‹ Correspondance générale de Chateaubriand;Chapitre 165 sur 195 · CongrèÉ de Vérone · texte numérisé non relu

CongrèÉ de Vérone

2. Les trois derniers paragraphes sont au verso et comme ajoutés après coup.

3. Pailhès L* duehette de Darai, p. 241. — Collatioiiné et corrigé sur l'originsl autt^praphe.

lyGoogle

conférences : rien n'est plus tracassier, tatillon, bavard, que ce cabinet. Je vous ai 'déjà dit, et je vous le répète pour la dernière fois, que vous devez accorder des conférences, aux termes du protocole, mais qu'il faut vous étudier à les rendre rares, à les écarter, tantôt sous un prétexte, tantôt sous un autre ; les réduire, autant que possible, k des conversations vagues ; à ne jamais vous laisser entraîner à prendre des mesures et des résolutions en commun ', k nejamais permettre qu'on attaque te fond des choses, soit sur ce qui se passe à pi-ésent en Espagne, soit sur l'avenir de cette même Espagne, et enfin à dire toujours, si on vous pressait sur quelques points importants, nouveaux, inattendus, que vous n'avez pas de pouvoirs, et que vous en référerez à votre cour. Dressez le moins que possible des protocole». Vous remarquerez que dans le protocole du il n'est pas question que

vous tiendrez des protocoles : il s'agit de conférences, et voilà tout, n faut en diplomatie tenir le moins que l'on peut des procèsverbaux de ses paroles. Ne vous refusez pas pourtant tout à fait aux protocoles, quand M. Brunetti vous pressera , mais faites que ce soit toujours de pure grâce, par complaisance, comme un bonhomme qui se compromet un peu aux yeux de sa cour pour être collègue obligeant.

Les communications avec le Portugal finiront par s'ouvrir tout à fait, et Hyde vous sera pour cela très-utile : à Lisbonne il pourra vous faciliter bien des choses pour Cadix. Je lui ai recommandé de vous envoyer des courriers. Il sera, j'espère, arrivé à la fin du mois.

Ne laissez pas, mon cher ami, traîner mes lettres ; elles ne doivent être lues que de vous.

Tout à vous.

Chateaubriand. <

), Congre» de Vérone.

lyGoogle

1900 18 juillet 1S23.

An comte de Serre.

Pans, le 18 juillet 1823.

Je vous dois une rëpoDse depuis longtemps, monsieur le comte ; j'espère que vous aurez bien voulu m'excuser en songeant à tous les embarras dans lesquels j'ai été plongé.

Vous m'avez vu à Vérone ; je suis revenu en France, blessé au fond du cœur de notre nullité en Europe ; j'ai trouvé d'un autre côté en arrivant, dans le parti révolutionnaire, un espoir mal dissimulé de corrompre notre armée, des conspirations prêtes à éclater, et tous ces maux ayant leur foyer à Madrid. Appelé inopinément au ministère par la retraite de M. de Montmorency, j'ai pris mon parti sur-le-cbamp. L'occasion se présentait d'en Bnir une fois pour toutes, de savoir si les Bourbons avaient ou non une armée, de terminer la restauration et de nous replacer à notre rang militaire en Europe. Si noua avions le bonheur de réussir dans cette grande entreprise, nous abattions deux révolutions d'un seul coup, car il était clair que les Cortès démagogiques de Portugal tomberaient avec les Cortès conventionnelles d'Espagne. Les conséquences de ces événements seraient incalculables pour la France : nous pouvions périr, mais il valait mieux périr en redevenant la première puissance du continent que rester dans l'état de trouble au dedans, et de faiblesse au dehors, où nous étions réduits. L'événement a été heureux, et je ne demande à Dieu que de vivre jusqu'à la reddition de Cadix, pour mourir plein de joie du haut rang de gloire et de prospérité où j'aurai placé ma patrie.

