LETTRE CCLVIII
A MADAME DE BRLXOX, A MONTMORENCY i.
Vendredi 20 août 1681.
J'ai trouvé M. Barberet comme vous me le représentez, et j'en suis aussi satisfaite que vous. Je l'ai remercié autant qu'il m'a élé possible, et je compte assurément ce qu'il fait pour vous comme si c'éloit pour moi. Il m'a fait une description si magnifique de notre maison, que je ne comprenois pas où nous prendrions de quoi la louer, et j"ai été surprise trèsagréablement en voyant le bail'^. Prenez garde seulement à ces réparations où vous vous engagez, et qu'il ne vous en coûte pas deux: fois ce que vous croyez; c'est le seul endroit qui pourroil vous embarrasser, et sur lequel vous ne pouvez trop vous éclaircir. Je meurs d'impatience que vous y soyez, et je ne serai pas assurément vingl-quatre beures à Versailles ou h Saint-Germain sans vous aller voir. Je crois que Fanchon Devaux fera une grande figure dans le déménagement, car elle m'a paru fort active.
Adieu, madame. Je n'ai nullement désapprouvé que vous ayez reçu madame d'Ambleville. Il est vrai que j'aime les Ursulines, et que je serois ravie qu'elle en
1. Manuscrits de mademoiselle d'Âumale. — Voir la première leUre à madame de Brinon, t. If , p. 11 0.
3. Madame deMaintenon avait résolu de transporterie petit établissement de madame de Brinon de Montmorencj- àRueil, qui était près de Saint-Germain et de Versailles. Elle devait payer le loyer de la maison. M. Barberet était Thomme d'aiïaires de madame de Brinon.
prit l'esprit; car je m'imagine que nous allons avoir bien des pensionnaires. Je vous ai écrit pour vous en donner une grande, qui est une fille à moi. Mes compliments à toutes vos dames. Je n'ai pas vu notre marquise depuis que j'ai reçu votre lettre, et j'espère que M. Barberet vous dira que je l'ai expédiée assez promptement.
LETTRE CCLIX (La B.)
NOTE PRÉLIMINAIRE
Voici encore une lettre prétendue à madame de Saint- Géran, et qui est entièrement l'œuvre de La Beaumelle (édit. de Nancy, 1. 1, p. 175 ; édit. d'Amsterdam, t. II, p. 1 1 1). Louis Racine l'annote : trés-fausse. Le fait sur lequel elle repose en démontre seul la fausseté. On se rappelle, au mois de décembre 1680, l'enlèvement de mademoiselle de 3Iursay et sa conversion, qu'elle raconte elle-même en finissant ainsi : « Je pleurai d'abord beaucoup, mais je trouvai le lendemain la messe du roi si belle, que je consentis à me faire catholique à condition que je l'entendrois tous les jours et que Ton me garantiroit du fouet. Ce fut là toute la controverse qu'on employa et la seule abjuration que je fis. »
Avec ce fait que La Beaumelle a trouvé, presque dans les mêmes termes, dans \esNotes des Dames de Saint-Cyr, il a composé une lettre qu'il date du 24 août 1 681 , pendant que le fait s'était passé le 2 1 décembre \ 6S0 ! Gela lui a donné occasion de prêter à madame de Maintenon des idées qui n'étaient nullement les siennes et que tout le monde a admises, parce qu'elles ont une certaine vraisemblance. C'est le cas de redire avec Louis Racine : « Les faits sont vrais, mais ils n'ont jamais été écrits par madame de Maintenon. »
200 CORRESPO^'DANCE GÉ>-ÉRALE.
Tersailles, 24 août 1681'.
Le roi commence à penser sérieusement à son salut et à celui de ses sujets-: si Dieu nous le conserve, iî n'y aura plus qu'une religion dans son royaume : c'est le sentiment de M. de Louvois; et je le crois là-dessus plus volontiers que M. Colbert qui ne pense qu'à ses finances, et presque jamais à la religion^. La petite fille a beaucoup pleuré; c'est une chose inconcevable que les chimères que ces gens-là mettent dans l'esprit des enfants; mais elle a trouvé la messe du roi si belle, qu'elle m'a promis de se faire catholique, pourvu que je lui promette de lui faire entendre tous les jours la messe du roi. Cette naïveté m'a fort réjoui; mais je gémis de ce que les autres conversions ne me seront pas si faciles. M. de Villette a résisté à cette éloquence de M. Bossuet à laquelle personne ne résiste. Dieu veuille qu'à son retour il soit plus traitable et plus docile^ ! 11 me semble qu'il ne manque à mon bonheur que la conversion de ma famille. M. de Ruvigny veut que je sois
1. En supposant la lettre vraie, madame de Maintenon n'a pu la daler de Versailles, car elle était, le 24 août, à Fontainebleau.
2. Voilà de ces phrases malheureuses par lesquelles La Deaumelle fait croire que la conversion du roi et la conversion des hérétiques étaient confondues dans l'esprit de madame de Maintenon.
3. Ceci a été répété par tout le monde : c'est uniquement du La Beaumelle.
4. Ceci démontre encore la fausseté de la leUre. Le retour de M. de Villette, que madame de Maintenon redoute, était un fait accompli, nous Tavons vu : M. de Villette était revenu dès le mois de mars.
A M. d'aubigné ;I68P. 201
encore calviniste dan? le fond du cœur"^: il e^t aussi entêté de sa religion qu"un ministre.
LETTRE CGLX
A M. DAUBIGXÉ, A COIGXAC-'.
Fontainebleau, ce î septembre IGSl.
Je ne sais si M. Legois vous en fait autant accroire qu'à moi; mais je puis vous dire sans aucun reproche que votre affaire me donne des peines et des chagrins qui me vont confirmer pour le reste de mes jours à n'écouter jamais aucune proposition. Vous m'avez fait parler pour un homme insolvable^; la tête lui a tourné dès les premières avances qu'il a fallu faire; et il y a huit ou dix jours qu'il est perdu sans que personne sache ce qu'il est devenu. Legois n'a pas pris son parti si brusquement ; il a encore le courage de me proposer un homme un peu moins accrédité que M. de Rouvières; mais je ne serai pas sa dupe une seconde fois. J'ai mis l'affaire entre les
1. Cette phra>o se trouve dt'jù dans les prélciidues kllres à madame de t>ontenac.