‹ Correspondance générale de CarnotChapitre 87 sur 207 · MISSION À BAYONNE ET DANS LES PYRÉNÉES · texte numérisé non relu

MISSION À BAYONNE ET DANS LES PYRÉNÉES

(T Au nom de la Nation ,

irLe citoyen J.-G. Lacuëe, adjudant gênerai colonel, partira incessamment avec le citoyen Gérard Lacuëe ^'\ adjoint, pour se rendre du 1 5 au so octobre au plus tard dans la ville de Bayonne , où , de concert avec le citoyen Duvignau ^*\ colonel du gënie, et sous les ordres des officiers généraux employés dans, celte partie de la frontière, il s occupera des moyens de mettre ladite ville de Bayonne en état de défense; il pourra pour cet eflet requérir les bataillons des volontaires nationaux actuellement formés dans le département de la Gironde et ceux des déparlements circonvoisins, dont il croira avoir besoin. Ces deux oOiciers se transporteront ensuite à Perpignan, en suivant Textrême frontière; ils reconnaîtront tous les points par lesquels les ennemis pourraient entrer, et s'occuper[onl] des moyens les plus sûrs de prévenir et d'empêcher toute invasion étrangère, tant dans le moment actuel qu'au retour de la belle saison. Ces deux officiers rédigeront un plan d opérations offensives et ils adresseront au ministre un projet relatif au nombre de ti*oupes, effets de campement, armes, munitions de guerre et de bouche nécessaires h cette expédition.

ff Paris, le 23 septembre 1792. ^Le ministre de la guerre,

(tServan^"*\^

Le 9/1 septembre 179a la Convention nationale rendit le décret suivant :

rrLa Convention nationale décrète que les commissaires nommés pour se tran^ porter dans les départements frontières des Pyrénées afin de préparer des moyens assurés de défenses et de rétablir Tordre public partout où il serait troublé, sont autorisés à prononcer provisoirement la suspension, soit des officiers des étatsmajors, soit de tous autres officiers civils ou militaires, dont le remplacement leur paraîtra nécessaire; quils sont autorisés de plus a faire lesdits remplacements, même à faire mettre en état d'arrestation les personnes qu'ils jugeront suspectes.

(rLa Convention nationale autorise, en outre, ses commissaires à requérir la force publique, soit pour l'exécution des lois, soit pour celle des ordres qu*ils auront donnés, et enjoint aux autorités civiles et militaires d'obéir h leur réquisition. ^

(*) Gérard Lacuée, né à Agen le «5 décembre 177/1, neveu de Tadjudant géhéral, fui nommé sous-lieutenant le 11 octobre 1799.11 devint aide-de-camp de Bonaparte en 1800 et chef de brigade le 30 juillet 1801. U périt glorieusement au combat de Guntibourg le 9 octobre i8o5. Une rue de Paris porte son nom. (Cf. Faitei de la Légion tPfumneur, t. III, p. 3oo.) Son frère alnë , Chrysostome , également chef de bri> gade, fut tué à la bataille d'Eylau.

t')* Jean-Pierre-Thomas Duvignau , né à Aiguillon (Lot-et-Garonne) le 16 octobre 1738, enseigne au régiment do In Tour-

du-Pin le 39 avril 1751, lieutenant le 19 juillet 1769, lieutenant en second dans rartillerie le 16 avril 1766, lieutenant en premier et ingénieur ordinaire le 1 3 février 1768, capitaine le 97 novembre 1766, chevafier de Saint - Louis le 1 9 septembre 1776, major le 17 juillet 1789, lieutenant-colonel le 95 mars 1788, colonel directeur le 1" avril 179 1 , maréchal de camp le 8 mars 1793, retraité le 3 nivôse an 11 (93 décembre 1793).

^^^ Arch. dép. du Gers, dans le procès verbal de la séance du conseil général de ce département on date du 10 octobre 1799.

Le aS septembre 1790 Servan donna sa dëmission de minisire de la guerre ^^\ pour raison de santd, et le môme jour le Conseil executif provisoire lui conféra le grade de lieutenant génëraï en récompense de ses services ^*'.

Le â6 septembre Carnet fut nommé membre du comité de la guerre le premier de la liste ^\

Les troupes qui gardaient les frontières des Pyrénées appartenaient à Tarmée du Midi, commandée, depuis le i3 avril 1793* par le général Montesquiou ^^K C'est avec la droite de cette armée que la Convention créa Tarmée des Pyrénées, qui fut constituée le 1*' octobre 179a et qui comprit les 9*, 10', 1 1* et ao* divisions militaires. Le 3 G septembre 1 79s le général Servan avait été nommé général en chef de cette nouvelle armée par le Conseil exécutif ^^^

Les commissaires Carnot, Garrau et Lamarque étaient alors en route pour Bordeaux, où ils arrivèrent le mardi s octobre ^^K]

t^) Cf. Journal dei Débats, p. 96.