Les obstacles ont été grands, l'Angleterre a été bien menaçante, l'Autriche bien jalouse et bien envieuse. Ne sachant plus comment entraver notre marche, elle avait suscité le roi de Naples pour réclamer la régence d'Espagne, c'est-à-dire pour remettre l'Espagne sous l'influence anglaise à travers l'autorité du prince

de Mettemicb. L'Autriche disait qu'elle ne reconnaîtroit point la Régence d'Espagne si d'abord les droits du roi des Deux-Siciles a'étaicnt reconnus ; après bien des conférences et des écrits, la prétention du roi de Naples a été repou-ssée ou du moins ajournée. Ma lettre officielle vous donne aujourd'hui quelques détails sur cette affaire.

Nous ferons tout ce que nous pourrons pour que notre invasion de l'Espagne ne produise pas dans ce malheureux royaume ce que l'invasion autrichienne a produit h Naples ; comme nous ne comptons rien garder ni rien demander, loin de ruiner le pays nous l'aurons enrichi,' et c'est déjà une grande chose. Quant aux institutions, nous ne nous en mêlerons point, empêchant seulement le roi de retomber dans les fautes et de commettre ces actes stupides de la tyrannie qui l'ont perdu.

Notre métier, monsieur le comte, est un peu contraire à la franchise. Ne laissons rien percer de ce que nous savons des dispositions de la cour de Vienne pour nous, 11 est d'ailleurs juste de dire qu'elle doit craindre plus qu'une autre notre résurrection militaire ; elle en est inquiète pour l'Italie ; elle n'a pu s'empêcher de manifester son dépit lorsqu'elle a vu le prince de Carîgnan servir et se distinguer dans les rangs de nos soldats. Elle avait cru que nous ne pourrions pas faire la guerre seuls, que nous serions ou battus ou forcés d'ouvrir aux alliés le passage de la France. Elle a été trompée sur tous les points, et elle a de l'humeur ; c'est fort naturel. La Russie, au contraire, n'est pas jalouse de nos succès, et,(]Uoiqu'elle affecte toujours une grande déférence pour le prince Mettemicb, on voit que celui-ci a perdu à Pétersbourg depuis notre guerre d'Espagne ; ce sont des germes qui se développeront un jour. L'Angleterre a joué un triste rdle : elle a été à la fois injurieuse et faible; mais comme cette puissance a des forces à part, et d'admirables institutions, elle reprendrait toute sa puisssnce si, au lieu de s'opposer par de petits moyens à la délivrance du roi d'Espagne, elle se joignait à nous pour mettre ce prince en liberté et terminer de concert avec nous la grande affaire des colonies espagnoles.

J'en étais là de ma lettre, monsieur le comte, quand un courrier de Rome m'apporte la nouvelle de l'accident arrivé au pape, et qui sera peut-être suivi de la mort de ce saint religieux. L'Autnche va se mettre en mouvement ; elle nous a déjà proposé de nous entendre avec elle pour l'élection d'un souverain pontife : cela veut dire qu'elle oe serait pas sûre de triompher sans nous. Je crois que nous ne pourrons rien à cette affaire, et que l'intérêt italien, qui nous est plutôt favorable, l'emportera. Nous ferons partir nos cardinaux, si nous avons le temps. Dans le cas où l'Autriche voudrait occuper militairement les lestions, nous ferons des représentations. Mais je ne crois pas i> cette occupation, et j'y croirais bien moins encore si une dépêche télégraphique nous annonçait la reddition de Cadix.

Veillez, je vous prie, aux corsaires espagnols, et qu'ils ne viennent pas vendre leurs prises ou se ravitailler dans les ports de Naples et de Sicile.

Tout & vous.

Chateaubriako. t

ISOi 18 juillet 1823.

Au vicomte de Harcellas.

Paris, 18 juillet 1823.

Venef à Paris, nous verrons ce qu'il est possible de faire pour vous. Le titre n'est pas dans nos formes diplomatiques. Envoyez la voiture. J'en ferai ce que je pourrai. Je la vendrai à la livre si je ne puis faire autrement. Pour le reste, agissez comme il vous plaira. Vous savez qu'en fait d'intérêts je ne m'y entends guère. Tout à vous.

Ciiati!:a.l'briand.^

Page 1