BESANÇON, 3o AOÛT
LES COMMISSAIRES AU PRESIDENT DE L*ASSEMBL]£e NATIONALE.
Besançon, le 3o août 179a , Tan iv* de la liberté, i" de Tégalité.
Monsieur le président ,
La mission que nous avait confiée l'Assemblée nationale est terminée. Hier nous vîmes la garnison de Belfort ^^^ ; aujourd'hui nous avons \u celle de Besançon ^^\ qui est la dernière de celles qui sont occupées par l'armée du Rhin. Nous ne pouvons vous exprimer jusqu'à quel point est porté dans ces dernières villes l'enthousiasme qu'inspirent l'Assemblée nationale et le dévouement des soldats. Les corps administratifs marchent parfaitement d'accord entre eux; leur empressement à se soumettre aux nouveaux décrets vous est connu. Les citoyens sont animés de la même énergie. Il était 1 1 heures du soir quand nous arrivâmes hier à Besançon : c'était l'heure du sonmieil pour la plupart d'entre eux; cependant les rues furent pleines en un moment, retentissant de cris d'allégresse, la ville fut illuminée, et aujourd'hui, lorsque nous avons été faire l'inspection des troupes, les habitants se sont joints à elles pour exprimer l'ardeur civique dont ils sont pénétrés.
Les garnisons de Belfort ^^^ et Besançon ^*^ forment les mêmes réclamations que toutes celles que nous avions vues auparavant, ce qui prouve combien ces plaintes sont justes et pressantes; elles portent principalement sur la pénurie des armes , le défaut des choses les plus nécessaires aux soldats, le manque d'argent et la perte considérable des assignats, enfin sur les vices de la fortification. Nous remettrons le détail de ces plaintes à la commission extraordinaire et nous vous répétons encore ,
^') La municipalité de Belfort avait, dès le 16 août 1793, fait publier la loi de suspension du pouvoir exécutif, et, le lendemain, les membres du r4onseil général de la ville et des citoyens libres avaient fait connaître à TAsscmblée nationale leur adhésion à ses décrets. (Arch. nat., G t58, n' 334.)
(^) Les administrateurs du Doubs avaient annoncé, le 19 août i799« à TAssembléc le départ de six mille hommes pour la frontière. (Arch. nat.,C i58, n" 335), et, le 91 août, le Conseil f^nén\ de Besançon
avait adhéré aux décrets de TAssemblée.
(/6kf.,Ci58,n''3a9.)
(^) Le 98 août 1799 les habitants de Belfort réclamèrent aux commissaires de la monnaie en petits assignats et le payement des pensions, et, le 99, la compagnie d'artillerie attachée à la garde nationale de cette ville demanda deux pièces de canon et le matériel nécessaire. (Arch. de la guerre, armée du Rhin.)
t*> Cf. p. 1 39 et 1 33 le texte des deux principales lettres adressées aux commissaires pendant leur séjour à Besançon.
Monsieur le président, combien il est temps de réparer enfin les torts du pouvoir executif envers les défenseurs de la patrie et les longues vexations par lesquelles il a essayé, mais vainement, de détacher tant de braves gens de la cause dont le triomphe est maintenant assuré.
Nous avons rendu compte à l'Assemblée nationale , Monsieur le président, de toutes nos opérations, à mesure que nous avancions dans la tâche qui nous était imposée. Il en résulte que les frontières du Rhin sont défendues par une armée pleine de civisme, de courage et de constance, que sa patience et sa fidélité sont à toutes épreuves, puisqu'elles ont résisté au mal être que depuis si longtemps lui faisait éprouver la malveillance d'un ministère qui n a cessé de vous tromper.
Les observations particulières que nous aurons recueillies dans le cours de notre voyage achèveront à notre retour le tableau que nous, avions à présenter à l'Assemblée nationale.
Les commissaires envoyés à l'armée du Rhin, L. Carnot, A.-P. Coustard, C.-A. Prieur, F.-J. Ritter.
(Orig. aut. de Carnot, Areh. nat., G i6&, n* 385.)