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DEC. 179Q.] MISSION À BAYONNE ET DANS LES PYRÉNÉES

Aujourd'hui le département a nommé les deux citoyens D'Arpres et Liçnac pour aller dans toutes les bibliothèques du département de la Haute- Garonne rechercher les livres qui contiennent des principes opposés à la révolution pour les faire brûler.

On a démoli les flèches des clochers pour avoir les dalles de plomb qui les recouvraient.

On a fouillé et démoli dans les terres et dans les murs, pour en avoir les tuyaux de plomb de conduite des eaux.

11 n'est aucun couvent qui n'ait été horriblement dégradé : on en a enlevé, depuis l'évacuation, croisées, portes, chambranles, plaques de cheminées, et généralement tout ce qui était cloué et fiché.

Aujourd'hui on voiture publiquement le mobilier des émigrés dans la maison commune, sans inventaire.

On y a déjà porté soixante douzaines de serviettes de Flandre, des plus magnifiques, d'un seul particulier.

11 existait dans les églises supprimées une quantité immense de rampes, balustrades, chandeliers, lampes et autres ustensiles de cuivre ou (le laiton, des morceaux de sculpture les plus précieux, tels qu'un (ihrisl en ivoire donné par un grand-duc de Toscane.

Un tableau représentant une vierge par André del Sarte, on n'a pu en suivre la trace.

Le linge trouvé dans les couvents de filles était immense et leurs chapelles très précieuses par les peintures, les marbres; et les arts regretteront toujours l'expoliation de ces maisons.

(Arch. dëp. de la Haute-Garonne.)

TOlLOrSK, IQ DECEMBRE 1792. LACUNE A CARNOT.

Toulouse, 19 décembre 1799* Tan 1" de la République française.

y.-C. LACUÉS, ADJVDAST GESÉttAL DE UAhUKR DES PYRENEES À L. r.AR\OT, COMMISSAIRE DE LA COSTESTIOS NATIONALE AUX FRONTlèRES DES PYRENEES.

Par votre ré(piisilion, en date du 9 de ce mois, vous nie demandez Télat où se trouvait la fi*onlière des Pyréni^s, au moment de notre arrivée, ce qui a été fait pour sa défense, tant en levée d'honnnes qu*en approvisionnement de guerre et on travaux de forlilications; vous voulez que je vous dise quelles sont les mesures (jui ont été prises pour Tinstruction des troupes, leur casernement, leur disci- |)line, leur tenue, hahillemenl et équipement, ainsi que pour leur subsistance, le soin des malades, rétablissement et la foiu*niturc des hôpitaux.

290 CORRESPONaVNCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [la oie. 179a.]

Vous me recommandez de ne pas oublier les difficultés d'exécution que j ai rencontrées, les abus qui ont pu entraver ma marche, la situation précise des affaires dans le moment actuel, les besoins qui nous restent, et enGn les moyens par lesquels je pre'vois qu'il serait possible d*y satisfaire avec toute réconomie que nous devons désirer et la promptitude qu'il importe de donner à nos dispositions militaires pour qu'elles obtiennent le succès que nous avons droit d'en attendre.

Je vais, citoyen, répondre le plus succinctement possible à vos demandes, mais je dois vous prévenir qu^il me sera impossible de vous dire rien de positif sur la partie des Pyrénées, au delà de Toulouse, parce que ne Tayant point visitée moimême , je serais forcé de m'en rapporter k des comptes qu'on m'a rendus , et je ne puis répondre que de ce que j'ai fait ou \ii par moi-même.

Je vais conmiencer par les troupes.

Au moment où nous sommes arrivés sur cette frontière, il y avait depuis Bayonne jusqu'à Toulouse :

Le fonds de trois régiments d'infanterie de ligne;

Un bataillon d'infanterie légère;

Un dépôt du cinquième régiment de cavalerie;

Cinq bataillons de volontaires nationaux.