W Cf. Aulanl,I,7i.

^^^ Le Comilé de la guerre comprenait vingt-quatre membres et hait suppléants.

Voici la liste des élus avec le nombre des voix obtenues par chacun (Arch. nat., AFII i/i, 45) : 1", Carnot, 110; a% Lacombe Saint -MîcWl, 110; 3% Dubois- Crancé, 109; &*, Gasparin, 106; 5*, Delacroix, lo/i; 6*, Lcloumeur. 101; 7*, Lecointre, 99; 8% Reubcil, 96; 9', Truilard , 96 ; 1 o*, Albilte , 95 ; 1 1 *, Aubry, g5 ; la*, Coustard, 90; i3% Delmas, 88; i/i*. Si^tcry, 86; i5% d'Espinassy, 85; i6* Dclcher, 8a; 17*, Cbâleauneuf-Randon, 81 , i8*, Soubrany, 77; 19*, Poullier, 75; ao*, Miihaud, 68; ai*, Bcntabole, 6/i ; aa*, Fabre d'Égiantinc, 63; a3', Gardien, 6a ; a/i*, Rivaud, 6a. Les suppléants étaient Merlin de Douai, Hecquet, Gandin, Laurent, Dumont, Louis du Bas-Rhin, Merlin et Philibert Simond. Le Comité de la guerre tint sa première séance le a 8 septembre 179a. Carnot est marqué parmi les membres absents par commission. 11 fut placé dans la deuxième section , chargée de fhabillement, des vivres et des subsistances. Mais sa mission à Rayonne Tempécha de prendre part aux travaux du Comité; aussi fut-il compris d'office, le a a décembre 1 793, parmi les douze membres sortants. (Cf. les procès-verbaux du Comité de la guerre aux Archives nationales, AFll i/i, /i5.)

(*) Cf. Rétumé hiêtùriqtu dei campagnêê de iyg3, l'jgâ et lygÔ sur les Pyrénées orientales et occidentales, rédigé d'après la correspondance si les rapports du Comilé de salut public, des représentants du peuple, des généraux en chef et autres documents officiels existant au dépôt général de la guerre, par C.-L.-M. Poinçot, chef d^escadron au corps royal d'état-major, i838, 9 vol. infol., manuscrits. (Ardi. de la guerre, armée des Pyrénées.) Le tome I contient un résumé des faits survenus à Tannée des Pyrénées en 1 79a (p. 1 à 9). — Cf. aussi le 1" cahier de l'Historique des campagnes des Pyrénées orientales par le général Desdorides. (Arch. de la guerre, armée des Pyrénées.)

(« Cf. Aulard, 1, 76.

^*) La distance de Paris â Rordeaux était de 1 56 lieues de poste. On sortait de la capitale par la barrière d'Enfer, et on se rendait par le Petit cl le Grand-Montrouge, Arcueil , Rourg-la-Reine, Antony et Longjumeau à Montlhéry, qui était la première étape. La route traversait ensuite les vities suivantes : Élampes, Oriéans, Rlois, Tours» Chalel* lerault , Poitiers , Saint - Jean - d*Angéiy , Saintes, Pons et Rlaye. De ceUe dernière ville on gagnait Rordeaux, soit par eau, qui était la voie la plus courte et la {Ju« ordinaire , soit par la route qui passait par Rourg et aboutissait à la Rastide. (Cf. Guide royal ou Dictionnaire topographique des

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BORDEAUX , 3 OCTOBBE 1799* RiCEPTIOIf DES COMMISSAIRES PAR LE CONSEIL G^^RAL DU DJ^PARTEMEJMT.

Aujourd'hui 3 octobre 1793, i*' de k République française, à ii ueures du malin, dans la salle du Conseil sont entrés les citoyens Joumu ^^\ président, T^a brouste^*^ Desbarat, Villebois, Couzart, Perrière, Baron, Lardeau, Mandari, HoUier, Deramy, Monbalon et Pujouls Lamxjue, administrateurs , et Roullet, procureur général syndic.

Les portes étant ouvertes, le citoyen président ouvre la séance. Le secrétaire général provisoire fait lecture du procès-verbal de la précédente séance.

Les citoyens Garrau, Laraarque et Camot, membres de la Convention nationale, sont introduits avec les citoyens J.-G. Lacuée, adjudant général, et Gérard Lacuéo. adjoint. Les citoyens Camot, Garrau et Lamarque remettent sur le bureau un d^ret de la Convention nationale du â3 septembre 1793, par lequel ils soni nommés commissaires pour les départements voisins des Pyrénées, et un décret du a& septembre conçu en ces termes (suit le texte reproduit plus haut).

