RAPPORT DE M. ALRERT SOREL
M. Albert Duruy propose de publier dans le recueil des Documents inédits la correspondance de Carnot.
Cette correspondance embrasse les années 1798 à 1797. Elle a trait aux opérations militaires que Carnot a dirigées pendant ces années, tant comme membre du Comité de salut public que comme membre du Directoire exécutif. Les lettres de Carnot n'ont point, en général, de caractère technique. Carnot dresse des plans, donne des directions d'ensemble el laisse aux généraux à décider, sur le terrain, le détail des opérations. C'est précisément ce qui imprime à ses lettres le caractère d'une grande correspondance d'Etat et ce qui permet de les faire entrer dans le recueil des Documents inédits sans que l'on risque le moins du monde d'en forcer le cadre historique.
La correspondance de Garnot est conservée tant au Dépôt de la guerre, pour la plus grande partie, qu'aux Archives nationales. 11 y a aussi aux Aflfaires étrangères de nombreuses copies qui permettraient, le cas échéant, de compléter les séries. M. Albert Duruy, qui poursuit depuis plusieurs années des études documentaires sur Tbistoire des armées de la République, a dépouillé ces papiers. Il estime qu'un volume du recueil suffirait à en publier la collection.
L'intérêt historique de la publication ne nous a pas paru discutable. Elle présentera dans ses données primitives, dans sa suite, dans ses motifs, l'ensemble des opérations de guene pendant la période la plus fameuse de la défense nationale. Cet intérêt sera d'autant plus vif et la publication des lettres de Carnot nous semble d'autant plus opportune que la Commission des archives diplomatiques a entrepris la publication de l'inventaire analytique très détaillé des papiers de Bartliélemy ^*-K Cet
'^ ^w/Ze/m, scclion (l 'S sriences oco- sadeur do France en Suisso, i79*inoniiques et sociales, p. 6. *797' puhlics par M. Jean Knnick;
^'' Popters de Barthélemij, ambas- 1886-1889, ^ vol. in-ii".
AVERTISSEME^T. ni
ainbassadcur dirigeuil les négociations et renseignait la France sur les aiïaires de l'Europe, dans le même tenips que Caruol, à qui les avis de Barthélémy étaient infiniment utiles, dirigeait les opérations de guerre. En rapprochant ces deux correspondances on aura, en dehors des passions politiques et des luttes des factions, l'explication de faits encore très incomplètement connus.
D après les renseignements qu'a bien voulu nous apporter M. Duruy et ceux que nous avons pu recueillir nous-mêmes, nous n'avons point à redouter que ces lettres de Carnot soulèvent dans le public des discussions de parti ou de personnes, ainsi que pourrait, au premier abord, le faire craindre le caractère de la période pendant laquelle elles ont élé écrites. La politique intérieure et les questions personnelles n'y occupent pas de place.
Les études spéciales de l'éditeur et les explications qu'il nous a données sur son plan, nous offrent toute garantie tant sur sa compétence que sur l'esprit tout historique et patriotique avec lequel il accomplirait ce travail. II appartiendrait d'ailleurs au commissaire que vous désigneriez d'ajouter aux soins que prendra l'éditeur, ceux que nous commande particulièrement le caractère relativement très moderne de la publication.
Nous sommes unanimes à vous proposer d'émettre un avis favorable h la proposition de M. Albert Duruy.
Albert SOREL.
Ce rapport, qui faisait ressortir si nettement Tintérêt capital de la correspondance de Carnot pour l'histoire militaire de la Révolution, fut lu et approuvé dans la séance du 17 mars i886^'^
A la Gn de la même année, M. Goblet, Ministre de l'instruction publique, constitua, par son arrêté du 6 décembre 1886, une commission de l'Histoire de la Révolution française ^-^ présidée par M. Gréard. Dans sa première séance, tenue le 19 fé-
**^ Bulletin, section des sciences éco- tien» avait été ci-éée par M. Paul Bert,
nomiqoes et sociales , p. 1 6. ^ ministre de l'instruction publique , le
^*^ Une première commission, spé- q8 novembre 1881, sur la proposi-
cialement chargée de la pubhcation des tion de M. Feixlinand Buisson. (Cf. La
documents relatifs à l'histoire de fin- Révolution française, t. 1. p. 5^9 à
stniction publique pendant la Bévolu- 5/i3, et t. XH, p. 658.^
i<ir*i«rBir «triuiti».
vrier 1887, M. Xavier Charmes donna la liste des publications projetées, et à propos de la correspondance de Carnot, il eut le regret d'annoncer que la préparation de ce recueil se trouvait relardée par le mauvais état de la santé de M. Albert Duruy. Cependant celui-ci fit, le 7 mai suivant, connaître son intention de se mettre à Tœuvre. Une nouvelle question se posait. Comment concilierait-on la publication des lettres de Carnot avec celle des actes du Comité de salut public et de la correspondance des représentants en mission récemment confiée à M. Aulard? La commission chargea ce dernier de faire un rapport sur ce point.
