‹ Correspondance générale de CarnotChapitre 177 sur 207 · FÉVRIER · texte numérisé non relu

FÉVRIER

LE MARECHAL DE CAMP LACuIb À CARNOT.

16 février 1793.

Je vous remercie, mon cher Camot, des soins que vous vous êtes donnés pour me faire élever au grade de maréchal de camp ^^K J*avoue que je ne Tespéraîs plus de Tami Paclic. Je ne suis point, je Tavoue, encore très content de lui devoir ce grade, car comme il n'a fait que des sottises, je crains qu'il n*ait Gni comme il avail commencé.

Servan est arrivé avant hier de Perpignan; il partira demain; fl passe par Lyon poiu* voir les arsenaux, les manufactures de cette ville; de là U courra à Paris. Il emporte tous les mémoires dont il a l)esoin; aussi j'espère qu'à son retour il sera en mesure.

Je vous remercie d avoir fait décréter la légion des montagnes; si ce corps ressemble à son uoyau , ce sera le meilleur de la République. Ce brave Martinet ^*) sera, conmie vous le jugez bien, lieutenant-colonel d*un bataillon; il y a tous les droits possibles.

Si nous avons l'art de bien persuader aux Espagnols et par des faits, que nous n'en voulons ni à leur religion, ni h leurs madones, ni à leurs propriété, la République aura bientôt une alliée fidèle dans l'Espagne; ils viendront au-devant de nous; nous avons de grandes espérances à ce sujet; mais il faut que nous ayons une armée bien outillée, afîn que les Catalans et autres puissent sans crainte se livrer à leur penchant pour la liberté.

J'ai appris avec plaisir qu'IIassenfratz n'est plus au bureau ^^^ C'était un fin compère , et le désb* de sauver la responsabilité qu'il avait encourue l'aurait pu porter à chicaner les autres.

t^J I.,e8 deux fils de Buûtsart. (Cf. Victor Barbier, Lettret inéditeê de Augwttm Robespierre, p. 18.)

^•î Je prie M. Victor Barbier de croire à toute ma (gratitude pour sa bienveillante rx>niinunication.

(') Lacuée avait été promu maréchal de camp le 3 février 1793.

^*ï Prime-Félicien Martinez, né à Logrono (Espagne) en 17^8, cadet-gentil-* homme dans le régiment d^AIgarbe en

Espagne de 1776 à 1780, c^taine au 1" bataillon des chasseurs des montagnes le 3i octobre 1799, chef de bataîOoii le 9 février 1 793 , chef de brigade de la l^on des montagnes le 19 thermidor an m (6 août 1795), réformé le 98 fnididor an If (18 septembre 1796), commandant de la 997* compagnie des vétérans le 1" brumaire an vi (99 octobre 1797)*

(*) Hassenfratz avait été nommé membre de la commûîsion des armes.

[iGpév. 1793.] ACTES DE CARNOT À LA CONVENTION. 383

J^ai reçu les &oo,ooo livres annoncëes; avec le secours de radministration de riiabillemcnt , des 900,000 livres affeetc^cs h cet objet, nous mènerons loin; il faudrait à présent 900,000 livres pour Féquipement militaire, autant encore pour l'armement et autant encore pour Fartillerie.

Vous avez bien fait de cëder aux désirs de vos collègues relativement à la phrase mise pour nous. Quand nous pourrons, mou cher ami, un peu philosopher sur le sacrifice que vous avez été forcé de faire à la concorde, nous en aurans de bonnes à dire. Véritablement les hommes valent bien peu qu'on les aime, qu'on les serve pour eux. Celui qui ne fait pas tout pour sa satisfaction intérieure est un sot ou un fou. Je ne puis cependant pas savoir l>on gré à Garrau et h Lamarque d'avoir changé si promptcment d'opinion sur mon compte et sur celui de Pache ; moi je n'ai pas changé sur le leur, et j'imagine que je ne changerai point.

Vous m'avez fait plaisir en m'annonranl qu'on me croit dans l'Assemblée de la probité ; on a raison : on ne me croit peut-nôtre pas assez de civisme ; on a raison, si le civisme glt à vouloir l'anarchie et h désirer que les convulsions durent, si l'on pense que je puis approuver les pointes de Custine , etc. A cela près ou peut-être par delà même , j'ose défier la Convention d'aimer plus véritablement la liberté , l'égalilc^ et la République.

Si le ministre a pris, comme on le dit, Vauchelle^'\ Arcambal ^*\ Miot ^^\ Saint- Paul ^*\ etc. , pour adjoints , je n'y entends plus rien ^*\ mais je ne crois pas h celte

(') Commissaire général des poudres et salpêtres à l'arsenal de Paris en 1789, premier commis de l'artillerie et du génie au ministère de la guerre en 1791, oncle de Miot. (Cf. Mémoire» de Miot., I, Sa.)

(^) Jacques-Philippe Arcambal, ne au Puy le 3 décembre 1701, premier se.Tétaire du département de la guerre de 1788 à 179a, commissaire des guerres le i" octobre 1791, directeur du matériel de la guerre sous les ministères de Petiel et de Scherer' ordonnateur en chef de l'armée de Championnet à Naples, où il remplit les fonctions de ministre de la guerre de la Republique parthénopéenne (1799), secrétaire général du ministère de la guerre du a 3 ventôse an x au 1 3 thermidor an xi (i4 mars i8oa au i" août i8o3), intendant général de la maL<ion du roi Murât le a5 mai 1809, directeur général de la guerre à Naples en 181 3 et 181 4, mort à Paris le 37 mars i863. (Cf. Fatteê de la légion d'honneur, IV, an.) Arcambal était beau-frère de Miot. (Cf. Mémoireê de Miot, I, 32.)

^^ï André-François Miot, né k Versailles le 9 février 1 76a , commissaire des guerres en 1788, chef de bureau, puis de division au ministère de la guerre d'octobre 1789 à septembre 1799, commissaire des relations extérieures du 1 8 brumaire au 1 /î nivôse an III (5 novembre 179 A au 3 janvier 1795), ambassadeur à Florence en 1795, membre du Tribunal le 9 5 décembre 1799, conseiller d'Etat le 99 septembre 1800, ministre de l'intérieur du roi Joseph Bonaparte à Naples en 1806, surintendant général de la maison de ce prince à Madrid en 1 808 , comte de Melilo le ai février 181 /î, mort à Paris le 5 janvier 1861. Il a laissé des Mémoirt» publiés en i858 et formant trois volumes in-8*.

^*) M. de Saint-Paul , commissaire ordonnateur des guerres, avait été premier commis du ministère de la guerre de 1781 à 1799.

(^^ Tous ces personnages étaient des royalistes constitutionnels qui avaient ëlë renvoyés de l'administration de la guerre et décrétés d'arrestation après le 10 août

384 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE GARNOT. [17 Fiv. 1798.]

folie ^'^ Osez pour nous procurer des armes, je veux dire des fusils, des canons, des sabres, etc.

Adieu, je vous embrasse bien tendrement. Je vous prie de nouveau, mon cher Gamot, de m'envoyer la collection des décrets de Baudoiiin ^*\ en commençant au 1" janvier 179a ^^K J'ai tout ce qui précède.

(Areh. de la guerre, année des Pyrénées, reg. E, u* Sa.)

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