serait nuire essentiellement à l'ordre public que de ne pas attendre du temps et de la Convention nationale la décision des grandes questions du moment.

• J'ai cru , mon général , ne devoir pas perdre un moment pour vous transmettre franchement ma manière de voir. Vous trouverex simple que je désire qu'elle ait autant de publicité que vous en avex donné à ma déclaration.

^Le maréchal de camp y «Victor Bbo6lib.t)

Le 9 6 août 1799 le général Broglie écrivit , de Bollwiller, qu'ayant appris que l'Assemblée nationale avait enjoint aux ofliciers suspendus de se tenir à vingt lieues des frontières, il allait se rendre promptement à Bpurbpnne (Arch. de la guerre, reg. 8, foLi78). De cette dernière ville il écrivit le 9 septembre 1799 au président de l'Assemblée nationale pour lui demander, après la prise do Longwy, d'aller servir comme volontaire à l'armée. (Cf. Moniteur du \h septembre, XIII, 688.) — Dubois- Crancé, qui avait été le collègue de Broglie au comité militaire de l'Assemblée

lariiaïuK ■«tio^alc.

U CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE GARNOT. [17 AoÔTi79a.J

et Briche^^^ nous ont paru être de véritables rétractations de la soumission qu'ils avaient promise le matin. Nous avons pensé qu'il serait trop dangereux de laisser un commandement à des officiers aussi formellement contraires aux mesures jugées nécessaires par l'Assemblée nationale dans les circonstances actuelles (^). En conséquence, i\ou8 avons usé envers eux du droit, qui nous a été délégué par l'Assemblée nationale, de les suspendre de leurs fonctions, et nous allons requérir le général Biron de ne plus les employer ^^\

Nous en avons usé de même à l'égard de M. GafTarelli du Falga^^^

constituante, a laissé de lui un portrait très piquant. (Cf. Duboiê-Crancé , par le eoonel Jung, 1, 199.)

(') André-Louis, viconute de Briche (que les commissaires orthographient Brige)^ né à NeuilIy-sous-Glcrmont (Oise) le 19 août 1779, chasseur à cheval au 1*' régiment le 1*' avril 1790, sous- lieutenant au 9* do cavalerie le i5 septembre 1791, Ueutenant le 1" avril 1793, capitaine le 95 ventôse an m, chef d^cscadron le 93 frimaire anx, major au 9* hussards le 6 brumaire an xii , colonel au 10' hussards le i3 janvier 1806, général de brigade le 17 novembre 1809, général de division le 19 novembiHS 1 8 1 3 , mort à Marseille le 91 mai iHûb, — Briche alla â Bourbonne-Ies-Bains avec son général. (Cf. Moniteur du 7 septembre 179a, XIIl. 699.)

(') Le général Broglic avait, le 8 août 1799, avant les événements du 1 o, par conséquent, donné sa démission de chef d^étatmajor de Tarmée du Rhin. Le nouveau ministre de la guerre par intérim , Clavière, avait, le 1 A août, refusé cette démission en termes flatteurs, conseillant à Broglie de rester à son poste , vu que ses talents «rsoul trop essentiels à la chose publique pour qu^on puisse consentir à perdre, dans co moment ou la patrie est en danger, un militaire qui peut lui être d'une aussi grande utilité.?) (Arch. de la guerre, reg. de Tarmée du Rhin, n**! A.)

^^) Cf. la réquisition publiée ci-après.