Peu de temps après, M. Albert Duruy '^^ était enlevé prématurément à la science (12 août 1887), et il fallut désigner un nouvel éditeur. La commission de l'histoire de la Révolution examina la question dans ses séances des 1 2 janvier, 28 février et 12 mars 1888. Elle décida : 1** que le recueil comprendrait toutes les lettres politiques et militaires de Carnot écrites d'août 1792, date de sa première mission, à juin 181 5, époque de sa sortie du ministère de l'intérieur; 2'' qu'il prendrait le titre de Correspondance générale de Carnot; 3° que toutes les lettres rédigées par Carnot figureraient dans la correspondance, tandis que les lettres portant seulement sa signature appartiendraient à l'ouvrage de M. Aulard; 4** que M. Etienne Charavay serait chargé du travail en remplacement de M. Albert Duruy.
Le nouvel éditeur se mit de suite à la besogne. La recherche des lettres de Carnot disséminées dans les archives publiques»
^*^ M. Albert Duruy, ne à Paris le mounit à Villeneuve -Saint -Georges
3 janvier 1 8A A , ancien élève de l'Ecole j(Seine et-Oise) le 1 3 août 1 887, à Tâge
normale, avait entrepris une série de quarante -trois ans. Son frère,
d'études sur Thistoire militaire delà M. Georges Duruy, a publié, en 1888,
RévolutioD. Il venait d'acbever la pre- cette partie sous le iiire: L'Armée royale
mière partie de son travail quand il en tySg.
AVERTISSEMENT. t
ou privées a été longue et diflicHe. Aussi les matériaux du premier volume ne fureut-ils réunis qu'au milieu de Tannée i 890. Cest alors seulement que, conformément à l'arrêté du 91 septembre i863, M. Léon Bourgeois, Ministre de Tinstruction publique, confirma, le 18 juillet 1890, M. Etienne Charavay comme éditeur, et désigna pour commissaire responsable M. Albert Sorel, membre de l'Institut.
Telle fut la genèse de la publication de la correspondance de Carnot, qui entre ainsi dans la collection des Documents inédits sur l'histoire de France commencée sous les auspices de M. Guizot en i83û.
Parmi les sources originales de la correspondance de Carnot, il faut mentionner les suivantes :
Archives nationales. — Ce dépôt constitue la source principale de notre recueil. Les fonds des comités des assemblées révolutionnaires et surtout les papiers du Comité de salut public ont fourni un nombre considérable de lettres ou de documents émanés de Carnot. Ce sont des centaines de cartons qui ont dû être examinés, soit dans la section judiciaire, soit dans la section administrative. Le lecteur trouvera, après chaque lettre publiée, la mention exacle de son origine et la cote du dossier.
MM. Gustave Servois, garde général des Archives; Emile Campardon, chef de la section judiciaire, et Félix Rocquain, chef de la section administrative, m'ont donné toutes les facilités désirables pour mes recherches et je tiens à les en remercier ici. Mes confrères MM. Alexandre Tuetey et Jules Guiffrey ont été des collaborateurs de toutes les heures et c'est à leur con-
VI CORRKSPO.NDANCE (iÉiNKHALl!: DK CARNOT.
cours si dévoilé que je dois la découverte de nombreux documents disséminés dans les séries les plus diverses.
Archives dl Ministère de la guerre. — Les archives historiques sont très riches et très bien classées. 11 a fallu dépouiller les fonds des diverses armées, la correspondance générale et les registres d'ordre et de correspondance des généraux. Les documents recueillis égalent presque en nombre comme en importance ceux des Archives nationales. M. Huguenin, archiviste de ce dépôt, et M. Martinien ont droit à tous mes remerciements.
Les archives administratives, grâce à M. Léon Hennet, ont fourni des indications précises sur les états de service des généi\aux de la Révolution.
