Autographe du cabinet de M. Feuillet de Conches
A M. d'aubigné (1681). 219
tout ce que nous aurions à faire pour M. de Gourpeteau auprès du comte d'Estrées; on n'a qu'à me faire ma leçon, je suis prête à tout ce qui me sera possible.
Envoyez, s'il vous plaît, cette lettre à Nanon.
Je suis ravie de vous sentir à Paris et souhaite de tout mon cœur que vous y fassiez une vie douce et tranquille. Il faudra vous montrer ici quand vous le pourrez, voyez M. de Louvois, quoique vous n'ayez plus besoin de lui, et marquez-lui de la reconnoissance; il faudra aussi dans les suites voir M. Golbert. Je voudrois que vous fissiez quelque petite amitié avec le marquis de Mortemart ; il est sage comme un homme de trente ans.
Cette année renferme trente-neuf lettres vraies et deux apocryphes. Les plus importantes sont celles qui sont adressées à madame de Brinon.
Nous allons voir madame de Maintenon, alors âgée de quarante-cinq ans , dans son personnage vrai et naturel, c'est-à-dire uniquement occupée d'éducation, de piété, d'oeuvres de charité. L'éducation des enfants du roi n'avait fait que développer chez elle le talent et la passion qu'elle avait pour élever les enfants. Cette occupation et ce plaisir venant à lui manquer, elle en chercha ailleurs et en trouva dans la petite communauté formée par madame de Brinon, et qui fut le berceau de Saint-Gyr. Nous allons voir que cette vie était réellement la sienne, et qu'elle présente plus d'intérêt, malgré les détails, souvent fastidieux, où elle entre avec tant de plaisir, que sa vie d'intrigues de cour et de querelles avecmadame de Montespan. Elle y est touchante, naïve, vraie,
passionnée, supérieure. On la trouve là dans son centre; on voit qu'elle se complaît avec les enfants, qu'elle se délecte dans leur compagnie, que rien d'eux ne lui répugne et ne la dégoûte : l'institutrice de Saint-Cyr commence sa tâche; elle ne la finira qu'avec la vie.
Il faut remarquer qu'au moment où elle l'entreprend, elle est au sommet de la considération, aimée du roi, estimée de la reine, vénérée de tous : « elle est l'âme de cette cour, » comme dit madame de Sévigné. Et c'est précisément à cette époque qu'elle s"écliappe avec bonheur de toute cette vie d'honneurs et de splendeurs, pour aller dans une étable de Rueil soigner de petites paysannes, les peigner et leur faire le catéchisme.
Madame de Brinon avait quitté Montmorency ; avec l'aide de madame de Maintenon, elle avait loué une maison à Ruelles ou Rueil. et s'y était installée avec une quarantaine de pauvres filles venues de la terre de Maintenon, auxquelles on apprenait à lire, à filer et à prier Dieu. On les appelait les petites sœurs. Madame de Maintenon y ajouta dix ou douze demoiselles, pauvres, ou filles de nouveaux convertis, dont elle payait les pensions et auxquelles on donna une éducation un \)Qn plus élevée. Madame de Brinon était aidée d'une cousine, madame de Saint-Pierre, de trois autres ursulines et de quelques dames pauvres de ses amies qui avaient trouvé un asile dans cette maison.
La Beaumelle a eu connaissance de ces lettres, ou du moins d'une copie très-fautive et très-abrégée; il les a mutilées selon sa coutume, et les a arrangées de telle sorte que souvent de six lettres de vingt pages il en fait une seule de vingt lignes. La copie dont je me suis servi principalement a été faite par les Dames de Saint-Louis, s'est trouvée dans les papiers ayant ai)partenu à mademoiselle d'Aumale, et m"a été donnée par Monmerqué.
A MADAME DE BRI>'i)>' 'J6S2). 221