‹ Correspondance générale de Chateaubriand;Chapitre 125 sur 195 · CommuDication de M. I« comte de Villèle · texte numérisé non relu

CommuDication de M. I« comte de Villèle

Ici naîtront des difficultés. Le duc de l'Iafantado voudra-t-il accepter ? Le trouvera-t-on à Madrid ? II est timide en politique. Les membres de la junte actuelle n'auraient-ils pas des prétentions ? M. d'Ero est nommé ministre des fînances, et il est probable qu'il sera satisfait. Calderon est vieux et sans ambition ; mais le vieil Eguia, qu'en ferez-vous ? Son nom eiTarouche tout le côté modéré de l'Espagae ; on ne peut ^ère le mettre dans la régence. Il faudrait lui trouver quelque grande place honorifique. Les ministres de la régence nous ont été presque tous désignés par le roi Ferdinand : c'est le baron d'Eroles pour la guerre (on ne le dit pas propre à cet emploi) ; M- d'Ero pour les finances ; M. de Casa-lrujo pour les alTaires étrangères : celui-ci est à Paris et va partir ; don Garcias pour ministre des grâces et de la justice.

La régence ne peut être et ne doit être qu'administrative. Si elle faisait des lois et des constitutions dans l'absence du roi, elle tomberait dans le vice des Cortès.

Pourtant la régence doit faire deuT choses aussitôt qu'elle sera installée, lesquelles choses doivent avoir force de loi, parce que la nécessité les commande. Elle doit faire des emprunts à l'étranger, car elle se trouverait sans finances ; elle doit reconnaitre tous les traités qui ont été Faits par tes Cortès avec des puissances étrangères. Car les tiers ne peuvent jamais perdre leurs droits. Ce sera d'ailleurs une excellente politique, et l'Angleterre en sûreté pourra être plus facilement amenée à reconnaitre elle-même la régence.

Je vous ai dit, monsieur le comte, que toute l'Europe continentale reconnaîtra la régence et enverra ses ambassadeurs à Madrid. L'Autriche est déjà prête ; nous aurons dans quelques jours les désignations des cours de Berlin et de Pétersbourg. Rome, Naples et la Sardaigne se joindront aux cours alliées, et j'espère que l'Autriche déterminera les petits ÉtEtts d'Allemagne h imiter son exemple. Plus le corps diplomatique sera nombreux, plus l'impression sera grande sur l'esprit des peuples ; et il sera

impossible que l'Angleterre se tienne longtemps dans l'isolement auprès de Ferdinand et de ses gedliers : il y a une force morale qui entraîne tout et qui vaut mieux que des armées.

Le roi a désigné M. de Talaru, pair de France, pour être son ambassadeur auprès de la régence espagnole pendant la captivité du roi Ferdinand. Il aura pour premier secrétaire de légation M. de Gabriac. J'écrirai b M. de Flavigny pour lui apprendre à quel emploi Sa Majesté le destine. Quant à vous, monsieur le comte, vous allez être nommé ministre ; mais le roi désire que vous restiez auprès de M. de Talaru tant que vous pourrez lui être utile.

M. le marquis de Mata-Florida et le reste de la régence d'Urgel sont arrivés à Paris.

Si M. le duc d'Angoulême vous le permettait, vous pourriez mettre cette lettre sous ses yeux.

Je vous prie de la communiquer à M. de Martignac.

Croyez, monsieur le comte, etc.

Chateaubriand. *

Au vicomte de Harcellus.

Paris, 22 mai t823.

Je n'ai rien à vous mander aujourd'hui que la continuation des bonnes nouvelles d'Espagne. Tâchez de découvrir les intentions de M. Canning, s'il en a. II parait certain qu'il voudrait sortir de la position difficile où il s'est placé, et se mêler diplomaliquemenl à l'affaire d'Espagne. D'après des propos échappés à sir Charles Stuart, M. Canning entrevoit un arrangement avec nous et les alliés, si on pouvait sauver son amour-propre. Or, il n'y a

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