DE LA MISSION REMPLIE PAR LUI ET PAR SES COLLÈGUES À L'ARMEE DU RHIN
BAPPORT SUR VÊTAT DE V ARMER DD RniN FAIT À V ASSEMBLEE NATIONALE PAR LES COMMISSAIRES ENVOYES PAR ELLE À CETTE ARMEE, LE 5 SEPTEMBRE t'jgû , UAN IV DE LA LIBERTE^ I^ DE VEGALITE :
Messieurs,
De retour depuis hier soir, nous nous hâtons de venir vous présenter le complément du compte que nous vous devons de toutes nos opérations. Nous avons déjà eu l'honneur d'informer sommairement Xks-
(*) Les arraDgemcnts des commissaires avec les Suisses ne leur valurent pas seulement les critiques de GobeL Le général Biron les blâma également dans une lettre à Servan, écrite de Strasbourg le 9 septembre 1 799. (Orig. , Arch. de la guerre, armée du Nord et des Ardcnnes). (tll est possible, disait-il, que MM. les commissaires de TAssemblée nationale aient fait une fort bonne cbose en montrant aux Suisses une conGance qui doit naturellement leur en inspirer, mais je ne puis vous cacher que je trouve quMs ont joué terriblement gros jeu, car, indépendamment de la chance très possible d'être trompés par les Suisses, il en est une tout aussi dangereuse et beaucoup plus probable, qui est celle que les Suisses soient
forcés par les Autrichiens et acquittés envers nous par une faible résistance. Mous aurions alors éternellement à regretter d'avoir consenti à ne pas occuper des points de défense aussi capitaux que ceux dont j'avais reçu ordre de m^emparer, mesure importante dérangée par les ordres de MM. les commissaires. Nos moyens en troupes sont si faibles, il m'en reste si peu de disponibles pour la défense du Haut-Rhin que je ne puis m'empécher de prévoir les plus grands malheurs et les plus irréparables, si nous éprouvions la moindre perfidie de la part de quelque canton suisse. Je crois les dispositions des Bàlois excellentes, mais je crains que Berne et Soleure ne nous soient très contraires, n
semblée nationale, cl à mesure que nous avancions dans noire tournée, de Tétat où se trouvaient les différents lieux que nous avions parcourus. Il nous reste à vous présenter aujourd'hui quelques vues générales qui nous semblent devoir être prises promptemcnl en considération. Nous y joindrons aussi quelques objets particuliers et intéressants, dont il n'a point été fait mention dans nos précédentes lettres, ou sur lesquels nous croyons utile de ramener encore votre attention.
Les villes principales par lesquelles nous avons passé et que nous avons examinées en raison de leur importance, sont Meaux, Châlonssur-iMarne, Verdun, Metz, Sarrcbourg, Phalsbourg, Saverne, Haguenau, Wissembourg, Lauterbourg, Landau, le Fort-Louis du Khin, Strasbourg, Schelestadt, Colmar, Ncuf-Brisach, Huningue, Delémont dans les gorges de Porrenlruy, Belfort, Besançon, Dôle, Auxonne et Dijon.
Nous sommes assez heureux pour pouvoir vous annoncer que l'ensemble de nos observations présente le résultat le plus satisfaisant. Partout l'amour de la liberté, le respect pour l'Assemblée nationale, la confiance que l'on a en elle, et la soumission à ses lois, sont les bases principales des sentiments qui animent le peuple dans tous les départements que nous avons parcourus. Partout aussi son ardeur se manifeste pour fournir aux moyens de repousser l'ennemi étranger; enfin son énergie, son courage, sa haine contre les tyrans et les intrigants qui l'ont si indignement trompé doivent désespérer ceux qui prétendraient encore le ramener à l'esclavage.
Quelques corps administratifs, quelques tribunaux, quelques officiers civils ou militaires, malveillants ou engourdis au milieu des élans sublimes de la masse générale du peuple, semblent retarder encore dans certaines villes l'impulsion commune des esprits. Vous connaissez déjà, Messieurs, les mesures de sévérité que nous avons cru devoir ordonner provisoirement contre plusieurs d'entre eux, qui entravaient ou désorganisaient la machine sociale. Nous sommes d'ailleurs en état de fournir des renseignements particuliers sur tout ce qui les concerne, mais nous croyons que le très grand nombre de ceux qui restent en place, éclairés enfin sur le véritable intérêt national, répareront bientôt par leur zèle et leur activité ce que leur inertie, ou même un découragement mal fondé, met dans le cas de leur reprocher.