(^) Louis-Marie-Josepb-Maximilien Caffarelli du Falga, né au château du Falga

(Haute-Garonne) le i3 février 1756, lieutenant en 9* à Técole de Méxièreten 1775, aspirant le i*' mai t 'j'j'j^ lieutenant en i*' le 99 mai 1781, capitaine le 1" avril 17919 chef de bataillon sous-directcar le 1^ germinal an m, chef de hrigade ie 94 vendémiaire an iv, général do brigade le 17 décembre 1 795 , membre associé non résident de la 1** section de la 9* classe deTInatihii le 18 février 1796, mort à Saint-Jeand'Acre (Syrie), le 97 avril 1799, d*uDe blessure reçue au siège de cette ville. — Gaflarelli du Falga avait été attaché à rarmée du Rhin, le 95 mars 1799, comme adjoint au service de Tétat-major à Straabonig, par le maréchal Luckner. De cette ville il avait écrit au ministre de la guerre, de Grave, le 3o avril , une lettre où il dirait : eLe désir de servir ma patrie de la manière la plus active m*a rappelé au service et je suis prêt â exécuter tous les ordres qui mVn laisseront r&spérancc.» (Lettre dont j'ai eu Toriginal entre les mains.) Après sa suspension, il se rendit à Bourbonneles-Bains, d'où il écrivit, le 9 septembre 179'j, au président de TAssemblée nationale, la lettre suivante, dont je possède

Poriginal :

A Bourbonne-les-Bains , le 9 septembre an ir* de la Kberté.

^Monsieur le président,

«Suspendu de mes fonctions en vertu d'une réquisition faite au général de Tannée du Rhin par MM. les commissaires de TAssemblée nationale, je me suis rendu à Bon rl)onne-1es- Bains pour être à la distance

[17 AoÔT tygîj.l

officier du génie, (|ui, lorsque nous rinlerpellàmes de répondre nettement à la question de savoir s'il se soumettait purement et simplement aux décrets de TAssemblée nationale , nous répondit par des ei^ressions

des frontières qui m'est prescrite par un d^ret.

«rCest avec la plus vive douleur que je me suis va forcé de quitter le poste auquel les dangers de la pairie m'avaient appelé au mois de juin de Tannée dernière et pour lequel j'avais quitté ma famille et ma retraite.

«J'ai vu que le Roi avait été suspendu de ses fonctions par un mouvement d'insurrection , plutôt que par un acte légal d'une «otoritéoonstitntionnelle; il serait également iadigne de l'Assemblée nationale et de moi que je dissimulasse que cette opinion est encore Ji mienne; la convocation d'une convention nationale m'y a peut être confirmé.

«Mais l'assentiment du peuple français lève tous mes doutes et je m'emp l'esse de déclarer que j'obéirai aux décrets de l'Assemblée nationale. Si elle daigne se faire lire ma déclaration, elle verra que, dès le premier moment, j'avais promis de m'ycontormer et que je n^ai refusé de prononcer l« mot d'obéissance que par amour pour la liberté, par respect pour la souveraineté du peuple.

«f Je supplie l'Assemblée nationole d'auloriser les généraux à m'ejuployer comme volontaire; j'ose croire qu'ils attesteront que je suis un bon citoyen et je ne demande qu'à le prouver sous leurs yeux.

«rJe suis avec respect. Monsieur le président, votre très humble et tK>s obéissant

serviteur.

nLe capitaine au eorpi du génie f

«Louis CAPrARRLLl DO Falga.t)

Le 3o aoâl 1 799 le général Biron écrivit de Strasbourg an ministre de la guerre Servan (Cf. Arcb. de la guerre, armée du Rhin):

ir Je ne crois pas M. du Falga disposé à prêter aucun serment Ce n'est pas que jusqu'à présent il n'ait été et qu'il ne soit niénic

encore un bon patriote, mais il est si mal entouré et si mal conseillé, on lui a tellement échauffé la tête qu'il ne faut pas s'attendre qu'il prenne un parti sage. Tout ce qu'il faut faire est de tâcher qu'il ne soit pas perdu pour l'avenir, car il a des talents et de l'intelligence.»