Cette force s'est accrue de deux bataillons, venus, l'un du département de la Dordogne, l'autre de la Haute -Vienne, de deux bataillons levés, d'après vos réquisitions, dans le département de la Gironde, d'un dans le département de Lot-et- Garonne, d'un dans le département du Gers, d'un dans le département du Lot, d'un dans les Hautes-Pyrénées , et d'un dans les Basses-Pyrénées. Je ne parie point ici d'un bataillon de la Haute-Garonne, que le défaut de solde a fait licencier; j*y reviendrai plus bas. Ces troupes, réunies h celles qui étaient au delà de Toulouse, forment un corps de â 3,8 00 hommes ou environ, et dont le tableau est ci-annexé sous le n" 1 .

Vous auriez , citoyen , une idée trop avantageuse de nos forces , si je ne vous disais pas im mot sur les différentes espèces de trou[)es dont le nom vous est consigné sur ce tableau.

i" Infanterie de ligne.

Les régiments d'infanterie de ligne sont tous très loin du complet et je ne vois point de moyens de les compléter. Les volontaires absorbent les hommes qui se destinent h la défense de la patrie, et les recrues que fournissent les municipalités sont généralement loin d'être bonnes.

L'instruction est faible et ne j>eut guère être perfectionnée de quelque temps, parce que les officiers sont en grande partie trop jeunes ou trop vieux.

La discipline est pres({ue partout plus que relâchée ; vous en avez été le témoin.

Les masses des corps sont en mauvais ordre et celles des soldats sont encore dans un état plus déplorable.

Les troupes sont mal vêtues ; il en est (]ui n'ont point encore reçu tout ce <pi'il leur fallait pour 1791.

L'armement des troupes de ligne est bon.

[iQ DiSc. 179Q.] MISSION À BAYONNE ET DANS LES PYRÉNÉES. 291

2* Infanterie légère.

Nous n avons quua seul bataillon, mais il est bon; vousTavez vu; malheureusement il est loin du complet; il devrait avoir 698 hommes pour le pied ordinaire, il nen a que 5oo environ; de là k 1,01 5, grand pied de guerre, le déficit est énorme.

3* Cavalerie de ligne.

Nous n'avons en cavalerie de ligne que des dépôts composés, suivant Tusage, de très vieux chevaux et de très jeunes cavaliers. L'instruction, le complet, la discipline sont comme dans Tinfanterie; on ne peut guère se promettre de grands succès avec de la cavalerie de ce genre contre la cavalerie espagnole.

4* Dragons.

Nos dragons sont à peu près comme la cavalerie.

S*" Hussards.

Il n'y a point de hussards dans cette armée , il serait bon d'y en avoir au moins un régiment : il faut un peu frapper les yeux.

Remontes.

Je vous observerai , quant aux remontes , que nous serons infiniment embarrassés pour les faire, le pays étant dépourvu de chevaux jeunes et vieux. Nous n'éprouverions point cet embarras, si on n'avait pas fait une extrême dilapidation des chevaux des émigrés et des chevaux de luxe.

Je vous dois, citoyen, une observation sur les haras en général. La ci-devant Navarre, le Béarn et le pays basque fournissaient jadis une quantité très considérable de chevaux très bons. Aujourd'hui, ces pays n'en fournissent presque plus, parce que l'Espagne achète tous les mulets qu'on veut lui vendre , les achète dès l'âge de six mois et les paie très cher. 11 serait bon, citoyen, non d'empêcher cette espèce de commerce , — vous connaissez ma théorie , je suis ennemi de tout système prohibitif, — mais de donner des primes d'encouragement aux citoyens qui élèveraient la plus grande quantité de chevaux, et des prix h ceux qui élèveraient les plus beaux ''^

^'^ Lacuée écrivit, le 1 1 novembre 1799 , la lettre suivante au sujet des mulets (Orig., Arch. de la guerre, armée des Pyrénées) :

Pau, ie 11 norembre 179a.

<r Citoyen ministre, «r Le dôparlement des Basses-Pyrénées a depuis quelques années tourne une partie de son activité vers Téducation des mulets; il serait donc possible, en s'y prenant de bonne heure , de faire ici des levées nombreuses en mulets, mais il ne faudrait point perdre de temps. Les chevaux de peloton, ceux des vivres et de Tartillerie

doivent tous être remplacés par des mulets, et parce que ces animaux valent mieux dans ces climats, et parce que nous ne consumerons point ainsi les chevaux qui sont déjà trop rares.

r(V adjudant général de V armée det Pyrénée», (T J.-G. LACcéB.n Le 1/1 novembre i-yga le citoyen Thahaud avait offert au ministre de la guerre de lui fournir les mulets nécessaires k Tarmée des Pyrénées. (Arch. de la guerre, année des Pyrénées.)

