‹ Correspondance générale de Chateaubriand;Chapitre 18 sur 195 · Affaires étrangères, Portu)(al, 137, f · texte numérisé non relu

Affaires étrangères, Portu)(al, 137, f

2. Pailbès La duchette de Durai, p. 237. — Collatîonaé sur l'original autographe.

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— 38 ~ 9S4 14 janvier 1823.

A Caiming.

Paris, 14 janvier 1823.

C'est avec une véritable satisfaction, monsieur et ami, que j'ai reçu la première lettre d'une correspondance qui me met en rapport avec un tel homme que vous, et qui peut être si utile è son pays. Pour vous imiter, j'entrerai tout de suite en matière. Je vous dirai d'abord que je pense absolument comme vous sur In question de la paix ou de la guerre, considérée abstraitement. Nul doute que la paix ne soit d'un immense avantage, et nul doute encore que nous n'ayons dû faire tous les sacrifices pour l'ohtenir.

Je suis donc, en théorie, parfaitement de votre avis; mais, selon moi, la question n'est pas là ou n'est plus là. Pouvons-nous, dans les circonstances où nous sommes placés, éviter une rupture avec l'Espagne si aucun changement notable n'arrive dans ce pays ? Pouvons-nous rester plus longtemps dans cette politique incertaine où j'ai trouvé les esprits quand le roi m'a confié le portefeuille des afTaires étrangères ? Pouvons-nous, dans l'état violent de l'opinion en France, ouvrir la session sans avoir pris un parti ? Voilà ce qu'il fallait examiner d'abord. Vous savez mieux que moi que les principes absolus sont peu applicables en politique : dans les affaires humaines il y a des nécessités, et quels que soient les efforts des hommes d'État, ils ne peuvent passer les bornes du possible.

La guerre, dites-vous, pourrait renverser nos institutions, encore mal affermies : cela peut être, mais il y a deux manières de périr pour un gouvernement : l'une par des revers, l'autre par le déshonneur. Si l'Espagne révolutionnaire peut se vanter d'avoir fait trembler la France monarchique, si la cocarde blanche se retire devant les descamisados, on se souviendra de la puissance de l'empire et des triomphes de la cocarde tricolore : or, calculez pour les Bourbons l'effet de ce souvenir.

Mais la guerre, si elle doit avoir lieu (ce qu'à Dieu ne plaise !), serait-elle aussi dangereuse que vous paraissez le croire ? Ce peuple-ci est tout militaire ; notre population augmentée nous ofFriraît, si nous en avions besoin, plus d'un million des meilleurs soldats du continent; nos finances sont dans un état si florissant que le budget de cette année va prouver que nous avons dans l'excédant de nos recettes le moyen d'entrer en campagne sans établirun nouvel impôt. 11 nous serait permis d'espérer au moins un premier succès en Espagne : un succès rattacherait pour jamais l'armée au roi et ferait courir toute la France aux armes. Vous ne sauriez croire tout ce qu'on peut faire parmi nous avec le mot honneur : le jour où nous serions obligés de peser sur ce grand ressort de la France, nous remuerions encore le monde ; personne ne profiterait impunément de nos dépouilles et de nos malheurs.

Mais la paix vaut certainement mieux que tout cela, et la paix est dans vos mains. Si, sans suivre la marche des puissances continentales, vous aviez cru devoir tenir au gouvernement espagnol un langage sévère; si vous lui aviez dit confidentiellement : H Nous ne serons point contre vous, mais nous ne serons pas pour vous ; votre système politique est monstrueux, il alarme justement l'Europe et surtout la France: changez-le, ou ne comptez sur aucun appui, sur aucun secours d'armes ou d'argent de la part de l'Angleterre » ; je n'en doute pas, dans un moment tout était fini, et l'Angleterre avait la gloire d'avoir conservé la paix à l'Europe. Ce moyen de salut nous est-il encore laissé ? J'ai bien peur que la crise ne soit trop prochaine, et que nous ne nous soyons resserrés dans des limites trop étroites.

Je vous dirai maintenant, mon cher monsieur, que j'ai reçu avec peine votre note en réplique à la réponse de M. de Montmorency. L'idée m'était venue dans le premier moment de ne pas répondre moi-même à cette note, pour éviter de nouveaux sujets de contestation, mais le conseil est d'un autre avis ;

e dans cette note il est question des allies et du congrès de Vérone, et comme mon prédécesseur a communiqué aux ambassadeurs des cours d'Autriche, de Russie et de Prusse la première proposition du duc de Wellington, je me trouve forcément engagé à leur faire connaître la suite. Ces papiers peuvent devenir parlementaires; cela peut augmenter l'aigreur qui se manifeste aujourd'hui dans les relations diplomatiques : des récriminations particulières du cabinet de Saint-James et de celui des Tuileries ne me semblent avoir rien d'utile. Au reste, tout cela se perdra dans les événements.

J'aurais pourtant été bien aise de voir lord Fitzroy Somerset ii son passage k Paria ; nous nous serions entendus pour le salut commun. Si on a de l'humeur contre nous à Madrid, croyez qu'on n'en a pas moins contre vous; la manière rude dont vous venez de vous faire rendre justice a blessé l'orgueil espagnol : ce que nous avions de mieux à faire, c'était de nous concerter pour assurer à l'Espagne une liberté raisonnable, en l'arrachant à la domination des clubs et à l'anarchie révolutionnaire.

Chateaubriand. <

9S5 16 janvier 1823.

Au vicomte de Marcellns.

Voilà, Monsieur, ma réponse à M. Canning. Je vous prie de la lui remettre à l'instant. Par le prochain courrier vous recevrez la note officielle en réponse à la note oflîcielle de l'Angleterre.

Vous verrez dans le Moniteur les trois dépèches des cours. Elles sont évidemment moins fortes que la nôtre : rien de nouveau de l'Espagne. Permettez que je vous donne un conseil. Dans vos dépêches officielles, ne parlez plus de vous. Je me suis aperçu que cela vous nuirait. Sans doute M. Canning a pour

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