‹ Correspondance générale de CarnotChapitre 162 sur 207 · BESOINS · texte numérisé non relu

BESOINS

Troupes.

Après vous avoir parlé de notre avoir, je passe h nos besoins.

Vous (^les cent fois convenu avec moi qu'il nous faut 65,ooo hommes; 3o,ooo hommes pour chaque côté, si l'on entre par les deux en même temps; ou bien i5,ooo pour le côté où nous n'agirons point; âo,ooo pour agir, et 10,000 pour couvrir notre ligne d'opération ^^K

Le tableau n° 1 est bien loin de cette force.

On nous avait promis, m'a-t-on dit, d'envoyer h cette armée :

La légion de Saint-Georges; la légion germanique; quatre bataillons de ligne de l'ajmée du Nord; deux bataillons du Lot-et-Garonne, qui étaient h Paris; deux bataillons du Lot, idem, un bataillon de la Dordogne, idem, de la cavalerie et des dragons qui sont h Saint-Germain , et une portion de la gendarmerie qui est h Versailles ou h Fontainebleau.

On nous avait promis d'ailleurs de nous rendre tout ce que nous avons dans l'armée des Alpes et de nous donner les troupes dont l'état est ci-annexé sous le n* 2. Le ministre seml)le ne pas voir que l'Espagne se propose de faire une guerre de mer, que nous l'en empêcherions , si nous armions puissamment par terre. Il ne voit pas (|u'une paix est infaisable avec la maison de Bourbon ; il ne voit pas que , pour obtenir cette paix, c'était le cas de préparer une guerre vigoureuse; il ne voit pas (pie, cette armée organisée, il aurait pu la porter où il aurait voulu. S'il eût été convaincu de ces vérités, il n'eût pas cherché h tout enrayer, h tout paralyser en faisant i-endre le décret du i5 novembre ^'\ ce décret qui est, il faut en convenir, la faute la plus grave et la plus singulière qu'un ministre ait jamais faite dans son propre intérêt; mais elle est faite et si le mal n'est pas irréparable, il s'en faut de peu. Je ne citerai ici qu'un fait pour prouver tout le mal qu'a fait cette loi , bonne en principe , mais mauvaise , vu les circonstances. Un bataillon de la Haute-Garonne s'est dispersé, parce que le décret du i5 novembre vous a mis, ainsi que les autorités constituées, dans l'impossibilité de lui faire payer sa solde. Qu'on redemande un bataillon à ce département, et alors on verra les effets de cette petite lutte du ministre contre les commissaires; et alors, mais trop tard peut-être , on sera convaincu que les petites idées d'ordre sont quelquefois incompatibles avec les grandes opérations politiques.

En nie résumant sur cet article, je dis qu'il nous faut 60,000 à 65, 000 hommes , et ({ue ce n'est qu'avec cette force que nous pouvons espérer de faire h l'Espagne une guerre telle que notre intérêt et notre gloire le demandent

^*J Cf. le procès-verbal du conseil de guerre tenu le i5 décembre 179s, publié plus loin. — ^*J Cf. le texte de ce décret, p. 266.

298 CORRESPOND.LNCE GLNÉILVLE DE CUKOT. [ta Dec 179a.]

0UCT5 5ECESS1UES 1 15E AIM^ DE 60.OOO HOIMES OC IXTIBO!!.

Fonds.

Q faut, pour les fond:» nécessaires à la solde d^ime année de 60,000 on pour mennes dépenses :

En numéraire 6,000,000

Et en a.«ignaL$ 7,900,000

i3,Soo,ooo lÎTres.

et ce inriépendamment des régies, des munitions de guerre, de boacbe, eCc. Cette partie n'euge qu'un (Kiyeiu*, un contrôleur et un petit nombre de conunis.

Vivres, direction.

Il sera aisé de se fournir des agents pour cette partie; le directeur gënëral est le seul tW.'s ditljcile b trouver. Je vous sauve les ennuis de rënuméntioa da nombre de conuiiis. de U^ulangers, etc.

Blés et farines.