Depuis Phalsbourg jusques et y compris Besancon , l'armée du Rhin
1 50 CriRRESPONDANCK f.KNÉRALK hK C \RNOT. | Ti «cpt. i 7«j«.]
osi rom|)o><*t> (l<* plus ili» ^iS,ooo Iioiiiiik^, Iniil en ln>ii|>rs dr li}^ i|ii*rii \oloiilfiin*s n;iti(innu\, lii<*ri «inin's ri r«*|Kiiiis en (iifl«*n»nls llou\, ind^pendiiminml dos {rardos n«itionnle!i a|)|)nrlennnt p.irllriilièn>mcnt à rhnf|u«* ville, qui sont en nombre ronsiii«*nihlc, et ^<lns compter non pluii un nombre aussi trèst );r»nd de vcdontain^ qui nrroun*nt en foule de diiïérents départements, mais à in totalité desupieU il n*n pas encore Hé possible de fournir d«^ armes jusquVi pn*si*nt.
Nous avons déjà eu Hionneur, Messieurs, de vous instniin* de Tardeur civique, de la bonne tenue et de la discipline qu*on y n*man|ue, ainsi que du patriotisme bien prononcé des f;énérau\ Biron, Reliermnnn , Custine et t errier, auxquels nous avons déjà n*ndu riiommaf^ qu*ils méritent. Ce que nous avons constamment obs<*n'é à ce sujet, cW que, lorsijuc les |;i^néraux sont lions, le couraj^, IVnsemble, le dévouement d(*s trou|>es et par consécpieni le parti qu*on en peut tirer vont infiniment au delA de tout ce que Tancien n*(pnie le plus sév^ pouvait obtenir de ioliéissance absolument aveu|;le^i^ et que même avec d<*s chefs suspects la lionne contenance des soldats pmmet encore dV\cellents effets et restn*int l>eaucoup le danf;er. Aussi n*v ti-t-il pas de pndmbilité que nos ennemis se hasardent & nous attaquer, ni par l^andau, ni le lonf; du Ithin, et, si comme tout Tannonce, |i»s Suisses ne M>rtent pasd«> leur neutralité, notre frontière si* tniuve bien {garantie dans toute cette partie.
Apres a\oir montn^ à TAssiMnbb'f* tout ce qu*il y a de rassurant sur IVlat de nos ln»u|H>s, il e>t de notn* de\oir de lui rappeler combien il est instant depour\oir au\ In^soins de rette armée, qui sont très (grands.
Kt certes il n\ eut jamais de circonstances plus |jra\es et plus prev- Sf'intes que celb^s où nous nous trouvons, où il fallut moins l«T|p\erser sur b*s {grandes m<*sures à prendn*, ni s*«irréter à un ordn* de formalités plus embarrassantes qu'utiles, et encore moin> aux coiid)inaiM>ns dune éronomie mesquine.
L<^ fu«iils ne Minl pas, à lN*au<'oup près, f*n n«»ndip* sulliNant, et Ion est donli»ureusi*m<>nt atfi*rté de'xoir le dé\«»ueni«*(it d'un nombre prcNliipeu\ de rilo\en< dew*nir inutile, faute d*aniies. Il n*\ a pas un moment à |M»rdri' jiour réunir Cflles qui exislenl. mais nous de\ons dire que la fabriratiiin des piqui*^. par lrsqu(*lles on |M*iit supplf''«*r au\ fii*«iN. n*esl
nj|iim«li* \r %n a«nl iTtif.
pas aussi avancée que nous l'eussions désiré ^^\ Et la raison qu'on nous en a donnée, c'est que les modèles n'en avaient pas encore été envoyés.
