‹ Correspondance générale de CarnotChapitre 32 sur 207 · STRASBOURG, 2 2 A06t · texte numérisé non relu

STRASBOURG, 2 2 A06t

LES COMMISSAIRES AU PRESIDENT DE L'ASSEMBLEE NATIONALE

Strasbourg, le as août 1799, Tan iv* de la liberté.

Nous nous disposions h partir de Strasbourg, lorsqu'un événement que nous ne pouvions prévoir nous a forcés de remettre notre départ à demain. On est venu nous informer que M. Dietrich, maire de cette ville, était mandé à la barre de l'Assemblée nationale ^^^ et que M. Roland, ministre de l'intérieur, venait de suspendre le conseil général de la conunune. On nous a appris en même temps que cette nouvelle, qui commençait à se répandre dans la ville, y excitait un grand trouble. Nous avons sur-le-champ ordonné au conseil général du département de faire les réquisitions nécessaires pour que toute la force armée fût mise sur pied à l'instant, en lui recommandant de ne rien oublier pour calmer les esprits et empêcher qu'aucune rixe n'eût lieu. Ces mesures, prises avec vigueur et promptitude, ont prévenu les rassemblements. Des citoyens attachés à M. Dietrich paraissaient disposés à le soutenir dans la révolte, s'il eût voulu opposer de la résistance ^^^. Quelques cris

natioiMle à Parmée du Rhin, aux fins de prendre toutes les mesures pour que les citoyens de Strasbourg puissent s'assembler ptisiblemenl et sans armes, conformément aux lois, et les précautions que leur sagesse leur suggérera pour que cette faculté constitutionnelle ne puisse servir de prétexte à aucun désordre.»

^*^ Le 18 août i79tî des citoyens de

Strasbourg avaient présenté une nouvelle dénonciation contre le maire Dietrich, et TAsserablée nationale, sur la proposition du député Rnhl , avait mandé Dietrich à sa barre,

(') Les mots depuis paraiuaient jusqu'à rm9tancemn\^ on surcharge, de la. main de Carnot, dont on trouve deux autres corrections dans le cours de la lettre.

68 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [aa août 1793.)

séditieux se sont fait entendre; mais nous lui devons la justice de dire qu'il a lui-même concoum à prévenir les désordres et qu'il y a contribué en annonçant son entière soumission au décret de l'Assemblée nationale.

Le conseil général de la commune, qui, avant la suspension du roi, avait montré des dispositions contraires à l'Assemblée, s'était néanmoins soumis à son décret une fois rendu, ainsi que le conseil général du département. On ne pouvait Iciu* reprocher que l'impression dangereuse que leur répugnance évidente pour cette mesure pouvait opérer. C*est sur ces considérations que nous nous étions décidés à suspendre une partie des membres de l'administration et nous espérions que la surveillance active des nouveaux membres provisoires suQirait pour réprimer au besoin les membres du conseil général delà commune, lorsque nous avons appris sa suspension prononcée par M. Roland.

Les détails sur cet objet ne nous sont pas encore assez connus pour vous les communiquer. Ils seront sans doute donnés par M. La Chausse, commissaire chargé de l'exécution par le ministre de l'intérieur. La fermentation a été très passagère; aucun accident fâcheux n'en a été la suite et le calme est rétabli.

M. le maréchal Luckner, en conséquence d'ordres reçus par lui de M. Clavière, faisant par intérim les fonctions de ministre de la guerre, avait chargé M. Biron de faire passer à Blamont le régiment de Vigier suisse actuellement à Strasbourg^^^ Des considérations majeures, que le minisire n'a pu prévoir et dont nous faisons part à la Commission extraordinaire, nous ont déterminés à suspendre le départ de ce régiment ^^l

(') Le rëgin>ent suisse de Vigier était commaDdc par ie lieutenant-colonel baron de Paravircini, on Tabsencc du colonel, M. de Vigier de Steinbrjiigg. Il avait un eflbclirdc 911 hommes^ dont 797 soldats et 70 sous-oiliciers. (Cî, Tél^t de ca régiment au 10 septembre 1793, Arch. de la gueirc, armée du Rbin.)