Il faut s*appro\isionner de 90.000 sacs de âoo li>Tes chacun; clutciiii de cet sacs ne produisant que 170 rations au plus, à cause du blutage, on n^aara ijaie io,3oo,ooo rations, ce qui ne fera, pour 60,000 hommes, que poor boit moifl ou environ: et vous sentez qu'on ne peut s'enfourner en Espagne, sans avoir Sût un apprrAisionneraent de cette force. Je vous obsenerai de plus qu il faudra manger du pain biscuits* fieut-^Hre |)endaiit trois mois, ou du biscuit fort souvent

Il serait donc fort pruclent de faire faire d'ores et déjà 5oo,ooo rations de biscuit. Il n'y a dans ce moment, dans les magasins de cette contrée, que 9&,ooo sacs de blé ou environ. On a donné , il est vrai . des ordres dans rintérienr et dans l'étranger; mais seront-ils exécutés? Sans doute les craintes du peuple ont empêché un plus grand approvisionnement; mais la suspension des achats, ordonna par le ministre, en a ralenti aussi les opérations.

N. B. — Ne devant rien espérer des États voisins , et moins encore da théAtre de la guerre, cet approvisionnement doit ^'tre complet avant de tirer on coup de canon. Une autre oïiservation et très importante , c'est que le ministre a ordonné de donner le pain aux volontaires nationaux, et ce sur le pied de 38 onces; ce qui ajoute énormément à la consommation.

Légumes secs.

L'approvisionnement des légumes sera nisé h faire. Je ne le mets ici que pour mémoire. Il en est de mc^me du vin, de l'eau-de-vie, du vinaigre. Le ministre n'a qu'à vouloir, et tout cela se trouvera mc^inc à un l)on prix. Je lui ai adressé beaucoup de soumissionnaires dans ces frontières. J'imagine qu^on a fait passer les soumissions au comité des achats, mais je n'en ai aucune certitude, car on ne m'a pas accusé la réception de mes envois.

[i3 DEC. 1793.] MISSION À BAYONNE ET DANS LES PYRÉNÉES. 299

Riz.

11 faut 7,600 quintaux de riz, et nous n'en avons que a, 000.

Équipages des vivres.

Tous les équipages doivent être traînes par des mulets; ainsi on ëconomisera les chevaux , et on offrira un débouche aux mulets , dont la sortie est prohibée.

Comme on ne peut prescjue espërer aucun moyen de transport, ni de la firontière ni du ihdâlre de la guerre; comme nous n'avons aucune rivière pour nous, il faut que Tëquipage des vivres soit très fort et très complet; il le faut encore, alin de pouvoir passer avec facilite dans des chemins difTiciles à parcourir.

On ne donne ordinairement h une armée que deux journées ou deux journées et demie; il serait impnulent h nous de nous embarquer avec moins de quatre journées, aucune rivière ne pouvant faciliter nos approvisionnements.

Il faut, pour une marche, h une armée de 60,000 hommes ou environ, au moins 1/1 équipages de a 4 caissons; ce qui fait 336 caissons, et pour 4 marches, 1,36 A caissons.

On doit ajouter h ce nombre au moins 5o é([uipages de caissons destinés non à traîner, mais à porter, afin de faire le service dans les endroits difficiles et pour les détachements. Comptons, sur les i,4oo caissons à à bétes de trait, 5,6oo mulets.

Fourrages.

CeUc armée doit avoir en cavalerie 8,000

, Chevaux des vivres 5,6oo

Hôpitaux 600

Artillerie de réfjiment, de réserve et du parc 8,800

Chevaux d^officicrs d'infanterie. 3,3oo

Etat-major 5oo

Chevaux de pelotons, ou petits chariots 3,ooo

Chariots de parc * 3,ooo

3a,8oo

Réduisons h 3o,ooo chevaux ou mulets, afm d'avoir des nombres ronds.

Il faut, pour cette armée : 800,000 quintaux de foin, près de 800,000 qoin* taux de paille et environ 3 3 3, 000 sacs d'avoine.

Voyons ce que nous avons.

Suivant le compte, au i*' novembre, il y avait dans les magasins 33,8oo quintaux de foin, et il nous en faut 800,000; c'est donc 700,000 quintaux ou environ h acheter. ^

L'armée était décrétée en septembre; en octobre et même en novembre on n'avait donné aucun ordre d'acheter; dans l'automne, on aurait pu acheter à 3 o ou 35 sols, h présent on achèterait a s Uvres lo sols, plus tard on achètera à A livres , puis h 6 livres , et peut-être et certainement le service manquera. On m'avait offert, dans un seul point, 20,000 quintaux à s livres, rendus au

300 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [12 Die, 1793.]

magasin; je n*ai pas ose les acheter, parce que le minislre avait suspendu tout achat et que je n avais pas de commission pour cela ^^\

Paille.

