‹ Correspondance générale de madame de MaintenonChapitre 137 sur 337 · La [treniière n'avait pas réussi · texte numérisé non relu

La [treniière n'avait pas réussi

196 CORRESPONDAÎfCE GÉNÉRALE.

LETTRE CCLYIl

A M. DE 3I0XTCHEVREUIL, A BARÉGES'.

A Fontamebleau, ce 5 août 16S1.

On me mande que le prince a des élevures ou des rougeurs aux joues; j'ai peur qu'il ne rapporte quelque gale, comme il fît la dernière fois; si cela continue, il faudroit lui laisser un intervalle un peu plus long, et ne le guère baigner à Bagnères, quoi qu'en puisse dire La Gutlère qui est bien aise d'avoir le prince.

Je suis accablée de vapeurs mélancoliques depuis cpie je suis ici; je ne suis jamais venue sans y en avoir, mais je n'en ai jamais eu de si violentes. Je ne sais que vous dire, parce que je suis persuadée que la marquise vous mande tout; je la trouve un peu plus calme depuis quelques jours; peut-être aussi me cache-l-elle ses maux pour mieux traiter les miens, car rien n'approche des soins qu'elle a eus de moi dans cet accès ici ; j'en suis un peu mieux à l'beure qu'il est. On dit que madame de Montespan étouffe de son côté.

Vous trouverez une grande augmentation dans le logis; il est vrai que vous connoissez déjà mademoiselle d'Oré ; elle fil samedi médianoche avec le roi; on dit qu'elle a une sœur plus belle qu'elle; ce n'est

1 . Aulofiraphe communiqué par madame la marquise de Mor- Eay. — CeUe lellre est fort importante : elle témoigne les craintes qu'on avait que le roi ne relombât dans de nouvelles amours; madame de Mainlenon en témoigne une sorte de découragement.

A M. DE MONTCHEYREUIL (IG8!). 197

pas là nos affaires ^ . Je suis persuadée que vous conduisez bien les vôlres, et que vous n'appréhendez pas les espions. C'est où vous êtes qu'il faut se servir d'une maxime de Pluîarque un peu dure à la vérité, mais nécessaire, qui est de vivre avec tout ce que vous voyez sur le pied qu'ils seront vos ennemis. Je crois que cela ne sera pas général et vous connoissez le démérite de quelques particuliers.

Adieu, mon cher marquis, il fait ici un chaud insupportable; on dit que le roi partira le quinze d'août pour Chambord'-; ii en sera ce qui lui plaira : les lieux, me sont aussi indifl'érents que les personnes me le sont peu. Je vous souhaite tous les jours et mademoiselle de Mursay aussi qui n'a pas bu de vin depuis qu'elle ne vous a plus ^ Adieu, mon cher marquis, je compte sur votre amitié, et je la crois éternelle comme le sera la mienne.

Mes compliments aux deux honnêtes gens de chez vous, il n'est pas besoin que je les nomme.

1 . Mademoiselle d'Oré ou de Doré, qui causait les vapeurs mélancoliques de madame deMaintenon et lesétoulîemenlsde madame de Montespan, était attachée à celle-ci, je ne sais en quelle qualité; elle devint, en î685, fille d'honneur de la duchesse de Dourbon. Les attentions du roi pour cette personne jetèrent l'alarme dans le parti pieux; mais on prit soin de n'en point parler, de sorte que cette inclination nouvelle ne fit pas de scandale. Elle n'eut d'ailleurs pas de suites; aucun historien n'en a pai-lé, et on ne la connaissait pas avant cette lettre de madame de Maintenon.

2. Ce voyage n'eut pas lieu : il fut empêché par l'expédition de Strasbourg.

Page 1