Gaffarelli du Falga Gt amende honorable et dans la séance de la Convention du s 9 septembre 179a on proposa, au nom de la commission extraordinaire, sa réintégration, mais un membre de l'assemblée dit que CaOarelli avait donné des preuves d'incivisme dans les assemblées électorales de la Haute-Garonne et on vota la question préalable {Moniteur, XIV, 79). Le 19 décembre Fabre d'Eglantine redemanda la réintégration de Caffarelli, mais le député Julien de Toulouse renouvela ses accusation? et fit décréter la question préalable et la censure du rapporteur ( ilfofiifetir, XIV, 780). Caflarelli protesta éncrgiquemcnt et fit imprimer une Pétition de Loui» CaffarHli, capitaine au cùrps du génie, suspendu de tes fonctions, à la Convention nationale (in-8**d<* /i pages, dans ma collection rcvoliiiionnaire), où il s'écriait : «r Ma vie entière est un serment à la liberté, à l'égalité !?) , et où il demandait, (r convaincu que h guerre que les Français ont à soutenir est une guerre <) mort entre la royauté et In féodalité, d'une part, et la liberté de TEurope, de l'autre», à aller sur les frontières conquérir la liberté avec ses frères ou mourir. Au mois d'octobre 1 79s Caflarelli du Falga avait été attaché au ministère de la guerre par Pache. (Cf. Lundis révolutionnaires, par G. Avenel, p. 1 08 , et Jemmappes et la conquête de la ReU gique, par A. Chuquet, p. 139.) Après la chute de ce ministre (9 février 1798) il fut incarcéré. Mis en liberté, il se retira dans sa famille au Falga d'où il écrivit le 8 nivôse an 111-98 décembre 179^ au Comité de salut public |>our solliciter

U CORRESPONDANCE GENERALE DE CARNOT. [17 ioÔTi79a.]

qui, tant par cUos-mémes que p&r la manière de les rendre, nous parurent plus qu'indécentes envers le corps législatif; il nous déclara formellement qu fl ne reconnaissait point son autorité h l'égard des objets sur lesquels il a prononcé, et que sa résolution étant d'attaquer les factieux de toutes (espèces, il marcherait également, et contre les ennemis extérieurs et contre Paris, s'il était conmiandé. Nous lui prononçâmes sur-le-champ sa suspension; c'est avec regret néanmoins, car cet olTicier jouit d'une réputation distinguée pour son mérite personnel, et même pour ses principes philosophiques et son patriotisme.

Nous n'avons pu ne pas voir que l'armée du général Biron est travaillée dans tous les sens par les plus dangereuses intrigues : le général Biron seul la soutient contre la séduction par l'ascendant que lui donnent sa droiture, son courage et son dévouement sans bornes à la cause qu'il a embrassée et dans laquelle il a constanunent marché sans dévier un seul instant.

Nous disons la même chose du général Kellermann ^^^ et l'estime que ces généraux ont l'un pour l'autre est la meilleure preuve qu'ils méritent celle de l'Assemblée nationale et la reconnaissance de tous les bons Français.

Après avoir vu le camp de Biron à Wîssembourg, nous nous transportâmes à celui de Kellermann à Lauterbourg, éloigné du premier d'environ quatre lieues. Déjà, Monsieur le président, d'après ce que nous venons de vous dire au sujet de ce général , vous prévoyez ce que nous avons à vous dire de ses troupes, car nous avons eu lieu de nous convaincre que les armées sont ce que les généraux veulent qu'elles soient. Celle de Kellermann nous a donc donné les mêmes signes d'en-

do nouveau sa rt^intégration et protester de SOS sentiments patriotiques. Le général Pérignon aposlilia la demande en ces termes : ncLo citoyen CafTarelii , pétitionnaire, est connu depuis longtemps dans son corps pour un oflicier aux plus grands talents. C'est sous ce rapport que je d(^sirerais qu'il fut employé à Tamiée, persuadé d'ailleurs que son patriotisme et ses sentiments républicains sont les mobiles qui le font agir dans sa demando en réintégration. PéRio?ioif, général eu clief provisoire do

Tarmée des Pyrénées-Orientales.» (Cf. ma collection révolutionnaire.) C*est alors que Calfarclli du Falga rentra au service et fut nommé clief de bataillon.