Suivant le compte, il y avait en magasin, au 1" novembre, 7 h 8,000 quintaux de paille; on peut dire que ce n'est rien, vu les 800,000 quintaux dont nous avons besoin ; on peut donc prévoir que le service manquera totalement. Comment couchera le soldat? Je l'ignore, mais ce ne ne sera pas sur la paille française, et Ton sait qu'il n'en trouvera pas en Espagne.

Avoine.

11 nous faut 33â,ooo sacs d'avoine; nous en avons 33, 000 boisseaux, c'est un douzième, mais je pense que cette branche de service pourra marcher, si on le veut.

Vous voyez, citoyen, que nous sommes bien loin d'être approvisionnés.

Hôpitaux des armées.

130 ou lAo chariots doivent suffire pour les hôpitaux; ainsi il nous faut 600 mulets; j'imagine que le ministre y aura pourvu.

Quant aux employés , cela sera aisé à trouver; il s'en présente dix pour chaque place, mais le choix ne sera pas aisé k faire, et il serait bien intéressant qu'on •laissât ce choix au comité de santé, pourvu que ce comité soit bien composé.

Chevaux de peloton.

Une compagnie est chargée de fournir 600 voitures à deux roues altdées d'un

t'ï Lacuée avait écrit, le a 4 novembre 179a , la lettre suivante au ministre de la guerre sur Tordre donne par lui de suspeudre tout achat :

ff Citoyen ministre,

(rJ'ai été étonné d'apprendre que vous avez donné ordre de suspendre tout achat de grains et de fourrages, mais réfléchissant que c'est pour vous donner le temps de faire un plan générai, ma surprise a cessé; j'ai même lâché de profiter de cette suspension pour faire tomber dans le piège les accapareurs et pour faire prendre aux citoyens le désir de vendre au prix ordinaire du pays. J'ai en conséquence engagé le préposé des vivres à faire sonner celte nouvelle fort haut et j'espère que cela réussira.

trMais, lorsque vous donnerez ordre de recommencer les achats, je vous engage

à donner ordre aux préposés d'agir avec moins de bruit Dans l'espace de huit jours , le foin , par la foule de gens qu'ils avaient mis en campagne ou qui s'y étaient mis par cupidité, est monté de trente-cinq à cinquante francs; on m'en avait offert vingt -cinq quintaux à ce prix, je viens de remercier, attendu votre ordre.

ffLa paille est dans cette partie un objet bien rare; nous pourrions l'économiser en garnison, en ordonnant de donner an soldat pour sa paillasse de la menue feuille de blé d'Espagne. Celte paille est aussi saine, d'un coucher plus doux que celle du blé et très abondante cette année dans nos parages. Je ne doute pas que le soldat ne voie cet arrangement avec plaisir. Il serait, je crois, économique pour l'argent» et sûrement il le serait pour la paille-, que nous conserverions pour la cavalerie et la tente. «J.-G. LACDéi.n

[iQ DEC. 179Q.] MISSION À BAYONNE ET DANS LES PYRÉNÉES. âOl

seul mulet, et 3oo mulets d'aide. Je crois que le nombre des voitures est sufin sant, car on ne pourra pas même les conduire partout; il faudra au moins 1,000 mulets d'aide, et peut-être davantage.

Il est nécessaire de former Tapprovisionnement, afin de n'être point oblige de faire contribuer le pays.

S'il ëtait reconnu que les voilures ne peuvent servir, il faudrait calculer sur 3,000 mulets.

H y a une observation bien importante h faire, c'est de laisser cet équipage et tous les autres en arrière jusqu'au moment où l'on partira, afin de ménager les magasins; c'est en Limousin ou en Sainlonge qu'on doit les laisser jusqu'au premier coup fle canon.

Chevaux de parc.

J'avais calculé sur 3, 000, c'est-à-dire 760 chariots. La compagnie en doit fournir 1,000, mais ils ne doivent être attelés que de deux mulets. Je crois que cela ne suffit pas; vu la difiiculté du pays, il faudra ajouter à ce nombre; au lieu d'ajouter en chariots, je crois qu'il serait bon d'ajouter quelques centaines de mulets de bât.

Je ferai pour cette partie du service la même observation que j'ai faite pour les chevaux de peloton.

