La fête de la PuriûcaUon
A MADAME DE BTIINON (1684). 353
répond qu elles seront a Ruelles a six. heures du matin. Il faut se laisser conduire aux gens dont on a besoin, et c'est en effet assez tôt.
Je suis ravie de vous sentir rapprochée de moi, et j'en aurai beaucoup plus de regret de quitter Versailles pour aller à Compiègne. Cependant vous en profiterez, et vous passerez ce temps-là à mettre la maison de la communauté en bon ordre. Il n'y faut rien oublier, car nous serons épiées par gens bien et mal intentionnés.
Je voudrois qu'ù mon retour nos petites sceurs fussent toutes habillées de même. Si le ménage nous empêche la dépense qu'il y auroit à donner tant d'habits neufs, on pourroit seulement leur trouver une coiffure pareille, des mouchoirs pointus ou colerettes de même façon, des tabliers noirs ou verls pour bien filer, et le dessous étant gris, cela sufïiroit pour leur donner un air d'uniformité qui sied fort bien aux communautés. Assemblez encore votre conseil là-dessus et m'en faites part.
Je trouve les tabliers noirs bien lugubres, donnons-leur de serge bleue ou verte : le bleu seroit à l'intention du roi, le vert est ma couleur et bon pour la vue; décidez.
Je serai inconsolable jeudi si je ne suis pas à Noisy à neuf heures et demie ; à tout hasard gardez-moi un cordelier jusqu'à onze heures pour me dire la messe, et si je ne vais point, payez-le un écu, c'est la taxe que je fais pour toutes celles qu'ils me viendront dire chez vous.
Adieu, ma très-chère, j'ai une grande envie de
VOUS embrasser, et j'espère que nous allons faire du bien ensemble.
Soit que j'aille jeudi à isoisy ou que je ne puisse V aller, j'y enverrai mes gens pour aider à tout ce que vous leur ordonnerez. iS'y souifrez aucune liberté ni gaîlé, et remettons-les quand nous serons bien enfermées. Adieu.