(') François-Christophe Kellermann, né à Strasbourg le 38 mai 1785, volontaire en 1759, capitaine le 9 avril 1768, maréchal de camp le 9 mars 1788, lieutenant général le 19 mars 179*), maréchal de l'Empire le 1 9 mai 1 80^4 , duc de Valmy en mai 180S, mort à Paris le i3 septembre

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thousiasme pour la liberté, pour l'Assemblée nationale et pour son général, que celle de Biron. M. Kellerraann a sur M. Biron l'avantage d'être secondé par un état-major qui partage tous ses sentiments et qui les transmet aux soldats. Nous voudrions pouvoir rendre justice à chacun en particulier, mais les bornes de cette lettre ne nous le permettent pas.

Les deux camps dont nous venons de parler, liés par des postes intermédiaires, forment une excellente armée, dont le vœu est prononcé et qui ne parait point redouter l'ennemi. Cependant elle est bien faible en nombre et manque de beaucoup de choses absolument nécessaires. Il semble que le but constant des ministres ait été jusqu'ici d'amener les troupes à faire ce raisonnement : Noim ne manquions de rien sous Vancien régime^ nous manquons de tout sous celui-^i; retournons donc à H ancien. Le ministère actuel se hâtera, sans doute, de faire cesser les réclamalions bien légitimes des citoyens qui accourent aux frontières répandre leur sang pour la patrie. L'Assemblée nationale, sûre des ministres, sûre des généraux, les débarrassera sans doute de beaucoup d'entraves et leur donnera une certaine latitude, sans laquelle il est impossible qu'ils puissent faire aucune entreprise hardie. La partie des finances a surtout besoin d'ôtre simplifiée; les payements ne se font point avec exactitude et les formalités requises jusque dans les plus petites choses paraissent en être la cause, ou du moins en fournir le prétexte.

Nous avons vu en particulier le second bataillon de la Charente- Inférieure ^^^ qui est dans un état de délabrement inexprimable : ce bataillon , plein d'ardeur et de patriotisme , qui pourrait être si utile en présence de l'ennemi, est tellement dénué d'habillements, d'armes et d'effets de campement, qu'on est obligé de le laisser en cantonnement dans un village, tandis que l'armée est déjà si faible. Il est à désirer que^r Assemblée nationale prenne les mesures les plus fortes pour que les armées, surtout celles qui sont dévouées sans réserve à la défense

^^) Le a* bataillon des volontaires de la la guerre, année du Rhin, rog. n*" lo,

Charente-Inférieure avait été formé le 1 3 mai fui. 960.) Mais il resta à Saimhach. {Ihid» ,

1799. Il arrivait de Rochefort et devait être fol. 9/18.) Ce bataillon fut incorporé, le

envoyé à Bitche. (Cf. lettre du général Vie- i*' messidor an 11, dans la 7/1* demi-brigade,

tor Broglie écrite le 90 août 1799 aux (Cf. Les Volontaires, par Camille Roussel,

officiers municipaux de Bilcbe. Arch. de p. 3ii et 365.)

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de la liberté et de 1 égalité, ne manquent de rien : autrement le soldat, qui jusqu'ici s'en est pris de son mal-ôtre aux agents du pouvoir exécutif, (inirait par l'attribuer à l'Assemblée elle-même.

Nous allons partir pour Landau , où nous espérons que nous obtiendrons les mêmes succès qu'à Wissembourg et à Lauterbourg ^^\

Les commissaires de l'Assemblée nationale à Vannée du Rhin, L. Carnot, Anne-Pierre Coustard, C.-A. Prieur, F.-J. Ritter.

(Orig., Arcb. nat., DXL 17, n* 99.)

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