Tentes,

Je n'entrerai pas dans l'énuméralion des tentes et de leurs différentes parties , mais je crois le scr\'ice assuré, soit par ce qui est arrivé ou annoncé, soit par ce qui se pourrait faire dans le pays, soit par ce qui pourrait venir aisément de Paris.

Arlillene matérielle.

Me voici au grand et au difficile.

Le tableau n** 3 vous fera connaître notre demande et en même temps nos besoins, car il n'y a pas sur cette frontière une pièce de canon de trop dans les places. Convaincu que les armées françaises doivent principalement leurs succès h leur artillerie , et que sans cet agent puissant on ne doit rien entreprendre , parce que l'on ne peut rien exécuter, vous avez, dès votre arrivée, fait tout ce qui a dépendu de vous pour procurer à <^tle armée une arlillerie matérielle formidable. Achat et envoi de A 9 milliers de cuivre, transport de tous les vieux bronzes et vieux cuivres, demande d^ouvriers pour la fabrication des affûts et caissons, ordre de travailler h la construction de ces objets h Bayonne et à Bordeaux, envoi de commissaires h Rocliefort pour traiter des constructions et d'achats de canons; voilh une idée de vos réquisitions sur cet objet important.

Moi, de mon côté j'ai écrit et récrit au ministre. Je l'ai prié, pressé, je lui ai envoyé des soumissions pour du fer coulé , je lui ai indiqué tous les moyens que le besoin d'avoir dans ces contrées une artillerie matérielle pouvait et me devait inspirer, mais vos soins et les miens n'ont point été couronnés par le succès que vous deviez en attendre et que vous auriez obtenu , je ne dis pas si vous aviez été secondé, mais si vous n'aviez pas été croisé, combattu avec obstination. Le cuivre

302 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [la di5c. 1799.]

que vous aviez aclieU^ n avait pas été paye il y a huit ou dix jours; Tofficiei d'artillerie, directeur h Rayonne, n'a reçu ni ordre, ni fonds; ie directeur du pare ici n'a ni argent « ni bras, ni poudres, ni ordres; Tétat-major n'a pas une seule once de poudre, un seul canon, une seule gargousse; c'est au point que si la municipalité de Toulouse n'avait pas eu la bontë de nous prêter quelques cartouches, nous aurions été forces de faire partir sans munitions un détachement requis pour aller prdvenii* une insurrection dans un département voisin. Le petit nombre d'artilleurs qui se trouvent à Toulouse reste depuis un mois les bras croises, tandis qu'ils devraient agir avec l'activité la plus grande; car même avec tout le zèle possible , je doute qu'ils eussent pu , en commençant du jour de leur arrivée, faire tout ce que les circonstances exigeaient d'eux. Le ministre a plus fait; il y avait à Lyon de l'artillerie pour cette armée; eh bieni le ministre en a, dit-on, suspendu la marche et peut-être changé la destination. Il y a à Lyon un ateliçr magnifique; eh bien I cet atelier est , dit-on , dans l'inaction. Nous ne savons pas si Rochefort et Toulon travaillent; nous ignorons si le ministre a tiré quelque chose de Nice , de Mons ou de Malines , mais ce que je sais bien , c'est que le travail pour notre artillerie a été fait par les bureaux , qu'il a été présenté au ministre, mais qu'il est resté sans exécution, quoique le comité des finances et Cambon lui-même aient, m'a-t-on dit, approuvé la distribution des fonds proposés pour la formation d'un parc d'artillerie sur cette frontière.

Nota. — Je viens d'être instruit que les fonds vont vous être envoyés.

Citoyen, je n'aime pas la guerre, vous le savezi aussi si je presse si fort le ministre, c'est uniquement pour mettre cette frontière dans un état respectable, et parce que je suis convaincu que TEspagne étant actuellement notre ennemie et devant l'être jusqu'à ce qu'elle ail fait sa révolution , nous devrions même , en pleine et durable paix, former h Toulouse un parc d'artillerie pour 60,000 hommes, une fonderie, un arsenal, etc. Toutes les raisons mihtent eu faveur de cet établissement; vous les connaissez et je les ai détaillées dans une lettre écrite au ministre et que vous trouverez dans ma correspondance.

Armes.

En pariant des gardes nationales, je vous ai dit qu'il nous faut 4o«ooo armes et que nous n'avons reçu aucun sabre.

Souliers, chemises.

