LE GÉNÉRAL BIR0> AU MIMSTRE DE LA GUERRE
Monsieur,
Au quartier général à Wissembourg, le 95 août 1799 , Tan n de la liberté.
J'ai reçu , hier au soir, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire en date du âQ , et je me suis rendu aujourd'hui à Wissembourg, d'où M. le général Kellermann est parti pour Metz un quart d'heui'e après mon arrivée. Je n'ai pas voulu le retarder un instant, sachant combien sa présence devait être nécessaire à l'armée du Centre. Le général Kellermann désirait d'abord emmener avec lui les maréchaux de camp sur lesquels je dois compter le plus, tels que MM. de Blou, Muratel, Meunier ^'^ et Schawembourg ^'\ Je lui ai représenté qu'il m'était
^') Louis-Dominique Meunier, né à Phalsbourg ( Meurthe) le 1 7 décembre 1 73/t , cnfieigne dans le régiment de Lowcndai le 9 1 mai 1768, lieutenant en second Je 1*' octobre 1756, lieutenant en premier le 5 nofembre 1758, chevalier de Saint-Louis le 9 mars 1778, capitaine de grenadiers le 98 février 1778, major le 90 mars 1778, lieutenant-colonel le 9 janvier 1 788 , colonel du 69* régiment le 95 juillet 1791, maréchal de camp le 7 septembre 1792, lieutenaul général le 38 octobre 1799, retraité le 10 nivôse an 111 (3o décembre 179^)*
— A la date du 95 août 1799 Meunier n'était encore que colonel, mais il faisait les fonctions de maréchal de camp. (Cf. aux Archives de la guerre un Tableau de la force du corpi de Vannée détachée à Lauterbourg le a6 août fJQS, sur lequel on lit: ffM. Munier (tic), colonel du 69* régiment, faisant les fonctions de maréchal de camp.»)
(^^ François-Melchior de Schawembourg, né à Soultz (Bas -Rhin) le 99 novembre 1730, lieutenant en 17^3, capitaine en 1768, chevalier de Saint -Louis en 1769,
90 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [35AodTi799.J
impossible de défendre une position aussi importante et aussi étendue que odle que mon armée occupe , si j'étais privé de ces maréchaux de camp. Nous sommes convenus ensemble qu'il emmènerait sur-le-champ M. de Schawemboui^ avec lui, el qu il attendrait qu'il fût arrivé à son armée et qu'il connût les officiers généraux h ses ordres, que je ne connais maintenant pas plus que lui, pour voir les échanges, convenables h tons deux , que nous pourrions faire ^^K
Je compte infiniment sur le patriotisme de M. de Cnstine, mais je vous avoœ que je crains qu'il ne soit bien profondément affligé de voir, en deux mois, trois lieutenants généraux, ses cadets, élevés de préférence à lui aux conmiandements des armées ^'^ Il est de mon devoir, Monsieur, de vous répéter que M. de
lieutenant-colonel du régiment de Périgord en 1769, colonel en 1771* maréchal de camp le 1" mars 1791, retraité le même jour. — Il avait été rappelé à Tactivité, comme le prouve une lettre adressée au ministre de la guerre, le a juillet 1793, et dans laquelle il réclame son arriéré d'appoinlemenis : « Le citoyen Melchior-Anloine (les étals de service portent Françoit-Mel~ chior) Schawcmbourg , général de brigade, prie le citoyen ministre de la guerre de vouloir bien lui faire expédier mi ordre pour lui faire loucher dix mois d'appointements qui lui sont dus comme étant employé dopuislo 7 soplombrc 179a dans son grade de chef de brigade à Tarmée du Centre, commandée par le général Kellermann alors.» (Orig., Arcb. adm. de la guerre).
(') Biron se plaignit à Gustine des prétentions de Kellermann. Le 3o août 179a Cusline lui répondit : «J'espère que vous ne donnerez point à M. de Kellermann M. Meunier. Comment , quand vous n'avez pas de généraux, ost>t-il vous en demander un , après vous avoir pris M. Scbawembourg et que l'amiéo du Centre en regorge.»