Archives du Ministère' des affaires étrangères. — Ce dépôt renferme des lettres de Garnot et des documents mis à profit pour l'annotation. On en trouvera plusieurs dans ce premier volume, à l'occasion de la mission de Garnot à l'armée du Rhin et des rapports faits au nom du Gomité diplomatique sur les annexions de territoires à la République. MM. Girard de Rialle, directeur des Archives, et Louis Farges m'ont témoigné la plus parfaite obligeance.
Archives départementales et municipales. — Elles ont fourni des lettres et des documents, surtout pour les quatre missions remplies par Garnot en 1792 et en 1793. J'ai rencontré chez mes collègues un amical enipressement et je citerai en temps utile le nom de ces érudits.
Archives ï)e la famille Garnot. — M°"*^ Hippolyle Garnot et M. le Président de la République ont mis à ma disposition leurs archives de famille avec une bonne grâce et une libéralité dont
AVERTISSEMENT. vu
ils me permettront de leur exprimer publiquement ma plus respectueuse gratitude. Outre un certain nombre de lettres ou de minutes émanées de Carnot, de correspondances à lui adressées, de notes provenant de Carnot Feulint et de Barère, je dois signaler un recueil manuscrit des plus importants pour la présente publication. C'est une série de registres de format in-folio où Carnot a fait transcrire par un secrétaire toutes les dépêches militaires rédigées par lui comme membre du Comité de salut public. Ce document m'a permis d'attribuer avec certitude à Carnot la rédaction de lettres portant la signature de plusieurs membres du Comité.
Collections particulières. — Je remercierai, en temps opportun, toutes les personnes qui, en France ou à l'étranger, ont bien voulu me communiquer des lettres de Carnot ou des documents le concernant.
Documents personnels. — La riche et volumineuse collection révolutionnaire que mon père Jacques Charavay a commencée et que j'ai continuée m'a été fort utile. La partie mihtairc y est abondante, car mon père avait illustré d'autographes plusieurs ouvrages sur les campagnes de la Révolution et de l'Empire, entre autres Jomini et les Mémoires de Masséna.
Parmi les sources imprimées, j'ai surtout eu recours aux suivantes :
Les procès-verbaux des assemblées parlementaires de 1798 à i8i5.
Le Moniteur universel, dont je cite la réimpression, tant qu'elle est textuelle, c'est-à-dire jusqu'au 29 germinal an iv (18 avril 1796), parce qu'elle est plus facile à trouver et à consulter que l'original.
Journal de l' Assemblée nationale ou Jowmal logographique . . . par M. Le Hodey (en collaboration avec Ducos à partir du 12 avril 1792); Paris, Le Hodey, 1*' octobre 1791-9 août 1792, 26 vol. in-8°.
Journal des débats et des décrets^ in-8**.
Bulletin imprimé par ordre de V Assemblée nationale (5 septembre 1792), transformé en Bulletin de la Convention nationale (22 septembre 1792 au i4 nivôse an ni-3 janvier 1795).
Becueil des actes du Comité de salut public, avec la correspondance officielle des représentants en mission, publié par M. F.- A. Aulard ^*J dans la collection des Documents inédits sur l'Histoire de France; Paris, 1889-1891, h vol. in-4''.
Mémoires sur Camot, par son fils; Paris, 186 1-1 863, 2 vol. in.8<> W.
Les Conventionnels y par Jules Guiffrey; Paris, 1889, in-8®.
Dictionnaire des parlementaires français , par Adolphe Robert, Edgar Bourloton et Gaston Cougny; Paris, 1889-1891, û vol. in-8^
Fastes de la Légion d^ honneur, par Lievyns, Verdot et Bégat; Paris, 18Û2-18Û7, 5 vol. in-8^
La correspondance générale de Carnot comprend toutes les lettres écrites de 1 792 à 1 8 1 5 et se rapportant aux événements
^*^ Je tiens à témoigner ici ma gratitude h mon collègue M. F.-A. Aulard de Tamitic^ avec laquelle il m'a constamment aide de 8on expérience et de son ëi'udition. Je remercie aussi de leur obligeant concours M. Maurice Tourneux, M. Georges Meunier, MM. les conservateurs de la Bibliothèque natio-
nale et de la Bibliothèque de la ville de Paris, et le personnel de rimprimerie nationale, particulièrement M. Hëon, chef des travaux typographiques.