Les armées du Nord crient sans cesse qu'elles manquent de souliers. J'ai proposé au ministre d'en faire fabriquer h Hasparren^*\ où l'on en fait jusqu'à 7 ou 800 paires par jour, mais le ministre n'a point ré|)ondu ^'^

t*ï Le rapport porte Eiparen, mais il jet, le 8 octobre 179^, la lettre suivante

s^agit de la ville d'Haiparren, cbef-liou de au niimslre de la guerre :

canton des Basses-Pyrénces, dans Tarron-

j* Ain ' Navairenx, 8 octobre i7Qa.

dissement de Bayonne, renommée encore

aujourd'hui pour sa cordonnerie. «r Citoyen ministre,

(') En elTct Lacuée avait écrit à ce su- «A mon passage dans la petite ville

|ia Dec. 179Q.] MISSION À BAYONNE ET DANS LES PYRÉNÉES. 303

Des chemises pourraient aussi aisëment être faites dans ces conlrdes , car des fournisseurs de Montpeilier viennent acheter à Agen , iieu de rendez-vous de toutes les toiles , mais je ne sache pas qu il y ait des ordres.

Habiikments,

J'ai envoyf^ au ministre une grande quantité de soumissions, soit pour Tliabillement, soit pour des l(^gumes, du vin, de Teau-de-vie, mais point de n^ponse; il semble qu'on veut dtM!ourager ou mortifier les chefs de cette armëe , et leur Ater le désir de mettre cette frontière sur un pied respectable, mais on n'y réussira point. Tandis qu'ils conserveront leurs emplois , ils agiront et demanderont tout ce qu'ils croiront utile h l'armée : s'ils ne peuvent l'obtenir, ils déposeront l'autorité dont ils sont revêtus, car ils n'en sont ni amoureux ni jaloux. Je vous conseille, citoyen, de demander qu'on fabrique d'abord 18 ou 30,000 paires de culottes pour distribuer ou vendre au soldat dans le cours de la campagne , 3 ou A,ooo vestes et autant d'habits , et qu'on ne perde aucun instant pour terminer tout l'habillement tant de 1791 que de 1793.

Viande,

L'approvisionnement en viande , pour cette armée , ne m'est pas connu ; tout ce que je sais, c'est que beaucoup de personnes voulaient faire ici des traités.

Après avoir songé k l'armée agissante, je vais parcourir, d'un œil rapide, les places et les fortifications, ainsi que les cantonnements. Vous m'avez, par différentes réquisitions , chargé de plusieurs objets relatifs aux places; vous avez voulu que quelques-unes fussent mises a l'abri d'une attaque a la prussienne ; que d'autres vissent leur armement fortifié; que des forts fussent pourvus de quelques provisions de bouclic, comme riz et viande salée, et qu'il fut partout arrangé des hôpitaux sains et salubres, et fabriqué quelques lits pour les casernes.

J'ai transmis vos réquisitions au ministre , j'ai donné quelques ordres de détail pour leur exécution ; mais la théorie du ministre sur les réquisitions des commissaires de la Convention a presque tout arrêté. Cette théorie est consignée dans une lettre du ministre, en date du ûk novembre, et que je n'ai reçue qu'hier 1 1 décembre : ffEn envoyant des commissaires aux armées, la Convention a borné leurs

d'Hasparren, dans le pays de Labourd, ville Uïiiquomenl occupée de la (iibricatioii des cuirs et de la confection des souliers, je me sub enquis, comme je le devais, du prix et de la quantité qu'on pourrait me fournir. On m'a assuré qu'on pourrait en fabriquer /ioo paires par jour et qu'on les vendrait 3 francs 5 sols en monnaie et 5 francs en assignats. Comme les souliers n'étaient pas conditionnés ainsi que nous devons le désirer, car ils ont le talon trop petit et trop clroil , car ils ne sont pas

armés de clous, car ils sont cousus avec négligence, j'ai ordonné qu'on m'en fît 6 paires sur difTérenlcs pointures avec soin pour modèle et d'après des changements que j'ai prescrits : s'ils me paraissent bons, je vous les enverrai en vous demandant si je puis ou si je dois traiter pour celte fourniture; je crois que cet objet mérite une attention particulière et une réponse prompte. (T J.-G. Lacd£b.7i