Un autre objet qui exige toute l'attention de l'Assemblée, c'est l'embarras et la pénurie qui existe dans le service des vivres et des équipages de l'armée. Le défaut d'argent disponible, le retard des payements, les formalités exigées et sans doute la mauvaise volonté des agents, en sont la cause. Les commissaires des guerres que nous avons vus sont, à un petit nombre d'exceptions près, entièrement inciviques. II serait bien à souhaiter que l'on pût en peu de temps renouveler entièrement ce corps, afin d'abattre d'un seul coup la tige qui produit tant d'abus.
Enfin la disette extrême d'officiers du génie et de chefs dans l'artillerie exige aussi que l'Assemblée y statue promptement de la manière la plus efficace, sans quoi toute cette partie du service resterait dans une nullité funeste. D'un autre côté, il n'est pas moins important de foiu*nir les fonds nécessaires aux travaux de la fortification. Nous avons vu que les entrepreneurs ont fait des avances considérables, qu'il ne leur est plus possible de continuer, et même on doit au civisme de plusieurs d'entre eux de n'avoir pas absolument abandonné des travaux qui les exposent à la perte entière de leur fortune. Cet état de choses exige, comme l'on voit, un prompt remède.
Voici maintenant les objets particuliers que nous avons annoncés.
Notre mission spéciale n'ayant commencé qu'à Phaisbourg, ce n'est, à proprement parler, que de cette ville que nous devons partir dans notre narration. D'ailleiu*s, la rapidité de notre course ne nous a permis de prendre sur les villes qui précèdent que très peu de notions sur l'esprit de leiu*s habitants et des corps administratifs, qui maintenant vous sont sans doute connus par d'autres rapports. Nous vous dirons seulement que l'école d'artillerie établie à Châlons^^^ est livrée à une aristocratie si manifeste qu'elle excite des plaintes universelles dans cette ville. Il est temps enfin que l'on fasse cesser en France le scandale de voir des fonctionnaires publics, des jeunes gens auxquels la patrie fournit
(*) Le 35 juillet 1793 Carnot avait fait nisalion de rarlillerîc; mais ce ne fut que
une motion en faveur de l'armement des le 17 août 1791 que TAssemblée consti-
citoyens avec des piques. tuante choisit la ville de Châlons-sur-Marnc
(*) L'école d'artillerie avait été crdée par pour y établir cette écxAe, (Moniteur , IX,
le dé;rel du i5 décembre 1790 sur rorjja- âao.)
1S3 C0RnESPONDAN<£ GÉNÉRAIS UK CARNOT. [fistrr. 179t.]
rinslriictioii « n*t!tre occiip'^s (|ue dos nio\f*iis «ii* dcVliiror li* iM*iii qui km nourrit. Il faut enfin qu<* Ton nVludc* plus«quo Ton no transforme plu» on fonnalitt^ di^risoiro* la*pnrtio la plus importante dos oiamons, colle qui pi^ut s4*ulo (garantir le civisme Ai*% candidats. Sans Tamour do son pays et dos lois qui y sont étahlios, le talent n*ost plus qu*uno arme pcrlide.qui tôt ou tard s<* tounie contre la mon* commune dans la main de ses propres enfants, et le^piVience ne nous apprend que trop, par It*s traîtres cpii ont vi6 successivement domasi|ués, ce que Ton doit attendre de ces hommes qui S(* tarifent sans cesse de Tlionneur et de leur (idôlité & la formule d*un serment.
Le commandant amovible de Phalsbourg mt^rite des t^loges pour le lèle et rint<*lli(jence avec leM|uels il fait son service. Sa place est en lM>n t^tat quant aux fortifications; il lui manque scnilement quelques approvisionnements et quelques hommes pour le seconder. Mais C4*ci fait partie dt»s objets h soumettre particulièrement au ministre.
Les excellentes dispositions de ramiA* de Wissemlniurf;, de celle de l^auterbouri;, de la (garnison de L'iiidau et de celle du Fort-Louis «ainsi que li*s s(*ntimontH de lours cliofs n^sportifs, ont di*j& n^u publiquement le juste tribut dVIof^ (|ui bnir <*st dû.