^^ A partir du second volume , nous citerons la nouvelle édition de ces Mémoires, cjui est actuellement sous presse.
uc
AVERTISSEMENT
politiques ou militaires. Les pièces sont publiées intégralement et leur texte est toujours suivi de la mention d'origine, soit qu'elles aient été empruntées à des collections publiques ou privées, soit qu'elles aient été tirées d'ouvrages imprimés, tels que procès-verbaux des assemblées, journaux, mémoires, etc. On a aussi marqué si la pièce était de la main de Carnot, de celle d'un de ses collègues ou d'un secrétaire, si c'était un originale^) ou une copie; enfin j'ai adopté l'orthographe moderne, conformément à l'usage établi au Comité des travaux historiques pour les documents politiques modernes, qui n'ont aucun intérêt philologique. Dans la plupart des originaux, les noms de personnes ou de lieux se trouvent défigurés, surtout ceux d'origine étrangère. Les premiers ont été restitués d'après les signatures autographes, et les seconds d'après les plans et les dictionnaires. Ce n'a pas été un des points les moins délicats de ma tâche, qui m'a été facilitée, quant aux noms allemands, par l'obligeance de l'historien des guerres de la Révolution, M. Arthur Chuquet.
Le mot analyse précède les lettres dont les originaux n'ont pas été retrouvés, mais dont il existe des analyses ou des mentions dans les sources manuscrites ou imprimées e^^, et celles dont le texte présente trop peu d'intérêt historique pour être reproduit intégralement '^).
La carrière politique de Carnot comprend diverses périodes,
^*J La mention Orig, auL indique les lettres de la main de Carnot; le mot Orig, celles qui ont é\é écrites par un secrétaire.
'*' Ces analyses se trouvent dans les procès-verbaux de la Législative et de la Convention et dans les registres d'enregistrement de la correspondance des représentants, conserves aux Ar-
chives nationales (AF* II, 6â à 78, 97, 208, 935, 3^3 à 9^5).
^^^ Le cas se présent* assez fréquemment pour les lettres de service signées par Carnot comme membre du Comité de salut public, ainsi que pendant son passage au ministère de la guerre en Tan viu et à celui de Fintérieur en f8i5.
à chacune desquelles correspond une méthode spéciale de publication.
1° Garnot a remph d'août 179'-^ à août 1793, en qualité de commissaire de l'Assemblée législative ou de la Convention, quatre missions : la première au camp de Soissons du 1^ au A août 179^; la seconde à Tarmée du Rhin du 1 1 août au 4 septembre 179!^; la troisième à Bayonne et à l'armée des Pyrénées du *i octobre à décembre 1792; la quatrième à l'armée du Nord du 12 mars au commencement d'août 1793. Dans ces missions il fut accompagné de plusieurs de ses collègues. Les commissaires délibéraient en commun et chargeaient un d'eux de la rédaction de la correspondance et des arrêtés, mais tous étaient solidaires de ce qui se faisait ou s'écrivait, et leurs signatures collectives figuraient au bas de toutes les lettres. Dans ces conditions, la seule méthode était de publier sans distinction tous les documents portant la signature de Garnot. C'était lui, d'ailleurs, qui était le rédacteur ordinaire de la correspondance ^^^ A plusieurs reprises, pendant la longue mission du Nord, il se trouva seul, par suite de la maladie ou de l'absence de son collègue Duquesnoy, et correspondit personnellement avec la Convention et le Comité de salut public.
Il convenait aussi de publier, au même titre que les lettres, les arrêtés pris par Garnot et par ses collègues et les rapports faits par eux au retour de leurs missions, ces documents complétant le tableau historique de chacune des missions.
Entre la mission à Bayonne et celle à l'armée du Nord, Garnot passa deux mois à la Convention. J'ai reproduit les importants rapports qu'il présenta alors comme membre du comité diplomatique ou du comité de défense générale.
2" Le procédé a été différent pour la période du Comité de
^'^ Ceci so conslalo par les lettres ou minutes écrites de sa main et par les rorreclions antojjrapltes rolevi^es sur des missives dictées ou recopie^.
