‹ Correspondance générale de Chateaubriand;Chapitre 83 sur 195 · Minute aux Affaires Étrangères, Naples, 148, f · texte numérisé non relu

Minute aux Affaires Étrangères, Naples, 148, f

2. Note du dossier des Aiïaircs Étrangères, États-Unis, 80, fo 39. — Cela désigne la dépêche au marquis de la Maisonfort, que je donne iei page 141.

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parler à Londres un lanf^age très net. Il suppose au ministère anglais l'intention de ne point se déclarer pour la Révolution d'Espagne, et il fait comprendre que, si le cas contraire arrivait, il prendrait hautement parti pour nous.

Il a daigné m" écrire, par ce même courrier, une lettre pleine de bonté.

Nous sommes très curieux de savoir quel est le sens des démarches que la Cour d'.\utriche aura fait faire par M . de Lebzeltern, et quel langage elle lui aura fait tenir. Les derniers courriers arrivés à M. de Vincent nous ont apporté de la part de M. de Mettemîch, et dans une forme à la vérité affectueuse, des reprochés et des plaintes sur la conduite que nous tenons et l'attitude que nous avons prise <[uant aux affaires d'Espagne. Il craint de ne pas connaître assez en détail nos vœux et nos démarches pour pouvoir nous rendre de bons offices, soit auprès de la Russie, soit auprès de l'Angleterre. Il trouve que nous nous éloignons de la solidarité de l'Alliance et il croit que nous voulons suivre une marche isolée. Si c'est de bonne foi qu'il a conçu ces doutes, ils se seront promptement dissipés. En effet, le discours que j'ai prononcé à la Chambre des Députés feit assez connaître l'ensemble de notre politique et notre ferme attachement aux principes de l'Alliance pour ôter toute incertitude. Nos alliés savent ce que nous voulons faire : nous leur avons dit à Vérone que le rappel des ambassadeurs nous mettrait immédiate^ ment dans la nécessité de faire la guerre. Nous l'avons préparée, et nous la faisons. Nous sommes bien sur la ligne de l'Alliance ; nous mettons en pratique son principe fondamental, car nous allons combattre la Révolution, et nous l'empêchons de se jeter de nouveau sur l'Europe,

M. de Metternicb paraît croire, et il aurait pu faire passer cette idée à Pétersbourg, que l'affaire d'Espagne est semblable à l'affaire de Naples, et que nous aurions dû, comme l'Autriche, aller attaquer les factieux sans parler de guerre, sans la déclarer au gouvernement espagnol. Cette opinion est erronée de tout point.

La révolution de Naples n'a été reconnue ni tolérée de personne. A peine éclatée, on l'attaquait ouvertement. La révolution d'Espagne a trois ans d'existence, et l'Europe, qui en attendait silencieusement les résultats, l'a tacitement reconnue en maintenant ses ambassadeurs. Le Roi de Naples, échappé aux factieux, est venu à Laybach légitimer ' la guerre qu'on leur faisait. Le Roi d'Espagne est au pouvoir de ceux qui ont usurpé sa puissance, et il donne à leurs actes une ombre de sanction qui laisse de la régularité à I» conduite monstrueuse du gouvernement espagnol. Si on disait au Roi d'Espagne qu'on veut chasser de sa capitale la faction qui s'est emparée du pouvoir, Ferdinand Vil tendrait les bras à ses libérateurs, maïs le Roï d'Espagne dirait qu'il règne par la Constitution des Cortès et qu'il n'y a pas de faction autour de lui.

A ces considérations qui établissent nettement la différence des deux questions, il faut ajouter que les formes de notre gouvernement nous interdiraient les voies expéditives dont le gouvernement autrichien a pu faire usage dans les affaires de Naples.

Avec la liberté de la presse et celle de la tribune, il faut que le gouvernement rende raison de tout ce qu'il fait ; et quand il fait marcher des bataillons et quand il demande à la Chambre des Députés des sommes considérables, il ne peut dire qu'il ne fiait pas la guerre et qu'il s'agit simplement de mettre quelques révoltés à la raison. ^

M. de Mettemich a fait aussi quelques observations sur une correspondance que j'entretenais, il y a quelques semaines, avec M. Canning, et sur la dépêche conOdentielle que j'adressais le 2S janvier à M. de La Garde, et que les journaux ont publiée assez inexactement. Ma correspondance avec M. Canning n'avait

1. Ici une suite de phrase barrée : a Les mesures qu'on prenait contre... "

2. Ici un début de paragraphe, barré: « Voitb, M. le Comte, les réponses que nous avons Bommairement faites aux observations de M. de Metternich. Je vous en donne le détail parce qu'il est possible que vous ayez aussi à en Taire usage. »

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d'autre objet que d'engager l'Angleterre à maintenir la neutralité. Je l'ai dit à M, de Vincent et je lui ai remis' mes lettres, qu'il m'a renvoyées sans avoir voulu les lire. Quant à la dépêche coniidentielle à M. de La Garde, elle avait été faite pour le moment où l'on pouvait encore espérer de diviser les factieux et de ramener quelques-uns des hommes influents à Madrid. Elle devait donner lieu à de simples conversations, et ne pouvait certainement devenir la base d'aucun arrangement à négocier.

Voilà, M. le Comte, les réponses que nous avons faites aux témoignages d'inquiétude et aux observations de M. de Metternicb. Je vous les transmets avec détail, parce qu'il serait possible que le langage de M. de Lebzeltern vous mit dans le cas d'en faire usage.

Un courrier dernièrement arrivé à M. de Vincent m'a apporté une lettre du Prince Ruffo, qui m'annonce que le Roi de Naples, comme appelé à la succession du trône d'Espagne à l'extinction de la branche régnante, propose d'intervenir dans les affaires^ de la Péninsule, et de concourir au succès d'une cause qu'il regarde comme la sienne. J'ai l'honneur de vous envoyer copie de cette lettre et j'y joins celle de la réponse que j'ai faite d'après les ordres du Roi, Vous verrez que S. M. a cm devoir décliner l'intervention qu'on lui propose.

Il est difficile de ne pas attribuer la démarche du Roi de Naples à l'influence secrète du cabinet autrichien, et quand on le voit professer l'intention de simplifier la question d'Espagne, on ne peut assez s'étonner d'un projet qui la compliquerait au dernier point. 11 est délicat pour nous de dire sur ce point toute notre pensée : mais enfin on ne peut se dissimuler que la situation dans laquelle le Roi de Naples s'est trouvé, lors de la révolution de son royaume, et celle où il est dans le moment, ne lui aient ôté quelque chose de la considération nécessaire pour inter-

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