Nous avons aussi rendu compte à rAssombli'*e d<*s actes do S4*vorit«* que notn* devoir nous a pn^srrits, mais nous avons encore à revenir sur MM. Victor et Jos«*ph Bro|;lie, |MMir lours actions |M)st«*rieun*s h leur susp*nsi(m. l^* pn*nii«T a parcouru succossi\emont li*s ini^mi*s li(*ii\ que nous « h Wiss«*mlKiur|;, a Strasl>our|^, à Scliolestadt, à (iolinar, h Nouf-Brisach, au camp d*Iluniii|pie; partout il nous pnWdait de qiio|qii(*s instante, appan*miiient pour nous n*iidro l«* si*r\ico do pn*panT li»s o>prits h la soumission onvors rAssi*mbli''o nationale ot à bi<*ii n^covoir si»s comiiiissiiiros, puis il disparaissant ot sVloi|^nait à iiotro appnicho, ne laissant cfautro trari* apros lui (iiio la prona|^ation do s;i ii<Vlaration poliliquo qui \ous a l'io omovtV ot los i*tr«*ls do ^m infltionro |M*rMinni*ll«*. (hi ronniil ais«*inont o» quo rrtli* iiiflu«*iiro iH*iit prodiiiro Mir iifio |M»i|;iit't> d*intri|;«iiit>, iiobiliain*H ou aiiln^s. qui, pr('*<dalilt»ni(*iil a toiili* diM'i>i(»n do la (ion\i*ntion national**, \oiidraiont bion. ««i rol.i m» pou\ail, dininiT liou à l.i i^uorro ri\ilo. Onant à M. Jos4*ph itri»i;lio, nous joi|y'iion> i«i l«* disriMirs (|u*il tint à m*n rli.isvMipi on lour annonrant sa su>|M*n<»if»n. T** dlsriMirs rt'*p.uidu |»ar rimpri*^Mi»n. no Ifnd.nit t''\Ml«*iiini<*nt qu'à indi>poMT li*s lniiip«*s rontro r\%s4*nibl«v n*itionalo. H fautoiir nnu^i a\ant
[SsKPT. 179^0 MISSION À L'ARMÉE DU RHIN. 153
d'ailleurs été dénonce comme un intrigant dangereux, cherchant à égarer la garnison de Landau et tenant chez lui des conciiiahules avec des personnes qui attaquaient sans cesse les lois de TÂssemblée nationale, nous avons cru devoir requérir M. Biron de le faire mettre provisoirement en état d'arrestation , en le chargeant en même temps de rendre compte à l'Assemblée nationale des poursuites qu'il aura faites h cet effet. Un trait particulier fera connaître l'esprit qui dirige cet officier. Avant sa suspension, et au moment où toute la garnison était sur la place pour entendre la promulgation de la loi, M. de Broglie, qui y était avec sa troupe, ne lui fit point mettre les armes à la main, ainsi que le firent tous les autres corps, et que doit le faire, en signe de respect, tout soldat auquel on parle au nom de la loi.
Parmi les demandes qui nous ont été faites pour l'armée de Wissembourg, il en est une surtout qui exige une prompte décision de l'Assemblée nationale et qui par sa nature est bien faite pour l'intéresser. Il s'agit des appointements des officiers de santé, qui deviennent tellement modiques par la perte qu'éprouvent en ce pays les assignats (ceux de 1 00 sols s'y trouvent réduits à 54 sols) qu'il leur est pour ainsi dire impossible de pourvoir à leur subsistance. L'utilité majeure de ce service ne pouvant ôtre contestée, nous espérons que l'Assemblée nationale voudra bien demander à ses comités un rapport prompt sur cet objet. On pourrait ordonner ou que ces officiers de santé recevront par mois, comme les autres officiers militaires, 5 o livres en argent monnayé, ou qu'il soit fait une augmentation suffisante à leur solde.
Nous avons fait rapport dans une de nos lettres de la nécessité où nous avons été de suspendre quatre juges du tribunal du district de Colmar, le greffier et son commis, tous connus par le plus grand incivisme et contre lesquels s'élevait le cri général des justiciables de ce tribunal. Il n'est pas le seul dont le public désire la réforme; celui de Saverne affiche l'aristocratie la plus insolente et son attachement pour le cardinal de Rohan ^'^ C'est à Saverne que les habitants du district d'Haguenau, en venant y chercher la justice, puisent les principes les plus contre-révolutionnaires ; c'est de cette ancienne résidence du chef
^') Louis-René- Edouard, cardinal de était membre coinme dépuic des baiilia^^es
Roliaii, évéque de Strasbourg, le héros de de Ha(ju.:nau et de Wisscmbourg, retiré
Taflaire du G)llier, 8*clait, depuis la clô- dans son diocèse au delà du Rhin et avait
ture de TAssemblée constituante, dont il fixe son domicile n Ettcnlrjim.