(Arch. de la guerre, armée du Rhin.) — Le 3i août Biron insiste encore sur le même sujet dans une lettre au ministre de la guerre (Orig., Arch. de la guerre, armée du Rhin) : cr Je ne (]ois pas vous cacher, Monsieur, que ma véritable inquiétude, celle dont je suis continuellement tourmenté, c'est de n'avoir pas sur le Haut- Rhin d'oflicier général sur qui je puisse compter et aucun moyen de remplacer ceux sur qui je ne compte pas. M. Sheldon est
sérieusement malade et hort d^état de servir pour le moment; M. de Kellermann a emmené M. de Scbawembourg, maréchil de camp depuis peu de jours. M. de Bkm est à Landau, M. de Muratcl est seul au corps qui marche pour rejoindre Farmée du Centre. Il ne reste à M. de Gustine que M. Meunier, dernièrement nommé maréchal de camp, à qui il doit donner le oommandement de Lautcrboui^. Je suis absolument seul à Strasbourg, sans aucun chef de corps qui puisse m'étre de la moindre ressource.»
(*) Gustine, en effet, ne voyait pas stas chagrin l'élévation de généraux moins anciens que lui. Le a/i août 1793 il écrivit de Landau au ministre de la guerre Servan pour se plaindre de n'avoir pas été, comme Dumouriez, promu à un commandement eu chef. Servan le consola, le 98 août 1791, par des témoignages d'estime et des espérances de promotion prochaine. (Arch. de la guerre , armée du Rhin. ) Gustine insisti de nouveau auprès du ministre dans une lettre, écrite de Wissembourg, le a septembre 1799 (Orig., Arcb. de la guerre, armée du Rhin) : «La nomination de M. de Biron, celle de M. Dumouriez étaient de grands désagréments, mais je le déclare neUemenl, celle de M. de Kellermann est le coup de pied de l'âne et, pour le recevoir, il faut vouloir, comme je le veux en effet, le succès entier de la Révolution.* Servan répondit à Gustine le 3 septemlHV 179a et ra89ura qu'il allait demander k l'Assemblée de le nommer général d^ar^ mée. (Orig., Arch. de la guerre, armée du Rhin. )
[)5aoôti793] mission À L^ARMÉE DU RHIN. 91
Gustine est précieux h conserver, et que son zèle et son patriotisme mentent les plus grands mënagements. Je compte aller le voir demain et lui proposer de venir prendre le commandement des troupes campées à Wissembourg et Lauterbourg. Je le remplacerai, à Landau, par M. de Blou, en lui laissant la liberté de se jeter dans cette place, si elle était sérieusement menacée. Je reviendrais alors h Wissemboarg, si je n'y étais pas, et le siège d'une place comme Landau exige de tels préparati& qu on ne peut pas craindre de n'être pas averti. Je joins ici l'extrait d'une lettre de M. de Gustine , que je reçois h l'instant.