292 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [19 Die. 1799.]

Recrues.

Je vous ai parle de la difficulté ou même de Timpossibilitë de compléter les régiments de ligne, tant à pied quà cheval. Cette impossibilité, au moins, est réelle avec des Français, mais si le ministre TeAt voulu, s'il le voulait encore, cette impossibilité disparaîtrait II ne faudrait pour cela, ainsi que je le lui ai mandé deux fois , que de faire passer dans ces contrées des déserteurs ou même des prisonniers allemands et prussiens. Vous sentez, sans que je vous les dëtaiBe, tous les avantages politiques , militaires et économiques de cette translation.

6' Légion des Pyrénées,

L'Assemblée législative, convaincue de la m^essité d'établir une armée sur cette frontière, décréta, le 16 sc[)tembre, qu'il serait formé une l^on nationale, nommée des Pyrénées, composée de 1,600 hommes d'infanterie, 600 hommes de cavalerie, s 00 hommes d'artillerie et 100 ouvriers, et qu'elle aurait, outre l'artillerie de bataillon, une compagnie (rartillerie h cheval.

Le ministre d'alors assigna Auch pour la réunion de l'état-major de cette l^on, et indiqua le 1" novembre pour l'époque de son rassemblement Eh bien, le 1*' décembre seulement, le ministre, que j'avais stimulé en octobre, a donne des ordres pour le logement de ce corps; mais il n'en a donné aucun pour sa levée, je veux dire pour les fonds; et vous savez quel embarras ce corps eût éprouvé, si nous n'avions pas obtenu 100,000 livres du département du Gers; si le payeur des Basses-Pyrénées n'avait point mieux aimé courir le risque de se compromettre que de laisser manquer k ce corps l'occasion d'acheter des chevaux; si le général Dubouquet n'avait pas aussi pris sur lui d'ordonner qu'on lui livrAt qudque argent Sans ces moyens ce corps se serait dissous et la France aurait perdu une troupe , qui , par la composition de ses officiers , me fait concevoir les espérances les plus grandes.

Il sera essentiel cpie vous veuillicz bien presser le ministre de pourvoir à Tarmement de celte troupe, et h ce (ju'il lui soit distnbué de bonne heure rartiflerie dont elle a besoin.

Lé|)[ion des deux mers.

Vous avez reconnu la nécessité de former pour cette armée une seconde légkm. J'espère que votre demande aura été accueillie; mais si elle ne l'avait pas été avant votre arrivée , je vous engagerais à acccflérer l'émission du décret que vous avei sollicité.

7° Mtquelets ou légions des Montagnes,

Versé dans la connaissance de Thistoirc et dans la science de la guerre, vous avez connu <le bonne heure qu'on ne pouvait, voidant se mettre en mesure contre l'Espagne, se passer d'avoir l\ sa solde une nuée de miquelets; vous avei voulu . d'ailleurs préparer des cadres pour l'emploi des déserteurs espagnols, je veux dire pour leiu* annr^ de ligne ; vous m'avez en conséquence , par deux récpiisitions successives, prescrit de lever six compagnies, formant un bataillon: cet ouvrage

[i3 DEC. 179Q.] MISSION À BAYONiNE ET DANS LES PYRÉNÉES. 293

a été commence^ et avec un grand succès ^'^ Beaucoup d'Espagnols, un grand nombre de miquelets, beaucoup de montagnards ont accouru. Les compagnies sont presque complètes, mais nous ne savons comment les armer, les habiller, et qui plus est, les solder; c'est au point que, sans le civisme du citoyen Martinez, premier capitaine de ce corps , qui les a vêtus et soidt^s pendant deux mois , et le dévouement du citoyen Laus8at^*\ payeur des Basses-Pyrënëes , nous aurions ëtë forcés de licencier ce corps , et vous sentez quel effet funeste cela aurait produit. Cependant j'ai envoyé les réquisitions au ministre , et ce dès le mois d'octobre. 11 est vTai qu'il n'a pas répondu , mais se taire quand je lui annonce que j'agis d'après vos ordres, c'est selon moi répondre qu'on agit ou qu'on agira.

