‹ Correspondance générale de madame de MaintenonChapitre 109 sur 337 · A M. DE MONTCHEVREUIL K · texte numérisé non relu

A M. DE MONTCHEVREUIL K

Saint- Germain, ce 11 avril 16S1.

J'ai reçu deux de vos lettres, et je ne puis jamais en recevoir trop; elles sont très-bien écrites, et je les aime mieux longues que mieux peintes. Vous connoissez l'amitié que j'ai pour vous et le véritable intérêt que je prends à tout ce qui vous regarde ; vous connoissez aussi l'extrême tendresse que j"ai pour notre duc, et que le moindre détail de sa maison me touche plus que la plupart des plus grandes choses qui se passent ici; croyez donc que vous ne pouvez me trop instruire de sa santé, de ses études, de son esprit, et, en un mot, de tout ce qui se passe dans votre voyage.

1 . Villefte s'apaisa, laissa ses enfants à madame de Maintenon, lui donna même son deuxième fils, qui se fit aussi cat'iolique, enfin il finit lui-même par abjurer le protestantisme en 1685.

2. Autographe appartenant à la famille de Mornay. — Voir la note préliminaire de la lettre ccvi, p. 98.

3. M. de Montclievreuil était parti à petites journées avec le duc du Maine et sa maison pour aller à Baroges et à Dagnères. Ce voyage nous a valu quelques lettres de madame de Maintenon qui témoignent comment elle écrivait à ses amis, et qui sont la meilleure preuve de la fausseté des lettres à mesdames de Saint- Géran et de Frontenac. Elles témoignent aussi sa tendresse profonde pour le duc du Maine.

Vous avez très-bien fait de séjourner à Blois, et je ne dirai pas que ça a peut-être été pour aller voir les lieux où vous avez passé votre jeunesse et pour renouveler quelques vieilles connoissances; mais elle ne seroit (5/c) pas dangereuse présentement. Xe soyez point doux pour M. Chevreau S s'il ne Test pour le prince et sans aucune complaisance; faites sur ces choses-là ce que vous voudriez pour voire fils. Il faut prendre cet enfant-là par raison; j'ose dire qu'il y a été accoutumé dès le maillot, et il vaut mieux qu'il la connoisse que de savoir un peu plus de latin; c'est à vous qui êtes chargé de tout, à modérer ceux qui ne se soucient que de leur fait particulier : et si vous le ramenez en santé et tant soit peu soulagé, on sera assez content. Donnez-lui de bonnes maximes, de bons exemples; qu'il voie tout ce que Ton fait dans sa maison pour savoir la conduire avec raison; qu'il sache les présents et les aumônes qu'il fait, pour en comprendre la proportion, et qu'il paroisse tout faire; cela les accoutume à commander et à gouverner dans un temps où l'on peut les retenir, en cas qu'ils fassent des fautes. Pardonnez à mon zèle les avis que je vous donne : s'ils ne sont sensés, l'inten-

1. Urbain Chevreau, né à Loudun en 1613, avait succédé à l'abbé Le Ragois comme précepteur du duc du Maine. II avait été secrétaire de la reine Christine de Suède, conseiller de l'électeur palatin, et avait préparé le mariage de la princesse palatine avec le frère du roi. Il a fait de nombreux ouvrages aujourd'hui oubliés : le principal est l'Histoire du monde, 6 vol. in-12. C'était un savant fort ennuyeux, et qui fut donné sur sa réputation à madame de Maintenon par la duchesse d'Orléans (princesse palatine).

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lion en csl lionne. La peinture que vous ]iie faites de M. de Courl', ou pour mieux dire de la vie qu'il mène, fait dresser les cheveux à la trie des ignorants comme nous; je serai bien trompée si jamais votre pupille dispose ainsi ses journées. J'ai l'té ravie de recevoir un mot de lui, et vous croyez bien qu'il aura réponse. Xous ne pouvons vivre à Saint-Germain, et la marquise et moi ne pouvons voir ce qui manque à la tribune" sans avoir le cœur serré : nous espérons vous oublier un peu plus aisément à Versailles.

Vous êtes encore trop instruit des démarches de la cour pour vous en rien apprendre; tout y va à l'ordinaire, et s'il y arrive des changements, vous les saurez. Mademoiselle de Jarnac joint à sa laideur une extrême délicatesse, et sans que ses joues s'en sentent, on la menace d'une enflure^ Madame deMontclievreuil est blessée dans l'endroit sensible, par quelque soupçon qu'on lui donne de la conduite de mademoiselle de Gontaut * ; nous espérons pourtant que c'est à bonne intention, et pour en être éclairci. nous mettons en campagne le subtil Dumont, qui est le plus éveillé de son train.

1. Cliarles-Calon de Couii, né à Pont -de-Vaux, était le secrétaire des commandeiuenls du duc du Maine. C'était un profond érudit et un (orl honnête liouime.

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