Archives de la famille de Polignac
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cents Français. La population, qui n'a pas pu se soulever pour nous k l'ombre de cent mille baïonnettes françaises, et qui se fait battre partout où elle veut se mesurer seule avec les soldats des Cortès (comme cela vient de lui arriver encore en Catalogne), cette population ne se soulèvera pas en masse contre nous. Tout n'est pas perdu, et avec de la patience et de la mesure on peut réparer une erreur, grave sans doute ; mais quel homme, et surtout quel prince, est exempt d'erreur ?
Je ne vous ai point dit que l'affaire de Burgos fût peu de chose, mais je vous ai dit qu'U était de bonne politique de la faire paraitre ainsi. 11 est souvent utile de traiter les affaires avec une apparence de peu d'importance ; on les a^frave en appuyant trop sur leurs conséquences. L'ordonnance d'Andujar n'est point la suite d*\in plan, comme le prétend. M. Brunetti, qui voit partout une charte projetée et un accommodement avec les révolutionnaires ; c'est un mouvement de colère produit par la lecture de la note de M. de Saez, qui demandait des réparations. On tomberait, en croyant cela, dans toutes les erreurs autrichiennes.
Je ne suis pas de ceux qui croient à la reddition subite de Cadix, je pense même que cette ville pourrait ne pas ouvrir ses portes ; mais je ne désespère pas tout à fait de sa reddition ; il y a beaucoup de chances pour nous , et enfin, si Cadix ne se rendait pas, tout ne serait pas encore perdu.
Les ordres de Monseigneur le duc d'Angouléme ont été exécutés trop rigoureusement à Vittoriaetà Bilbao. J'ai proposé de les faire adoucir d'ici, mais on objecte que si le ministre de la guerre donnait un ordre qui fût contrarié par un ordre venu de Monseigneur, il pourrait en résulter un mal prodigieux. De plus, envoyer un ordre de Paris serait condamner le prince, et tout vaut mieux que cela. En tout, il y a mal de tous côtés ; mais ne nous décourageons pas.
P. S. Je me désole comme vous de la distance ; que sert tout ce que je viens de vous dire ? Quand vous recevrez cette lettre, la réponse de Monseigneur sera arrivée depuis huit ou dix jours à
Madrid, et tout sera changé. Dans tous les cas, que la Régence sache bien que si, par une division funeste, nous étions obligés de nous retirer sur l'Èbre, Valdès serait bientôt à Madrid, et les royalistes exterminés. La France se sauverait toujours, et rien ne pourrait la forcer dans ces places fortes de la Catalogne et de la Navarre, dont elle s'emparerait aussitôt, en faisant des sièges ; mais les constitutionnels triompheraient dans le reste de l'Espagne ; le mieux est donc de nous tenir unis ti tout prix. Chateaubriand. <
Au comte de La Ferrooays.
Paris, ce 23 août 1823.
Je dois, Monsieur le Comte, vous parler d'un événement dont nos ennemis ont voulu faire quelque chose et qui heureusement n'aura aucun effet fftcheux.
On avait fait à Bui^os ainsi que dans plusieurs autres villes d'Espagne des arrestations arbitraires extrêmement nombreuses. Le moindre inconvénient de ces arrestations était de susciter des ennemis sans cesse renaissants à nos armées, car les soldats miliciens qui se retirent chez eux en vertu de capitulations militaires avec nos généraux étant incarcérés en arrivant dans leurs foyers, reprenaient les armes et reformaient les garnisons des places et des guérillas derrière nos armées ; pour faire cesser ces <lésordres qui compromettaient la sûreté de nos troupes, le commandant de Burgos fit mettre en liberté tous les détenus qui n'étaient pas arrêtés en vertu d'ordres émanés des tribunaux. La Régence s'en tînt offensée, et M. de Saëz écrivit une lettre à M. de Talaru dans laquelle il demandait d'un ton menaçant nne