('^ Le îio aortl 1799 Biron avertit Luckner de Tordre qu'il avait reçii du ministre de la guerre relativement nu remplacement des régiments suisses dans les garnisons frontières, et il écrivit à Kellermann sur ce remplacement dans los villes de Strasbourg, do Bilche et do Landau, ^r Stras-

bourg, disait-il, est ce qui nous embarrasse le plus. Le régiment de Vigier y servait i merveille. 7) (Arcb. de la guerre, armée da Rhin, reg. 8, p. 89). Le ai Biron écrivit de nouveau à Kellermann : «Je pense absolument comme vous sur le licenciement des Suisses. Je pense que cette mesure est d^ane impolitique véritablement dangereuse. Je Tai souvent empêchée jusqu*à ce moment; jVn parle au ministre avec la même franchise , mais nos bons et loyaux avis arriveront trop tard , et il faut proliablemcnt nous liornor à prévenir et diminuer les inconvénients de cotte mesure.» (Arch. de la guerre, reg. 8, p. 9a.)

MISSIOiN A L'ARMEE DU RHIN.

[a3AoÔTi790.]

En vous faisant le récit de nos opérations , nous avons omis 1 une des plus essentielles; c'est l'inspection que nous avons faite, avant d'arriver à Strasbourg, de la garnison du Fort-Louis. Cette garnison, composée d'environ 3,ooo hommes, est on ne peut mieux disposée, on ne peut plus dévouée à l'Assemblée nationale. Nous y avons été reçus avec les plus vives acclamations. Cette garnison est commandée en ce moment par M. Chambarlhiac^^^ qui jouit de la confiance la mieux méritée et qui, par son activité patriotique et ses connaissances militaires, a déjà donné plus d'une fois aux ennemis lieu de se repentir d'être approché de trop près des murs de sa forteresse.

Nous vous avons déjà parlé plusieurs fois, Monsieur le président, de l'extrême pénurie des fusils. Nous ne saurions trop insister sur ce point. Il est instant que l'Assemblée nationale prenne les mesures les plus promptes pour faire distribuer ce qui est disponible et pour faire réparer à quelque prix que ce soit les armes qui peuvent être mises en état de servir.

Quoique nous prenions sur nous de décider provisoirement sur une multitude de pétitions particulières, il en reste encore un plus grand nombre sur lesquelles nous ne pourrions statuer sans ralentir notre marche et nous exposer à ne pouvoir profiter de la chaleur des esprits et du concours des circonstances. Nous recueillons néanmoins toutes ces pétitions pour vous les adresser.

Nous pensons. Monsieur le président, que l'Assemblée nationale no désapprouvera pas que, sur le vœu de plusieurs citoyens amis des droits de l'homme, nous ayons changé ici les noms de deux promenades. L'une portait celui de Broglie, l'autre celui de Contades. Nous avons requis le conseil général de la commune avant sa dissolution que la première fut nonmiée promenade de l'Egalité et la seconde promenade de la Liberté, ce qui a été adopté ^^l

(*) Dominique-André Chambarlhiac , né à Arraye-sur-SeilIe (Meurthe) le 17 mai 175A, cadet dans le régiment du Roi le 1" janvier 1768, entré à Técole de Métières en 1769, lieutenant en second le 3i janvier 1778, ingénieur le 18 janvier 1775, capitaine le 3o mars 1786, lieutenant-colonel le 8 novembre 179:1, chef de brigade le 1" germinal an m ('Ji mars 1796), officier de la légion d^honncur le

95 prairial an xii (ik juin 180/i), général de brigade le 1*' février 1 8o5 , commandeur de la légion d'honneur le i5 août 1806, baron le 6 o'^tobre 1810, lieutenant général honoraire et chevalier de Saint -Louis le 90 août 181/1, confirmé dans ce grade par Napoléon le 38 avril i8i5, mort à Paris le h août 1838.

(*) Cf. plus haut les lettres et arrêtés des commissaires à ce sujet.

70 CORRESPO.NDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [aa août 1793.]

Demain matin nous parions pour Schclestadt. Si vous avez quelque dëpéche à nous faire parvenir, nous vous prions de nous les adresser à Besancon ^^\

Les commissaires de l'Assemblée nationale à l'armée du Rhin,

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