LES COMMISSAIRES AU GÉNÉRAL BIRON
Analyse. — ils lui témoignent leur désapprobation de ce qu'il emploie le lieutenant général de Marlignac dans le département du Haut- Rhin.
(Menlionnéc dans la réponse du générai Birou aux cooiinissaires , publiée plut loin à U date du 97 août 179'J.)
(') Joseph-Marie Laubadère, ne à Ra»- 1777* a<ljudant général lieutenant-coloiiel
soues (Gers) le n7 avril 1760, licuteiianl le ih mars 1791, maréchal de camp le
à Técolc de Mézières le i" janvier 1765, 8 mars 1793, général de division le 1 5 mai
ingénieur ordinaire el lieutenant en premier ^19^f retraité en i*an iv, mort le 8 avril
le 1" janvier 1767, capitaine le t" janvier 1809.
[a6A0ÔTi79-i.] MISSION À L'ARMÉE DU RHIN. 93
PARIS, 96 AOIJT 1799.
LA COMMISSION DE CORRESPONDANCE DE L'ASSEMBLEE AUX COMMISSAIRES
Nous répondons. Messieurs el chers collègues, aux ietlres particulières que vous uous avez écrites le sâ de ce mois. H nous a éiè impossible de le faire plus tôt, accablés que nous étions de diverses occupations. En général, lorsque vous verrez quelques lacunes dans noire correspondance , nous vous prions de ne pas en concevoir d^inquiétude. Ce sera un signe que la commission n*aura rien d'intéressant à vous annoncer. Pour les avis importants il n'y aura jamais de retard; nous vous enverrions même un courrier extraordinaire , pour peu que le sujet de nos dépêches exigeât plus de célérité que par la voie ordinaire.
L'Assemblée nationale approuve entièrement les motifs qui vous ont portés à suspendre plusieurs officiers et entre autres MM. Joseph Broghe et ViUantroys. Ce n'est pas sur ces deux sujets que portent principalement nos regrets, mais nous avouons que nous avons déploré la nécessité où vous vous êtes trouvés d'écarter de leurs emplois six officiers d'artillerie, dans un moment où la pénune de cette sorte de militaires se fait sentir avec désavantage. C'eut été cependant ime très haute imprudence que de les laisser en place, avec les dispositions malveillantes qu'ils ont manifestées. Nous avons conféré avec le ministre de la guerre sur l'urgence de leur remplacement; il nous a assurés qu'il s'en occupait et qu'il avait déjà nommé un sujet distingué.
L'Assemblée a pareillement approuvé la suspension provisoire du maire de Strasbourg, du procureur général syndic et d'une partie des ndministrateui's du Bas- Rhin; il parait que les mesures prises ultérieurement par l'Assemblée nationale et le ministre de l'intérieur ont failli outrepasser le but et causer à Strasbourg une fermentation qui pouvait devenir dangereuse. Nous devons h votre prudence et votre fermeté de l'avoir prévenue, et nous avons désormais l'esprit en repos de ce côté.
Nous avons fait passer au ministre de la guerre les pièces relatives au rapprochement, au moins très suspect, des régiments suisses dans un point unique, et nous pensons qu'il va prendre de promptes mesures pour en prévenir les dangereux effets. Tous nos commissaires s'accordent à nous annoncer comme vous que les soldats de cette nation k notre solde sont portés de la meilleure volonté et ne demandent qu'h s'incorporer dans les troupes françaises. Cette incorporation aura le double avantage d'ôter une grande ressource à nos ennemis et de renforcer un grand nombre de nos nouveaux corps. Nous en attendons les plus heureux effets, si le temps permet de faire avec soin cette opération.
Le ministre de la guerre s'occupe encore du remplacement des officiers du génie, dont un si petit nombre est resté fidèle à la cause de la hberté et de l'égalité. Nous lui avons ouvert l'idée d'en prendi'e parmi les ingénieurs des ponts et chaussées, dont plusieurs sont d'excellents patriotes el ont des connaissances très utiles. Il a paru approuver cette opinion el va sans doute en profiler.
Toutes les nouvelles que nous i*eccvons de nos diverses commissions sont on ne peut plus tranquilh'santes. Partout le même esprit public, la même ardeur pour
9à CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [9610071799.]
la df^feose de la lil>ert^. Le d<^parteinent des Ardennes lui-même, trop loQgtemps sdduii par un trailre astucieux, est revenu de très bonne foi de son erreur et les commissaires y jouissent des mêmes hommages et y obtiennent les mêmes succès que dans les autres parties de nos frontières.
