‹ Correspondance générale de Chateaubriand;Chapitre 38 sur 195 · Ambassadeur de France i Naples · texte numérisé non relu

Ambassadeur de France i Naples

cours renferme toute la politique de Sa Majesté sur la grande question des affaires d'Espagne : il rappelle toutes les démarches qui ont été faites dans la vue de ramener l'Espagne à un système qui se liât davantage aux principes de paix et d'ordre public saDS lesquels les états ne peuvent avoir ni prospérité ni stabilité, et qui pût épargner à ce pays tous les malheurs dont il était menacé.

Ces tentatives faites conjointement avec les autres puissances n'ayant pas eu de succès, et les refus de l'Espagne ayant été accompagnés demesureset de procédés oITensants pour elles, toutes ses relations avec l'Autriche, la Russie et la Prusse ont été rompues : les Ministres des trois Cours ont demandé et ont reçu leurs passeports, et ils ont quitté Madrid du 13 au 15 de ce mois. J'ai prescrit par l'ordre du L-toî à M. le comte de La Garde de demander les siens, et j'ai annoncé hier à M. le duc de San-Lorenzo. Ministre d'Espagne à Paris, que s'il croyait devoir demander ses passeports, je les tenais à su disposition.

En cherchant à écarter une rupture qui devait entraîner de nombreux malheurs pour l'humanité, nous avions néanmoins à prévoir qu'elle pouvait être imminente, que la conduite de l'Espagne pouvait la rendre inévitable, et la sagesse de S. M. a dû pourvoir k tous les moyens de faire la guerre avec succès. Un grand mouvement a été imprimé à l'Armée : de nombreux corps de troupes sont dirigés vers les Pyrénées. L'esprit militaire qui les anime donne les plus justes espérances. Ce ressort de l'honneur si puissant sur les cœurs français, agit dans toute sa force : l'opinion publique seconde un si noble essor, et la bonté de cette cause l'a rendue populaire. On connaît déjà l'esprit qui doit animer les Chambres pendant cette session. Tous les royalistes se rallient pour soutenir à la fois la majesté du trône et les intérêts de la France ; et quelle que puisse être la dissidence d'opinions sur des questions d'un ordre secondaire, on n'en remarque plus quand les grands intérêts sont menacés.

Cette sécurité qui doit naître au dedans de l'unité des vœux et

des opinions, doit être également accrue par l'heureux accord qui unit entre elles les grandes puissances. Leurs vues pour l'afFermissement de l'ordre public en Europe sont unanimes ; et si l'Angleterre a cru devoir ne prendre aucune part à la discussion qui s'est ouverte sur les afTaires d'Espagne et aux mesures préservatrices que la situation de ce pays pouvait entraîner, du moins elle ne s'y montre point contraire : la paix avec cette puissance ne sera point troublée. Elle n'a fait aucune démonstration dont nous eussions à prendre ombrage.

Si la guerre doit éclater, la France peut compter en cas de besoin sur le concours et les forces des autres Puissances ; mais ses propres ressources la dispenseraient sans doute d'y recourir : la position de la France la met au premier poste : le nombre et la valeur de ses armées ne peuvent pas lui faire craindre d'engager toute seule une semblable lutte. Mais en se préparant k la guerre, le gouvernement, qui a tout fait pour l'éviter, nourrît encore l'espérance d'un rapprochement et d'une réconciliation. Si la rigueur de la saison permet qu'il s'écoule deux mois avant l'ouverture de la campagne, le temps peut apporter conseil à l'Espagne. Les hommes qui se sont emparés du pouvoir dans ce malheureux pays peuvent être éclairés sur les dangers de sa situation ; ils peuvent vouloir l'écarter du précipice où les institutions anti-sociales et où les malheurs de la guerre peuvent l'entraîner. Nous faisons encore des vœux pour que ce temps de préparatifs et de prévoyance ne soit pas perdu, et pour que l'Espagne prenne volontairement les mesures propres à la sauver du fléau de la guerre. Le Roi préférerait aux victoires que lui promettent l'amour de ses sujets et la valeur de ses armées, la gloire bien plus douce de ramener un peuple voisin et gouverné par un Prince de son sang, à des institutions propres à assurer la paix et l'ordre public. Ce désir, cette espérance l'animent encore, et il n'y renoncerait qu'avec un vif regret.

Agréez. . .

Chateaubriand. *

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