AutO(^aphe du cabinet de M. dp Noailleê
eùr. pas un endroit qui empêchât que Ton ne fît valoir les autres. J'espère que Dieu qui vous a donné tant de bonnes qualités vous tirera d'un état qui les rend inutiles pour ce monde ici et pour l'autre.
Madame de Yilletle a fait un voyage ici auquel elle n'aura pas regret : elle se porte à merveille, et a vu ses enfants; pour moi elle n'en a guère joui, car j'ai peu de temps dont je puisse disposer, et elle a essuyé tous mes chagrins et toutes mes lassitudes. L'admiration qu'elle a pour ses enfants lui a attiré quelques petites aigreursde ma part ; car j'avoue qu'ils ne me paroissent pas tels, et que la passion que j'aurois pour qu'ils fussent admirés un jour fait que je ne les admire point présentement. Votre fils aîné est honnête homme, et je l'aime tendrement ; il a le cœur bien fait et de bonnes intentions ; sa personne est contrainte et de mauvaise grâce.
Marmande est bien fait et adroit; il a du cœur et de l'esprit; je ne le crois pas si bon que l'autre.
La petite devient plus raisonnable; elle croît et embellit; son naturel est lent, et elle a des ressemblances avec madame de Fonmort qui me désespèrent; il y a grande presse à l'épouser et on me la demande tous les jours; je ne la marierai pas peutêtre à votre fantaisie, car je suis modérée pour elle comme pour moi et je compterai pour beaucoup le mérite acquis ou apparent; cependant, comme je la marierai mieux qu'elle ne le seroit en Poitou, laissez-moi faire, et à tout hasard, envoyez-moi une procuration ; car c'est une affaire à expédier en vingtquatre heures, quand j'en trouverai l'occasion. Je la
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laisse à Versailles ; et au lieu de la donner à madame la maréchale de La Mothe qui me la demande, elle demeurera chez Bontemps, enfermée avec des maîtres; je fais pour elle ce que je ferois pour ma fille; elle m'en saura bon gré quelque jour '.
LETTRE CCGXX
NOTE PRÉLIMINAIRE
Le roi, accompagné de la reine, du Dauphin, de Monsieur, de Madame et d'une grande partie de la cour, était parti le 26 mai de Versailles pour visiter la Franche-Comté et l'Alsace. Il faut remarquer que la Dauphine resta à Versailles à cause de sa grossesse, et que cependant madame de Maintenon fut du voyage. Après avoir traversé lentement la Bourgogne, on s'arrêta pendant huit jours au camp de Bellegarde, sur la Saône, où étaient réunis 18,000 hommes de cavalerie. On arriva à Besançon le 15 juin et on y resta jusqu'au 19, à Belfort le 22, à Colmar le 24, à Strasbourg le 26. Le roi n'y entra pas, visita seulement la citadelle et les fortifications, et arriva le 30 à Bouquenon, où était un camp d'infanterie composé de 28 bataillons et commandé par le duc de Villeroy. Il y resta jusqu'au 6 juillet à faire des manœuvres et des attaques de forts, où les dames assistaient à cheval ; de là il visita le camp de Saarbruck, les fortifications de Saarlouis, et il prit sa route de retour par Metz, Verdun et Ghâlons. Il arriva à Versailles le 30 juillet.
1. La Deaumelle ajoute et invente : « Comptez que je ne suis point engagée. Elle est encore trop jeune et trop délicate. Je voudrois que la paix fût faite pour demander au roi quelque chose avec bienséance. Je pourrois me prévaloir de mon crédit, et la marier sans dot. Mais c'est une injustice que je ne ferai pas. »
A M. d'aubig>-]': (1683). 299
A Malatuur '\ ce 11 juillet 16S3.
Le père de La Chaise me donna une lettre de vous qu'il y avoit près d'un mois qui étoit écrite, ainsi je ne compte point les nouvelles qu elle m'apprenoit, et j'ai grande envie d'en savoir depuis que vous avez pris les eaux; elles doivent vous soulager de vos vapeurs, et je le voudrois de tout mon cœur, car je connois ce qu'elles peuvent faire sur un homme aussi chagrin et aussi taciturne que vous. Je suis bien fâchée que madame d'Aubigné n'en sache pas là-dessus autant que moi; elle vous seroit bien utile, et dans ces occasions-là, on tire plus de secours des autres que de soi-même. Je ne sais que lui mander sur ce que vous me dites; une réprimande en Tair ne profite guère, et c'est à vous comme le plus sage à supporter ses défauts et à tâcher de l'en corriger; elle est assez jeune pour changer. Il n'y a personne qui soit parfait et pour excuser ce qu elle a de mauvais, il faut songer à ce qu'elle a de bon. J'ai affecté de ne point paroître dans l'affaire de Sainte-Jesme, parce que tout se seroit passé en civilités sans conclusion, et je trouve qu'il les faut toujours traiter de Turc à Maure. M. l'abbé d'Aubigné négocie; nous verrons à mon retour en quel état seront les choses.