‹ Correspondance générale de Chateaubriand;Chapitre 179 sur 195 · Congrès de Vérone · texte numérisé non relu

Congrès de Vérone

de faux rapports. Mais tenez pour certain qu'il n'y a aucun arran^meot tait à Cadix ; que Monseigneur lui-même est trèséloigné de vouloir accorder aucune concession politique, et que tout ce qu'on peut imaginer sur ce point est entièrement dénué de fondement.

Je vois, par votre lettre, que j'avais deviné juste, et que c'est l'envoi à Monseigoeur des papiers sur l'alTaire de Bui^os qui a produit l'explosion. L'habitude des afFaires et la connaissance des caractères apprennent à prendre sur soi certains retards, qui décident quelquefois toute une question.

Que sert, au reste, tout ce quejevous dis ici ? Mes instructions vous parviendront quand la scène sera toute changée en bien ou en mal.

Si par hasard les choses s'étaient arrangées lorsque vous recevrez cette lettre ; si la Régence avait pris le sage parti de se taire et de laisser passer (c'est à quoi surtout il aurait fallu l'engager), vous jugeriez peut-être qu'il serait de la prudence de ne pas ranimer la question en faisant us^ge de mes lettres officielles. Mais dans le cas où l'affaire serait controversée et encore toute vivante, vous ferez connaître hautement l'opinion de votre gouvernement.

Chateaurrund. '

An Prince de Polignac.

Paris, le 18 août 1823.

Vos dépêches, noble Prince, sont très claires, très pleines, et très bonnes, et 'je n'avais voulu vous donner aucun avis. Le désaveu de M. Canning est complet sur l'affaire de la flotte

i. Congrès de Vérone.

2, Ce mot supprimé dans le Congrèi de Vérone.

aD§:Iaise. Vous pouvez, à votre tour, assurer ce ministre que nous n'avons jamais pensé à envoyer des troupes en Portugal. Je sais toutes les espérances que M. Canning fonde sur nos revers, il les désire contre la France et pour lui. Ils justifieraient sa politique et ses discours ; ils le feraient passer pour un esprit prévoyant, tandis qu'il n'est au fond qu'un homme vain et passionné. I

Au reste je vous dirai (tout à fait entre nous] que je ne suis pas content* des affaires d'Espagne, La Régence s'est emportée dans l'affaire de Burgos ; elle a fait passer une note à Talaru, demandant réparation. Talaru a eu l'imprudence d'envoyer cette note à Monseigneur le duc d'Angoulême, alors en chemin pour Cadix ; et le Prince a répondu ab irato, par une ordonnance ofi il déclare qu'aucune arrestation ne pourra avoir Heu dans les villes occupées par les troupes françaises sans la permission du commandant decestroupes, etc. Vous sentez quelles divisîonscette ordonnance va jeter dans les esprits. Cependant, il n'y a pas à balancer ; il faut la soutenir, car nous ne devons pas abandonner le prince généralissime. Ne parlez de cette affaire que lorsqu'elle viendra à éclater ; alors vous direz que le Prince a été obligé de prendre cette mesure pour la sûreté des troupes françaises et pour l'honneur même de la Régence, dont les ordres modérés étaient méconnus par des hommes qui ont intérêt à prolonger les révolutions. Au reste, cette ordonnance sera sans doute fort applaudie en Angleterre, mais elle confirmera M, Canning dans l'idée que des divisions ^ existent entre nous et la Régence.

L'estafette de Madrid, qui arrive h l'instant portant des lettres du 13, m'apprend que l'affaire de t'Ordonnance est un peu replâtrée, qu'Oudînot a consenti à ne pas la publier, et que la Régence a écrit une lettre au Prince, dans laquelle elle lui dit qu'elle va taire ouvrir les prisons à tous les détenus qui ne sont pas dans

i. Cesdeui dernières phrases sontsupprimèesdansle Congrètde Vérone

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