15a CORRBSPONDANCB GÉNÉRALE DE GARNOT. [Sscpt. 179t.)
des rebelles d*Ettenheiin que se propage le fanatisme dans un des plus importants districts du Bas-Rhin.
Vos commissaires ont reçu (également des plaintes multiplia sur b conduite du tribunal du district de Wissembourg. Son inaction et ses exactions semblent vouloir faire désirer aux citoyens de ce district le retour de Tancien régime et de Tancien ordre judiciaire. Les frais de procédure y surpassent au moins d*un tiers la taxe des ci-devant parlements. La difficulté de trouver sur-le-champ des sujets pour remplacer les juges de ce tribunal nous a seule empêchés d en prononcer la suspension.
Les pertes qu*a essuyées la ville d*Huningue par la suppression de ses privilèges nont pas ralenti le patriotisme de ses habitants. Ils ont renoncé avec empressement h tout ce qui pouvait élever une distinction injurieuse entre eux et leurs frères, le reste des Français, mais il est un fait sur lequel nous devons intéresser votre sollicitude. La ville d*Huningue est sans conmierce comme sans banlieue; la plupart de ses habitants s'alimentent par leurs relations avec Bàle, qui n en est éloigné que d'une demi-lieue. Avant le reculement des barrières sur Textrénie frontière, les habitants d'Huningue, ouvriers pour la plupart, avaient pleine liberté d'allrr chercher h Baie les moyens dVxercer leur industrie et de sustenter leurs familles. (À's moyens leur sont Atés aujourd'hui; p»ut-élre, Messieiu^, croirez-vous convenable de les leur rendre, en permettant que les citoyens d*Huningiie, tailleurs, blanchisseurs, lingères et autres ouvriers, puissent importer, sans payer de droits denlnV, les marchandis4's qu'ils chercheront à Baie, pour les ouvrer ou blanchir, en les soumettant toutefois aux précautions usitées en pan^il ras, c'est-à-dire en leur faisant prendre des acquits-i-caution. (iet obj(*t nous parait devoir être renvoyé au\ comités de commerce et de finance réunis.
Nous avons aussi été instniils qu'il existait dans l'arsenal de cette \ilh* un i^rand nombre d«* canons de fusil qui, dans lc*s circonstances acIurllrH, |>4Mi\ent devf'nir d'une tri^s grand«* utilité. Nous nous somnn^ fait n'pn'sefilor ces canons dont l'existence est tri^s réelle; ils sont au nombn* d** dix milb*, mais ce sont des canons n*butés aux épn*Qves. 0|M*ndant, après en avoir examiné plusieurs, nous avons pens«^ que plus de la moitié p)urrait être emplojiV, parci» que l'épreuve à la- <|ur||i* ils ont été S4iumis est une éprnuv** d'inspection, par laquelle la
réforme a lieu pour le plus léger défaut. Or il nous paratt que, dans le moment actuel, la seule épreuve raisonnable est d'essayer les fusils avec charge double. Nous avons témoigné notre désir que cette épreuve fût faite, et nous croyons que le ministre de la guerre doit prendre des mesures promptes pour qu'une ressource aussi précieuse ne soit pas négligée.
A Belfort, Dôle et Besançon, nous avons trouvé des compagnies d'artillerie de la garde nationale sédentaire, toutes formées et auxquelles il ne manque que des canons pour se présenter à l'ennemi. C'est encore un objet qui mérite toute l'attention du Conseil exécutif, car partout l'artillerie est du civisme le mieux prononcé et d'un talent sur lequel on peut établir la plus solide confiance.
