Autographe du cabinet de M. Feuillet de Conchea
A M. d'aubigné (1682]. 255
pour la solitude ; c'est ce qu'il y a de plus contraire à votre mal, et il est meilleur d'être importuné par la plus mauvaise compagnie. On m'a fait voir la déclaration de la terre d'Aubigné ; elle est de peu de conséquence par le revenu ; les droits en sont beaux. Il y a Sainte-Jesme que Ton pourroit avoir, qui est encore de la maison, et on en trouveroit à retirer pour plus d'argent que vous n'en avez à employer; mais il faudroit que vous allassiez faire un tour sur les lieux et prendre là votre résolution avec M. de Tigny, qui est un fort honnête homme. Les voyages vous sont admirables, et je ne connois guère de meilleur remède pour vous que l'exercice en carrosse, le changement d'air et de lieu et un peu d'occupation. Quant à Gursay, je vois bien que l'affaire seroit bonne, mais la prière qu'il faudroit faire à M. Douilly me paroît bien injuste et bien incivile.
M. Yiette n'abandonne pas tout à fait les affaires de madame votre femme, et nous y faisons de notre mieux. M. Truc fait tout ce qu'il peut pour ne pas payer.
Le roi a été reçu à Maintenon par Nanon et la Couture*; elles s'en acquittèrent foi't bien; j'en partis deux heures avant qu'il y arrivai. Il le ti'ouva fort joli, et le revit, en effet, en meilleur état que vous ne l'avez vu : le jardin commence à s'accommoder, les arbres et les palissades sont assez grands,
1 . CeUe course du roi à Maintenon a précéd(5 le voyage de Chambord. Il était accompagné de la reine et avait voulu surprendre madame de Maintenon qui était depuis quelques jours dans son château.
et sans les inondations de l'hiver, le potager serait beau; mais j'y fais une manufacture qui me divertit fort, et, outre quantité de Normands que j'y ai fait venir pour faire la toile , il vient d'arriver vingtcinq Flamands pour le linge ouvré, comme celui de Gourtray, d'où nous avons débauché des ouvriers*.
Chariot est si embelli et si sage que je ne le reconnus pas; il a beaucoup d'esprit et la mémoire de sa race. La reine lui demanda qui il étoit ; il répondit : Un petit gentilhomme que madame de Maintenon fait élever.
Adieu, mon cher frère, je me porte fort bien à Ghambord, et je m'y plais tout à fait. Nous en partons lundi, 12 de ce mois, pour Fontainebleau, où je suis toujours accablée de vapeurs; j'y passe les jours à pleurer et à étouffer, et à me trouver la plus malheureuse personne du monde. Mes compliments à madame d'Aubigné. J'ai pris notre lion hermine, quand j"ai vu que ce sont nos véritables armes : il faut que vous fassiez de même.
1 . Nous n'avons pas d'autres détails sur cet établissenoent, singulier pour le temps, et qui témoigne des goûts cliaritables et éclairés de madame de Malntenor. « 11 vaut mieux, disait-elle, assister les pauvres en les faisant travailler que de les assister pour rien, » Elle voulait donc, par sa manufacture de Maintenon, soulager les habitants de sa terre et donner un métier à leurs enfants. C-'était pour celte manufacture qu'elle faisait liler les petites sœurs de Ruelles. Elle y dépe isa beaucoup d'argent ; mais l'établissement tomba, au bout de trois ou quatre ans, par la paresse de ceux qu'on voulait aider.
LETTRE CCXGV
A MADAME DE BRIXOX ^
A Fontainebleau, ce 19 octobre 16S2.
Voici le premier moment que j'ai eu de libre depuis que je suis ici ; je vais ui'en servir pour répondre aux deux lettres que j'y ai reçues de vous.
Vous avez trop de bonté pour mademoiselle de Mursay, et je serois très-fàchée qu'elle vous empêchât de faire ce que vous jugez nécessaire. Elle sera toujours bien quand elle demeurera dans votre maison. Elle est bien malsaine, et je suis très-fàchée de tous les embarras qu'elle vous fait dans mes absences: mais l'amitié que vous avez pour moi me fait espérer que vous ne vous en lasserez point. Elle m'a conté toutes les peines que vous avez eues pour la petite vérole de vos enfants. Vous avez pris le bon parti de les séparer et de ne les point voir; il faudroit seulement y ajouter une garde, si le mal étoit plusgrand.
J'ai bien du cbagrin de faccidont de M. Barberet, et je souhaite de tout mon cceur qu'il s'en tire heureusement.
Le point de Paris est utile pour savoir faire des brides; car, d'ailleurs, c'est l'ouvrage de tous qui le seroit le moins.
Je ne sais pourquoi vous Olez nos sceuis de la charité de la grange où elles étoient si bien, et je ne saurois croire qu'elles ne soutTrcnl dans l'écurie, par