Depuis hier on nous annonce la prise de Longwy par les ennemis; on dit que cette ville, après quinze heures de bombardement, a ouvert ses portes au vainqueur ('^ Les admim'strateurs de Verdun viennent même de donner quelque consistance à celte nouvelle, en nous la faisant passer par un courrier extraordinaire, mais trop de raisons la rendent encore invraisemblable, et le ministre de h guerre lui-même parait ne pas y croire. Luckner la lui avait annonce comme un brait vague qu'il ëclaircirait bientôt; il promettait d^envoyer, lorsqu'il serait sâr des bits, un courrier extraoï-dinaire; le courrier n'est pas arrive, et certes un ëvënementde cette importance en valait bien les frais. D'ailleurs , au rapport de tous les miUtaires, la place de Longwy, quoique médiocrement bonne , peut aisément soutenir un siège de trois semaines et ce ne ])ourrait être que par une trahison inouïe qu'elle se serait ainsi rendue sans résistance. Ces rc^dexions contribuent à nous rassurer. Au reste nous savons que la guerre n'est qu'une succession de revers et de soecès et nous ne nous croyons pas «^tendus sur un lit de roses. Ce qui nous aflecte au demeurant, c'est que la partie de nos frontières la plus sërieusemrat menace, savoir le département de la Moselle et celui des Ardennes, sont les moins garnies de troupes dans ce moment. Nous espérons que l'activité des généraux réparera œ vide et que nous serons en état de faire face h nos ennemis. La tranquillité de Paris, qui n'a pas été troublée depuis votre départ , a couru le risque de l'être aujourd'hui. Un grand nombre de citoyens armés, indignés des lenteurs scandaleuses de la haute-cour nationale d'Orléans, avaient formé le projet de s'y transporter, pour en enlever les prisonniers et les faire juger ici par le tribunal institué pour prendre connaissance des crimes relatifs aux événements du 10 août. L'Assemblée nationale s'occupait dans le même temps de donner par un nouveau décret à la haute-cour nationale plus d'activité et aux prévenus moins de moyens d'éluder par des temporisations l'tiction de la justice ^'\ Les citoyens ignorant ce projet s'étaient rassemblés ce matin h la barrière d'Enfer et l'heure du départ élait fixée. Vous senlei tout ce qu'avait de dangereux , d'illégal et d'impolitique une pareille expédition. Il parait que le décret rendu ce matin les a tranquillisés et ramenés h des idées plus saines
(') La nouvelle était exacte : la ville de LoDgv^y s'était rendue le 93 août au général autrichien Clerfayt, (];ràcc à la faiblesse du commandant Lavcrgnc, qui paya de sa léte, le 3 1 mars 1 79a , sa honteuse capitulation. (Cf. Arch. nat., W 3/io. 6/io, et La première inroiion prusxtpnne, par Arthur Chuqucl, p. 175 à i<)t.)
^'^ L'Assembiéo avait, le aB août 179a, rendu , sur la proposition de Gensonné , un décret en treize articles pour arcélérer les travaux de la haute-cour nationale d'Or-
léans, chargée déjuger les personnes arrêtées après la journée du 10 et prévenues de conspiration. L'article i3 était ainsi eonçu : <rLc ministre de la justice est chargé d*eiivoyer à Orléans deux commissaires pour s'assurer de l'état des procédures iostniites par la haute-cour nationale, de Tétat des prisons et des précautions prises pour la sûreté des prisonniers, et il en fera rendre compte sans délai à l'Assemblée nationale, pour être par elle sur ce rapport statué ce qu'il appartiendra, n
et à un état plus calme; du moins on ne parle plus de dëpart, el il est plus que probable qu'il ne s'effectuera pas ^^K
P. S. — Les malveillants répandent sourdement dans nos armées, pour y jeter rabattement et le désespoir, dans un instant où elle a si grand besoin de toute son énergie, que la motion de M. Chabot ^*\ tendant à faire réélire tous les officiers par les soldats , a été adopta ^^^ Ils parviennent par ce moyen à décourager tous les officiers patriotes. Nous vous prions , Messieurs et chers collègues , de détruire de tous vos moyens un bruit aussi dangereux. Il est très vrai que la motion a été renvoyée à la commission extraordinaire , dans un instant où toutes les défiances étaient motivées et toutes les précautions insuffisantes, mais il est très vrai que TAssemblée n'a jamais considéré cette mesure que comme une ressource extrême , dans le cas où les officiers de l'armée l'exciteraient h la rébellion. Il n'en est plus question aujourd'hui; elle est très éloignée de l'adopter, et les terreurs que l'on cherche à répandre h ce sujet sont hors de toute raison et de toute vraisemblance.
(Areh. nat.. DXL 48, n^ 33 et 36).