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CT. 179^.] MISSION À BAYONNE ET DANS LES PYRÉNÉES

Le pr&ident, après avoir doDnë les ordres nécessaires pour faire illuminer la ville, a annonce que la sëance était levée provisoirement et ajournée à neuf heures du soir.

Le Conseil général , suivi d'un détachement de la garde nationale et de la troupe de ligne, précédé de la musique de ces deux corps, s*est rendu à Tembareadère du Réduit pour y recevoir les citoyens commissaires, qui ont été introduits dans la ville au son des airs patriotiques, des cris de joie et de Fhymne marseillaise, qui était chantée par tous les citoyens et citoyennes qui accompagnaient le cortège.

Les citoyens commissaires se sont rendus dans le même ordre dans la maison commune, et, après avoir annoncé aux citoyens assemblés Tobjet de leur mission

Conseil général laisse au Conseil municipal le soin de se concerler avec le direcloire du district et le comnoissaire de la 1 1* division pour déterminer le nombre de troupes nationales et de ligne qu'il conviendra de réunir pour accueillir ces commissaires.?)

«Vendredi 5 octobre 179*.

«Le président a dit que Tobjet qui a donné lieu à faire inviter le directoire du district et le commandant de la 11' division de se rendre ea rassemblée [est] afin de concerter fappareil à donner à Taccueil que le Conseil général de la commune se propose de faire aux conunissaires que la Convention nationale envoie en cotte ville; après suffisante discussion, il a été arrêté :

iri* Que les corps administratifs et les chefs militaires de la place se rendront à Tembarcadère du Réduit avec le Conseil général de la commune pour accueillir les commissaires de la Convention nationale et les accompagner là où ils iront descendre ;

«9** Que dans le moment ou ces commissaires - traverseront la rivière de TAdour, il sera fait une salve de Tartillerie de la citadelle, que les forts de la place feront également une décharge de leur artillerie lorsque ces commissaires passeront sur h pont Majour;

«3° Qu^afin de donner un appareil décent à Taccucil qu'on se propose de faire à ces commissaires , il sera requis 1 5o hommes de la garde nationale hayonnaise, et un égal nombre de gardes nationaux volontaires et du 8o* régiment qui forment la garnison de la place ; qu'à cet effet les commandants de la garde nationale seront pries d'inviter

le nombre indiqué de gardes nationaux, ainsi que les tambours amateurs et ceux de la musique.

«Séance tenante, rassemblée a lait inviter les commandants de la garde nationale de se rendre au lieu de ses séances et ces citoyens s^étant rendus, le président leur a notifié les projets de l'accueil qui doit être fait aux conmiissaires de la Convention nationale et ces commandants se sont chai'gés d'en faire suite.»

Dans sa séance du 5 octobre 1793 le club des amis de la Constitution s'occupa de nouveau de l'arrivée des commissaires :

«rSur la proposition d'un membre faite aussi par divers autres, l'assemblée décide que les six commissaires nommés pour faire un rapport à la Société sur les demandes à faire aux commissaires de l'Assemblée nationale sont aussi chargés de les aller visiter et de les introduire dans une séance extraordinaire qui se tiendra demain au soir; et afin que cette députalion soit plus nombreuse on y adjoint Lafont, Prieur, Milbet, Miramon, Jean Detchemendy, Lagravère.

L'assemblée délibère comme principe qu'on demandera la destitution des commandant de place, offiriers du génie et d'artillerie, sauf les personnes qui mériteraient leur confiance, s'en rapportant à leurs lumières.

trlln membre demande et l'assemblée délibère qu'il sera adjoint de nouveaux commissaires à ceux déjà nommés pour la députation à faire aux envoyés de la Convention nationale; le président nomme à cet effet Lanhelin, Tbil, Prevot, François, artillours.n (Arch. de Bavonne, reg. du conseil général de la commune.)