Les citoyens commissaires exposent ensuite Tobjet de leur mission et annonceni qu'ils demanderont h Tadministration des éclaircissements sur la position militaire du département, ses besoins et ses ressouixes i cet ^ard, sur Tétat de ses routes, celui de ses subsistances.

Un membre propose que quatre commissaires se rendent auprès des citoyen» commissaires pour leur exprimer le respect dont le Conseil est pénétré pour la Convention nationale qui les envoie, et les citoyens Desbarat, Duvigncau^'^ Pujouls Larroque et Baron ont été nommés commissaires ^^\

(Areh. dëp. de la Gironde (*>, L &ia, reg. du conseil général da département, foL i6t y*.)

grondée routes de Parie aux villes, bourgs et abbayes du royaume, par L. Denis; Paris, 177/i, 9 vol. in-18.) En 1793, quatre diligences étaient alTectées au service de Paris à Bordeaux et il y avait quatre départs par semaine, les mardi, mercredi, vendredi et dimanche. Le prix de la place était de 19 sous par chaque lieue de poste, conformément au décret du 95 août 1790, ce qui faisait 93 livres 1 9 sous pour ce voyage. (Cf. Aîmanaeh royal de 1799, p. G63 et 666.)

(0 Louis Joumu, ancien négociant, oncle de Journu-Auber, député de la Gironde à rAssemblce législative. (Cf. Statistique générale du département de la Gironde par Edouard Feret, L III, p. 335.)

^*^ François-Maric-Alexandi-o Labrouste,

né à Bordeaux le 96 octobre 1769, majoi de la garde nationale de Bordeaux en 1 789, député au Conseil des Ginq-Ccnls en 1 795, membre du Tribunat, tué à Paris par la machine de Ficsclii le 98 juillet i835.

i^) Pierre-Hyacinthe Duvigncau, avocat et écrivain, né à Bordeaux en 175 A, décapité dans la même ville le 96 juillet 1796.

(^) Le même jour le conseil général db h commune de Bordeaux alla rendre visite en corps aux commissaires de la Convention. (Arch. mun. de Bordeaux, reg. des délibérations du Conseil général.)

(^) Je dois la conununication de ce do cumcnt et de ceux de même origine à mon collègue M. Brutails, archiviste départemental de la Gironde. Je le prie de recevoir ici le témoignage de ma gratitude.

CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [5 oct. 179a.]

BORDEAUX, k OCTOBRE I793.

D£MA?iDE FAITE AUX COMMISSAIRES PAR LE CONSEIL G^NIÎRAL DE LA COMMUNE.

Analyse, — Le conseil gënërol de la comniuDe de Bordeaux, préoccupe de la diselle qui menace cette ville , par suite de la difScultë de la circolaUoa des subsis^ tances dans les dt^partements circonvoisins , invite les commissaires de la Convention, au nom de la patrie, qu'ils ont d^jà si bien servie, à passer par la Rëole, Marmandc , Agen , Montauban et Aucli , pour se rendre à Rayonne ^^\

(Arcb. mun. do Bordeaai, reg. du conseil général de la commune, fol. 56.)

BORDEAUX, U OCTOBRE 1793* BANQUET DONNlf AUX COMMISSAIRES PAR LE CONSEIL GIÎNJÎRAL DU Dâ»ART£MBlfT.

Séance du conseil général de la commune du h octobre 1799.

11 a etë remis sur le bureau une lettre du conseil gënëral du dëpartement qui invite deux membres du conseil gt^iK^ral de la commune h assister au banquet qu'il donne à la Convention nationale. Le conseil gënëral a nomme les citoyens Emmerth ^'\ olGcier municipal , et Crozilhac , notable, pour le représenter à oe banquet.

(Arcb. mun. de Bordeaux, reg. du conseil général de la commune, foL 56.)

BORDEAUX, 5 OCTOBRE 1799- LES COMMISSAIRES ASSISTENT A UNE f£te CIVIQUE DONNEE AU CHAMP DE MARS.

Séance du conseil général de la commune du vendredi 5 octobre 1 799.