Citoyen , j'espère que vous ne perdrez pas im instant, dès votre arrivée k Paris, pour faire décréter les fonds nécessaires a cette légion. Je penserais même que vous pourriez écrire d'ici et que vous devriez demander qu'au lieu de six compagnies on en formât trente-six , je veux dire quatre bataillons.

8"" Balaillom de volontaires nationaux.

Nous voici arrivés à un article , qui seul exigerait un vohune : mais comme vous avez tout vu , je pourrai être court.

Les bataillons que nous avons sont presque tous levés depuis votre arrivée sur cette frontière, et c'est déjà beaucoup dire.

Force.

Ces bataillons ne sont pas complets, et vous savez qu'il sera difficile de les compléter.

^'* Le général Servan écri\il, le 18 décembre 1799, au ministre de la guerre la lettre suivante sur les Miquelols (Orig., Arch. de la guerre, armée des PjTénées) :

Toulouse, le 18 décembre 179t.

^Le commandant en chef de l'armée det Pxfrénées au ministre de la guerre.

ffJe ne saurais m\»mpécher, citoyen ministre , de vous réitérer les observations des commissaires de la Convention sur un bataillon de Miquelets, prêt à se dissoudre faute de paye; vous sentez cependant combien , si l'on veut faire la guerre , ou bien mieux Tempécher, il est important, non seulement de conserver, d'encourager, mais encore d'augmenter le nombre de ces troupes, sans lesquelles il est impossible de faire la guerre avec les Espagnols, ainsi que de leur persuader que vous vous mettez en mesure pour vous défendre ou attaquer. Je soumettrais en conséquence à votre sagesse la proposition

de pousser jusqu'à quatre bataillons de miquelets, que je crois indispensable de lever dans ce moment, à moins d'une décision formelle sur la non-formation de l'armée des Pyrénées et du rapport du décret sur cet objet.

rtije commandant en chef de V armée dêt Pyrénées,

(T Joseph Serva5.»

^'î Pierre-Clément de Laussat, né à Pau le 33 novembre 1766, receveur générai des finances dans cette ville en 1789, payeur général à l'armée des Pyrénées en 1799, député des Basses-Pyrénées au conseil des Anciens le 98 germinal an v (17 avril 1797), membre du Tribunal le a 6 décembre 1799, préfet de la Louisiane en 1809, puis de la Martinique, préfet à Anvers et à Mons de 1819a 1816, député des Basses-Pyrénées le 1 3 mai 1 8 1 5 , administrateur de la Guyane française le 1 6 mai 1819, mort à Pau le 1 o avril r835.

294 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [19 d^. 1799.]

Composition physique.

Le désir de former des compagnies a fait admettre des hommes de toutes tailles et de tout âge; de là des enfants, des vieillards, des hommes bibles et valëtudi* dinaires : nous serons heureux si nous pouvons mener à la guerre les trois quarts de ce qui sera réuni sous chaque drapeau.

Composition morde.

La composition morale est encore plus défectueuse que la composition physique. Vous avez vu quel esprit de cupidité anime la plupart de ces hommes qui ne devraient être guidés que par le civisme; quel esprit de licence parmi des hommes qui, au nom de la loi, devraient être immobiles et muets. Tout cela passera, je Tespère, dans les camps; mais il faut absolument, vous Tavez bien senti, une manière d'éloigner de Tarmée tous ceux qui la déshonoreraient par leur insubordination, leur cupidité, ou par Y esprit agitateur dont ils seraient animés. Permettez-moi, citoyen, de recommander cet objet h votre sollicitude.

Oflicicrs et sous-officiers.