Nous avons déjà fait connaître à l'Assemblée la situation de Besançon. Rien de ce que le patriotisme peut suggérer, rien de ce que la confiance la plus entière peut inspirer n'a été oublié dans cette ville. Elle a été illuminée, les corps administratifs et la garde nationale nous y ont donné des f<îtes; dans une de ces fêtes, donnée en plein air à la belle promenade de Chamars, le nom de cette promenade a été changé en celui de Champ de rÉgalité; la société des amis de la Constitution nous a accueillis avec transport. Quelques exceptions à cet esprit de patriotisme nous ont forcés à suspendre de leurs fonctions plusieurs officiers civils et militaires. Ce sont MM. Metzger, lieutenant-colonel du 5* bataillon du département du Haut-Rhin; Blanchard, conmiissaire des guerres, employé à l'armée du Rhin; Brésard, officier de gendarmerie nationale; Bassand, Martenne et Viennot, juges de paix, et MM. Fenouillot et Tonnet, assesseurs. Nous avons remplacé M. Blanchard par M. Le Marquant et nous avons chargé le conseil général du département de remplacer provisoirement les officiers civils suspendus.
Ces actes de sévérité eussent été beaucoup plus nombreux partout, si nous ne nous fussions fait une loi de ne frapper que sur ceux contre lesquels nous avions des preuves irrésistibles d'incivisme. On a essayé vainement de nous porter à des rigueurs qui peut-être eussent été utiles et justes, mais dans l'incertitude nous avons toujours cru devoir pencher pour les accusés, et nous avons plus d'une fois repoussé des inculpations douteuses, en disant que vous ne nous aviez pas envoyés pour servir les passions ou les vengeances particulières, mais pour
15C CORRESPONDANCE fiÉNÉRAU; DE CARNOT. \hswr. 17.11 |
nmioiior li*s csprils par In juslirc* oi In |K'rsiinsion pliitôl f|ii<* par ih^ coups (r.iiilorili*.
|)«! li*i;('*ros (l(*|;rn(lcitions dans la for(i(icfilion alcirmaienl l(*s rîtoyons* qui li*s rrovaiiMit IxMuroup plus danfjerousos cprelles ne lo 9ont t*n fiïi*!. Nous on avons fait n'parer (pi<*l(pies-unos« et nous avons lârln* dt* rassurer l<*s rito\ens sur les autres, mais nous n'avons pu nous flis|H*ns-r <le voir <|u*il manquait l>eaucoup de clios4»s pour une bonne d(*fi*ns«». «•t il est essentiel d'y subvenir promptement pour répondre à Tardeur des braves |;(Mis (|ui ont juré de défendre leur rite jusqu'à la mort.
Nous avons visité riiôpital, l'un des plus vastes (*t des plus Imsuii qui existent en France. L'ordre qui y rè(;ne nous a paru admindib*; h* xiMe des relijpeuses et leur attention pour les malades sont di|pies di*s plus i^rands élofji's. Mais la vérité nous oblige de dire aussi que le fanatisme v secoue ses torcb(*s ardentes, que ces pieuses filli*s sont les dupes de quelques préln^s intri|[ants« et «pie cet bospice se trouve être tout à la fois l«* cf>ntn' des vertus qui honorent le plus Tbumanité^ et le point de rallirmi*nt des contre-révolutionnaires.
Nous avons encore vu dans ci*tte ville plusieurs autres établiss«*ments tri*s beaux dans l«Mir |;i*nre et très bien surveillés; tel est celui d(*s subsistances militaires.
Les diverses sections d*? cette ville au nombre de huit, dont cinq éttiient déjà rassi'nddé*!^, nous ont d(*mandé à m» n'unir par commissaires p<Mir traitiT de leurs intérêts conununs. Nous avons iH*nsé qu'à la V4*ille d'une (ion\(*ntion nationab». qui doit s'entourer de toutes lt^ lumières, il était néct*^saire de procurer aux citov(*ns la faculté de se conununiipier leurs pt*nsiVs; vn consiMnience, nous a>ons acquii^scé à ce que |i*s huit sériions se ra^^senddassent p;ir commissaires, paisibh^ ment et sans armes, seuh*ment |>our rédi|jer leurs plaintes et |M»ur présenter des p'titions '\
Nous ne pt»uvt>ns omt*ttrt*, Mt^ssieurs. pni^^que \olre but prineipal, en nous en\o\ant aux frontières, a été de roimaitre rr^piit iiublic, qu'à lles.uwoii, cnnuui* à Strasbtuirij et ju'^qiie d.ins h's c.inqKii|nes. on vtMit uni* forme de {iiunernement ;ib^n|iiiiii*rit noiui-lji'. al»Ntdumi'nl l^quilaire. Les diNliiirtioriH les pins léijiTes si»nl »ri horreur partout; à
lK*i|e il II hijofi II* imm de Itot is( tlT.ii i* ijr tiMiliN |ix .-ns. I;;il«>. Nous
[5sEi>T.i79^] MISSION À L'ARMKE DU RHIN. 157
avons trouvé les statues de ces vieilles idoles renversées et brisées. La Convention nationale n'a donc pas à choisir entre les divers genres de gouvernements; il faut qu'elle organise une République, il faut qu'elle s'occupe uniquement à en adapter les formes au vaste empire que nous habitons.