198 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [ta oct. 1799.]

et fait lecture de la loi relative h leur commission , les citoyens y ont donne leur adhésion par leurs applaudissements et les cris rëitdrës de vive la Convention nationale, vivent les commissaires.

Le cortège dans le même ordre a conduit les citoyens commissaires au logement que la commune leur a fait préparer, et le Conseil gënëral rendu à la maison commune, le président a annoncé que la séance provisoirement suspendue étant reprise, il invitait l'assemblée à s'occuper de la suite des affaires qui doivent y être traitées.

En conséquence il a été fait une nouvelle lecture du projet d'adresse à la Convention nationale. Ce projet ayant parn remplir le vœu de rassemblée, die Ta adopté et délibéré qu'il serait expédié par le courrier de demain.

(Ârcb. mun. de Boyonne, reg. de la maDicipalité. )

BAYONNE, 19 OCTOBRE lyQâ.

RéCEPTION DES COMMISSAIRES PAR LE CLUB DES AMIS DE LA CONSTITUTION.

Séance extraordinaire du 19 octobre 179s, Tan i*'de la République française.

Les commissaires de la Convention nationale entrent dans la salle au milieu des applaudissements de l'assemblée et des tribunes.

Un membre demande que les caporaux d'ordonnance qui accompagnent les commissaires ne puissent rester armés dans l'intérieur de la salle. Cette proposition est vivement appuyée et, après une discussion où les (ermes de la réquisition et de la loi sont invoqués, un des conunissaires de la Convention prend la parole et dit qu'effectivement il est inutile et superflu que la commission soit environnée d'hommes armés lorsqu'elle se trouve au milieu des amis de la liberté et de Tégalité; en conséquence il remercie les caporaux de leur zèle et les invite à aller déposer leurs armes. Les citoyens qui se trouvaient h la suite de la commission s'empressent de quitter leurs épées; cet exemple est suivi par tous les citoyens militaires répandus dans la salle.

Le président, au nom de la Société, adresse la parole à la commission nationale pour leur exprimer la satisfaction qu'ont tous les citoyens de la venue des commissaines; le président termine son discours par l'expression de l'amour des citoyens de Rayonne pour la liberté et des sentiments patriotiques et fraternels qui les attachent indissolublement h la République.

Un des commissaires prend la parole; il dit que la sollicitude paternelle de la Convention nationale pour toutes les parties de la République française l'a décidée h envoyer des commissaires en plusieurs départements, que déjh elle en a éprouvé les heureux effets, que partout on a réparé et les abus et les négligences de l'ancien pouvoir exécutif et disposé [des troupes] sur toutes les frontières pour les mettre à l'abri des incursions el des attaques des ennemis; que c'est dans cet objet que les commissaires ont été envoyés.

Ce discours du citoyen commissaire est vivement applaudi.

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Un membre monte à la tribune et iit un mémoire contenant des vues à présenter aux commissaires sur la barre du port de Bayonne; la lecture en est interrompue par un membre qui propose que ce mémoire soit déposé sur le bureau. Un des commissaires demande qu'il soit remis à la commission ainsi qu'à Tagent du pouvoir exécutif chargé de la partie des ouvrages de Bayonne, ce qui est adopté.

Un membre , après avoir exposé l'intérêt du pays ainsi que le besoin de provisions pour nourrir les troupes qui arrivent, propose qu'il soit demandé aux commissaires d'arrêter l'exportation de tout objet de subsistance. A la suite d'une discussion dans laquelle un des commissaires prend la parole pour exposer que cet objet n'a pas été assez discuté sur le point de l'intérêt de l'agriculture et du commerce, il demande que la discussion s'ouvre sur ce point. L'assemblée délibère que les commissaires seront invités à peser dans leur sagesse cette demande. Sur la motion d'un membre, l'assemblée délibère qu'il sera nommé dans son sein une commission de douze membres chargés de recevoir toutes les dénonciations sur les individus occupant des emplois publics et recueillir tous les objets d'utilité publique, tant pour la ville que pour le pu y s frontière, et à en faire un rapport h présenter à la commission nouvelle. Le choix du président porte h cette commission les citoyens Bertrand, Delage aine, Ruben Celis, Castaings aine, Lavielie, Jean Batbedat, Baylac Gis, Marchena^'^ Darricarrère, Leclerc, Sauvinet, Lesca père.