C'est ici le mali labes; vous savez si tous sont dignes de leurs em[dois, vous savez si la plupart ne les doivent point h Tintrigue, à Tor ou au cabaret, aussi . . . , vous lavez vu. 11 serait encore possible , citoyen , de remédier à tout cela : deux moyens se présentent : une nouvelle élection a jour Oxe, ou, ce que je prëférerais, une loi qui ordonnât qu'h lavenir on sera tenu de choisir les lieutenants-coloneb parmi les capitaines, les capitaines parmi les lieutenants; ainsi de grade en grade. Soyez assuré, citoyen, que ce nVst que du jour où cette loi sera promolguëe que Tordre et Tinstruclion arriveront, et que nous verrons Tintrigue et les autres moyens vils disparaître. Cette manière de monter aux emplois devrait peut-être être transportée dans la ligne ; elle est excellente. Daignez y réfléchir et vous vous en convaincrez.

Instruction.

Nidle ou presque nulle. Il manque de moyens, tant actifs que passifi, je veux dire d'instructeurs et de lois. Le défaut d'instructeurs vient des bataillons; le dé&ut de lois du ministre. Il serait essentiel qu on obligeât le ministre à exécuter la loi du 7 août 1793. 11 serait encore essentiel qu'on fît faire im bon recueil de toutes les lois et règlements qui les concernent et que Ton se hâtât de leur en envoyer le nombre déterminé ])ar un décret du Corps législatif, qui est resté sans exécution*

Hahillcment.

Cette partie, vous l'avez vu, citoyen, a souffert les plus grands retards. Les troupes de ligne et les bataillons sont dans un état réel de délabrement; cependant j'ai transmis au ministre la réquisition que vous m*avez faite, au moment où vous avez su que la Convention nationale avait mis à la disposition du ministre une somme de vingt millions pour être employée à l'habillement des troupes. Je lui ai demandé, conformément à vos vœux, (piatre ou cinq millions pour cette armée.

[ta Di?c. 179Û.] MISSION À BAYONNE ET DANS LES PYRÉNÉES. 295

Je sais que le niinislre a demande des ëtats, j'imagine qu ils lui ont ëtë envoyés; mais je n'ai encore aucune certitude qu'il y ait eu des corps habillés. Je dois vous le dire, soit négligence des départements, soit mauvaise foi des fournisseurs, les premiers babils donnés aux bataillons ont été mauvais et très mauvais.

Équipement militaire.

Beaucoup de bataillons manquent de cet équipement; mais comme les fournitures de ce genre sont de longue durée, et que Farmée en doit être pourvue, si le ministre le veut un peu , nous n'avons rien à désirer h cet égard.

Petit équipement.

Parmi les olyels qui composent le petit équipement, les guêtres sont ce qu'il y a de plus défectueux : il sera presque indispensable d'en faire faire à tous les bataillons. 11 y a eu encore plus d'incime et de mauvaise foi sur cet objet que sur tout autre. J'aurai l'honneur de vous observer qu'on doit bien se garder de les faire faire de laine : des guêtres de toile grise, c'est tout ce qu'il faut. Faites tenir la main avec une extrême rigueur a ce que la retenue des deux sols , prescrite par la loi , soit exécut('e, et cette partie marchera avant peu, surtout si l'on donne quelque attention h la fabrication des souliers.

Armement.

Cet article est des plus en arrière; un très grand nombre de bataillons n'ont point leur complet. Presque tous ont de mauvaises armes. Il faudra les anner tous, si nous entrons en campagne, et nos magasins sont vides. Rien ne nous vient du Nord, parce que la Belgique absorbe tout. Il faut, citoyen, ^0,000 armes neuves pour cette armée, sous peine de ne pouvoir la faire agir. J'ai fait, à cet égard, un très grand nombre de demandes au ministre, mais je n'ai pas même obtenu des espérances.

Je dois vous observer que nous manquons encore plus de sabres que de fusils.

Je dois vous dire enfin que les départements du territoire de cette armée, même de l'extrême frontière, ont été en^èrement désarmés, qu'ils s'en plaignent, qu'ils en murmurent, qu'ils ont raison, que cela est peu politique et qu'il faut y pourvoir.

9" Compagnies de chasseurs à pied.

11 y a sept de ces compagnies : trois du département de la Haute-Garoime; deux du Gers; une de la Gironde; une de Paris.