AVERTISSEMENT. xi
salut public. A partir du 16 août 1793, en effet, Garnot a une lâche personnelle; il s'occupe exclusivement de la partie militaire et notamment de la direction et du personnel des armées. Cest lui qui rédige la correspondance du Comité avec les généraux et avec les commissaires aux armées : aussi toutes les lettres de cette nature figurent dans notre publication, qu'elles soient écrites par Carnot ou par un secrétaire, qu'elles portent sa signature seule ou qu'il signe collectivement avec un ou plusieurs de ses collègues. Au contraire les lettres du Comité de salut public concernant la politique, l'administration, les finances, etc., sont réservées, même lorsqu'elles sont revêtues de la signature de Carnot, au recueil de M. Aulard, car certainement Carnot n'en a été ni le rédacteur, ni l'inspirateur.
3"^ La période directoriale présente une autre particularité. Carnot fut l'inspirateur et le principal rédacteur de la correspondance militaire. Il était d'usage que la correspondance portât la signature de celui des membres du Directoire qui occupait la présidence. Le président, dont les fonctions duraient un trimestre, signait donc toutes les lettres, quel qu'en fût le sujet et qlicl qu'en fût le rédacteur. Carnot remplit deux fois l'office présidentiel, du 3o avril au 29 juillet 1796 (10 floréal au 1 1 thermidor an iv) et du 28 mai au 26 août 1797 (9 prairial au 9 fructidor an V). En cette qualité il signa de nombreuses lettres qui ne figureront pas dans notre recueil parce que la nature de leur sujet indique qu'elles n'ont pas été rédigées par Carnot. Au contraire, toutes les dépêches militaires signées par ses collègues, mais écrites par lui ou sous son inspiration, seront reproduites.
û® Les périodes du ministère de la guerre (2 avril au 8 octobre 1800), du gouvernement d'Anvei's [i^ février au 3 mai 1 81 û) et du ministère de l'intérieur (20 mars au 8 juillet 181 5) ne présentent aucune des précédentes difficultés. Je publierai
xu CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT.
donc intégralement ou par analyse toutes les lettres émanant de Garnot à ces diverses époques de sa carrière.
L'annotation des textes se compose de deux parties distinctes :
1** Les pièces justificatives. Elles comprennent d'abord les lettres particulières de Garnot qui touchent à la politique ou à l'art militaire et qui complètent la correspondance publique. Pour citer un exemple, il suffit de mentionner la lettre écrite par Garnot à son ami Buissart le i5 février lygS, où il nous apprend qu'au milieu des graves préoccupations de la mission de Bayonne il avait trouvé le temps de s'entretenir de questions scientifiques avec l'évêque constitutionnel Sermet et le botaniste Picot de la Peirouse. Ge fait qu'aucun document officiel n'avait signalé ne constitue-t-il pas un épisode typique du tableau de cette importante mission?
En second lieu viennent les lettres adressées à Garnot par les comités des assemblées, les ministres, les généraux, etc. Les unes sont des réponses, annexe naturelle de la correspondance; les autres nous révèlent l'existence de lettres dont les originaux n'ont pu être retrouvés jusqu'ici.
En troisième lieu figurent les documents nécessaires à l'éclaircissement des textes. Pour mieux préciser leur nature, citons deux exemples empruntés au premier volume. On trouvera, dans les pièces justiBcatives de la mission à l'armée du Rhin, deux dépêches confidentielles du général Biron au ministre de la guerre qui peignent l'état et le personnel de celte armée au moment même oh les commissaires de l'Assemblée législative la visitaient. Dans la mission de Bayonne sont reproduites un certain nombre de lettres de l'adjudant général Lacuée, le futur comte de Cessac, au ministre de la guerre, parce qu'elles se réfèrent toutes à la mission des commissaires et qu'elles mentionnent un certain nombre de faits ot d'arrêtés dont nulle trace n'existe ailleurs.
AVERTISSEMENT. un
Ces pièces justiBcatives sont intercalées dans la correspondance et à leur ordre chronologique, de telle sorte que les lettres sont suivies des réponses et des textes explicatifs. Pour éviter toute confusion on a imprimé en plus gros caractères les lettres, arrêtés ou rapports émanés de Carnot, et en plus fins les pièces justificatives.
2° Les documents de moindre intérêt, les références et les notices biographiques. Cette partie de l'annotation a été placée au bas des pages.