(Arch. de la guerre, arm^e des Pyrrn^, reg. de Lacuée. )

pouvoirs; elle leur a interdit toutes fonctions administratives. Ils peuvent faire des n^quisitions , mais non ordonner des dépenses; ainsi, citoyen, toutes réquisitions, du {jenre de celles rju'ils vous ont adressées, si elles doivent occasionner des marchés, ne peuvent être exécutées qu'après que le ministre aura approuve les dépenses qu'elles exigeraient, y^ Cette théorie est une conséquence de la loi du i5 novembre, et par consé([uent I)onne aujounlUmi; mais peut-dle avoir un eflèt rétroactif? Mais cette théorie est-elle applicable à des pouvoirs aussi vastes que ceux dont vous êtes revêtu? Je ne juge pas cette question; obéir est mon devoir. Cependant je vais vous rendre compte de l'état des choses.

Fortificationê,

Le général Guillaume Resnier ^'^ commandant à Rayonne, se plaint que rien ne marche, qu'une seule redoute est entreprise, qu'elle ne sera terminée qu^en février, et que le reste est, dit-il, dans le même état où nous l'avons laissé. On ré|K)nd toujours au général Résilier qu'on attend les fonds. Je ne sais, je vous l'avoue , s'il se fait encore (juelque agiotage sur les fonds , ou si l'on est intéressé à faire crier les entrepreneurs, et par conséquent h faire languir les ouvrages; mais vous savez combien de plaintes vous avez reçues. On serait quelquefois tenté de penser que peut-être on ne vous a fait i*elirer le droit d'onlonner les paiements, que pour vous empêcher d'être juste, en faisant solder des malheureux qui ont donné h la nation leurs fonds, leur temps et leur industrie.

On se plaint de même que les travaux d'Hendaye ne marchent point avec l'activité que vous avez désirée.

11 est aussi besoin de presser l'armement que vous avez ordonné pour Saint- Jean, Navarrenx et lourdes. L'officier d'artillerie , qui a fait sa tournée avec nous, se plaint avec raison qu'il n'est pas secondé, et vous savez que vous n*avez demandé que l'absolu nécessaire.

Cantonnements,

Je reçois journellement des plaintes des troupes cantonnées sur les bords de la Ridassoa et de la Nive, au sujet de leur traitement; elles réclament avec force les deux sols que vous leur avez si justement accordés. Lorsque ces troupes pouvaient exiger la paye de guerre , ainsi que la loi les y autorise , ainsi que cela se pratique dans le Nord , c'est être bien maladroit de leur retirer le léger adoucissement que vous leur avez accordé. Je vous engage, citoyen, h faire régler tout cela à votre arrivée h la Convention.

fJts.

Le dernier objet dont je vous entretiendrai , ce sont les liLs. A votre arrivée k Rayonne, vous reconnûtes la nécessité d'en faire fabriquer, parce que les entrepreneurs n'en avaient qu'une trop petite quantité pour Rayonne, Saint-Jean-de- Luz, Navarrenx, Hendaye, etc.; parce que vous ne voulûtes plus que les habitants de ces contrées fussent foulés par le poids du logement en nature; parce que vous

t*^ C'est le général Goué, mentionné plus haut. p. aôa.

[i3 Dtc. 179Q.J MISSION A BAYO.N^E ET DANS LES PYRENEES. 305

ilcfsirMes que le soldai fiit rduni; parce que vous estimâtes que le loyer qu'on paye h riiabitant , quoique très cher, ne le dédommage point. Vous me requîtes de faire fabriquer cinq cents lils, parce que vous n aviez pas le temps d'attendre les trois mois que tout marche accorde à l'entrepreneur. La municipalité de Bayonne s'est prêtée à vos désirs avec un civisme et un désintéressement que la Convention a loué, et qui le méritait. Encouragé par cet essai, reconnaissant que les besoins n'étaient pas satisfaits , vous m'avez demandé une seconde fourniture et la municipalité s'est encore dévouée; mais elle éprouve aujourd'hui, ce h quoi elle ne devait pas s'attendre, des retards pour le remboursement des avances que ses commissaires ont faites, et ce sous prétexte de la loi du i5 novembre. Mais cette loi ne parlait que de l'avenir; donc tout ce qui avait été précédemment fait n'était pas dans le cas de la loi. Si les lits eussent été cliers ou mauvais , si le ministre n'avait pas été prévenu, les retards seraient à leur place; mais rien de tout cela n'est vrai.