Si on ne réunit point ces compagnies pour en former le noyau de la légion des deux mers, au moins devrait-on les réunir en un seul bataillon; ainsi on leur donnerait de l'ensemble , on leur ferait acquérir l'instruction dont elles ont besoin.

1 0*" Compagnies de chasseurs volontaires h cheval.

Il y a une compagnie de celte espèce dans le département de l'Hérault, il y en a u Bordeaux , il y en a à Clairac , à Toulouse. 11 serait utile qu'on les réunit de

296 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [ta nrfc. 1799.]

bonne heure , pour les exercer : cela pourrait se faire en vertu d*un décret de la ic^islature , mais je pense qu'il vaudrait mieux que la Convention en rendit un nouveau.

11** ArlUlene personnelie.

L'artillerie est incomplète « au moins celle qui est à Perpignan et à Toulouse ^*\ car j'ai fait compléter en soldats celle de Rayonne. Je vous observerai néanmoins que les deux compagnies de Rayonne n'ont à elles deux que deux oiBciers; je ne sais h qui en est la faute , mais vous sentez h merveille combien il est instant de la réparer.

Ces cinq compagnies fiissent-elles complètes. eUes seraient beaucoup trop peu noml)reuses. Convaincu qu^il im{)orted'avoirdes hommes habitués aux manœuvres du canon, vous m'avez requis de former une école h Rayonne; celte ëcole est formée, mais elle aurait grand besoin d'être fortiûée par quelques oflBciers d'artillerie. J'en ai demandé au ministre , il en enverra sans doute. Cette école aurait besoin d'être encouragée : l'ofTicier qui est h la tète de cet établissement n'a point encore obtenu ce que vous aviez demandé pour lui. Peut-être faudrait-il que le ministre écrivît une lettre exhortatoire aux officiers et soldats d'artillerie qui sont à Rayonne , et surtout qu*il promit aux instructeurs des gratifications. Us les méritent, ils les demandent, j'ai cru pouvoir les leur promettre.

Mineurs.-

Nous avons quelques mineurs h Perpignan ; le nombre n'en est pas assez considérable; si nous en voulons a Figuièi*es, au château de Saint-Sébastien, nous serons obligés d'en avoir une quantité plus grande.

^^ Le ministre Pache avait envoyé une compagnie de canonnière à Toulouse le 37 octobre 179a (Arch. de la guerre, armée des Pyrénées, reg. B) :

Paris, le «7 octobre 179*.

ffl^ mini$tre de la guerre au général Servan.

ffJe vous préviens, citoyen général, que je donne des ordres pour faire pasvser d'ici à Toulouse la seule compagnie de canonnière dont je puisse disposer; vous connaissez mieux que moi Télat de dispersion des troupes du corps de rarlilleric et combien il est insuffisant dans les rireonstnnces arluollos, ayant à servir à la fois rarlilleric de plusieurs armées ot à défendre les nonibreus«^s placos frontières de la République.

ffLa compagnie, que je vous envoie, est celle du 1*' régiment qui a été faite pri-

sonnière à Longwy, et qui ne pouvant plus servir dans le Nord, pourra sans difficulté être employée au Midi; elle est accompagnée de i^escouade d^unc compagnie du 6* régiment qui était aussi à Longwy. Elles sont fort incomplètes, mais vous avei à votre disposition les moyens de la compléter, en prenant des hommes de bonne volonté dans les régiments de ligne ou dans les ])ataillons des volontaires nationaux qui sont à votre armée.

(rJe sais que cette augmentation aux quatre compagnies de canonnière que vous avez à Perpignan ou à Rayonne , ne peut pas suffire au service de votre artillerie, mais je connais toutes les rcasources que vous fourniront les compagnies de canon* niers des bataillons de volontaires nationaux , et je suis parfaitement tranquille & cet égard. (tPacbi.»

[la DEC. 179a.] MISSION À BAYONNE ET DANS LES PYRÉNÉES. 297

Ouvriers.

Nous avons à Rayonne quatre ouvriers et une escouade à Perpignan, pour construire, réparer ou entretenir un train d'artillerie : ce n'est pas assez. Peutêtre faudrait-il quatre compagnies : qu'on nous en donne deux, cela suffira, ou du moins nous pourrons aller.

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