La partie biographique a de l'importance et nécessite quelques explications. La première fois qu'un personnage apparaît dans la correspondance, je donne ses nom et prénoms, date et lieu de naissance et de mort, avec un curriculum vitœ plus ou moins étendu. Dans la correspondance de Carnot défile tout le personnel militaire de la Révolution. Combien de généraux ne figurent que très sommairement dans les biographies ou y sont complètement oubliés! Aussi ai-je cru devoir développer mes notices en raison même de lobscurité du personnage, car c'est sur les hommes les moins connus que les renseignements sont nécessaires. J'ai aussi contrôlé les dates aux sources les plus sûres et relevé de ce chef un grand nombre d'inexactitudes.
Enfin chaque volume comprendra une table analytique des noms et des faits cités dans les pièces publiées.
Je terminerai cet avertissement par une notice sommaire sur la carrière de Carnot antérieure au mois d'août 1792, époque où commence la publication de la correspondance.
Lazare-Nicolas-Marguerite Carnot, né à- Nolay le dimanche 1 3 mai 1 768, était le second des fils de Claude Carnot, avocat et notaire, et de Marguerite Pothier. Il fit ses études classiques au collège d'Autun et sa philosophie au petit séminaire de cette ville. En 1769, son père l'envoya, à Paris, dans une école préparatoire pour le génie, l'artillerie et la marine, dirigée par
M. de Longpré. Admis, le i^ janvier 1771, à l'école du génie de Mézières, Carnot en sortit comme lieutenant eu premier le i®' janvier 177 4. Il tint successivement garnison à Calais (1774), à Cherbourg (1776), à Béthune (1782), à Arras (1 788). Le iU décembre 1788, il fut promu capitaine à Tancienneté. Cette même année Carnot publia à Dijon sans nom dauteur son premier ouvrage : Essai sur les machines en général par un officier du génie. Le 1 7 janvier 1 78/1 , il adressa à l'Académie des sciences un mémoire sur les ballons, écrit plein d'enthousiasme pour l'avenir de la navigation aérienne, et, au mois d'août suivant, parut son Ebge de M. le maréchal de Vauban^ œuvre d'écrivain et de penseur, couronnée par l'Académie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon.
Ses devoirs professionnels et ses travaux scientiGques ne l'empêchaient pas de se livrer à ses goûts littéraires. Carnot était un des membres les plus assidus de la joyeuse société des Rosaii d' Arras, et plusieurs de ses chansons fîgurent dans les recueils du temps '^l L'Académie d' Arras l'admit au nombre de ses membres le 10 mars 1787.
En 1788, Carnot ne craignit pas de roujpre en visière avec les anciennes théories professées par ses supérieurs. Il se prononça dans une lettre, rendue publique, pour les réformes proposées par le général-marquis de Montalembert dans l'art de la fortification et combattues par le directeur général du génie, M. de Fourcroy^^^ Il s'attaqua aussi au comte de Gui*b(Mt qui, dans un rapport officiel, avait proposé la suppression d'un certain nombre de places de guerre pour cause d'inutilité. Carnot adressa, au mois d'août 1788, au ministre de la guerre
^'^ Cf. Les Rosati, par Victor Bar- de Montalembert, iutiluK^ : Hépome au
bier; Arras, 1888, iu-S**. mémoire sur la fortification perpetidi-
^^^ La lellro do Carnot parnl en tele cuiaire par plusieurs officiers du corps
d'imo édition de Touvrage du marquis royal du génie.
AVERTISSEMENT
un Mémoire présente au cmiseil de la guêtre au sujet des places foties qui doivent être démolies ou abandonnées ^^K II y démontrait par des considérations historiques et philosophiques Tutiiité des places fortes, auxquelles la France avait maintes fois dû son saint.
La Révolution permit à Carnot de continuer à exposer ses projets de réforme. Le 28 septembre 1789, il envoyait à l'Assemblée nationale une Réclamation contre le régime oppressif sous lequel est gouverné le cmys ivyal du génie ^ en c£ qu'il s'oppose aux progrès de l'art et au bien qu'il serait possible défaire, et le 2 avril 1790 un mémoire sur le rétablissement des finances, où il proposait de payer les dettes de TEtat avec les biens du clergé en nature. En 1791, il était en garnison à Aire et y devint président de la société des Amis de la Constitution-. Le 1 7 mai de la même année, il se maria à Saint-Omer^'-). Carnot avait alors acquis assez de popularité pour être élu, le 3i août 1791, député du Pas-de-Calais à l'Assemblée législative, en même temps que son frère Carnot Feulint^^\ capitaine du génie comme lui.