Se sont rendus de bonne heure dans la chambre du conseil le maire ('\ les officiers mimicipaux, le procureur de la commune, le substitut, le secrétaire-greffier, le trésorier et les notables pour la céiv'monie qui doit avoir lieu au Champ de Mars^*^

Les citoyens Carnot, Garrau et I^amarque, députes h la Convention nationale, et avec eux le citoyen Lacuéc, adjudant général colonel de Tarmée des Pyrénées, les administrateurs du département et du district, les juges du tribunal criminel

^') Les commissaires suivirent, en eiïct, cet itinéraire. Ils arrivèrent à Agen le 8 octobre au soir et à Auch le lo.

t*J Emmerth avait été élu par le département de la Gironde deuxième suppléant a la Convention. (Cf. Le» conventionnel» par J. GuitTrey, p. a/i.) Mais, appelé à siéger, il avait refusé par une lettre du a8 septembre 1793 au président de la Convention , et avait été remplace par Ber-

goeing. (Cf. Arcli. nat, G 93&, n* iga.) ('"*) François-Armand de Saige, ancien avocat général au parlement de Bordeaux , élu maire de Bordeaux en 1 79 1 ^né en 1 78 A, décapité à Bordeaux le 93 octobre 1793»

t^) Le Conseil général de la commune avait, dans sa séance du 3 octobre, 6xé au 5 la date de la fête. (Arcb. mun. de Bordeaux, reg. des délibérations du conseil général, fol. 5a v'.)

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et eeax des Iribonaux civils, les membres da bureau de couotiation, les juges de paii et leurs assesseurs, et tous les membres des autres corps tant civils que mili* taires, se saai réunis aux officiers municipaux et notables dans la maison commune, d*oà le cortège est parti vers trois heures et demie, an son de la cloche et précédé de détadements de la garde soldée à pied et à cheval , de la garde nationale également è pied et à cheval et d*uDe musique militaire.

Les députés de la Convention nationale se sont placés à la tête du cortège entre le présidait du département et le maire. Tous les autres se sont mélÀ et ont aussi marché , sans observer aucun ordre , jusques au Champ de Mars , où cette cérémonie avait attiré une foule immense.

Chaque l^on de la garde nationale occupait sa place ordinaire autour du carré du Champ de Mars, et te bataillon des gardes nationales du département des Landes, en garnison au Château-Trompette, occupait la place destinée aux troupes de ligne.

Le commandant général était h cheval dans Tenceinle du carré avec les principaux officiers de Tétat-major. Dans le carré étaient égsUemeni rangées toutes les eompagnies des vétérans en uniforme et celle des jeunes gens.

Les membres du cortège ont fait le tour du Champ de Mars devant les lignes el se sont rendus ensuite h laulel de la Patrie, sur lequel étaient un grand orchestre et des chantres qui ont exécuté Thymne à la Liberté appelée Yhjtnne des Marseillais. Cette cérémonie, pendant laquelle on a fait plusieurs dtfchnrgps de canons, a été terminée par des cris répétt% de Vive la République, Vive la Nation.

Le cortège est sorti du Champ de Mars, précédé ri suivi des mêmes détachements qui l'avaient accompagné, et s'est rendu dans le lieu des séances des Amis de la Liberté et de TEgalité ^'\ où le citoyen Duvigneau , membre de la Société, a lu un discours sur la liberté. Après le discours , chacun s'est retiré individuellement ^'*.

Jaobebt^*\ officier municipal; Bassbtbbbb, secrétaire-greffier,

(Arth. mon. de Bordeaux^', reg. du conseil général de la commane, fol. 59 et 60.)

t') La fête du 5 octobre avait été célébrée sur b demande de la Société des amis de la liberté et de inégalité qui, dans sa séance du 3 octobre 179a, avait invité la rauoicipalité à profiter du séjour des commissaires de la Convention pour faire chantor au Champ de Mars Thymnc des Marseillais en l'honneur de la conquête de la Savoie.

Dans cette même séance la Société avait nommé une dépu talion do douze membres diargée d^ailer le lendemain auprès des commissaires de la Convention et de trrendre hommage eu leur personne à la majorité et à la souveraineté du peuple qu*ils représentent.» (Arch. dé}), de la Gironde, L 1880, fol. 35 v".)

(') Cf. une notice de M. E. Gaullieur sur cette fête dans le Bulletin municipal officiel de la ville de Bordeaux, n" du 16 déc. 1890, p. iG^i. C*e«l en celte occasion que la Mar$eillai*e fut exécutée pour la première fois à Bordeaux.

^•"*^ François Jaul)ert , avocat , gouverneur de la Banque de France en 1807, né à Condom le 3o octobre 1708, mort à Pari^ le 17 mars 183a.

^*) \à» documents tirés d(»s arcbives municipales de Bordeaux liront clé coninmnlquës par Térudit archiviste de cette ville, M. Kmest GauUieur, à qui je suis Iieureux d^adrcsser mes plus vifs remerfiements.

CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE GARNOT. [6cct. 1792.]

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