I. Commuaicatioa de M. de Uontbron
de l'Empereur je n'ai point hésité à engager le Roi et le Conseil à y satisfaire. Nous ne nous dissimulons point que cette reconnaissance de l'armée de rallianoe, dans les circonstances où nous sommes, a de graves inconvénients pour nous. L'Angleterre, tout en déclarant sa neutralité, est si menaçante et si hostile qu'il faut bien peu de choses pour la faire éclater. Quant au premier ministre, M. Canning va jusqu'à faire des vœux publics pour le triomphe des Jacobins d'Espagne. On peut juger à quel point d'exaspération sont parvenus les esprits. Quoi qu'il en soit, nous avons cru devoir répondre par notre loyauté à un Prince si loyal envers nous. Nous comptons sur lui sans réserve, comme il peut compter sur nous. Nous prouvons que nous savons tenir nos paroles : la guerre contre les révolutionnaires d'Espagne est une chose hasardeuse, une chose immense ; nous l'avons pourtant entreprise. Le sang français a coulé; 100 millions sont déjà dépensés : rien ne nous fera reculer. Mais après de tels gages de notre fidéUté à l'alliance, nous avons lieu d'attendre de nos alliés tout ce qui peut rendre notre position moins embarrassante et nous aider à sortir avec succès d'une lutte que nous avons entreprise pour le repos et le salut de l'Europe.
C'est surtout contre moi que se tourne la fureur révolutionnaire : je me fais gloire d'être enveloppé dans 1rs outrages de [M, Posongnani] avec tous les princes de l'Europe. Les pièces offîciellesque le gouvernement anglais acru devoir publier, n'ont fait voirqu'une chose : le désir que nous avions tous de conserver la paix, et notre absence de toutes vues particulières d'ambition. Nous voulions la paix et nous avons fait la guerre, parce qu'on n'a pas laissé d'autre réponse à notre sûreté, à notre honneur, et aux vœux de nos alliés.
Tout va merveilleusement en Espagne. La population toute entière vient au devant de Mgr le duc d'Angouléme. Une fois la division de Molitor parvenue à Sarragosse et Mina forcé de se retirer au delà de l'Êbre ou de se jeter dans Barcelone, on pourra regarder la partie militaire de l'entreprise comme à peu près finie .
Noos serons à Madrid du 20 au 25 de mai. Alors c partie politique. Notre ambassadeur et ceux de dos alliés régleront ensemble è Madrid auprès du gouvernement provisoire, que nous reconnaîtrons tous, la suite des événemens et la marche à
Mettez je vous prie, Monsieur le Comte, aux pieds de l'Empereur mes profonds respects et mes remercîmens pour la lettre gracieuse qu'il a daigné m'écrire. Je n'ai pas osé lui écrire moimême par le courrier de peur de me rendre importun.
Agréez, Monsieur le Comte, l'assurance de mon attachement sincère et de mon parfait dévouement.
CHATEAUBRIA^D. '
1086 2i avril 1823
Aq comte de La Ferronays.
Paris, ce 21 avril 1823.
Je vous mande à peu près, Monsieur le Comte, dans ma longue dépêche tout le gros des affaires, je vais entrer avec vous dans quelques détails.
L'Angleterre a été si mauvaise qu'il a fallu prendre un parti et ne pas repousser les propositions de l'empereur de Russie au moment où le cabinet de Londres prononçait avec tant de fureur une neutralité forcée. Maintenant toute votre habileté consistera à faire valoir cet abandon et cette condescendance aux vœux de l'Empereur, à bien faire voir que cet abandon pouvait avoir poui nous les plus graves inconvénients en excitant la jalousie de l'Angleterre et en redoublant sa mauvaise humeur. Nous n'avons pas hésité toutefois à choisir entre les deux chances, et nous venons de donner & l'alliance la preuve la plus signalée de notre bonne foi et de notre adhésion à ses intérêts et à ses principes.