Autoijrophe du cabinet de M. Feuillet de Conches
2. La localité que madame de Maintenon, ainsi que les gazettes du temps, appellent Mnlatonr est Mars la Tour, bourg qui avait alors un vieux cbàteau fort, et qui est situé sur la route de Metz à Verdun.
Nous venons de faire un grand voyage dont je me porte très-bien et où je n'ai pas essuyé le moindre accident, excepté la maladie de Champagne que vous m'avez donné : il reçut le viatique àMolzheim et je l'ai laissé à l'extrémité à Bouquenon. J'ai été à Belfort où j'ai vu des restes de l'amitié qu'on y a eu pour vous; il y avoit des gens qui ne voulurent jamais prendre un sou des miens quand ils surent que j'étois votre sœur ; la mère de Garé me vint voir, à qui je donnai l'argent que vous aviez envoyé à cette pauvre créature *.
Chariot est toujours à Maintenon en parfaite santé, plus petit et plus spirituel que vous ne l'avez jamais vu; il faudra bientôt le mettre au collège, et ensuite dans les cadets qui sont merveilleux, surtout les Poitevins; ils ont emporté le prix pour l'exercice^.
Adieu, mon cher frère. Ce voyage ici m'a fait plus de peine que les autres à cause du chaud, vous savez que je le crains ; le bon homme Lafrance va aux lo-
J . Sans doute la mère de Chariot.
2. Madame de Maintenon veut parler des compagnies de cadets que « le roi entrelient dans les places frontières et qu'il fait instruire dans les exercices militaires. » Pendant son voyage, le roi passa la revue de trois de ces ctmpagnies : à Besançon, où la compagnie était forte de quatre cents gentilshommes; à Colmar, où se trouva celle de Brisach, forte de six cents gentilshommes ; à Strasbourg, forte de six cents gentilshommes. « Ils s'en acquittèrent, dit la Gazette, avec beaucoup d'adresse et de grâce. S. M. en choisit trois des plus jeunes et leur ordonna de faire faire l'exercice auxautics en faisant les commandements. Ils s'en acquittèreiU très-bien, et le roi pour les encourager leur ût donner à chacun une épée. » (Gazette du 26 juin 1683.)
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gements et est d'une grande caducité. Je ne puis après tant de services lui refuser un habit gris.
Écrivez-moi de vos nouvelles et de celles de madame d'Aubigné; n'aura-t-elle point d"enfants après Yichy?
APPENDICE A LA LETTRE CCCXi'.
La cour était à peine revenue du fatigant voyage dont nous venonr; de i)arler, que la reine tomba malade et. après quatre jours de souflfrances, elle mourut presque subitement le 30 juillet itiSS, âgée de quarante-cinq ans.
(I Cette princesse, dit madame de Caylus, perdit la vie dans le temps que les années et la piété du roi la lui rendoient heureuse. Il avoit pour elle des attentions auxquelles elle n'étoit pas accoutumée; il la voyoit plus souvent et cherchoit à l'amuser ; et comme elle attribuoit cet heureux changement à madame de Maintenon, elle l'aima et lui donna toutes les marques de considération qu'elle pouvoit imaginer. Je me souviens même qu'elle me faisoit l'honneur de me caresser toutes les fois que j'avois celui de paroître devant elle... Le roi fut plus attendri qu'affligé de la mort de la reine...; la cour fut en peine de sa douleur. Celle de madame de Maintenon, que je voyois de près, me parut sincère et fondée sur l'estime et la reconnaissance. La reine expirée, madame de Maintenon voulut revenir chez elle ; mais M. de la Rochefoucauld la prit par le bras et la poussa chez le roi en lui disant : « Ce n'est pas le temps de quitter le roi, il a besoin de vous. » Ce mouvement ne pouvoit être dans M. de la Rochefoucauld qu'un effet de son zèle et de son attachement pour son maître, où l'intérêt de madame de Maintenon n'avoit assurément pas de part. Elle ne fut qu'un moment avec le roi et revint aussitôt dans son appartement, conduite par M. de Louvois... Le roi alla à Saint- Gloud, où il demeura depuis le vendredi que la reine mourut jusqu'au lundi tju'il en partit pour aller à Fontainebleau... Madame de Maintenon suivit la Dauphine et parut aux yeux n. 2G
302 CORRESrONDA>-CE GÉNÉRALE.
du roi dans un si grand deuil, avec un air si affligé, que lui, dont la douleur étoit passée, ne put s'empêcher de lui en faire quelques plaisanteries. »
La Beaumelle a inventé des lettres à l'occasion de la mori de la reine (édit. de Nancy, 1. 1, pages 188 et 189), mais il n'a pas osé les reproduire dans les éditions postérieures à celles de Nancy. Il suppose que Louis XIV écrivit à madame de Maintenon.