Un membre prenant la parole expose que , puisque l'assemblée s'occupe d'objets d'utilité publique, c'est le moment de dénoncer les abus et particulièrement l'infraction h la loi dans la taxation du pain qui est porté en prix d'assignats et prix pour argent, que cette démarcation en établit une entre les monnaies nationales et que cette disposition du corps municipal est des plus anti-civiqurs.

L'assertion de ce membre quant à la stipulation du fourbau du pain est relevée comme n'étant pas exacte, et un grand nombre de membres tant de l'assemblée que des tribunes faisant éclater leurs murmures d'improbation qui prouvent h l'orateur combien sa dénonciation est déplacée et médisante, un membre prenant la parole expose combien peu il convenait à un citoyen étranger de tenir le langage de l'opinant, de dénonciateur, non seulement à raison de l'inexactitude de ses assertions, mais encore parce que des citoyens du bataillon des volontaires ont été dans sa boutique et en lui marchandant divers objets dont les prix leur avaient

^*î José Marrhcna, né a L'frera (Andalousie) le 1 8 novembre 1 768 , s'était réfugié en France à cause de ses opinions philosophiques qui Pavaient fait poursuivre par rinquisition dans son pays (avril 1799). Il était alors à Bayonne où il parlait dans les clubs. Il eut dos démôles avec Carnot. (Cf. Mémoirtê 8vr Camot, par son fds, I, 38^j.) 11 correspondait en môme temps avec le ministre Le Brun relativement aux moyens de propager les idées révolutioimaires en Espagne. (Cf. dans In Revue historique, t. XLIV, p. 17a , un arlicle de mon collègue

M. Alfred Morel-Matio sur Joté Marchena et la propagande révolutionnaire en Kepagne,) Marchena vint h Paris en février 1793.

Attaché d'abord par Marat à la rédaction de VAmi du peuple, il le quitta pour se rallier aux Girondins et fut arrêté. Mis en liberté après le 9 thermidor, il fut expulsé en juin 1797 comme royaliste. Hcnlré en France il devint secrétaire du général Moreau en 1801, puis retourna en Espagne où il fut chef des archives au ministère de rinlérieur sous lo roi Joseph. 11 mourut misérable dans sa patrie en janvier 1891.

200 CORRESPONDANCE GÉNÉRAI Jl DE CARNOT. [la oct. 179a.]

été donnes, lesdits volontaires avaient cbercbë h le tenter sous Tappât des espèces d argent, à quoi Topinant avait r(fpondu qu il dtait français et qu'il ne roëconnaitrait jamais la monnaie nationale. L'improbation de rassemblée et des tribunes sur la dënoncialiou de Tanti-opinant se manifeste plus vivement, et il n'est pas un citoyen de Rayonne qui n exprime combien il s'est senti offensé de raccusation portée injurieusement contre la municipalité.

