L. Carnot
(Orig. out, Arch. de la (guerre, armée des Pyrénées.)
(') Il s*agit des renseignements et des copies de lettres fournis par Choderlos- Laclos. ( Cf. lettre de ce général aux commissaires, en date du 3 décembre 1799.)
^*^ On lit en marge : «r Renvoyé par le comité de pétitions et correspondance au comité de la guerre. Paris, le 10 décembre 1799, l*an 1" de la République française. DcPLAifTisn, président.» — Celte lettre fut lue dans la séance de la Convention du 10 décembre. {Procès-verbal, IV, 107.) ' — La conduite du ministre de la guerre fut vivement incriminée dans la séance de la Convention du 10 décembre 1799 par les députés Amar et Barailon, à l'occasion d'une lettre où les commissaires de la Convention à Nice déclaraient quo Tarmce du général Dagobert était dénuée de tout, sauf de vivres : <rJe n'ai cessé, s'écria Barailon , de dénoncer le ministre de la guerre à cause de son insouciance. Je réitère ma proposition et je demande que le ministre soit mandé à la barre et que sa conduite soit blâmée pnr l'organe du président.^ Buzot
demanda ensuite que le comité militaire présentât dans les trois jours un rapport sur la conduite du ministre : v II y a , dit-il , certainement un projet de désorganiser nos armées ; nos ennemis n'ont d'autre moyen de nous vaincre que celui-là , et soit ignorance , soit perfidie de la part du ministre , de ses agents , nous sommes menacés d'une prochaine réussite, v Reubell et Doulcet de Ponlccoulant défendirent Pache. Ils firent observer que c'était plutôt aux prédécesseurs de ce ministre qu'il fallait attribuer ce déplorable état de choses, que tous les magasins militaires étaient vides au moment de son élection , et qu'il était absolument impossible de réparer en trois mois les trahisons de trois années. «Ce n'est pas, dit Reubell , au moment où il travaille à réparer le dénuement total qu'il faut l'arracher à ses fonctions. — Hier encore , ajouta Doulcet, il nous a assuré qu'il a\ait écarté de ses bureaux l'aristocratie qui les souillait.» lia obtinrent le renvoi au Comité de la guerre. (Cf. Journal det Débats , n" 83, p. 180.)
[4 d:c. 1793.J MISSION À BAYONNE ET DANS LES PYRÉNÉES. 283
TOLLOUSE, k DECEMBRE 1799« L'ADJUDANT GENERAL LAGUEE AU MINISTRE DE LA GUERRE.
Toulouse, h décembre 1799.
Citoyen ministre.
Je n'ai reçu que ce matin la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'ëcrire le 33 novembre, dans laquelle, en m'annonçant vos esp<^rances sur l'Espagne, vous me dites : Elles ne doivent point vous emj)érlier de préparer tout de manière que l'armée que vous formez puisse agir.
Je vous l'avouerai , citoyen , je me suis aperçu depuis quelque temps que nos relations avec l'Espagne allaient devenir pacifiques, car depuis environ six semaines je n'ai vu, par les ordres venant du ministre, aucun acheminement k la formation , à l'organisation , à l'activitë de celte armée.
Les commissaires et moi nous avons tout fait pour obtenir ou du moins pour assurer de l'artillerie a cette armée , et nul ordre n'a été donné en exécution de ces réquisitions ou des moyens que j'avais indiqués : je sais même qu'on a suspendu la marche d'un certain nombre de pièces d'artillerie qui étaient h Lyon et qui nous étaient destinées.
Les commissaires et moi nous avons cherché k former des ateliers pour la construction des caissons, affûts, etc., et il n'a été donné ni ordres ni fonds : il y a plus , nous avons ici tous les officiers d'artillerie nécessaires k un parc , mais ils n'ont ni ordres , i;Li matières premières , ni fonds : c'est au point que pour donner quelques coups h tirer h 90 hommes de la ganiison requis par un département voisin , nous avons été obligés de recourir k la municipalité de Toulouse pour nous les prêter : heureusement elle a bien voulu rendre le service k l'état-major de l'armée de lui prêter 3 00 cartouches.
Je vous ai demandé des fusils, en vous annonçant que nos bataillons étaient sans armes ou mal armés , et je sais que vainement on sollicite une livraison de deux mille de ceux arrivés a Dunkcrque : quant k des pistolets j>our les canonniers, ou k des sabres, nous n'avons rien et pas même des espérances.
La légion des Pyrénées a été décrétée le 16 septembre; elle devait se rassembler le 1" novembre, et le 1" décembre, nul ordre n'était donné pour son logement, nuls fonds faits pour sa solde, son habillement, sa levée, etc. Ce que je dis est également applicable k la légion des Miquelels dont je vous ai donné connaissance dans le cours d'octobre.