« Dieu me punit, madame; je me soumets à ses volontés. Je lui ai donné bien des sujets de mécontentement, à celte belle âme. Ne vous éloignez pas, ma chère madame de Maintenon; j'ai besoin de consolation. Vous pourrez vous retirer, quand vous vous lasserez de me dire la vérité. ^>
Fausse I met en marge Louis Racine.
Puis La Beaumelle suppose que madame de Maintenon repondit au roi :
« Sire, la reine n'est pas à plaindre; elle a vécu, elle est morte comme une sainte. C'est une grande consolation que l'assurance de son salut. Vous avez, sire, dans le ciel une amie qui demandera à Dieu le pardon de vos péchés et la grâce des justes. Que Votre Majesté se nourrisse de ces sentiments. Madame la Daupliine se porte mieux. Soyez, sire, aussi bon chrétien que vous êtes grand roi. »
LouisRacine apostille ainsi cette lettre : Fausse. Comment lui auroit-eUe écrit? Elle ne le quitta pas à lu mort de la
Revenons à Fontainebleau.
« Pendant ce voyage, dit mademoiselle d'Aumale, la laveur de madame de Maintenon devint encore plus grande. Le roi ne pouvant se passer d'elle, la fit loger dans l'appartement de la reine ; les conseils se tenoient dans sa chambre, et le roi y faisoit une grande partie de ses affaires, sur lesquelles il la consultoit souvent. Elle se fit un plan de vie
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très-chrélicnne, se levoit matin pour prier Dieu, alloit à la messe de bonne heure, y faisoit souvent ses dévotions, et revenoit s'iiabillor pour être prête quand le roi venoit chez elle ou pour d'autres occupations utiles à la gloire de Dieu ou au bien du prochain. C'est ainsi qu'elle tâchoit de se t^nir plus près de Dieu pour être plus en état de servir au salut du roi, car elle étoit persuadée que c'étoit pour cela que Dieu avoit conduit les choses où elles en étoient. »
V Pendant ce voyage, dit madame de Caylus, je vis tant d'agitation dans son esprit, que j'ai jugé depuis qu'elle étoit causée par une incertitude violente de son état, de ses pensées, de ses craintes, de ses espérances; en un mot son cœur n'étoit pas libre et son esprit fort agité. Pour cacher ces divers mouvements et pour justifier les larmes que nous lui voyions répandre, elle se plaignoit de vapeurs et alloit, disoit-elle, chercher à respirer dans la forêt avec la seule madame de Montchevreuil ; elle y alloit même quelquefois à des heures indues. Enfin les vapeurs se passèrent, le calme succéda à l'agitation, et ce fut à la fin du voyage. » — « Mes agitations sont finies, écrivoit-elle le 20 septembre à Tabbé Gobelin, du moins dans les apparences... Ne m'oubliez pas devant Dieu, car j'ai grand besoin de forces pour faire un bon usage de mon bonheur. » Madame de Caylus ajoute qu'avant la mort de la reine, on voit dans les lettres de madame de Maintenon à l'abbé Gobelin une femme dégoûtée de la cour et qui ne cherche qu'une occasion de la quitter; mais, après la mort delà reine, cette même femme ne délibère plus; le devoir est pour elle marqué et indispensable d'y demeurer; et dans ces temps différents, sa piété est toujours la même.
Il est très-probable , et nous en allons voir quelques preuves, que, dès Fontainebleau, le mariage était résolu.
LETTRE CCGXXI
NOTE PRÉLIMINAIRE
Il n y a que huit jours que la cour est à Fontainebleau, et déjà madame de Maintenon s'exprime , dans ses lettres à son frère, en termes si mystérieux, que l'on pressent un grand changement dans sa vie. Ce frère si indiscret, si étourdi, si embarrassant par ses bavardages et ses prétentions, est à Vichy; mais il peut tout à coup venir à la cour et compromettre les projets de sa sœur. Celle-ci lui fait entendre qu'il ne peut la voir, qu'elle ne peut avoir de commerce avec lui, qu'il doit demeurer à Coignac, « le plus beau lieu du monde, » dit-elle : la raison qui vous empêche de me voir est si utile et si glorieuse que vous n'en devez avoir que de la joie.
Ces mots si remarquables témoignent que madame de Maintenon a dû écrire des lettres plus explicites à son frère et que ces lettres auront été détruites. D'ailleurs elle va changer de style et de manières avec son frère, tout en conservant pour lui une grande affection.
A M. DAUBIGNÉ, A VICHY».
A Fontainebleau, ce 7 août 1683.
L'aftliction où tout le monde est ici et la mienne particulière ne m'empêclient pas de répondre à votre lettre, puisque vous attendez ma réponse pour vous déterminer et que je ne manquerai jamais à ce que je croirai nécessaire.
M. Fagon n'est point ici pour le consulter sur Bagnères; mais je connois assez bien ces eaux-là pour vous dire qu'elles ne sont pas bonnes à boire et que