Je suis très pressé de retourner à Strasbourg, où je crois ma présence très nécessaire encore pendant quelques jours. Le bruit s'y répandait , ce malin , que M. Dietrich, maire, mandé à la barre, au lieu de s'y rendre, s'était réfugié en Suisse. Je crains que de très grandes intrigues soient plutôt assoupies qu'éteintes, et je crains qu'avec les meilleures intentions du monde M. de La MoHière ne soit pas de force h résister aux entreprises intérieures. La difficulté prodigieuse de le remplacer m'a empêché d'user de la liberté que vous me donnez de le faire. Je ne connais exactement personne dans l'armée du Rhin, qui y soit assez propre pour ne pas me laisser dans une vive inquiétude quand je m'abseute. D'ailleurs, la surveillance extérieure, qui devient chaque jour plus importante et plus pénible, est moins bonne qu'elle ne l'était, MM. les commissaires de l'Assemblée nationale ayant jugé nécessaire de requérir la suspension de M. de Baudreville, commandant amovible de la place, et de MM. Gromard cadet, Villaret, Gomet et Neyremand, tous quatre lieutenants -colonels d'artillerie et officiers de la plus grande utilité, et MM. Gromard et Neyremand étant même de la plus rare distinction, et tous les deux bons patriotes , il serait bien à désirer de trouver moyen d'avoir d'eux une déclaration quelconque , qui satisfit l'Assemblée nationale et les rendit à leurs fonctions, où ils sont, en vérité, d'une nécessité d'autant plus absolue que je crains beaucoup, d'après ce qui m'est revenu, que les capitaines commandants destinés à les remplacer ne le refusent , ce qui laisserait la place de Strasbourg sans officiers d'artillerie, ce qui serait d'un danger (|u'il ne faut rien épargner pour éviter. Je vais y renvoyer M. de Gromard ^'\ colonel directeur, seul officier supérieur qui soit à l'armée, M. Josserand^'^ sous-directeur, ayant émigré ces jours derniers. Jugez, Monsieur, si dans de telles circonstances je puis être tranquâle quand je m'éloigne de Strasbourg. Envoyez-moi , je vous en conjure, des officiers supérieurs, et particulièrement d'arlillerie, le plus promptement possible. G'est ne rien faire, s'ils ne ne sont pas patriotes prononcés, car je n'ai jamais vu un lieu plus dangereux que
<*î Jean-Gaston-QucQiin Gromard, né à Eu (Seine-Inférieure) le 17 janvier 1781, cadet d^artilierie le a 6 décembre 17^17, soo^-lieutenant le i"mai 1 7 /i 8 , lieutenant en second le 91 juin 1755, lieutenant en premier te i5 janvier 1769, capitaine le 95 man 1766, aide -major le i5 octobre 1765, chevalier de Saint-Louis le 19 novembre 1770, chef do brigade le lU septembre 1776, lieutenant-colonel le U juil-
let 1781, colonel le i*' avril 1791, maréchal de camp le 7 septembre 1799, général de division le 8 mars 1793, suspendu le a/i septembre 1798, retraité le 17 décomhrc 179^1, mort après 1890.
(») François- Justin de Josserand, né à MonléUmar (Drôme) le 9 mai 1786, souslieutenant le 16 août 17O], capitaine le 6 mai 1771, lieutenant -colonel, sous-directeur à Strasbourg le 1 *' avril 1791.
92 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [516 aoôt 1799.
Strasbourg pour y corrompre les gens incertaios. Je garde ce imdhenreax secret tant que je peux , et je meurs toujours de peur qu'il n*ëcha|^ à M. de La Moriîère et qu'il ne se [)laignc de la disette aflreuse, et très përiileuse, où nous sommes d'officiers du gdnic et d'artillerie.
J'aurai riionneur de vous écrire, après avoir vu M. de Custîne, à mon retour h Strasbourg. Les corps administratifs m'ont vu partir avec chagrin et m^attendront avec impatience. Permettez-moi de vous demander avec instance la place d'adjudant général, vacante par l'émigration de M. de Uaack, pour M. Laubadère^'\ adjudant général, lieutenant-colonel, officier de grande distinction.
Le général de V armée du RUn,
BiROIl.
(Orig. aul. , Arch. de la guerre, année du Rhin).
PARIS, a5 AOÛT 1792.
LA COMMISSION DE CORRESPONDANCE DE L'ASSEMBLEE AUX GOMMISSAIIIES
MM. les Commissaires près l'armée du Rliin ,
Nous reçûmes hier, à dix heures du soir, vos lettres des ai et 99 août, avec les pièces jointes. Nous y répondrons en détail par le prochain courrier; par cdle-d nous vous disons seulement que l'Assemblée fut infiniment satisfaite de votre conduite et applaudit aux mesures que vous avez prises. A l'instant nous recevons des nouvelles des commissaii'es de Metz; ils annoncent que dans cette ville, comme partout où ils ont passé, on les a combla d'hommages, de respect, de confiance et de dévouement.
(Arch. naL.DXL hS, i^ 3i).