Entré désormais dans la vie politique, Carnot débuta dans l'Assemblée par un projet de création d'un grand comité ( i o oc-
^*^ Ce mémoire, dont il existe un manuscrit autographe dans les archives de la fiimifle Caniol, fut imprimé en janvier 1789.
^'^ Carnot épousa Sophie Du Pont, fiOe d*un conseiller secrétaire du roi.
Elle avait vingtrsix ans et sa sœur cadette était la femme de Camot-Feulint. (Cf. Les Carnot de Saint-Omer, par L de Lauwereyns de Roosendaëie, p. aa.)
^^^ Claude- Marie Carnot, dit Carnot de Feulint, né à Noiay le i5 janvier
1755, aspirant au coi*ps du génie le 1" janvier 1771, lieutenant en second à Técole du génie de Mézières le i*' janvier 177^7 heutenant en premier le ]" janvier 1776, capitaine le a 5 mai 1 788 , administrateur du Pas-de-Calais en 1790, député de ce département à r Assemblée l^slative le 37 août 1791, membre du comité militaire , attaché au dépôt des fortifications le a 1 septembre 1 79Q , commissaire du conseil exécutif aux armées de la Moselle et du Rhin d'octobre h décembre 1 79a , lieutenant-
tobre 1791). Le 26 octobre il fut élu suppléant du Comité diplomatique et, le 28, membre du Comité de rinstruction publique. Le 3 janvier 1792 il demanda la démolition de la citadelle de Perpignan et, sa motion ayant été mal accueillie, il en exposa les raisons dans une lettre à ses collègues. Le 27 janvier il combattit vainement l'augmentation du nombre des officiers généraux demandée par Louis XVI; le 19 avril, le règlement militaire proposé par l'ex -ministre Narbonne fut l'objet de ses plus sévères critiques et lui fournit l'occasion d'une attaque fameuse contre le principe de l'obéissance passive. Le 21 avril, Carnot s'opposa au projet du comité militaire sur la création de légions composées d'infanterie et de cavalerie; le i5 mai il développa un projet de décret sur la police de Paris, qui ne fut pas adopté. Le lendemain Carnot reçut la croix de chevalier de Saint-Louis, qui lui revenait de droit après vingt ans de services; le 18 mai il prononça un discours sur l'organisation de la police parisienne; le 9 juin il fit un rapport favorable sur les indemnités à accorder aux familles du maréchal de camp Théobald Dillon et du colonel du génie Ber-
colonel directeur du de'pôl des fortifications le QO décembre 1 7 9 s, commissaire du conseil executif pour l'inspection des fortifications dans le Nord et le Pas-de- Calais de mai à juillet 1798, chef de brigade le 3i août 1795, général de brigade le k juin 1796, cesse d'être employé le a 9 septembre 1797, remis en activité le aa février 1800, commandant en second le génie de larniée de réserve le 1 o mars 1 800 , inspecteur général des fortifications du 9 3 avril 1800 au 7 septembre 1801, démissionnaire le 98 mars 1809, retraité le 9^ octobre 1810, inspecteur général
du génie le 9 3 avril 181/j, chevalier de la légion d'honneur le 9^ avril 1 81 /i et de Saint-Louis le 97 décembre 1 81 A, député de Chalon-sur-Saône le 1 9 mai 1 81 5 , ministre provisoire de l'intérieur le 9 3 juin i8i5, retraité le 9 septembre 181 5, lieutenant général honoraire le 9^j décembre 1817, mort à Autun le 17 juillet i836. — Nous écrivons Carnot Feulint et non Feuiins, parce qu'il signait avant la Révolution Carnot de Feulint, ainsi que nous Tavons constaté sur des documents communiqués par M. le Président de la République.
AVERTISSEMENT. xvii
thois, massacrés par leurs soldats à Lille le «ig avril précédent. Enfin, le sB juillet, pénétré de la nécessité de mettre dans le plus bref délai possible tous les Français en état de défendre la patrie en danger, il proposa à l'Assemblée de distribuer des piques aux citoyens non armés.
Six jours plus tard Carnot fut envoyé par l'Assemblée législative en mission à Soissons. Il avait alors trente-neuf ans. A partir de ce moment, c'est dans sa correspondance que nous suivrons la carrière politique et militaire de ce grand citoyen^''.
Etienne CHARAVAY.
^*^ Ganiot mourut exile à Magdebourg le s août 1 8â3 , âge de soixante-dix ans.
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