La conduite des troupes chargées de défendre Longwy a indigné tout le monde et n'a découragé personne. De toutes parts les citoyens quittent leurs femmes, leurs enfants, leurs travaux, pour accourir à la frontière. Il y en aurait quatre fois plus encore, s'il était possible de leur fournir des armes.
Nous croyons enfin devoir prévenir l'Assemblée que ce matin il nous a été remis une lettre de M. Villantroys, l'un des officiers supérieurs que nous a>îons provisoirement suspendus. Il reconnaît son erreur et demande que sa suspension soit levée. Cet officier ayant joui d'une bonne réputation , jusqu'à ce qu'il se trouvât aux ordres de M. Joseph Broglie, nous désirons que vous veuilliez bien ordonner qu'il soit remis en activité dans son grade de lieutenant-colonel ^^\
Quoique notre mission fût terminée à Besançon, cependant les villes de Dôle, d'Auxonne et de Dijon ^^^ se sont empressées à notre passage de nous témoigner leur dévouement à l'Assemblée nationale, et nous ont accueillis avec un enthousiasme semblable à celui des habitants de Strasbourg et de Besançon.
Nous prions l'Assemblée nationale de vouloir bien nous permettre de remettre à ses différents comités les pièces qui les concernent, telles que les diverses pétitions, les états d'approvisionnements, d*armes, d'artillerie et de subsistance, que nous avons rassemblés.
(Minute, Ârcb. nat., G 178, n" Aa5.)
[Le même jour les commissaires se rendirent au sein du Conseil exécutif provisoire. Le procès- verbal (Aulard, 1,^7) relate le fait en ces tonnes : trLes commissaires de TAssemblée nationale, qui avaient été envoyés vers les armées du Rhin , ont été introduits au Conseil et ont exposé diverses observations qu'ils ont faites dans le cours de leur mission, n Le lendemain 6 septembre , le ministre de la guerre Servan écrivit au j^énéral Biron (Arch. de la guerre, armée du Rhin, reg. 1, fol. 91) : «rSi j'en crois les rapports que nous ont fait hier MM. les
t^) On lit en marge de la première page s' Villantroys a élé levée par décret dti de ce rapport la meation suivante écrite 20 septembre, séance du soir. n par Giiyton-Morvcau : trLa suspension du <-^ Cf. Mémoires sur Camot, I, 967.
commissaires qui arrivent de larmëe du Rbiu, toutes les parties de Porreotruy el de Bâle sont très bien disposées en notre faveur et j^aime à espérer que la Suisse ne se hasardera \ms dans une guerre aussi inutile pour elle et qui renverserait infailliblement laristocratie bernoise. Il ne faut pas cependant èti*e trop confiant, et c'est \h ce qui est livré h votre prudence, n]
LISTE DES OFFICIERS ET ADMINISTnATEURS DESTITUÉS PAR LES COMMISSAIRES DE L'ASSEMBLÉE À L'ARMEE DU RHIN
EN AOÉT 1799.
ETAT DES OFFICIERS CIVILS ET MIUTÀIIIES DESTITUES PROVISOIREMENT DE LEURS FONCTIONS PAR LES COMMISSAIRES DE VASSEMRLEE NATIONALE 1 LURMEE DU RHIN y CONFORMEMENT AU DECRET DU 10 AOUT Ijgù , VAN IV DE LA LIRERTE ET LE I*^ DE VEGALITE,