Plusieurs voix se font entendre; on distingue à leurs accents qu elles veulent lutter contre l'expression générale de l'assemblée et des tribunes, mais elles sont couvertes et étouffées par mille rappels h l'ordre. Une voix plus aiguë se fait entendre et dénonce lamour de largent et de l'or, ces métaux méprisables, et il accuse les Rayonnais de refuser la monnaie nationale. A ces mots, l'indignation et le tumulte est h son comble, plusieurs membres s'élancent au milieu de ia salie et expriment hautement leur jusie ressentiment. Le président invoque l'ordre, le silence, et il l'obtient en demandant la parole pour un des commissaires de la Convention nationale, qui rappelle aux membres de l'assemblée combien les commissaires ont été affectés du mouvement tumultueux qui s'est élevé; il rappelle les esprits aux sentiments de fraternité, les invite, au nom de la Convention, d'abjurer toute aigreur et de se rallier pour le salut de la patrie. Il dit que la Convention connaît le patiiotisme des Rayonnais comme aussi celui qui a conduit les volontaires des bords de la Garonne au pied des Pyrénées. Le discours du commissaire de la République est applaudi et ramène le calme dans l'assemblée. On demande de passer h l'ordre du jour sur toutes les propositions, mais le président accorde la parole a un membre qui expose combien il lui est pénible de revenir sur un sujet qui en a été un de discorde , mais il doit h son pays de repousser le reproche qu'on lui a injustement porté; il énonce d'abord comme un principe qu'on ne doit se permettre de juger légèrement les administrations sans préalablement bien connaître leur conduite et sans en avoir étudié le motif, et rappelle que, lorsque la municipalité de Rayonne établit le fourbau du pain sur le prix d'assignats, elle avait du en même temps établir une échelle de proportion pour que le pauvre et [les] citoyens peu aisés n'ayant pas d'assignats, qui ne prenant du pain qu'en petites quantités et pour la valeur des monnaies, ne fussent exposés à être trompés et pussent reconnaître eux-njémes la petite douceur dont ils devaient jouir d'après le cours des espèces. Ensuite l'opinant représente que le patriotisme des Rayonnais ne s'est point exhalé en vociférations séditieuses et désorgiinisa triées de toute autorité, mais qu'il se consiste à se conformer a l'esprit comme à la lettre de toutes les lois; donne un quart patriotique d'une proportion au delà de celle de leurs revenus; h payer exactement toutes les impositions et scrupuleusement le droit de patente depuis sa création, et il ne cache pas que ces actes de vrai patriotisme ont lieu tandis que Rayonne était complètement oublié, soit par la Convention nationale, soit par le Pouvoir exécutif. Il rappelle au surplus que cette ville a mérité depuis un temps reculé la devise Nunquampolluta^^^ et que ses habitants d'anjouixl'hui sauront sou-

(') Les armoiries de Bayoïinc sonl : de quam polluta. En efîet, depuis sa réunion sable à une baijonnelle d'argent j la poifrnée à la France, en i/i5i, Bayonne fut assiégée d'or, la pointe en bus, avec la devise A un- quatorze fois sans ôlre jamais prise.

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tenir envers c( contre tous, lors même qu'ils s'abandonneront à la fraternitë qu'ils doivent aux frères des autres départements. L'opinant est vivement applaudi.

Les commissaires de la Convention énoncent combien ils ont ëtë satisfaits du discours de I opinant et demandent à l'assemblée de les admettre au nombre de ses membres. Le président leur répond au nom de la Société et les assure de toute la satisfaction qu'elle éprouve de les compter parmi ses membres.

On inscrit les citoyens Garrau, Gamot, Lamarque, commissaires, Feugère,*«crclaire des commissaires , J.-G. Lacuée, oncle, J.-G. Lacuée, neveu, Darnaudat ^'\ adjudant, Lomet ^*\ capitaine adjoint.

(Arch. niun. de Bayonnç.)

5. BÂ YONNE, ]3 OCTOBRE ^T^^' LES COMMISSAIRES À LA MUNICIPALITE DE BAYONNE.

Bayonne, le i3 octobre 1793, Tan i" de la Republique.

Les commissaires de la Convention nationale, sensibles à Tattention qu'ont eu les citoyens officiers municipaux et conseil de la commune de leur faire disposer des logements à la ci-devant intendance, les en remercient; mais des arrangements particuliers les ont déterminés à en arrêter d'autres qu'ils occupent maintenant à l'hôtel de Saint-Etienne.

Les commissaires de la Convention natiofMle,

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