Je vous ai annoncé que si les chemins cpii mènent k Bayonne et de Bayonne k la frontière n'étaient pas incessamment réparés, notre artillerie, nos vivres ne pourraient parvenir jusqu'k l'extrême frontière; qu'il n'y avait cependant que des pas , des passages k réparer, mais je n'ai reçu ni ordres , ni fonds.
Si en octobre ou même en novembre nous avions acheté des fourrages, ils nous auraient coûté 3o k ^o sols, bientôt ils nous coûteront 70 k 80 sols, car déjk ils coûtent 60, et cependant tous les achats sont suspendus.
Je vous ai proposé des souhers, et je n'ai reçu aucune réponse; cependant le prix n'en était pas excessif.
284 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [4 Dfc. 1793-]
L'liabi]Iemcnt des gardes nationales m'a paru de même éprouver une lenteur qui semble mal concordante avec Tordre de mettre cette armée en mesure d'agir.
La suspension du droit qu'avaient les commissaires d'ordonner des paiements , le besoin de ratification pour tous les marches des commissaires des guerres, tout cela et mille autres petites observations dont je vous ëvite Tennuyense ënumération me prouvent que votre intention n'est point que cette armëe puisse agir, et cependant vous ordonnez qu'elle soit préparée de manière qu'elle puisse agir.
Presses d'un côte par vos lettres, de l'autre retenus par le manque d'ordres et de fonds, notre position est v(fritablcment pénible : si la Convention vient à déclarer la guerre vos lettres vous justifieront, et nous serons ici taxes d^impëritie, peut-être de mauvaise volonté , peut-être de scélératesse.
Convenez, citoyen, que le commissaire général de l'armée, le chef de IVtatmajor et moi , nous serions dans cette hypotlièse victimes innocentes d'un calcul politique , peut-être bon en lui-même , mais dont les effets seraient bien funestes pour nous.
Je me résume, citoyen, en vous disant que nous n'avons sur cette frontière que les hommes créés par les commissaires , mais dépouillés , mais dépourvus de tout ce qu'il faut j)our faire la guerre; que nous n'avons ni artillerie matérielle, ni munitions de guerre; que les fourrages manquent absolument et que les hôpitaux manquent même pour les garnisons ordinaires; que nous n'avons que quatre bataillons de ligne, un très petit nombre de bataillons volontaires organisés, et trois dépôts de cavalerie. J'ajouterai, avec le maréchal de camp Laclos, que, soit que nous restions en paix avec l'Espagne, soit que la guerre se déclare, il est cependant de l'intérêt de la République que nous ayons ici , au printemps , une armée de 4 0,000 hommes disponibles, et cela est de toute impossibilité si, sous le plus court délai , nous ne recevons point des fonds abondants , des ordres précis , et si, par les moyens que dans votre sagesse vous jugerez les meilleurs, vous ne nous fournissez pas ceux de lever, sans recourir a vous , les difficulté sans cesse renaissantes que présente la création d'une armée placée à deux cents lieues de la ville où réside le ministre de la guerre ^'^
J.-G. LAGuis.
(Arch. de la guerre, armée des Pyrénées, reg. de Lacuée.)
^^) Le 9 décembre 179a Pache répondit en ces termes à Lacuée ( Arch. de la guerre , armée des Pyrénées , reg. A ) :
Paris, le 9 dcccrobrc 1799.
tx Le ministre de la guerre
à V adjudant général Lacuée,
«rJ'ai reçu, citoyen, le 6 de ce mois les
deux notes que vous m'avez adressées sur
les dispositions de l'Espagne. Je vous en
remercie ; je compte beaucoup sur vos soms
pour rétablissement de Tordre et de ia discipline dans Tannée des Pyrénées, et tant que le général Ser\an ne se trouvera pas à portée de m'instruire de ce qui peut l'intéresser, vous voudrez bien me rendre des comptes rré<}uonts sur sa fdtuation et sur ses besoins. Faites-moi part en même temps des observations que vous croyei utiles au service de la République.
(rPiCHB.n
[8 Dec. 1793.] MISSION À BAYONNE ET DANS LES PYRÉNÉES. 285
45. TOULOUSE, 5 ou 6 (?) DÉCEMBRE I792. CARNOT À LA CONVENTION NATIONALE.
Analyse. — On fait lecture d'une lettre de Garnot, commissaire à l'armc^e des Pyréni^es. Elle contient des plaintes sur l'inaction et la négligence des agents chargés de l'approvisionnement de cette armée ^'l
(Séance de la Convrnlion du 10 décembre 1799, soir, Jottmal dei Débatt , n* 8Â, p. 189.)