Le ministre a été instruit à temps; il a approuvé la confection, et cependant les fonds n'ont pas été ordonnés. Quant aux prix des lits , ils ne coûteront guère , avec de très bonnes marchandises, que ia6 et i3o livi*es; et je sais que vos collègues des Pyrénées-Orientales en avaient fait adjuger h 200, qui depuis ont été réduits a 180. Je sais encore qu'à Pau on n'a pas voulu les faire h 170 livres. Pourquoi donc ne paye-t-on point? Je l'ignore, mais je soupçonne que la compagnie des lils militaires a voulu dégoûter les citoyens d'aller sur ses brisées et de montrer (piels sont ses bénéfices : je soupçonne que le ministre a voulu conseiTer la ligne de démarcation entre les jwuvoirs, afin d'en avoir un, sans faire attention si l'opération est mauvaise.

Le nîinistre, en approuvant la fabrication des premiers lits, m'a prescrit de faire des (iemi-fourniturcs : il a raison. J'en ai donné des oixires, mais nul ne veut se charger de la fabrication des châlits, ni nuhue les ordonner, parce que tout est enrayé par la loi du i5 novend)re. J'avoue d'ailleurs que je ne me serais point (iétermiué à donner 10 h 11 livres d'un lit de camp, lorsque le châlit en bois de chêne ne coûte que 1 a livres.

En me n'sumanl , citoyen , je vous dirai que dans les circonstances où. nous nous trouvons avec l'Espagne , il faut préparer une armée et que rien ne marche; (juo la paix fnt-eile assuri-e avec l'Espagne, il ne faudrait pas moins établir ici un parc d'arlillorie; (pie tout est enrayé par la loi du i5 novembi-e, et (pi'il est impossil)le ([ue nous marchions, soit en paix , soit en guerre, si, connue ceh vient de nous arriver à Pau, nous sonunes obligés d'avoir une autorisation spéciale du ministre pour payer le blanchissage des draps des sohlats. Je sens bien qu'il faut em[>echer des corps administratifs de disposer des deniers de l'Etat , qu'il faut mettre le plus grand ordre dans la j)erception et la défense de la fortune publique, mais il y a bien loin de là a la défense formelle de faire aucune dépense non autorisée par le ministre, surtout quand on est à deux cents lieues de Paris et dépourvu de tout établissement, et qu'il est nécessaire de déployer une grande activité. Je vous l'avoue, citoyen, convaincu que la guerre d'Espagne sera une vraie guerre, parce que je pense (pre celte conlnfe n'est |)oint umrc à la liberté, je dois vous dire que dans l'état actuel des choses, il est, nc^ pas inqx)ssible de se mettre en défensive

ï' no

306 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [i3 d^c. 1799.]

contre J'Espagne, car nous y sommes h peu de choses près, mais dagir ofiensivement couti*e celte ])uissance avant le mois de septembre. Mes raisons sont que tout nous manque, que nos troupes ne sont ni formées, ni exercises, et qu'il serait souverainement imprudent d'entrer dans le pays, si nous n'y menons une armée bien approvisionnée sous tous les rapports et habituée, je ne dis pas à combattre, mais à marcher, à camper, et vous conviendrez que nous ne pouvons obtenir tout cela que dans le cours de Vêlé. Je dirai plus, c'est que nous ne devons peut-être entrer en Espagne que |>endant Fhiver, alin de prévenir les maladies, eflet de l'extrême chaleur du climat. Quant h moi , je me garderai bien de servir comme chef de quelque parti , si je ne suis pas certain que tout ce que je vous ai demandé par ce mémoire nous sera accordé , car tout est nécessaire. Je pense que la patrie , h qui je dois mes services et ma vie, n'est pas en droit de m'ordonner de concourir, autrement que de mes facultés physiques , a une expédition pour laquelle elle ne nous aurait pas fourni tous les moyens de vaincre l'ennemi , en ménageant en même temps le sang de mes concitoyens et assurant leur subsistance. Je vous le dis avec franchise, si l'on entre avant septembre et sans être sur un excellent pied, on fera en Espagne une campagne a la Brunswick ^*^

J.-G. LACoés, chef de Vêtat-major,

(Imprimé à la suite du rapport de Carnot, Garraa et Lamarque à la Convention sur iear misaion à Tannée des Pyrénées. )

TOULOUSE, \*J DECEMBRE 17g9.

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